Hors Champ

mai-juin 2020

De Satyajit Ray à Bernard Émond

Y A-T-IL TROP D’IMAGES ?

par Simon Galiero
11 juillet 2020

"Il y a trop d’images", dit le cinéaste Bernard Émond dans sa Lettre aux jeunes qui me demandent comment devenir réalisateur. Même si, de mon côté, je n’ai jamais posé une telle question à l’auteur de La Neuvaine, je trouverai ici néanmoins prétexte à "répondre" succinctement aux réflexions et prises de positions qui alimentent son texte étant donné l’intérêt que mes comparses de Hors Champ (André Habib et Nicolas Renaud) ainsi que moi-même lui avons porté. Il aurait été dommage de publier les propos d’Émond sans profiter de cette opportunité de se situer (modestement) par rapport à ceux-ci. Sans se lancer dans le lyrisme juvénile qui consiste à déifier l’art auquel on aspire, et sans non plus se lamenter sur le traumatisme quotidien engendré par les nombreuses difficultés de produire, réaliser et distribuer un film dans le contexte actuel.

D’abord, le ton affirmatif du texte d’Émond (que certains jugeront peut-être trop péremptoire) m’apparaît plutôt comme une source d’eau claire face aux amalgames niais et aux rodomontades conformistes des artistes de tous genres à qui l’on tend le micro perpétuellement. Émond fait simplement état de certains préceptes de son oeuvre et de la manière dont il appréhende le cinéma en général. À ce titre, on peut difficilement lui reprocher de ne pas être hésitant, et de faire ainsi son propre constat d’un seul trait vif. À l’arrogance journalière de certains discours dominants qui se manifestent autour du cinéma, il faut être capable de répliquer avec assurance et sans compromis. La rigueur rhétorique de Bernard Émond m’apparaît d’autant plus salvatrice que les manifestations publiques de pensées mûries et articulées parmi les cinéastes actifs de renom se font de plus en plus rares.
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Nécessité du cinéma

Par ce double engagement, à la fois dans le cinéma et dans une pensée qui en dépasse le cadre (ou qui en nourrit l’horizon), Émond participe d’une certaine façon à revaloriser la profondeur de son métier. À la définition complaisante qui consiste aujourd’hui à limiter les réalisateurs à un statut de "professionnels de l’image" et de concepteurs tous azimuts (définition trop souvent propagée par les réalisateurs eux-mêmes), Émond oppose l’idée d’un cinéma qui réfléchit l’image plus qu’il ne la fabrique. Pour moi, cela ne sous-entend absolument pas la mise en avant d’un cinéma intellectuel, voire cérébral ou simplement formaliste (bien au contraire), mais plutôt de porter à nouveau au pinacle une pratique cinématographique plongeant ses racines dans une multitude de variantes. Le cinéma comme expression de la complexité de l’existence, trouvant son reflet dans les arts comme dans la vie, n’a pas à être atrophié par des principes rigides qu’il s’inflige à lui-même (notamment par souci d’être dans l’air du temps). Aucun objet artistique, cinématographique, musical, littéraire ou pictural n’est véritablement intéressant s’il s’écarte de cette nécessité dont sont faites les oeuvres fortes : penser le monde, le voir, le sentir puis le montrer par le biais de son propre regard. Je suis persuadé que même les arts primitifs, à commencer par l’art rupestre, sont en partie l’expression de cette nécessité qu’Émond évoque parfaitement lorsqu’il dit qu’elle vient d’un "rapport intense au monde et aux oeuvres d’art, ainsi que d’une vie intérieure riche", avant d’ajouter que "chaque artiste sérieux a, à partir de ce qu’il est, à réfléchir et à réagir au monde qui l’entoure et à l’histoire de l’art qu’il pratique".

Bien entendu, il ne s’agit pas non plus d’être paralysé de ne pas avoir tout lu et tout vu comme Émond le spécifie, mais s’il n’y a pas une volonté d’inscrire le cinéma dans une culture au sens large ainsi que dans un rapport intense au monde cela ne peut donner que des objets pauvres, au mieux habiles mais sans contenu. Ce qui, au demeurant, n’a bien sûr rien à voir avec un "art de la référence" : cela pouvant aussi engendrer du factice, car on ne peut mimer ou singer la profondeur à coups de références gratuites. Je crois qu’il faut plutôt tendre vers un art révélant une capacité à restituer la subtilité des choses de la vie par les moyens du cinéma, ce qui ne peut se faire que grâce à l’effort d’une curiosité qui trouve forcément son écho ailleurs, dans d’autres arts, dans la littérature, dans l’histoire, la philosophie, la sociologie et que sais-je encore. Que cela soit conscient ou non. Je ne cherche pas forcément à m’inspirer des grandes oeuvres, mais plutôt à m’inspirer de ce dont les grandes oeuvres s’inspirent. Autrement, un film peut être très simple, être doté d’une efficacité narrative accessible au plus grand nombre et quand même démontrer une intelligence du vécu se jouxtant à quelques-unes des problématiques fondamentales qui traversent les domaines de la pensée et des arts. Une comédie de Woody Allen parvient généralement à provoquer un regard moqueur tout en demeurant absolument rigoureux sur les vérités de la vie. Sous son apparente légèreté, le rire qu’il produit en est alors d’autant plus riche. Il y aurait bien d’autres exemples à donner, pas seulement dans la comédie. Encore une fois cela n’a rien à voir avec la citation, le clin d’oeil ou la référence à vide qui ne sont pas la manifestation d’une profondeur. Je dirais même plutôt que c’est là souvent une grossière erreur malgré quelques contre-exemples ; je pense évidemment à Godard ou encore à Allen, dont une bonne partie de la profondeur des oeuvres consiste justement à invoquer ces références tout en les plaçant au coeur d’une dramaturgie très personnelle (savant dosage peut-être inégalé et inégalable). Cette question étant partiellement éclaircie, je résumerais la nécessité de placer le cinéma au centre d’une culture plus large ne serait-ce que pour le mérite de ce seul objectif : se "construire une intuition", c’est-à-dire acquérir une culture qui allie à la fois une conscience du réel dans laquelle les grandes oeuvres trouvent leur source, mais aussi l’affinement d’une sensibilité personnelle résultant d’une observation constante de l’existence et des rapports humains. À mon sens, tout le défi se trouve là : chercher par tous les moyens possibles à répondre aux exigences du réel au point d’en faire une seconde nature dans la pratique de son art.

Il m’a aussi semblé intéressant de constater qu’Émond écarte d’un revers de la main une certaine sacralisation du savoir-faire technique. Cette dévotion à la technicité (celle du tournage, du scénario, du montage) apparaît parfois comme une sorte de finalité, qui, effectivement, masque l’absence de pensée véritable. Peut-être est-ce une fausse excuse, peut-être qu’au fond un réalisateur, suivant une certaine logique, devrait d’abord être maître de la technique. Pourtant, plusieurs exemples prouvent que cela n’est pas forcément vrai. Il m’est arrivé d’entendre de jeunes réalisateurs connus dont on vantait les capacités techniques dire en entrevue, après 2 ou 3 longs métrages financés et projetés en bonne et due forme, "Voilà, maintenant je vais essayer d’aller plus loin, de dire vraiment des choses !" (ce à quoi ils parviennent rarement, le "mauvais pli" étant déjà inéluctable). D’un autre côté, on peut constater que le premier film ou les premiers films de certains grands cinéastes présentent quelques défauts techniques (prise de son inégale, image hésitante, découpage moins rigoureux que dans les films qui suivront, etc.) souvent liés aux difficultés économiques et au manque d’expérience. Pour moi le chemin est donc inverse, parsemé de doutes (et sûrement d’échecs), et il semble beaucoup plus long et laborieux même si j’aime croire qu’il est peut-être plus payant à long terme. L’expérience, la profondeur d’un vécu, un regard plus raffiné sur les hommes, le monde et l’art ne s’acquiert pas en deux coups de cuiller à pot. Il faut temps et patience. Alors forcément il faut apprendre à devenir maître de sa technique à un moment ou un autre, mais dans quel ordre et cela doit-il avoir préséance ?

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20h17, rue Darling (Réal. : Bernard Émond, 2003)

Images mensongères

Vers la fin de son texte, Émond rappelle "le tort que peuvent causer aux oeuvres et au cinéma national ceux qui pratiquent le métier comme une business, qui flairent les modes et vénèrent le box-office, qui considèrent les films comme des produits ou qui tournent des budgets et non des scénarios". Je suis aussi de cet avis, j’ajouterais néanmoins à cela quelques considérations personnelles, à commencer par le fait que le rejet de tourner "un budget et non un scénario" est aussi vrai pour des films indépendants ou d’auteurs. Il y a eu dans les derniers temps un certain enthousiasme pour des films tournés avec de petits budgets et sans scénario. Or, on vantait partout cela comme si c’était en soi un gage de qualité et de profondeur, mais sans jamais vraiment parler du film et de son contenu (je pense notamment aux États Nordiques, n’en déplaise à tous ceux, et ils sont nombreux, dont je respecte l’intelligence et qui ont aimé ce film). Comme si des vidéos tournés avec peu de moyens grâce à la "légèreté" du cinéma numérique, en apparence quelque peu en marge du système (je dis bien en apparence), portaient automatiquement en eux le germe d’une vision forte et plus proche du réel. Cela n’est qu’un miroir aux alouettes dont il faut se méfier autant que les ressassements de mythes québécois pseudo historiques que l’on voit déferler depuis quelques années sous forme de films grand public. Pour moi, une cinématographie se porte beaucoup plus mal lorsqu’elle produit de mauvais films d’auteurs plutôt que de mauvais films commerciaux. S’emballer ainsi pour des films qui ne sont que le reflet d’une profondeur me terrorise encore plus. Il y a aussi, et il faut le reconnaître, des poncifs d’"auteurs" qui suivent les modes et souscrivent au goût du jour. Ils ont un public moins large, soit, mais la poudre aux yeux qu’ils répandent autour d’eux n’en est pas moins affligeante. Les images mensongères ne sont pas que l’apanage du cinéma dit commercial, elles sont l’apanage du cinéma tout court lorsque celui-ci s’écarte du réel pour glorifier la sensiblerie et l’humour creux d’un côté, et le pathos ou le mélodrame de l’autre. Que ce soit du cinéma grand public ou d’auteur, il s’agit là de manifestations du kitsch. Peu importe le budget ou la forme esthétique.

Certes, quand je vois la flamme qui habite ceux qui créent de pâles copies de cinéma hollywoodien et qui se vantent de faire du "cinéma québécois", je ne peux m’empêcher de me sentir dépité. L’exemple récent d’Érik Canuel (dont les films sont, pour ma part, parmi les plus insupportables des dernières années), à qui on accorde fièrement une grande place dans les médias pour mentionner qu’après 6 longs métrages en 6 ans le bonhomme tente gaiement de se faire connaître à Hollywood (voir entrevue sur Cyberpresse), il y a quelque chose là de profondément pathétique. Je ne veux pas poser un jugement de valeur outre mesure, les gens comme Canuel et ceux qui pensent comme lui peuvent bien s’étouffer avec leurs rêves de paillettes si c’est ce qu’ils veulent. Mais il y a là l’expression d’une partie de ce qu’est devenu le Québec, coupé de ses références et fier de l’être. Quand je pense que notre État accorde l’argent pour 6 longs métrages à un homme qui ne désire que faire des films ailleurs, alors que d’un autre côté on ne donne pratiquement plus rien à des cinéastes comme Jean Pierre Lefebvre qui ont batî notre cinéma de fiction, je ne peux m’empêcher d’être révolté. Est-ce vraiment subjectif de le mentionner ? Il faut bien constater à quel point la collectivité québécoise s’est rendue étrangère à sa propre culture. C’est certainement une grande banalité de le dire, mais comment s’empêcher de constater ce sabordage, cette auto-colonisation aux ravages incalculables ? Les pantins moroses qui décident désormais de la validité des images et qui soumettent à leurs lubies tout ce qui leur défile sous les yeux, règnent désormais en maîtres absolus sur les ruines qu’ils ont engendré.
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Multimédia et nouvelles technologies à l’ère du moi

Cela dit, je ne trouve non plus aucune espèce de porte de sortie vers la diffusion soi-disant accessible et multiforme qu’offre le numérique par l’accessibilité à ses outils. Ces moyens techniques présentent sans nul doute des avantages dont je suis le premier à profiter (surtout en ce qui concerne le tournage et le montage), mais je suis loin de me réjouir comme plusieurs qui y voient une solution à toutes les problématiques de diffusion et même de création. Il y a désormais au Québec tellement de gens qui semblent vouloir "devenir réalisateurs" (pour reprendre l’expression d’Émond), qu’on peut y voir là comme la métamorphose de l’art du cinéma en un simple hobby que tous peuvent pratiquer comme autant de peintres du dimanche. Le cinéaste moderne est très bien équipé, il travaille chez lui, fait ses propres pochettes de DVD et affiche le parcours de ses films sur un "blogue" dans lequel il n’offre aucune réflexion sur sa pratique mais dévoile en revanche tout le professionnalisme repu de sa petite entreprise. Les cinéastes subventionnés présenteront bientôt leurs films en première lors de 5 à 7 mondains dans des lounges, puis rentreront chez eux satisfaits avant de les catapulter en orbite sur Internet dans l’indifférenciation la plus totale. Je ne vois pas cela d’un bon oeil et je suis persuadé qu’abandonner le terrain des réseaux classiques de diffusion (salles et télévision) serait un échec effrayant. Un film doit trouver un public et une résonance dans l’espace public, et non pas se contenter de seulement "flotter" dans l’infini virtuel du multimédia.

Entendons-nous, je ne suis pas réfractaire aux nouvelles technologies (qui posent des questions larges et complexes que je n’ai pas la prétention de saisir entièrement), mais il faudrait qu’elles servent les oeuvres, qu’elles les valorisent. Or, je constate que ce phénomène annihile plutôt l’esprit critique nécessaire pour séparer le bon grain de l’ivraie, constater la différence entre une oeuvre significative et des produits vides et sans intérêt. Quand on ne vante plus que les mérites du contenant, comment peut-on prétendre s’intéresser au contenu ? Ce n’est pas du tout un hasard si notre époque voit naître autant de "collectifs" de cinéma ("Kinoïtes", "Documenteurs" et j’en passe), et c’est encore moins un hasard si ces mouvements ont un véritable succès et sont maintenant largement reconnus par les institutions de tous genres (alors qu’ils prétendent être "en marge", peut-on en rire ?). En des temps qui glorifient le "moi", quoi de mieux donc que l’image pour assouvir cette soif de nihilisme ? ("Il y a trop d’images"...) Voit-on autant de gens se proclamer écrivains sous prétexte qu’un stylo et une feuille de papier ne coûtent rien ? On lance des concours à tous vents ("faites votre film en une semaine, un jour ou quelques heures !"), on organise des séances de projections massives (à l’intérieur même de festivals "sérieux") dans lesquelles chacun des spectateurs est aussi un "cinéaste". Personne ne vient y voir les films des autres, mais tout le monde vient y montrer son petit chef-d’oeuvre of the week sous une pluie d’applaudissements d’autocongratulation. N’oublions pas que l’éclosion d’une armée faite de millions de cinéastes tout aussi libres que clônes, et investigant la vie caméra au poing dans un élan de poésie de cuisine (grâce à une néo-démocratisation des moyens techniques de la vidéo et du cinéma), est d’abord un jeu savamment orchestré par une gigantesque industrie, propriétaire de brevets sur les caméras abordables et de canaux multimédias qu’ils doivent remplir de tout et n’importe quoi (satisfaire l’esprit d’abondance du consumérisme, cela n’est pas nouveau). Je me méfie ainsi de tous ceux qui s’excitent sans recul sur les nouvelles technologies et le multimédia tel un petit chien fébrile sur la jambe d’un étranger. Le numérique est un médium, le multimédia est un contenant. N’y voyons pas autre chose, et n’y projetons pas avant l’heure la promesse de toutes nos illusions.
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Conclusion

En terminant, j’aimerais reproduire ici quelques réflexions écrites par Satyajit Ray, le maître du cinéma Indien (Bengali, plus précisément). Dans ses Écrits sur le cinéma, où il décrit son expérience de cinéaste sur plusieurs décennies à partir des années 50, il fait preuve d’un enthousiasme et d’un esprit de combativité exemplaires. Passionné par le cinéma (Renoir, Carné, Dreyer, De Sica, Kurosawa, Pabst, la Nouvelle Vague), il vit cependant dans une Inde qui ne produit que des comédies musicales mélodramatiques et dans laquelle le public n’a absolument aucun moyen de s’intéresser au cinéma moderne et classique. Qu’à cela ne tienne, l’année de l’indépendance il fonde le premier ciné-club de Calcutta puis s’investit dans des revues où il écrit des articles et critique fortement le cinéma national. Il en vient peu à peu à faire ses propres films et finit non sans peine par se créer une place et être reconnu du public (dont il n’a jamais cessé de vouloir se rapprocher, mais sans concessions). Au-delà, il évoque un tas de considérations liées à sa pratique de cinéaste à l’intérieur du contexte dans lequel il se trouve... Il ne peut se permettre de faire un cinéma aux accents trop avant-gardistes, ce qu’il décrit un peu comme un luxe de bourgeois occidentaux (il ne dit pas cela péjorativement, mais demeure concret par rapport à l’immense fossé qui sépare l’Inde d’un cinéma véritablement moderne) et est soumi à certaines contraintes narratives (l’érotisme dans ses films ne peut qu’être suggestif, ce qui ne lui déplaît pas de toute manière, considérant le cinéma comme l’art de la suggestion). Malgré tout, il parvient à faire exactement le cinéma qu’il veut. Cela dans un pays subissant encore le poids du colonianisme anglais (malgré l’indépendance), mais aussi croulant sous son propre kitsch, sous une complaisance éperdue à l’égard d’une culture nationale assujettie à la folklorisation, au sentimentalisme et au "spectacle" sous sa forme la plus lénifiante (cela vous dit quelque chose ?). Ray a donc trouvé ses propres solutions aux problématiques posées par son pays et son époque. Suivant cette voie, il a réalisé une oeuvre magistrale s’échinant à mettre en lumière la complexité et la beauté de sa culture.

"Aucun cinéaste digne de ce nom, conscient de ses responsabilités envers le public, ne saurait accepter de s’évader longtemps de la réalité. Il doit accepter le défi du monde contemporain, examiner les faits, les jauger, les passer au crible et choisir ceux qui peuvent former la matière première d’un film. Je suis moi-même profondément convaincu de cela, et c’est ce que, en toute humilité, j’ai toujours essayé de faire. Bien plus, j’ai découvert que parfois le refus de toute compromission portait en lui-même sa récompense, et qu’en tout état de cause on se sentait beaucoup mieux dans sa peau quand on avait fait preuve d’un peu d’intransigeance." [1]

"Les studios de Calcutta témoignent de leur long et vénérable passé par toutes les crevasses qui émaillent leurs murs, toutes les déchirures de la toile qui recouvre le plafond. Certaines familles de rongeurs habitent les combles depuis la création de l’industrie. Le sol est plein de trous, la caméra gémit en tournant, le courant baisse dès que la nuit est tombée. Il règne dans tout le bâtiment un affreux air de désolation. Et cependant tout cela ne me gêne pas. Après tout, nous avons l’essentiel de ce qu’il nous faut, et c’est de nous qu’il dépend maintenant que le film soit bon ou mauvais. C’est l’absence de moyens qui nous contraint à l’économie et à l’invention, nous empêchant de faire de la technique une fin en soi. Et tâcher de créer de la beauté au milieu de cette misère et de ce dénuement a quelque chose de merveilleusement exaltant." [2]

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Ray en tournage

Notes

[1Propos tenus en 1958, pp.48-49, Écrits sur le cinéma, Ramsay Poche Cinéma

[2Propos tenus en 1966, p.71, Écrits sur le cinéma, Ramsay Poche Cinéma

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