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	<title>Hors Champ</title>
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		<title>L'ENFERM&#201; - PARTIE II</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Godin</dc:creator>

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

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		<dc:subject>Simon Lavoie</dc:subject>
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		<description>L'art n'est pas fait pour exposer des id&#233;es. -Maurice Merleau-Ponty, Le cin&#233;ma et la nouvelle psychologie &lt;br /&gt;(Ce texte fait suite &#224; l'article Le Mis&#233;rable paru en f&#233;vrier 2012) &lt;br /&gt;En parlant de Laurentie, plusieurs commentateurs affirmaient que devant ce film coup de poing qui avait tant de choses int&#233;ressantes &#224; dire, il ne fallait surtout pas s'arr&#234;ter aux sc&#232;nes choquantes de sexualit&#233;. Et si nous nous y arr&#234;tions ? &lt;br /&gt;En premier lieu, il faut voir comment ces images montrent (...)


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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton496.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;100&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'art n'est pas fait pour exposer des id&#233;es. -Maurice Merleau-Ponty&lt;/i&gt;, Le cin&#233;ma et la nouvelle psychologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Ce texte fait suite &#224; l'article &lt;a href=&quot;http://horschamp.qc.ca/LE-MISERABLE.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le Mis&#233;rable&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; paru en f&#233;vrier 2012)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En parlant de Laurentie, plusieurs commentateurs affirmaient que devant ce film coup de poing qui avait tant de choses int&#233;ressantes &#224; dire, il ne fallait surtout pas s'arr&#234;ter aux sc&#232;nes choquantes de sexualit&#233;. Et si nous nous y arr&#234;tions ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En premier lieu, il faut voir comment ces images montrent une certaine indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard du spectateur. Pour un cin&#233;ma qui s'affirme explicitement ou implicitement contre certains codes hollywoodiens &#171; manipulateurs &#187;, les auteurs finissent par manipuler autant sinon plus le spectateur par d'autres moyens ; en cherchant notamment &#224; ne pas tout montrer et &#224; ne pas imposer de jugements de valeurs, &#224; &#233;viter les personnages &#171; psychologis&#233;s &#187; ou les discours moralisateurs [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb1&quot; name=&quot;nh1&quot; id=&quot;nh1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Je tiens &#224; souligner ici que, quand il est question par exemple de faux (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]. On se rendra compte par exemple que les auteurs ne laissent pas plus &#171; respirer &#187; mentalement le spectateur avec des images sexuelles. En deuxi&#232;me lieu, nous verrons comment ces longues s&#233;quences nuisent &#233;galement &#224; l'effet d'accumulation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour &#233;viter d'affronter la question de l'image sexuelle, un fin journaliste affirmait r&#233;cemment qu'&#224; notre &#226;ge (plus de 30 ans) et &#224; notre &#233;poque il &#233;tait normal de ne plus se scandaliser du sexe cru au cin&#233;ma. Par cette affirmation, ce commentateur montre bien comment l'utilisation de sexe cru est devenue quelque chose de convenu qui fait partie des codes m&#234;mes de l'art qui se veut choquant tout en r&#233;pondant d&#233;j&#224; &#224; un type de marginalit&#233; conformiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Doit-on vraiment rappeler que si la r&#233;ception morale d'une image sexuelle se transforme au gr&#233; des soci&#233;t&#233;s et des individus, la r&#233;ception instinctive restera toujours la m&#234;me ? &#201;videmment, selon les habitudes qu'un individu ou une soci&#233;t&#233; aura d&#233;velopp&#233;es, le degr&#233; de sensibilit&#233; ou d'insensibilit&#233; ne sera pas le m&#234;me devant une m&#234;me image, mais &#224; moins d'&#234;tre un ange ou d'&#234;tre dans son corps de gloire, tant que l'&#234;tre humain sera un animal dans un corps de chair avec un organe sexuel, il sera interpel&#233; dans ses pulsions sexuelles en voyant des images suggestives ou explicites. Tr&#232;s souvent, surtout dans le cin&#233;ma hollywoodien, la sexualit&#233; est pr&#233;sent&#233;e comme extension de l'amour ou de l'affection entre des personnages. L'image sexuelle explicite est celle qui se d&#233;tache presque compl&#232;tement d'un contexte affectueux, le sexe comptant pour lui-m&#234;me entre les personnages tout comme dans sa perception par le public. En montrant ce type d'images &#224; un spectateur, ce sera donc toujours pour provoquer une r&#233;action morale ou sexuelle. Il est donc tout naturel de se demander comment et pourquoi les auteurs de Laurentie ont voulu utiliser ce type d'images. Dans quelle mesure une image sexuelle explicite peut-elle &#234;tre de l'ordre de l'affect ou de la pens&#233;e ?&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3320 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH246/02_laurentie_louis_salle_de_bain-43b11.jpg' width='450' height='246' alt='JPEG - 67.2 ko' style='height:246px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; chacun ses pr&#233;f&#233;rences et ses d&#233;go&#251;ts mais il n'existe et n'existera jamais une image sexuelle neutre. L'image pornographique ou quasi-pornographique (on ne voit pas la p&#233;n&#233;tration mais tout le reste y est) est donc absolument et toujours tr&#232;s charg&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'elle laisse peu ou pas d'espace &#224; l'interpr&#233;tation ou &#224; l'imagination. Quand on voit par exemple un acteur se masturber longuement &#224; l'&#233;cran (le p&#233;nis en &#233;vidence, aucun hors champ), le personnage s'efface et il n'y a plus de distance entre le spectateur et l'acteur. Le spectateur regarde &#8211; en diff&#233;r&#233; &#8211; un acteur qui s'est masturb&#233; devant une cam&#233;ra. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Laurentie&lt;/i&gt;, on a rapidement compris l'illustration, la xi&#232;me figure didactique qui soulign&#233;e tr&#232;s lourdement nous indique que Louis essaie de compenser sa frustration. Il vient en effet de tenter de s'int&#233;grer &#8211; sans r&#233;el succ&#232;s - dans le milieu anglophone en se pr&#233;sentant au party de son voisin. Personne ne lui parle, pas m&#234;me son voisin, et il essuie un &#233;chec en abordant une fille anglophone qui lui plaisait. Louis se retrouve donc &#224; la salle de bain pour une s&#233;ance de lib&#233;ration. Lorsqu'il commence &#224; se toucher, on a tout de suite compris ce que les auteurs voulaient nous faire comprendre. Alors pourquoi faire durer ce plan fixe ? Certains y ont vu une indication importante dans son incapacit&#233; de jouir, une forme d'&#233;cho aux autres incapacit&#233;s du personnage de Louis. Cette fin de s&#233;quence ne me semble pas &#224; la hauteur de cette explication. Nous pourrions aussi bien y voir une incapacit&#233; des r&#233;alisateurs &#224; bien finir une s&#233;quence. S'il ne peut pas jouir, pourquoi ne pas le montrer qui abandonne ? S'il peut jouir, pourquoi ne pas aller au bout de l' &#171; audace &#187; au lieu de le montrer s'enfiler une bouteille de shampoing ? Et m&#234;me si c'&#233;tait le cas, il est difficile de voir comment cette fin justifierait la longueur de ce qui pr&#233;c&#232;de.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette fa&#231;on frontale de pr&#233;senter la sexualit&#233; s'&#233;tait produite dans la longue s&#233;quence en plan fixe o&#249; Louis prenait sa compagne en levrette. Le spectateur est aussi gratifi&#233; d'une variante quand Louis se masturbe devant un film pornographique au travail (et que le t&#233;l&#233;phone sonne dans ce qu'on imagine &#234;tre un &#233;lan d'humour). Il y a certes quelques explications possibles et certains en ont trouv&#233;es quelques-unes (comme montrer que Louis est travers&#233; comme par la foudre par la banalit&#233;, l'&#233;chec et le d&#233;sabusement dans toutes les sph&#232;res de sa vie) mais aucune ne me semble justifier les choix de mise en sc&#232;ne et surtout &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;la dur&#233;e&lt;/strong&gt; de ces plans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a une contradiction dans la m&#233;thode des auteurs. D'un c&#244;t&#233; il y a un d&#233;sir de ne rien expliquer de ce que vit ou pense la compagne de Louis pour laisser au spectateur tout l'espace mental et le loisir d'imaginer. Puis ce personnage herm&#233;tique duquel nous ne savons rien nous est brusquement pr&#233;sent&#233; compl&#232;tement nu et en plein acte sexuel sans que nous n'en apprenions davantage sur lui. M&#234;me un simple photogramme d'une telle sc&#232;ne est de l'ordre de l'imposition pire qu'un personnage psychologis&#233; qui impose un discours, une morale ou un jugement au spectateur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand un spectateur voit frontalement un acte sexuel cru dans un cin&#233;ma, comment peut-il r&#233;agir ? Tout d'abord il sent qu'on lui impose quelque chose. L'image l'excite, le d&#233;go&#251;te ou l'indiff&#232;re et surtout il se demande s'il a envie d'assister &#224; ce spectacle en salle avec des inconnus assis tout autour de lui. Ici il faut sortir des mots bien peu &#224; la mode mais qui renvoient pourtant &#224; ce qui demeure une r&#233;alit&#233;. Est obsc&#232;ne ce qui offense la pudeur par des repr&#233;sentations &#224; caract&#232;re sexuel. La pudeur quant &#224; elle est la g&#234;ne ou la honte devant des choses de nature sexuelle. La g&#234;ne vient du fait que dans la m&#234;me situation, notre dignit&#233; (respect de soi), nous interdirait de nous donner en un tel spectacle. Ce qui est absolument certain, c'est que cette image n'est pas neutre et qu'elle oblige le spectateur &#224; garder une certaine contenance (dignit&#233;, pudeur) tout au long de l'acte. Si l'image laisse peu de place &#224; l'interpr&#233;tation, c'est que deux corps qui s'accouplent ne repr&#233;sentent pas grand-chose d'autre que&#8230; deux corps qui s'accouplent. M&#234;me les plus intellectuels du groupe qui trouvent un peu d'espace mental pour penser dans de tels moments n'ont pas beaucoup &#224; penser au fur et &#224; mesure que l'action primitive se r&#233;p&#232;te et s'&#233;tire (encore la question de la dur&#233;e). &#171; La vie de Louis est terne, tellement que m&#234;me sa vie sexuelle est banale. Il ne r&#233;ussit pas &#224; satisfaire sa partenaire. Il n'est pas &#233;panoui. &#187; Tout &#231;a se comprend en quelques secondes et il reste plusieurs minutes pour se demander si on doit &#234;tre excit&#233;, &#234;tre d&#233;rang&#233; ou regarder ailleurs. Plus on fait durer une telle s&#233;quence sans rupture, plus on impose en continu une image surcharg&#233;e qui pourtant se d&#233;charge au fur et &#224; mesure o&#249; elle survient, plus on se d&#233;tache de l'ensemble du film en plongeant le spectateur dans des pulsions qui n'ont rien &#224; voir avec l'ensemble du film, moins on est branch&#233; sur la partie qui pr&#233;c&#233;dait et celle qui suit, moins on est ad&#233;quat. C'est que ce type d'image ne peut gagner plus de sens par la dur&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3322 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH246/02_laurentie_louis_travail_porno-020a1.jpg' width='450' height='246' alt='JPEG - 59.6 ko' style='height:246px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On en arrive donc &#224; parler de l'absence d'accumulation. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, Bazin &#233;crivait que dans le syst&#232;me bressonien : &#171; Elle [l'image] accumule plut&#244;t une &#233;nergie statique, comme les lames parall&#232;les d'un condensateur. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Si une image, regard&#233;e &#224; part, exprime nettement quelques chose, si elle comporte une interpr&#233;tation, elle ne se transformera pas au contact d'autres images. Les autres images n'auront aucun pouvoir sur elle, et elle n'aura aucun pouvoir sur les autres images. Ni action, ni r&#233;action. Elle est d&#233;finitive et inutilisable dans le syst&#232;me du cin&#233;matographe. (Un syst&#232;me ne r&#232;gle pas tout. Il est une amorce &#224; quelque chose.) &#187; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb2&quot; name=&quot;nh2&quot; id=&quot;nh2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Bresson R., Notes sur le cin&#233;matographe, Gallimard, Collection folio, (...)' &gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'image sexuelle explicite exprime nettement quelque chose dans Laurentie, et &#224; chaque fois la dur&#233;e de l'acte sexuel est disproportionn&#233;e par rapport &#224; l'&#233;nonc&#233; tr&#232;s &#233;vident et simpliste (comme &#171; il ne peut m&#234;me pas jouir &#187;). Les acteurs sont donc r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de purs accessoires dans le but d'exciter le public ou plus probablement de le provoquer. Ces plans &#171; provocateurs &#187; (mais si peu puisqu'on a pass&#233; l'&#226;ge de se scandaliser) n'aident en rien l'ensemble du film puisque chaque fois ils se terminent aussi vides qu'ils ont commenc&#233;, n'ajoutant rien &#224; ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233; ou qui va suivre. Si l'image sexuelle explicite &#171; se vide &#187; au fur et &#224; mesure, c'est qu'elle est l'image avec le moins de potentiel, qui est la plus ferm&#233;e sur elle-m&#234;me. Quand une personne a une activit&#233; sexuelle intense, tout son corps, toute sa pens&#233;e se concentre sur l'acte, il n'y a tr&#232;s peu ou pas de place pour &#171; l'entre &#187;. Le manque d'espace pour &#171; l'entre &#187; dans la repr&#233;sentation de l'acte sexuel se fait donc double chez le spectateur. D'une part, ce dernier se trouve lui-m&#234;me interpel&#233; dans ses propres pulsions et peut difficilement rester neutre et pensif face &#224; ces images (m&#234;me s'il fait tout pour faire &#171; comme si de rien n'&#233;tait &#187;). D'autre part, il ne peut pas se demander &#171; que pense ou que ressent le personnage en ce moment ? &#187; et chercher &#224; donner un sens dans l'ensemble du film alors que le personnage est dans une activit&#233; sexuelle intense.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'&#233;quilibre fragile entre les plans &#233;conomes de Laurentie, ces trois sc&#232;nes, ces trois coups d'&#233;clats provocateurs, ne r&#233;ussissent pas &#224; ajouter du sens et participent m&#234;me inversement &#224; &#233;roder la coh&#233;rence de l'&#339;uvre. Ils d&#233;montrent que les auteurs ne se posent pas toutes les questions sur l'utilit&#233; d'un plan dans la construction de leur personnage ainsi que sur la valeur d'une image (surtout sexuelle).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette question de la repr&#233;sentation de la sexualit&#233; pourrait tr&#232;s facilement faire l'objet d'un article en soi, mais terminons ce volet en nous posant cette question : tout comme Louis est un anti-h&#233;ros dans un syst&#232;me manich&#233;en invers&#233;, la sexualit&#233; ne serait-elle pas de l'ordre du puritanisme invers&#233; ? [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb3&quot; name=&quot;nh3&quot; id=&quot;nh3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Une telle &#233;tude nous am&#232;nerait &#224; plonger au moins en psychologie et en (...)' &gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question n'est pas nouvelle, par exemple Francis Parker Yockey pose le probl&#232;me dans ces termes dans les ann&#233;es 1940 &#171; L'&#233;rotisme occidental, fond&#233; sur la chevalerie de l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, avec l'imp&#233;ratif de l'honneur concomitant des si&#232;cles d'histoire occidentale, a &#233;t&#233; chass&#233;. L'id&#233;al de Wedekind [Frank Wedekind, 1864-1918], le d&#233;formeur de Culture qui pr&#244;nait la vie de boh&#234;me obligatoire en Europe au tournant du 20&#232;me si&#232;cle, a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par le r&#233;gime d&#233;formeur de Culture en Am&#233;rique. Le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;puritanisme invers&#233;&lt;/i&gt; a surgi. Dans ce nouveau sentiment, la perspective puritaine est conserv&#233;e dans les questions sexuelles seulement pour s'en moquer dans le cin&#233;ma et la litt&#233;rature. &#187; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb4&quot; name=&quot;nh4&quot; id=&quot;nh4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Voir l&amp;#39;extrait tir&#233; du livre Imperium' &gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3321 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH247/02_Louis_Rosalie-3212b.jpg' width='450' height='247' alt='JPEG - 66.5 ko' style='height:247px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Michel Drac &#233;crivait &#224; ce sujet : &#171; De la concomitance de ces deux constats [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5&quot; name=&quot;nh5&quot; id=&quot;nh5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] &#171; Premier constat : ce sont les anciens pays puritains qui ont (...)' &gt;5&lt;/a&gt;], une hypoth&#232;se : la pornographie de masse est l'instrument d'un nouveau puritanisme, un puritanisme qui &#233;vacue le sexe non plus en refusant de le repr&#233;senter, mais au contraire en l'enfermant dans la repr&#233;sentation. Derri&#232;re la mutation radicale des repr&#233;sentations, du puritanisme &#224; la pornographie, il existe peut-&#234;tre une continuit&#233; dans le besoin de r&#233;pression, d'enfermement, de contr&#244;le exerc&#233; par le surmoi sur les pulsions. &#187; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb6&quot; name=&quot;nh6&quot; id=&quot;nh6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] Article paru en 2009 dans la Revue du Minotaure (&#224; ne pas confondre (...)' &gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans leur cin&#233;ma hollywoodien invers&#233;, les auteurs de Laurentie bouclent la boucle. Ils ont enferm&#233; la sexualit&#233; dans la repr&#233;sentation tout comme leurs id&#233;es brouillonnes, leurs personnages, la culture, l'Autre et m&#234;me l'esth&#233;tique cin&#233;matographique. Rien n'est ouvert qui permettrait la restitution du r&#233;el, tout est r&#233;pression et contr&#244;le (ou perte de contr&#244;le) sur les pulsions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les sc&#232;nes sexuelles ne sont pas les seules &#224; &#234;tre orphelines, autistes, dans un syst&#232;me qui peine &#224; trouver son fil conducteur. La sc&#232;ne o&#249; Louis &#233;coute l'Impromptu de Sib&#233;lius avec ses deux amis en fait aussi partie. Disons-le tout de suite, la sc&#232;ne est touchante, mais elle l'est seulement gr&#226;ce &#224; la pi&#232;ce de Sib&#233;lius et non pas par la mise en sc&#232;ne. En cela, elle rappelle beaucoup l'effet provoqu&#233; par les vid&#233;os amateurs de famille (mariages, b&#233;b&#233;s, anniversaires, f&#234;tes) sur lesquels on plaque quelques classiques pour &#233;mouvoir le public.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cette sc&#232;ne, on retrouve Louis avec ses amis dans sa cuisine apr&#232;s une xi&#232;me ellipse fort utile qui &#233;vite aux auteurs de le montrer en train de communiquer comme quelqu'un de normal. Le plan est banalement cadr&#233;, les pieds sont presque coup&#233;s, la lampe ordinaire pend dans le champ, l&#233;g&#232;rement d&#233;centr&#233;e, et la cha&#238;ne st&#233;r&#233;o (comme les &#233;lectrom&#233;nagers) n'&#233;chappe pas &#224; l'&#339;il de la cam&#233;ra &#224; gauche. C'est que dans son grand d&#233;sarroi, dans sa chute, Louis a invit&#233; ses amis &#224; prendre une bi&#232;re dans la cuisine et il leur fait finalement &#233;couter l'Impromptu de Sib&#233;lius en entier. Encore une fois on ne comprend pas trop pourquoi ses amis se conforment &#224; son malaise. Pourquoi se contentent-ils de jouer avec leurs capsules de bouteille de bi&#232;re ? Pourquoi ne parlent-ils pas entre eux ? Pourquoi ne cherchent-ils pas &#224; comprendre leur ami ? Pourquoi &#233;coutent-ils la pi&#232;ce au complet avec un air incertain d'acteur mal dirig&#233; ou en rigolant (il n'y a que Louis qui pleure &#224; un certain moment, loin au fond du plan) ? La seule chose qui sauve cette sc&#232;ne, c'est qu'on a plaqu&#233; une magnifique musique classique pour, non pas soutenir, mais litt&#233;ralement prendre la place d'images impuissantes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme pour la question fascinante de la sexualit&#233; au cin&#233;ma, la question tout aussi in&#233;puisable du rapport entre la musique et le film pourrait faire l'objet d'un article complet, m&#234;me avec l'analyse de ce seul plan-s&#233;quence de l'Impromptu. Posons au moins quelques constats.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; ce moment pr&#233;cis du film, on veut nous montrer un moment de vuln&#233;rabilit&#233;, de sensibilit&#233; de Louis, presque d'ouverture, m&#234;me s'il ne parle pas &#224; ses amis. Or les auteurs d&#233;cident de prendre un chemin difficile, car si &#171; motion is emotion &#187; comme disait Douglas Sirk, ce moment d'ouverture se produit dans un cadre fixe qui emprisonne les personnages dans l'univers clos de l'appartement du d&#233;but &#224; la fin. Comme si cela ne suffisait pas, Louis s'isole encore plus en fermant la porte et la fen&#234;tre puis en &#233;teignant m&#234;me le r&#233;frig&#233;rateur &#8211; c'est tout juste s'il n'&#233;teint pas les lampes ou s'il ne couvre pas carr&#233;ment l'objectif de la cam&#233;ra. Si un cin&#233;aste &#171; &#233;crit &#187; avec sa cam&#233;ra, ici le choix est d'&#234;tre immobile et distant. Il y a une sorte de n&#233;gation ou d'annihilation du sentiment en m&#234;me temps qu'on l'aborde. Audacieux ou malhabile ? On pourrait dire les deux &#224; la fois. C'est que le syst&#232;me atteint ses limites et s'&#233;croule. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans&lt;/i&gt; l'image elle-m&#234;me, rien n'est mis en sc&#232;ne pour susciter l'&#233;motion qui pourtant justifie l'existence de la sc&#232;ne. Louis pleure discr&#232;tement au fond du plan - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;illustrant&lt;/i&gt; ainsi la douleur -, mais rien n'a &#233;t&#233; mis en place dans les sc&#232;nes pr&#233;c&#233;dentes, pas plus que dans la sc&#232;ne qui se d&#233;roule, pour que le spectateur en soit interpel&#233;. Dans ce lieu clos, non seulement la cam&#233;ra ne transmettra rien sinon l'absence de mouvement, mais les personnages eux-m&#234;mes resteront physiquement au m&#234;me endroit tout en ne disant rien. Il y a bien quelques r&#233;actions physiques h&#233;sitantes, mais comme nous sommes maintenus &#224; distance dans un cadre rigide, et bien nous restons distants. C'est pour ces raisons que le seul facteur agissant (&#171; motion &#187;) de cette sc&#232;ne semble reposer sur une musique d&#233;j&#224; &#233;tablie (et qui n'est m&#234;me pas compos&#233;e pour le film), c'est que rien dans le lieu, la mise en sc&#232;ne, les couleurs, l'&#233;chelle de plan, l'angle ou le mouvement de cam&#233;ra ne semble pouvoir ou vouloir nous communiquer &#8211; pour soi-m&#234;me - quelque chose de l'ordre des sentiments.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3317 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH742/02_laurentie_sibelius_w-024ef.jpg' width='450' height='742' alt='JPEG - 125.2 ko' style='height:742px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='ttl'&gt;&lt;strong&gt;Impromptu de Sib&#233;lius dans Laurentie&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans&lt;/i&gt; l'image elle-m&#234;me, rien n'est mis en sc&#232;ne pour susciter l'&#233;motion qui pourtant justifie l'existence de la sc&#232;ne.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les auteurs ont voulu utiliser &#224; juste titre la musique pour cr&#233;er une &#171; rupture d'&#233;quilibre sensoriel &#187;, ils ne font cependant que s'efforcer de juxtaposer dans la dur&#233;e un moyen d'expression &#224; l'expression visuelle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;au-dessus&lt;/i&gt; de la mati&#232;re plastique de l'image afin de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;traduire&lt;/i&gt; le contenu sentimental qui aurait d&#251; se trouver &#224; l'interne par des moyens cin&#233;matographiques. [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb7&quot; name=&quot;nh7&quot; id=&quot;nh7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] Lors de la conf&#233;rence &#171; Le cin&#233;ma et la nouvelle psychologie &#187; donn&#233;e (...)' &gt;7&lt;/a&gt;] Au lieu d'un syst&#232;me de correspondances, on assiste &#224; une pure substitution des affects. Comme si cette juxtaposition musicale ne suffisait pas, on finit la sc&#232;ne en juxtaposant un autre moyen d'expression par un po&#232;me &#233;crit qui appara&#238;t &#224; l'&#233;cran.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Soulignons aussi cette r&#233;cup&#233;ration de la po&#233;sie qu&#233;b&#233;coise transpos&#233;e, compl&#232;tement plaqu&#233;e &#224; l'&#233;cran &#224; divers moments. On peut citer ou pasticher &#224; la mani&#232;re d'un Woody Allen, Godard, Fassbinder, Wenders ou Tarkovski (quand son p&#232;re lit sa propre po&#233;sie dans Miroir), mais il y a ici une appropriation trop litt&#233;rale. Les ma&#238;tres de la musique ou de la litt&#233;rature ont pass&#233; leur vie &#224; travailler leur art, &#224; manier les affects selon un certain mode d'expression ; de les reprendre dans une d&#233;marche cin&#233;matographique, pourquoi pas, mais il y a ici quelque chose de l'ordre du pillage qui vise &#8211; ou du moins para&#238;t viser - simplement &#224; masquer la pauvret&#233; de sa propre d&#233;marche. Il ne suffit pas d'avoir l'id&#233;e de faire dialoguer le pass&#233; et le pr&#233;sent, il faut trouver comment l'inscrire de mani&#232;re efficace dans le langage cin&#233;matographique. On peut passer sa vie &#224; chercher comment faire une image po&#233;tique, mais on peut aussi plaquer des citations d'une anthologie sur des images banales, faire des ellipses, &#233;crire des dialogues ataxiques, mettre des acteurs devant une cam&#233;ra fixe et pourquoi ne pas plaquer un peu de musique classique. Il y en aura toujours pour y voir un vrai travail. Comme disait David Dobel (Woody Allen) dans le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Anything Else&lt;/i&gt; : &#8220;You know, Falk, if a guy comes out onstage at Carnegie Hall and throws up, you can always find some people who will call it art.&#8221;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;dl class='illustation spip_document_3330 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH246/02_laurentie_meurtre-d3920.jpg' width='450' height='246' alt='JPEG - 42.2 ko' style='height:246px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans une entrevue accord&#233;e &#224; CHOQ, le 12 octobre 2011, Mathieu Denis affirmait que : &#171; si on &#233;tait cynique, on n'aurait pas fait le film, on se serait &#233;cras&#233;s dans nos salons et puis &#231;a aurait &#233;t&#233; &#231;a qui aurait &#233;t&#233; &#231;a. Ce n'est pas un acte cynique. C'est s&#251;r qu'il y a des gens qui trouvent que c'est un portrait tr&#232;s sombre du monde dans lequel on vit. &#192; cette remarque, nous opposons que nous trouvons qu'il s'agit d'un portrait r&#233;aliste sans fard, sans compromis. Nous c'est ce qu'on voit, c'est ce qu'on vit aussi, parce qu'on le dit aussi, Louis, c'est nous. Ce n'est pas inspir&#233; d'une esp&#232;ce de fou furieux qu'on croise ici et l&#224;. On s'est vraiment commis, c'est nous qu'on a mis &#224; l'&#233;cran. &#201;videmment en allant un peu plus loin que ce que nous avons fait dans notre vie, mais reste que c'est ce qu'on vit, c'est ce qu'on voit, c'est ce qu'on ressent. Rien de plus, rien de moins. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Faire des films plut&#244;t que de se suicider ou de commettre des meurtres, on ne peut qu'&#234;tre d'accord (et soulag&#233;s). D&#233;j&#224; en cr&#233;ant ce film et en voulant susciter des d&#233;bats, les auteurs prouvent que la jeunesse d&#233;sabus&#233;e qu'ils d&#233;peignent, ce n'est pas eux. Parce que ce d&#233;sir de cr&#233;er, d'&#234;tre, d'exprimer leur vision du monde, ils l'ext&#233;riorisent. D&#233;j&#224; Louis n'est plus compl&#232;tement &#171; eux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette affirmation, que &#171; Louis, c'est nous. &#187; rend la compr&#233;hension du film compliqu&#233; quand on l'oppose &#224; une autre affirmation toute aussi importante des cin&#233;astes : &#171; &#8230;mais &#231;a cr&#232;ve les yeux &#224; Montr&#233;al. Il y a une sorte de repli et d'ignorance des Qu&#233;b&#233;cois de souche &#224; l'&#233;gard des anglophones et des allophones. &#199;a demeure un sujet tabou. Notre film, c'est un peu H&#233;rouxville. Devant l'absence de certitudes, on trouve refuge dans le terroir et les ceintures fl&#233;ch&#233;es. &#187; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb8&quot; name=&quot;nh8&quot; id=&quot;nh8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] Normand Provencher, &#171; Laurentie : avoir mal &#224; son Qu&#233;bec &#187;, Le Soleil, (...)' &gt;8&lt;/a&gt;]. Essayons de ne pas nous perdre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Selon ces deux affirmations, Denis et Lavoie se d&#233;peignent dans leur film comme individus et comme g&#233;n&#233;ration mais ils s'accusent en m&#234;me temps parce que Louis tue son voisin anglophone. Est-ce leur fantasme x&#233;nophobe personnel ? Iraient-ils jusqu'&#224; dire que c'est le fantasme de leur g&#233;n&#233;ration ? Que c'est ce qui attend les Qu&#233;b&#233;cois ? Ce geste ne peut renvoyer qu'au futur puisqu'il ne correspond &#224; rien dans l'histoire des Fran&#231;ais en Am&#233;rique. Une sociologue d'origine sud-am&#233;ricaine t&#233;moignait un jour qu'en suivant un cours d'histoire du Qu&#233;bec, elle attendait d'un cours &#224; l'autre de voir &#224; quel moment &#8211; comme toutes les autres nations en Am&#233;rique - nous avions v&#233;cu notre massacre honteux, notre g&#233;nocide, notre guerre civile, notre dictature ou notre r&#233;volution sanglante et qu'&#224; sa grande surprise nous &#233;tions &#224; peu pr&#232;s la seule nation &#224; avoir travers&#233; les si&#232;cles sans bain de sang. Alors d'o&#249; sort ce geste violent et qu'exprime-t-il r&#233;ellement ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme l'&#233;crivait Serge Daney, on ne se pose m&#234;me plus la question simple : ces films ressemblent-ils &#224; la vie quotidienne ? Ce personnage de Louis, tellement mal dans sa peau et repli&#233; sur lui-m&#234;me repr&#233;sente-t-il le Qu&#233;bec ? H&#233;rouxville ? Les Qu&#233;b&#233;cois ? Les jeunes ? Ironiquement, ce Qu&#233;b&#233;cois ne ressemble &#224; rien de ce qu'on conna&#238;t des gens des r&#233;gions, ni m&#234;me des racistes, des x&#233;nophobes ou des conservateurs, mais il ressemble &#233;trangement &#224; une vision de jeunes bourgeois urbains en mal de vivre et d&#233;connect&#233;e du monde r&#233;el. Cette vision outrageusement d&#233;faitiste et sombre est beaucoup plus pr&#232;s d'une lubie de coll&#233;giens que d'un regard mature sur la vie.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3318 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH247/02_Louis_Laurentie_crise_rue-f0ee5.jpg' width='450' height='247' alt='JPEG - 62.1 ko' style='height:247px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les auteurs de Laurentie se sont lanc&#233;s dans une autoflagellation sans &#233;quivoque, sans nuances, en d&#233;peignant une caricature du Repli qu&#233;b&#233;cois. Ils ont eu l'image d'un avorton du d&#233;but &#224; la fin et c'est ce qu'ils ont repr&#233;sent&#233;. &#171; On trouvait &#231;a consternant qu'on jette la pierre aux immigrants. C'est vraiment vers nous qu'il faudrait porter le miroir. C'&#233;tait &#231;a, l'id&#233;e du film. &#187; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb9&quot; name=&quot;nh9&quot; id=&quot;nh9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[9] Maxime Demers, &#171; Le d&#233;sespoir qu&#233;b&#233;cois &#187;, Le Journal de Montr&#233;al, 22 (...)' &gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quel d&#233;bat pourrait-il donc y avoir devant une telle sentence ? Le Qu&#233;b&#233;cois est coupable, mais qui est cet Autre ? &#171; Montr&#233;al est une ville o&#249; il y a des anglophones, des francophones et des immigrants. On a l'impression que tout le monde vie en harmonie, mais, dans les faits, les gens vivent s&#233;par&#233;ment et il n'y pas vraiment de m&#233;lange. Il n'y a pas de m&#233;lange et il y a m&#234;me une m&#233;connaissance de l'autre. &#187; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb10&quot; name=&quot;nh10&quot; id=&quot;nh10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[10] &#171; Le d&#233;sespoir qu&#233;b&#233;cois &#187;' &gt;10&lt;/a&gt;] Quel pas Laurentie fait-il pour nous faire conna&#238;tre la r&#233;alit&#233; de cet Autre ? Quelle est leur propre ouverture sur l'autre ? Ne participent-ils pas davantage &#224; exacerber le noir repli qu'ils d&#233;noncent si p&#233;remptoirement ? Rien ne nous est donn&#233; dans le film except&#233; l'image d'un jeune &#233;tudiant anglophone menant une vie insignifiante et dissip&#233;e sur laquelle aucun discours n'a prise. Il n'y a en effet aucun enjeu r&#233;el sur lequel r&#233;fl&#233;chir. Qui sont les immigrants ? Comment vivent-ils ? Que font-ils ou pas pour s'int&#233;grer ? Qui sont les anglophones ? Que font-ils pour ou contre les francophones ou les immigrants (&#224; part lancer des peanuts dans un bar) ? Qui sont les francophones ? Que font-ils pour ou contre les anglophones ou les immigrants ? Quelles sont les contradictions dans chacun des groupes ? Que dire des Canadiens fran&#231;ais qui sont les meilleurs combattants contre le fait fran&#231;ais ? Quelles sont les diff&#233;rences entre les gens des r&#233;gions et les gens des m&#233;tropoles, entre les g&#233;n&#233;rations ? Quelle est la diff&#233;rence entre la x&#233;nophobie qu&#233;b&#233;coise et celle d'ailleurs ? Comment la soci&#233;t&#233; de consommation et la banalit&#233; se manifestent-ils et affectent-ils &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;particuli&#232;rement&lt;/strong&gt; l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise ? Autant de th&#232;mes qui ne sont pas abord&#233;s et desquels au lieu de nous rapprocher, m&#234;me obliquement, on nous &#233;loigne au contraire avec ce portrait unidimensionnel du Qu&#233;b&#233;cois repli&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3319 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH246/02_Laurentie_Louis_cuisine-7604f.jpg' width='450' height='246' alt='JPEG - 80.3 ko' style='height:246px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La plus grande d&#233;ception dans Laurentie vient probablement du personnage de Louis au travers duquel on per&#231;oit l'embryon d'un homme absurde. Pour en arriver &#224; sa naissance, il aurait fallu l'incarner autrement que dans un personnage path&#233;tique et larmoyant portant sur ses &#233;paules le poids de cette id&#233;ologie confuse. Le personnage en crise se rend compte de la banalit&#233; du monde et se demande si la vie vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cue. C'est contre la banalit&#233; et l'habitude que Louis rumine quand il colle des &#233;tiquettes dans le local sombre de son lieu de travail ou qu'&#224; la caf&#233;t&#233;ria il assiste muet &#224; des conversations qui ne l'int&#233;ressent pas sur les conditions de travail ou la maternit&#233;. Entre les bars, le party branch&#233; d'&#233;tudiants et la po&#233;sie et la musique classique, Louis se cherche. Il se rend compte qu'il est en voie de devenir comme tout le monde : soci&#233;t&#233; de consommation, travail routinier, lunchs dans des plats de plastique dans une caf&#233;t&#233;ria &#233;clair&#233;e aux n&#233;ons, femme, enfant, petite bi&#232;re entre amis et la bonne recette de tarte &#224; la rhubarbe de maman avec de la cr&#232;me glac&#233;e Coaticook. Seuls les auteurs savent ce qui les int&#233;ressait vraiment au d&#233;part, et peut-&#234;tre est-ce d&#251; au fait qu'ils sont deux cr&#233;ateurs, mais l'aspect culturel vient avorter cette recherche identitaire de Louis. Quand Louis tue son voisin, on est rendu bien loin de la question de la banalit&#233; et de la naissance d'une forme d'homme absurde. On est m&#234;me bien loin de toute question culturelle parce qu'il est difficile de d&#233;terminer dans quelle mesure son crime rel&#232;ve du domaine de la pulsion ou de l'id&#233;ologie brouillonne. M&#234;me quand il fait une &#233;trange incursion chez son voisin anglophone, qu'il &#233;coute son voisin baiser ou qu'il devient violent au bar, on est toujours au plan de la pulsion. Le saut entre la pulsion et la politique n'est pas impossible mais ici les deux questions fort int&#233;ressantes de la relation avec l'Autre ou de la naissance de l'homme absurde sont an&#233;anties par la pulsion sexuelle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme le disait Fassbinder &#224; un certain moment de sa carri&#232;re, plut&#244;t que de faire des films de &#171; mani&#232;re masturbatoire &#187; qui oppriment les gens avec &#171; des mod&#232;les ou des id&#233;ologies &#187;, pourquoi ne pas s'int&#233;resser aux gens, &#224; leurs contradictions, &#224; leurs souffrances ? [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb11&quot; name=&quot;nh11&quot; id=&quot;nh11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[11] &#171; Ils [les personnages] souffrent eux-m&#234;mes de contradictions, ils (...)' &gt;11&lt;/a&gt;] Pourquoi ne pas avoir recours &#224; &#171; un r&#233;alisme ouvert qui ouvre la voie au r&#233;alisme et non un r&#233;alisme provocateur qui fait que les gens se ferment &#187;. &#171; On doit leur offrir la possibilit&#233; de s'ouvrir pour les choses belles. Plus les choses sont vraies, plus elles deviennent f&#233;&#233;riques, naturellement. Il y a toujours eu des contes, mais jusqu'&#224; pr&#233;sent il s'agissait de contes pernicieux, qui rendaient les gens malades. Et de m&#234;me qu'on peut raconter des contes pernicieux qui les rendent malades, on peut aussi raconter des contes bienfaisants qui leur rendent la sant&#233;, c'est ce que je crois. &#187; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb12&quot; name=&quot;nh12&quot; id=&quot;nh12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[12] &#171; Interview n 1 par Wielfried Wiegand &#187;, dans Yaak Karsenke et al., (...)' &gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'agit de rendre la sant&#233; aux gens, pas de les rendre malades.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3323 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH246/02_laurentie_louis_travail_etiquette-8f68b.jpg' width='450' height='246' alt='JPEG - 93.7 ko' style='height:246px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh1&quot; name=&quot;nb1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Je tiens &#224; souligner ici que, quand il est question par exemple de faux risques, de sexualit&#233; ou d'esth&#233;tique, je ne m'attaque pas seulement &#224; Denis et Lavoie mais tr&#232;s souvent de fa&#231;on beaucoup plus large &#224; tous les films qui ont &#233;t&#233; faits et qui le seront avec plus ou moins les m&#234;mes probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh2&quot; name=&quot;nb2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Bresson R., Notes sur le cin&#233;matographe, Gallimard, Collection folio, 2002, p.23.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh3&quot; name=&quot;nb3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Une telle &#233;tude nous am&#232;nerait &#224; plonger au moins en psychologie et en philosophie en commen&#231;ant par les travaux de Michel Foucault&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh4&quot; name=&quot;nb4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;a href=&quot;http://library.flawlesslogic.com/yockey_8fr.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Voir l'extrait tir&#233; du livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Imperium&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5&quot; name=&quot;nb5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] &#171; Premier constat : ce sont les anciens pays puritains qui ont introduit la pornographie contemporaine, la pornographie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de masse&lt;/i&gt;. &#187; &#171; Deuxi&#232;me constat : le sexe montr&#233; est ennemi du sexe agi. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh6&quot; name=&quot;nb6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Article paru en 2009 dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Revue du Minotaure&lt;/i&gt; (&#224; ne pas confondre avec la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Minotaure&lt;/i&gt; avec Andr&#233; Breton et Georges Bataille) et &lt;a href=&quot;http://www.scriptoblog.com/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=295:pornographie-et-puritanisme&amp;catid=47:societe&amp;Itemid=54&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;repris sur le scriptoblog, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pornographie et puritanisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh7&quot; name=&quot;nb7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Lors de la conf&#233;rence &#171; Le cin&#233;ma et la nouvelle psychologie &#187; donn&#233;e en 1945, Maurice Merleau-Ponty a notamment abord&#233; la question de la musique au cin&#233;ma : &#171; Disons seulement qu'elle doit s'y incorporer et non pas s'y juxtaposer. &#187; [&#8230;] &#171; Enfin, il ne faut pas qu'elle [la musique] soit un autre moyen d'expression juxtapos&#233; &#224; l'expression visuelle, mais que &#8216;par des moyens rigoureusement musicaux &#8211; rythme, forme, instrumentation, - elle recr&#233;e, sous la mati&#232;re plastique de l'image, une mati&#232;re sonore, par une myst&#233;rieuse alchimie de correspondances qui devrait &#234;tre le fondement m&#234;me du m&#233;tier de compositeur de film ; qu'elle nous rende enfin physiquement sensible le rythme interne de l'image sans pour cela s'efforcer d'en traduire le contenu sentimental, dramatique ou po&#233;tique' (Merleau-Ponty cite Maurice Jaubert, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Esprit&lt;/i&gt;, ann&#233;e 1936). &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh8&quot; name=&quot;nb8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Normand Provencher, &lt;a href=&quot;http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/le-soleil-a-karlovy-vary/201107/03/01-4414647-laurentie-avoir-mal-a-son-quebec.php&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Laurentie&lt;/i&gt; : avoir mal &#224; son Qu&#233;bec &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Soleil&lt;/i&gt;, 04 juillet 2011.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh9&quot; name=&quot;nb9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] Maxime Demers, &lt;a href=&quot;http://fr.canoe.ca/divertissement/cinema/nouvelles/2011/10/20/18855211-jdm.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; Le d&#233;sespoir qu&#233;b&#233;cois &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Journal de Montr&#233;al&lt;/i&gt;, 22 octobre 2011.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh10&quot; name=&quot;nb10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 10&quot;&gt;10&lt;/a&gt;] &#171; Le d&#233;sespoir qu&#233;b&#233;cois &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh11&quot; name=&quot;nb11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 11&quot;&gt;11&lt;/a&gt;] &#171; Ils [les personnages] souffrent eux-m&#234;mes de contradictions, ils sont le lieu des contradictions. Mais c'est ce que j'ai dit il y a longtemps d&#233;j&#224; : je n'ai aucune envie de faire des films qui proposent des mod&#232;les ou des id&#233;ologies ; tout ce que je connais, ce sont les gens, c'est la seule chose que je comprends, si je comprends quelque chose, et je n'ai personnellement jamais rien pu faire dans mes films avec des mod&#232;les, etc., ni dans ma vie non plus. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh12&quot; name=&quot;nb12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 12&quot;&gt;12&lt;/a&gt;] &#171; Interview n 1 par Wielfried Wiegand &#187;, dans Yaak Karsenke et al., Fassbinder, Paris, Rivages, 1986, p. 103-105&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>CES B&#202;TES QUI VOUS D&#201;PENSENT</title>
		<link>http://www.horschamp.qc.ca/CES-BETES-QUI-VOUS-DEPENSENT.html</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Th&#233;roux</dc:creator>

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>mois</dc:subject>
		<dc:subject>C&#244;t&#233; Denis</dc:subject>

		<description>Les b&#234;tes, comme les &#233;tudiants en sciences impures, ne savent pas se monnayer sur le march&#233;. C'est l'humain qui sait ce que la b&#234;te vaut &#8211; pour l'humain. Peut-&#234;tre faut-il cesser de dire &quot;&#233;tudier en humanit&#233;s&quot;, et opter pour &quot;&#233;tudier en bestialit&#233;s&quot;.

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&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Quebec-+.html" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-mois,434-+.html" rel="tag"&gt;mois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Cote-Denis-+.html" rel="tag"&gt;C&#244;t&#233; Denis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton497.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;330&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis all&#233; voir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; de Denis C&#244;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est un film inutile qui porte sur des b&#234;tes inutiles. J'&#233;tais ravi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'entends de toute part, depuis plusieurs ann&#233;es, mais le volume du son a certainement augment&#233; depuis le d&#233;but de la gr&#232;ve &#233;tudiante, que l'art est inutile, et que les programmes postsecondaires qui en ont fait un sujet d'&#233;tudes sont vains. Ils cr&#233;ent des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ch&#244;meurs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des gens qui ne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;travaillent&lt;/i&gt; pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les b&#234;tes ne travaillent pas. Selon le sens actuel de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;travail&lt;/i&gt;, cela signifie : elles ne monnaient pas leur &#233;nergie sous la forme de l'argent. Ou alors je me trompe ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; est un film sans th&#232;se. &#199;a ne veut pas dire que je ne peux pas d&#233;velopper une th&#232;se &#224; partir de l'exp&#233;rience qu'il m'a fait vivre. Ainsi, je &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;profite&lt;/i&gt; (je tire profit, je cr&#233;e de la valeur) de ce film. C'est ce qui est demand&#233; le plus souvent aux &#233;tudiants en arts et autres sciences impures : lire, regarder, observer, puis transformer ces lectures, ces regards et ces observations en un objet, en une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;th&#232;se&lt;/i&gt; ou ses avatars, dissertation, article, m&#233;moire, etc., qui se monnaient sur le march&#233; des savoirs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les b&#234;tes, comme les &#233;tudiants en sciences impures, ne savent pas se monnayer sur le march&#233;. C'est l'humain qui sait ce que la b&#234;te vaut &#8211; pour l'humain. Peut-&#234;tre faut-il cesser de dire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;tudier en humanit&#233;s&lt;/i&gt;, et opter pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;tudier en bestialit&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; est sans doute un film plus-que-b&#234;te : il n'offre aucun savoir (pas de narration, pas de morale), il ne met en sc&#232;ne que des b&#234;tes, il s'adresse principalement aux b&#234;tes, soient ceux et celles qui ne veulent pas d'un film dont les objectifs financiers et dramatiques ont &#233;t&#233; &#233;tablis au pr&#233;alable. C'est m&#234;me un film b&#234;te au sens nietzsch&#233;en, un film qui ne sait pas promettre et tenir sa promesse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(On pourrait m'en vouloir d'embrigader un film si peu didactique dans le cadre &#233;troit d'un &#233;v&#233;nement d'actualit&#233; qui lui est, par hasard, co&#239;ncidant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'on m'en veuille ; qu'on aille voir le film ; qu'on en pense autre chose.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une question gratuite : pourquoi est-ce si facile pour nous de concevoir l'utilit&#233; d'un zoo et pas celle de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; de Denis C&#244;t&#233; ? Parall&#232;lement, perpendiculairement et transversalement : pourquoi est-ce si facile pour nous de concevoir qu'il faille entretenir des girafes, des paons et des z&#232;bres, mais pas des artistes, des &#233;tudiants et potentiellement des chercheurs en arts et en sciences impures ? Que m&#233;ritent les b&#234;tes que certains humains ne m&#233;ritent pas ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un zoo, il faut payer pour prendre plaisir &#224; voir des b&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est assez simple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, l'&#233;tranget&#233; appara&#238;t. M'appara&#238;t.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous, humains, prenons plaisir &#224; voir des b&#234;tes. Je ne sais pas exactement &#224; quel moment de ce regard le plaisir survient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais je sais qu'il est aussi &#233;trange d'accorder de l'importance &#224; une &#233;quipe de recherche sur ce sujet (le moment o&#249; le plaisir surgit) qu'il est &#233;trange de concevoir le plaisir que nous ressentons &#224; regarder une b&#234;te. Pourtant les deux sont av&#233;r&#233;s. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Travaillent&lt;/i&gt; en ce moment des chercheurs, en sciences pures comme impures, qui veulent savoir ce qu'est physiquement, ou philosophiquement, ou psychologiquement, le plaisir. Quand. O&#249;. Comment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est &#231;a que permet le silence qui plane sur le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt;. L'&#233;trange. Soudainement r&#233;v&#233;l&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors le film ne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;donne&lt;/i&gt; pas de savoir ? Il ne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rend&lt;/i&gt; pas l'argent investi en lui, sous forme de savoir assur&#233; &#224; r&#233;investir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au moins doit-il donner quelque chose comme un plaisir collat&#233;ral, puisqu'il montre des b&#234;tes et que les humains paient d&#233;j&#224;, ailleurs, pour les regarder. Ils ach&#232;tent des entr&#233;es au zoo. Des livres d'images et d'informations biologiques. Regardent des documentaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; n'offre pas m&#234;me la consolation d'un discours. Il n'apprend rien &#224; son public. Il ne s'inscrit pas dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;contemporan&#233;it&#233; d'un probl&#232;me&lt;/i&gt; et ne propose aucune instruction &#224; suivre, aucun &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;petit geste &#224; poser au quotidien&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; regarde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Moment vide. Temps sold&#233; &#8211; ou perdu.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N&#233;anmoins, je pourrais concevoir sans surprise que quelqu'un regardant &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; se trouve motiv&#233; &#224; prendre la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;fense des animaux&lt;/i&gt;. Je ne sais pas de quoi ils doivent &#234;tre d&#233;fendus. Je ne sais pas davantage contre quoi ils doivent &#234;tre d&#233;fendus. Mais il y a certainement une menace sourde qui p&#232;se sur les b&#234;tes que j'ai vues dans le film. La tentation serait de dire : elles sont emprisonn&#233;es. Les b&#234;tes ne sont pas libres. B&#234;tes et priv&#233;es de&#8230; quoi ? De pouvoir suivre leur volont&#233; ? Est-ce bien &#224; la souverainet&#233; de leur volont&#233; que nous voulons les rendre ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce bien &#224; la souverainet&#233; de leur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;volont&#233;&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que veulent-elles ? Que veut une b&#234;te ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ne pas travailler ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Manger ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Manger-plus ? Manger-mieux ? Manger un humain ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au d&#233;but du film, des &#233;tudiants dessinent un animal empaill&#233;. Pourquoi dessiner un animal empaill&#233; ? Pour le plaisir de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;savoir&lt;/i&gt; le faire ? Pour s'approprier son apparence ? Pour le plaisir de conna&#238;tre cet animal ? Le dernier tiers du film pr&#233;sente des sp&#233;cialistes qui empaillent des animaux. (Je dis &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pr&#233;sente&lt;/i&gt; mais il faut comprendre &#171; mettre en pr&#233;sence &#187; et pas &#171; d&#233;finir &#187;. Denis C&#244;t&#233; met en pr&#233;sence du spectateur ce dont il ne saurait encore juger de la valeur. Ce pourquoi il n'y a pas d'&#233;chelle.) Empailler &#233;tait une pratique beaucoup plus r&#233;pandue au d&#233;but du si&#232;cle dernier. Un mus&#233;e de Chicago, le gigantesque Field Museum, l'exemplifie encore mieux que le mus&#233;e McCord de Montr&#233;al : plusieurs repr&#233;sentants de (presque) toutes les esp&#232;ces animales sont r&#233;unis, immortalis&#233;s ou presque, pour le plaisir des humains qui les regardent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le plaisir des humains qui les regardent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces humains, nous, paient pour le plaisir qu'ils prennent &#224; regarder la vari&#233;t&#233; des animaux &#8211; morts, accessoirement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;trange plaisir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus d'un million d'humains chaque ann&#233;e. Toutes ces b&#234;tes mortes. Toute la diversit&#233; de ce-qui-a-v&#233;cu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Payer pour &#231;a ? Est-ce le d&#233;tour par la force du chiffre d'affaires du Field Museum qui rend toute cette &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;valorisation&lt;/i&gt; banale ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Devant les milliers d'animaux empaill&#233;s, comme devant le film de Denis C&#244;t&#233;, certains humains sont piqu&#233;s dans leur sens de la justice, ou de la piti&#233;. D'autres humains, au contraire, sont enchant&#233;s que ces b&#234;tes aient pris une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;valeur universelle&lt;/i&gt; qui leur est accessible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;valeur universelle&lt;/i&gt; se traduit-elle en plaisir ou en savoir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne sais pas trop. Il serait peut-&#234;tre ind&#233;licat de le leur demander. Aux humains qui paient. Leur demander de d&#233;partager. On m'insulterait d'avoir g&#226;ch&#233; le plaisir en imposant de savoir d'o&#249; il vient, ou on me remercierait d'avoir procur&#233; le plaisir de le savoir&#8211; et on me paierait pour cela.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(On ne sait plus trop comment remercier sans payer. On ne sait plus trop comment transiger sans argent.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc : certains humains ont la volont&#233; que celle des b&#234;tes soit respect&#233;e &#8211; ils qualifieront alors cette volont&#233; de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pure&lt;/i&gt; ou de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;naturelle&lt;/i&gt; et la d&#233;finiront par son vouloir-ne-pas-&#234;tre-enferm&#233;e. N&#233;anmoins d'autres humains ont la volont&#233; d'asservir celle des b&#234;tes afin qu'elles deviennent de curieux objets de regards, dans des zoos ou des mus&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je laisse &#233;videmment de c&#244;t&#233; par cette rapide classification tous les autres cas : les humains qui ach&#232;tent des b&#234;tes pour les aimer et en &#234;tre aim&#233;s, les humains qui ach&#232;tent des b&#234;tes mortes pour les manger. Ou pour s'en v&#234;tir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle &#233;tranget&#233;. Je ne pense pas &#224; celle des b&#234;tes. Je pense &#224; celle de la volont&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Moment vide. Moment qui ne veut rien - dire.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un bestiaire est un r&#233;pertoire des b&#234;tes. &#192; l'usage de qui ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai entendu cette ann&#233;e plusieurs humains, qui s'appelaient pour l'occasion &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;payeurs de taxes&lt;/i&gt;, se plaindre qu'ils payaient pour des films qui n'&#233;taient pas rentables. Puis, qu'ils payaient pour l'&#233;ducation d'&#233;tudiants qui n'&#233;taient pas rentables. Les taxes, valeur universelle, ne seraient pas &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;profitables&lt;/i&gt; sous la forme des films ou sous la forme des savoirs, formes qu'elles prennent au sortir du studio de montage d'images, au sortir des classes d'arts et de sciences impures.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela signifie que ces nouvelles formes ne se traduisent pas en valeur mon&#233;taire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que tout ne se calcule pas en valeur mon&#233;taire. C'est b&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant les b&#234;tes, lorsqu'elles sont au zoo ou dans l'assiette, les m&#234;mes b&#234;tes peut-&#234;tre que nous voyons &#224; l'&#233;cran dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt;, elles, se traduisent en valeur mon&#233;taire. Voyez le Field Museum. C'est la volont&#233; des humains qui les asservissent que de transformer leur pr&#233;sence-en-cage (ou leur chair, etc.) en valeur mon&#233;taire. La souverainet&#233; des humains cr&#233;e cette valeur &#8211; valeur d'&#233;change universelle pour les autres humains.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous l'avions d&#233;j&#224; constat&#233;, gr&#226;ce ou pas au film de Denis C&#244;t&#233;, les b&#234;tes nous donnent du plaisir en se laissant regarder. Nous &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;donnent&lt;/i&gt; ? Non. Elles ne monnaient rien et ne sauraient diff&#233;rencier don et vente. Maintenant il faut pr&#233;ciser, et attelez-vous, parce que ce n'est pas simple comme 1 + 1 : les humains qui asservissent les b&#234;tes nous vendent le plaisir que les b&#234;tes ne savent pas pouvoir nous procurer, et dont elles ne pourraient pas tirer profit. Elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous-autres, oui, nous le pouvons.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous pourrions donc tout calculer en valeur mon&#233;taire. Je me trompais. Il suffit de r&#233;partir le profit des propri&#233;taires du zoo, par b&#234;te, au prorata du temps que les humains passent &#224; prendre plaisir &#224; les regarder.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout se calcule en valeur mon&#233;taire, qui est la valeur d'&#233;change universelle. L'esp&#233;ranto qui a r&#233;ussi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'ailleurs, votre valeur mon&#233;taire aussi. La mienne. La valeur mon&#233;taire d'un humain. Comme vous n'&#234;tes pas une b&#234;te, souvenez-vous, parce que vous savez monnayer votre valeur (c'est, dans le cadre de cette r&#233;flexion peu co&#251;teuse, notre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;finition de travail&lt;/i&gt;). Vous pouvez r&#233;clamer l'argent que vous rapporte vos conseils, votre savoir accumul&#233;, vos encouragements, vos caresses, vos mots doux, la force de votre bras, de vos jambes, votre amiti&#233;, votre parentalit&#233;. Vous pouvez aussi monnayer le mal que vous faites. Tout ce que vous trouverez bon de monnayer. C'est selon votre bon et souverain plaisir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous n'&#234;tes pas une b&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les b&#234;tes sont captur&#233;es, regard&#233;es malgr&#233; elles, film&#233;es sans leur accord, aim&#233;es malgr&#233; elles, tondues, mang&#233;es, au zoo comme &#224; l'&#233;cran. D'ailleurs elles se mangent aussi entre elles : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; le montre dans une sc&#232;ne de steak hach&#233; impliquant de jolis petits chats.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La b&#234;te n'est pas souveraine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les &#233;tudiants en sciences pures ou &#233;conomiques, par exemple, apprennent &#224; &#234;tre souverains. Nous dit- on. Ils g&#232;rent la valeur, cr&#233;ent le savoir, cr&#233;ent le besoin du savoir (ou le besoin du plaisir - c'est l'&#339;uf ou la poule) et le monnaient. Ils apprennent aussi que l'art et les sciences-qui-ne-promettent-rien sont b&#234;tes, qu'ils cherchent sans pr&#233;voir, sans projeter, en somme : sans savoir. Qu'ils ne valent rien d'assurable &#224; terme. Qu'ils dilapideront les taxes avec des valeurs indomptables.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'il faut les encager et d&#233;cider pour eux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vouloir pour eux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut les observer vite fait, ne pas les comprendre, peut-&#234;tre y prendre plaisir, les classer dans un r&#233;pertoire (un R&#233;siduaire) et appeler leurs activit&#233;s inassignables, en d&#233;sespoir de cause, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;travail&lt;/i&gt;. Il faut bien le faire &#224; leur place : ils ne veulent pas assez.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils ne veulent pas travailler, m&#234;me s'ils veulent&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que veulent-ils ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Moment de suspens du bon sens. Combien vous co&#251;te la lecture de ce texte ? En termes de perte d'efficacit&#233;, d'investissement d&#233;tourn&#233; de l'&#233;nergie dont dispose votre volont&#233; ?)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Denis C&#244;t&#233;, artiste, r&#233;siduaire, s'amuse beaucoup &#224; la vue des moments o&#249; se dispute la souverainet&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tous ses films d&#233;finissent un espace loin des amas d'humains, o&#249; il y a du vide et du plein sans dieu ni ma&#238;tre, &#224; conqu&#233;rir et &#224; vendre. C'est la campagne, le d&#233;potoir, le terrain vague, le chalet, le petit village presque autarcique, une cellule familiale asociale, des cages de zoo. Des mondes &#233;conomiques miniatures et plus &#233;tanches que la normale. L&#224;, quelques humains se soumettent, se dominent, se lib&#232;rent, s'endettent et se mesurent aux b&#234;tes. Ils r&#233;inventent leur valeur propre et changent la donne des transactions avec la Loi du plus fort.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En bien, ou en mal ? C'est sans importance lorsqu'il est question de volont&#233;s confront&#233;es, qui triomphent ou perdent. &#192; moins, comme le rappelle Nietzsche, d'identifier d'avance des bons et des m&#233;chants sur la base de&#8230; Sur la base d'on-ne-sait-trop-quoi. Les bonnes b&#234;tes et les m&#233;chants humains, tiens. &#199;a pourrait &#234;tre aussi ridicule que &#231;a. Et inutile. Denis C&#244;t&#233; d'ailleurs s'en fiche. Il n'accorde pas trop de valeur &#224; ces probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est par-del&#224; le bien et le mal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien, travailler ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien, dormir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien, manger ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien, copuler ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien, valoriser ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien, qu'une b&#234;te travaille ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien, qu'une b&#234;te ne travaille pas ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par rapport &#224; qui ? Sur quelle &#233;chelle de valeur ? Cot&#233; &#224; quelle bourse ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nietzsche, et bien d'autres avant lui, donnait une r&#233;ponse il y a plus de cent ans (pourquoi faut-il redonner cycliquement les r&#233;ponses ? Qu'est-ce que l'humain perd sans cesse ?) : c'est bien pour celui qui en &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;profite&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien pour celui pour qui &#231;a a de la valeur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien pour celui qui l'emporte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour l'autre, peut-&#234;tre la b&#234;te, c'est mal. &#199;a fait mal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'humain, voulant s'universaliser, se regarde dans le miroir de l'argent. Se jauge.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il gagne, au sens de &#171; il l'emporte &#187;, tant qu'il sait que ce n'est qu'un miroir. Souvent il s'oublie, et c'est le reflet qui l'emporte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est assez mal dit. J'y reviendrai. Voyez comme l'essentiel s'&#233;chappe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Werner Herzog, autre r&#233;siduaire, r&#233;alisateur allemand vieillissant (il a presque fini de nous emb&#234;ter), filme la B&#234;te et le Savant de mani&#232;re &#224; susciter un sentiment d'&#233;tranget&#233; comme celui qui m'habite lorsque je regarde &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Timothy Treadwell, l'humain dont il est question dans le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Grizzly Man&lt;/i&gt; de Herzog, passe sa vie avec les grizzlys. Il d&#233;fend quelque chose comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;leurs droits&lt;/i&gt; (je ne sais pas ce que seraient &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;leurs devoirs&lt;/i&gt;, il faudrait sans doute les leur assigner), les &#233;tudie, les suit, vit parmi eux une bonne partie de l'ann&#233;e et les raconte le reste du temps aux enfants humains. Il monnaie ainsi son savoir. Il explique &#224; un moment du film que tous se doivent de d&#233;couvrir le monde int&#233;rieur magnifique des grizzlys. Celui que lui, Timothy Treadwell, voit dans leurs yeux. Il se fait manger par l'un d'eux en 2003.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A-t-il eu la monnaie de sa pi&#232;ce ? Aurait-il m&#233;rit&#233; mieux ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la b&#234;te ne peut promettre, on ne peut passer de contrat fiable avec elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi l'humain Timothy n'a-t-il pas &#233;t&#233; assez souverain pour le comprendre ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Herzog a aussi film&#233; les b&#234;tes que Timothy suivait, qu'il aimait, et constate &#224; un moment du film son impuissance : il ne voit rien du monde int&#233;rieur magnifique des grizzlys qui ont mang&#233; Timothy. Qui, de l'humain et du grizzly, a impos&#233; sa volont&#233; &#224; l'autre ? La passion de Timothy leur inventait une valeur qui appara&#238;t, apr&#232;s sa mort, &#233;trangement creuse. Existait-elle ? Est-ce d'elle que nous profitons en regardant le film ? Ou bien, valeur de moraliste, profitons-nous de l'exemple d'une passion qui tourne mal, pour &#224; notre tour en faire usage et fuir les b&#234;tes griffues ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pouvons-nous assigner une valeur &#224; l'exp&#233;rience de Timothy ? Son histoire est-elle un savoir ? Est-ce un savoir transf&#233;rable, ou mieux, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#251;&lt;/i&gt; au film qui nous l'apporte ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toute sa vie, Timothy a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;travaill&#233;&lt;/i&gt; &#224; convaincre les gens de la valeur de son mode de vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il a cr&#233;&#233; la valeur qui l'a fait vivre, &#224; partir d'une passion qui l'a fait mourir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On dirait une crise &#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quel homme. Quel homme b&#234;te. Et quel homme b&#234;te suis-je &#224; me poser la question de la valeur de sa vie, de sa passion, et du film qui me l'a r&#233;v&#233;l&#233;e. Ma question ne fait mal qu'&#224; moi et ne s'universalise pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;moins&lt;/i&gt; que&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un documentaire ult&#233;rieur, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cave of Forgotten Dreams&lt;/i&gt;, Herzog filme les plus vieux dessins du monde. Les dessins des hommes des cavernes. Des humains presque encore des b&#234;tes. Ou des b&#234;tes presque d&#233;j&#224; des humains (les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;payeurs de taxes&lt;/i&gt; engraissent d'ailleurs des historiens et des philosophes qui d&#233;battent cette distinction. Ils se font plaisir, vous savez.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les humains, sachant dessiner, ont dessin&#233; d'abord des b&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; plusieurs reprises, Herzog se laisse entra&#238;ner par le myst&#232;re de ce-qui-n'a-jamais-&#233;t&#233;-vu. Une grotte auparavant inaccessible, des dessins oubli&#233;s. Il ressent le plaisir de regarder quelque chose que la majorit&#233; des autres humains qui vivent en m&#234;me temps que lui ne peuvent pas voir. Mais souvent, par &#224;-coups, Herzog d&#233;croche et se met &#224; filmer autre chose : le ravissement des scientifiques et sp&#233;cialistes. Il reprend son r&#233;flexe inconcevable, r&#233;flexe r&#233;siduaire, peut-&#234;tre artistique, de filmer l'&#233;tranget&#233; d'une passion. L'&#233;trange souverainet&#233; d'une volont&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Passion ou volont&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme pour Treadwell, comme pour les humains qui ont dessin&#233; les b&#234;tes, comme pour les b&#234;tes qui ont &#233;t&#233; dessin&#233;es, le probl&#232;me reste entier. (Des humains sont pay&#233;s, de moins en moins peut-&#234;tre, dans des universit&#233;s et derri&#232;re des bureaux &#224; l'efficacit&#233; obscure, pour se poser cette question et d'autres. Herzog pourrait aussi les filmer.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces scientifiques et sp&#233;cialistes accordent une valeur incalculable aux vestiges qu'ils d&#233;couvrent. Ils &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;investissent&lt;/i&gt; toute leur vie dans des dessins de b&#234;tes, dessins qu'ont faits d'autres humains, au lieu de chasser, manger, copuler et dormir &#8211; je parle des deux : les dessinateurs des cavernes &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et&lt;/i&gt; les scientifiques et sp&#233;cialistes d'aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien ou c'est mal ? &#199;a vaut quoi ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle autorit&#233; aurait un comptable ou un actuaire pour op&#233;rer ce calcul ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Herzog, ne sachant pas, filme les pal&#233;ontologues, les g&#233;ologues, les arch&#233;ologues, les dessinateurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Denis C&#244;t&#233;, ne sachant pas, filme les empailleurs, les v&#233;t&#233;rinaires, les employ&#233;s d'entretien, les dessinateurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, vers la fin de son film, Herzog est rattrap&#233; par la profondeur mill&#233;naire de ce besoin de savoir, de documenter, de dessiner, de s'approprier &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;quelque chose&lt;/i&gt; de la b&#234;te. Sans pr&#233;avis, il quitte la grotte et ses chercheurs pour filmer des crocodiles albinos, encag&#233;s dans un habitat reconstitu&#233; luxuriant, &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224;. Le hasard, parfois&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il filme leur regard.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Voil&#224; les hommes d'hier et les b&#234;tes qu'ils ont vues. Voici les hommes d'aujourd'hui et les b&#234;tes qu'ils voient. Me voici les filmant. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Me voici, me projetant &#224; travers ce texte dans les yeux d'un vieil Allemand filmant des reptiles albinos.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous voil&#224; me lisant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; quoi donne-t-il une valeur, ce cin&#233;aste un peu b&#234;te dans les questions qu'il pose, en filmant des dessins, des humains et des crocodiles ? Quelle obscure responsabilit&#233; le pousse ? Quelle dette a-t-il contract&#233;e qui soudain le rattrape, le taxe, lui impose ces images ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sait-il ce qu'il fait ? Ou prend-il plaisir &#224; nos d&#233;pens ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous d&#233;pense-t-il ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais quel plaisir insaisissable des &#233;tudiants pourraient-ils prendre &#224; &#233;tudier ce qui ne promet pas, &#224; calculer ce qui ne s'assigne pas, et &#224; nos d&#233;pens de payeurs de taxes par-dessus le march&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce un plaisir, une passion, une volont&#233; suicidaire comme celle de Timothy ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle responsabilit&#233; infinie s'imposent-ils ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toutes les questions sont en suspens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les valeurs chutent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les humains se demandent : dois-je ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est le m&#234;me verbe pour le devoir et la dette. Le verbe qui relie &#224; l'autre humain, qui prend, donne ou &#233;change. Et &#224; la b&#234;te, qui conserve entier le myst&#232;re de l'op&#233;ration dont elle se passe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La b&#234;te, qui conserve entier le myst&#232;re de l'op&#233;ration dont elle se passe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'elle d&#233;passe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle souverainet&#233; que celle de la b&#234;te. Quel nez lev&#233; sur le petit monde ac&#233;r&#233; des transactions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les humains veulent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Veulent vouloir : verbe &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;transactionnel&lt;/i&gt;. Humains, que votre volont&#233; soit faite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Veule vouloir que celui qui se fait.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il se fait. Mais il faut qu'il faille, dirait-on, et on veut vouloir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les valeurs remontent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; les propulse aveugl&#233;ment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toutes, soudainement, se tiennent comme suspendues dans l'&#339;il de ce b&#339;uf, dans l'&#339;il de ce singe, dans l'&#339;il de ce cheval, dans l'&#339;il de cette autruche. Dans l'&#339;il de la cam&#233;ra qui nomme, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bestiaire&lt;/i&gt;, des images de b&#234;tes qui n'en repr&#233;sentent pourtant aucune autre. Qu'elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On appelle &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;miracle&lt;/i&gt; ce qu'on n'avait pas cru possible, ou ce qui avait &#233;t&#233; calcul&#233; impossible. Qu'on filme et que &#231;a en vaille la peine. Qu'on ne sache pas et qu'on le veuille tout de m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment sans cela voudrons-nous mourir, m&#234;me richissimes et travaillants ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le miracle &#8211; que &#231;'en soit un &#8211; est une d&#233;cision passionn&#233;e. Une passion commune.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un ravissement de la volont&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est peut-&#234;tre ce qui nous fait le plus de mal, &#224; nous payeurs de taxes et futurs payeurs de taxes, nous qui voudrions le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;maximum&lt;/i&gt; sans savoir ce que &#231;a peut signifier. Nous avons mal &#224; l'id&#233;e que quelqu'un, quelque part, puisse nous ravir. Pire : retirer tout de rien. Et ne rien retenir du tout.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Universaliser le calcul du plaisir dans l'argent, et le calcul de la valeur dans le travail, nous oblige &#224; nous sentir l&#233;s&#233; par ce qui s'&#233;chappe, fuit, s'ouvre, se sauve, s'&#233;pargne : ce qui veut &#8211; autre chose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons mal &#224; l'id&#233;e de la souverainet&#233; &#233;prouv&#233;e de quelqu'un, quelque part, quelque b&#234;te qu'il soit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous regardons les b&#234;tes et nous avons mal &#224; l'id&#233;e de ne pas pouvoir transiger avec elles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous regardons les b&#234;tes et nous avons mal &#224; l'id&#233;e de vouloir les manger, &#224; l'id&#233;e qu'elles veuillent nous manger, &#224; l'id&#233;e de vouloir les caresser, &#224; l'id&#233;e qu'elles puissent nous ignorer. Qu'elles puissent &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pouvoir&lt;/i&gt; &#8211; peu importe quoi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons mal &#224; l'id&#233;e qu'elles puissent pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons mal &#224; l'id&#233;e qu'elles puissent vouloir leur propre bien, et que ce ne soit pas le n&#244;tre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons mal &#224; quelque chose que nous savons confus&#233;ment &#234;tre notre sens de la justice.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons mal &#224; quelque chose que nous savons confus&#233;ment &#234;tre notre d&#233;sir d'injustice.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le monde est injuste ! Les transactions au final ne balancent pas ! Timothy Treadwell a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vraiment&lt;/i&gt; aim&#233; les ours qui l'ont mang&#233; ! Denis C&#244;t&#233; mange &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vraiment&lt;/i&gt; du pain pay&#233; par les cin&#233;philes qui veulent voir des animaux dans un zoo dans un film sans paroles ! Des humains vivent &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vraiment&lt;/i&gt; en accordant une valeur &#224; des choses qui n'en auraient pas s'ils n'&#233;taient pas vivants ! Schopenhauer a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vraiment&lt;/i&gt; tout l&#233;gu&#233; &#224; son chien apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; sa vie durant les fondements de la morale ! Le monde est injuste, il veut nous avaler, B&#233;n&#233;rice Einberg avait raison !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Moment de silence n&#233;cessaire pour revenir ensuite dans le monde transactionnel du langage. Ce serait b&#234;te de se mettre &#224; crier.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a un moment dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; qui semble correspondre &#224; ce brusque sentiment d'injustice qui am&#232;ne son lot de protestation, de r&#233;criminations, de col&#232;re et d'impuissance, de points d'exclamations. C'est celui o&#249; les b&#234;tes frappent les parois de leurs cages, comme soudainement avis&#233;es de la petitesse de leur univers, soudainement pouss&#233;es par le d&#233;sir. Le d&#233;sir d'autre chose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que peut-on d&#233;sirer &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;qu'autre chose&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais d&#233;j&#224; je projette : car je ne sais pas. Je n'ai pas ce savoir. Ou alors c'est vous qui projetez, par compassion, votre exp&#233;rience d'un d&#233;sir de libert&#233; sur la soudaine attaque des b&#234;tes contre les grilles, et vous vous convainquez que b&#234;tes comme elles sont, elles ont au moins la volont&#233; de&#8230; La volont&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous leur en en imaginez une, vous voyez. D&#233;j&#224; vous &#234;tes pr&#234;ts &#224; la leur imposer &#8211; et &#224; r&#233;clamer l'imp&#244;t de vos services.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais/Or/Donc/Pourtant/Malgr&#233; tout : vous sentez-vous en mesure de d&#233;cider s'il est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bien&lt;/i&gt; que vous travailliez &#224; accroitre la libert&#233; de la volont&#233; que vous leur imaginez ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous-m&#234;mes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Travaillerez-vous pour elles ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce que vous croyez devoir prendre des d&#233;cisions &#224; leur place ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parce qu'enfin, vous &#234;tes souverains, vous connaissez votre valeur, souvenons-nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avez-vous le sentiment qu'il faut leur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rendre&lt;/i&gt; une souverainet&#233; que vous-m&#234;me n'avez peut-&#234;tre pas m&#233;rit&#233;e ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce la condition pour que vous soyez &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;humains&lt;/i&gt; devant ces b&#234;tes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelles questions inutiles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De vous devant la b&#234;te, pourtant, elles surgissent. D'en vous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Demandez &#224; &#234;tre rembours&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais oublions la b&#234;te un instant. Vulgaires questions, lorsqu'il s'agit en fait pour le payeur de taxes de donner ou de refuser &#224; un cin&#233;aste, ou &#224; des &#233;tudiants, la souverainet&#233; qu'il faut.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Denis C&#244;t&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;veut&lt;/i&gt;, m&#234;me si on ne peut &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;calculer quoi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que lui faut-il ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que vous faut-il &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;savoir&lt;/i&gt; pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;prendre plaisir&lt;/i&gt; aux moyens que vous lui donnez ? Que vous faut-il savoir pour que votre volont&#233; soit faite ? (Mais ce sont les m&#234;mes questions !)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce que vous croyez devoir choisir &#224; la place de Denis C&#244;t&#233; ce qu'il devrait filmer ? (Toujours les m&#234;mes questions !)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour que ce soit &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;utile&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est utile ce qui est utilis&#233;, pour celui qui l'utilise &#8211; je me r&#233;p&#232;te, je r&#233;p&#232;te Nietzsche, en pire, c'est l'&#233;ternel retour du pire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fait, vous voudriez mieux utiliser Denis C&#244;t&#233;, qui utilise lui-m&#234;me assez mal les b&#234;tes qu'en d'autres circonstances, pourtant, vous prenez plaisir &#224; regarder, &#224; manger et aussi parfois &#224; aimer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous comprends.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Denis C&#244;t&#233; aussi comprend. Il admire les gens qui utilisent tout au maximum. Qui r&#233;utilisent aussi. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Carcasses&lt;/i&gt;, un autre film rat&#233; et impr&#233;visible, il filme un homme, r&#233;el, qui collectionne des milliers d'objets. Jean-Paul Colmor passe tout son temps &#224; collecter des pi&#232;ces d'automobiles, des boites de livres, de jouets, et plus encore. Il poss&#232;de un immense terrain sur lequel il amasse tous ces d&#233;chets et r&#233;sidus jet&#233;s ou vendus &#224; rabais, auxquels il attribue, &#233;trangement, une grande valeur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#234;me si on ne comprend peut-&#234;tre pas &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; sa place&lt;/i&gt;, lui, il profite. Au maximum.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il conserve tout.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le reste est fictif, car le documentaire c&#232;de &#224; mi-chemin son cadre &#224; la fiction. &#199;a doit vouloir dire quelque chose comme : la souverainet&#233; du r&#233;el c&#232;de &#224; la souverainet&#233; de Denis C&#244;t&#233;. Mais bienheureux celui qui calculera la juste part r&#233;siduelle&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref : arrive sur le terrain de Jean-Paul Colmor un groupe de voyageurs &#224; l'allure clandestine, des trisomiques adultes, qui vivent un temps parmi les carcasses amass&#233;es sur son immense terrain. L'un d'eux meurt : les autres l'enterrent. Ils partent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La carcasse sans doute pourrira, se d&#233;composera, sera travaill&#233;e par le temps qui en fera de l'humus. Elle sera r&#233;cup&#233;r&#233;e, hors d'elle. Elle sera r&#233;utilis&#233;e sous une autre forme. Revaloris&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'air du temps est &#224; la r&#233;cup&#233;ration. Le b&#233;n&#233;fice de cette r&#233;utilisation devrait &#234;tre facile &#224; concevoir. Presque calculable. Est plus utile ce qui est utile deux fois. Dit-on. Par exemple : le m&#234;me d&#233;cor r&#233;el de la vie du m&#234;me Jean-Paul Colmor, utile &#224; la fiction et au documentaire. Ou la m&#234;me carcasse, jet&#233;e puis rachet&#233;e par un collectionneur passionn&#233;. Ou le m&#234;me cadavre, enterr&#233; puis d&#233;vor&#233; par les vers. La m&#234;me mort, terminale pour le d&#233;funt, mais investie dans une c&#233;r&#233;monie du souvenir pour le survivant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le m&#234;me acte de souverainet&#233; ravie, perp&#233;tr&#233; par une cam&#233;ra, et r&#233;cup&#233;r&#233; en ce texte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Vous savez&#8230; non, en fait, peu importe que vous ou moi le sachions : la r&#233;cup&#233;ration n'a pas attendu l'air du temps pour amorcer son interminable r&#233;p&#233;tition du jamais-le-m&#234;me.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La marginalit&#233; des groupes d'humains que filme C&#244;t&#233; depuis dix ans permet au spectateur de sentir, d'entr&#233;e de jeu, que toute r&#233;f&#233;rence &#224; un syst&#232;me raisonnable s'&#233;clipse pour eux, devant l'absolue pr&#233;sence du monde &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;qui est l&#224; pr&#232;s d'eux&lt;/i&gt;. Ce qui ne veut pas dire que l'argent et le travail, comme valeurs parmi d'autres, n'y ont pas leur part &#8211; une telle distance, au contraire, fait ressurgir la b&#234;te n&#233;cessit&#233; de la transaction dans toute sa diversit&#233;. Que C&#244;t&#233; filme ces marges ne veut pas davantage dire qu'elles repr&#233;sentent des modes de vie exemplaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Denis C&#244;t&#233; n'est pas exemplaire et ne filme aucune situation exemplaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sauf si nous cessons d'oublier que l'exemple n'est pas l'universel, et qu'une valeur, toute calculable qu'elle soit, ne vaut jamais toutes les autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Comme par exemple l'&#233;ducation, l'art et la recherche en sciences impures, dont la valeur n'est pas traductible en valeur mon&#233;taire, dirait-on transversalement et contextuellement.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; qui sont utiles ces humains, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Carcasses&lt;/i&gt;, sinon l'un pour l'autre ? &#192; qui demandent-ils des comptes au sujet de la vie qu'ils m&#232;nent ? Au sujet de la c&#233;r&#233;monie qu'ils d&#233;cident souverainement de tenir, et qui est celle d'un enterrement &#8211; d'un compte &#224; r&#233;gler avec la mort ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une seule mort, d'ailleurs. Celle-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toujours une expression aussi peu singuli&#232;re que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;payeurs de taxes&lt;/i&gt; ne renverra qu'&#224; des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;b&#233;n&#233;fices universels&lt;/i&gt;. Ainsi la valeur mon&#233;taire demeurera la seule fa&#231;on de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;se comprendre&lt;/i&gt;, au sens de : s'inclure, s'approprier, se r&#233;server sa part. Et ne pas se regarder.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Denis C&#244;t&#233; regarde. Werner Herzog regarde. Les b&#234;tes nous regardent, se regardent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aucun &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;payeur de taxes&lt;/i&gt;, film&#233; par Denis C&#244;t&#233;, n'aurait l'air d'abord d'un payeur de taxes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voyez : depuis le d&#233;but de ce texte, j'&#233;cris &#171; b&#234;tes &#187; et &#171; humains &#187; comme si par l'&#233;conomie d&#233;finitive de mon vocabulaire, je devais calculer tous les sc&#233;narios, pr&#233;voir tous les risques et projeter en plan quinquennal un budget universel. Il n'y a pourtant rien &#224; r&#233;soudre. Je ne vous connais pas. Toute la souverainet&#233; dont je dispose n'assignera jamais au temps un mot assez lourd pour cr&#233;er l'emb&#226;cle et l'emp&#234;cher de faire de la b&#234;te et de l'humain des carcasses. Pareilles pareil.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est l&#224; que r&#233;side toute la singularit&#233; du monde, &#224; chaque fois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'&#339;il de la cam&#233;ra, le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;payeur de taxes&lt;/i&gt; &#233;trangement aurait un nom. On saurait que ce nom existe par le seul regard pos&#233; sur lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il aurait l'air d'une b&#234;te. De cette b&#234;te-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sa volont&#233; inassignable nous laisserait comme mystifi&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quel &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;travail du sens&lt;/i&gt; d&#233;clencherait-il en nous ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et vous, &#224; quoi &#234;tes-vous utile ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; quoi servez-vous ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#202;tes-vous ravis d'&#234;tre utiles ? Est-ce utile de se laisser ravir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que valez-vous ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que vaut ce texte ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis all&#233; voir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt; de Denis C&#244;t&#233; - qui n'est pas ce texte et ne s'y r&#233;duit pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'ai toujours pas de th&#232;se. J'en ai plut&#244;t tir&#233; une anti-synth&#232;se, impure comme ce qui n'est pas une science, r&#233;siduaire comme ce qui n'est pas calculable, qui ne vaut pas tout l'art du monde, mais qui pense son devenir-valeur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si &#231;a se trouve, je dois mes id&#233;es et ma langue aux b&#234;tes que j'ai mang&#233;es. Quel pi&#232;tre comptable je suis en facteurs de digestion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant je sais que je dois mes mots, autant qu'&#224; mes proches, aux livres, films, pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre et cours auxquels j'ai eu acc&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Acc&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ma singuli&#232;re exp&#233;rience ne fait de moi qu'un exemple. Je ne vaux aucune assurance. Je ne peux m&#234;me pas vous rassurer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;voulez-vous&lt;/i&gt; faire de ma volont&#233; b&#234;te ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peut-&#234;tre les b&#234;tes ont-elles fait la paix avec l'&#233;tranget&#233; de leur volont&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peut-&#234;tre la font-elles, regard apr&#232;s regard, de sorte qu'on pourrait dire qu'il s'agit l&#224; d'un travail ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ou alors j'id&#233;alise l'&#233;trange pour consoler. Je cr&#233;e de la valeur de consolation &#224; partir de la b&#234;te. Vous me le paierez.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peut-&#234;tre pas &#224; l'universit&#233;. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3328 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH253/395584_319431778097423_318804051493529_974623_148781312_n-54ca0.jpg' width='450' height='253' alt='JPEG - 36.3 ko' style='height:253px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='illustation spip_document_3325 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH253/398741_319028341471100_318804051493529_973792_1876510225_n-333df.jpg' width='450' height='253' alt='JPEG - 33.3 ko' style='height:253px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='illustation spip_document_3326 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH253/375336_319028321471102_318804051493529_973791_1196479359_n-ae37a.jpg' width='450' height='253' alt='JPEG - 33.9 ko' style='height:253px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bestiaire&lt;/i&gt;, Denis C&#244;t&#233;, 2011.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>TEXTES DE LUMI&#200;RE </title>
		<link>http://www.horschamp.qc.ca/TEXTES-DE-LUMIERE.html</link>
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		<dc:date>2012-04-16T14:40:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

		<dc:subject>som2</dc:subject>
		<dc:subject>Brakhage, Stan</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma exp&#233;rimental</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis </dc:subject>

		<description>Stan Brakhage (1933-2003), v&#233;ritable monument de l'art du film, a cr&#233;&#233; au-del&#224; de 350 films au long d'une carri&#232;re qui s'est &#233;tir&#233;e sur pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle. Hors champ, en collaboration avec le Cinemaspace du Centre Segal, pr&#233;sente une s&#233;rie en quatre parties de films rares du cin&#233;aste, en pr&#233;sence de Marilyn Brakhage, la commissaire du programme.

-
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-mois-+.html" rel="tag"&gt;som2&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Stan-Brakhage,33-+.html" rel="tag"&gt;Brakhage, Stan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Cinema-experimental-+.html" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma exp&#233;rimental&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Etats-Unis-+.html" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton495.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;100&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'essayais pas d'inventer de nouvelles fa&#231;ons d'&#234;tre un cin&#233;aste ; c'&#233;tait seulement la cons&#233;quence de mon combat pour atteindre un sens de la vue. Et il me semblait raisonnable qu'un film doive &#234;tre bas&#233; sur la vision humaine ; pas seulement sur le regard de l'&#339;il physique, mais sur la vision de l'esprit : c'est-&#224;-dire sur ce qui arrive quand l'&#339;il re&#231;oit des images de l'ext&#233;rieur et qu'elles interagissent avec les images gard&#233;es en m&#233;moire au sein de l'esprit. De quelle mani&#232;re arrive-t-on &#224; notre vision, &#224; imaginer le monde avec notre vue ? &#8211; on attache des ailes de colombe sur un chat et on voit un griffon.&lt;/i&gt; &#187; &lt;br&gt;
&#8211; Stan Brakhage &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hors champ&lt;/i&gt; et le &lt;a href=&quot;http://www.segalcentre.org/season-2011-2012/upcoming-events/cinema/parallax-views/a-four-part-series-on-the-films-of-stan-brakhage/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;CinemaSpace&lt;/i&gt; du Centre Segal&lt;/a&gt;] sont tr&#232;s heureux de pr&#233;senter &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Textes de lumi&#232;re&lt;/i&gt;, une s&#233;rie en quatre parties de films du cin&#233;aste Stan Brakhage, une ic&#244;ne du cin&#233;ma exp&#233;rimental. Cet &#233;v&#232;nement est la premi&#232;re pr&#233;sentation solo majeure du travail de Brakhage &#224; Montr&#233;al depuis sa derni&#232;re visite (invit&#233; par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hors champ&lt;/i&gt;) en 2001, deux ans avant sa mort. Elle inclut de nombreux films qui seront montr&#233;s pour la premi&#232;re fois &#224; Montr&#233;al. La s&#233;rie s'int&#233;resse particuli&#232;rement aux derni&#232;res &#339;uvres de Brakhage qui t&#233;moignent d'une grande vari&#233;t&#233; d'approches formelles &#8211; peinture sur pellicule, peinture sur verre, enregistrement image par image. La d&#233;couverte durant cette p&#233;riode d'un cancer de la vessie qui finira par causer sa mort en 2003, amorce une s&#233;rie de films magnifiquement photographi&#233;s, qui s'inscrivent dans son exploration courageuse des processus organiques du corps et de sa relation exceptionnellement intime avec le film en tant que m&#233;dium. La commissaire Marilyn Brakhage sera sur place pour les parties 1 et 2 pour pr&#233;senter les programmes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Billets : Adultes 10 $ | &#201;tudiants (temps plein avec carte) / A&#238;n&#233;s (65+) 8 $&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; PROPOS DE STAN BRAKHAGE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; De la m&#234;me fa&#231;on qu'on dit d'un compositeur qu'il travaille avec des id&#233;es musicales, on peut dire que je travaille avec des id&#233;es intrins&#232;ques au film, qui est le seul m&#233;dium capable de cr&#233;er des r&#233;solutions paradigmatiques &#224; propos de la Vision primale. La plupart du temps, un compositeur cr&#233;e des parall&#232;les avec l'environnement de l'oreille interne &#8211; les pens&#233;es premi&#232;res des sons. De la m&#234;me fa&#231;on, je travaille maintenant avec les synapses &#233;lectriques de la pens&#233;e pour arriver &#224; des paradigmes d'investissement &#233;motionnel globaux distincts de, mais unifi&#233;s aux lumi&#232;res int&#233;rieures, la Lumi&#232;re, &#224; la source, de l'&#234;tre humain. &#187; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Stan Brakhage (1933-2003), v&#233;ritable monument de l'art du film, a cr&#233;&#233; au-del&#224; de 350 films au long d'une carri&#232;re qui s'est &#233;tir&#233;e sur pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle. Son influence est ressentie bien au-del&#224; du cin&#233;ma exp&#233;rimental, et a affect&#233; tous les modes de productions d'images en mouvement. Il a repouss&#233; les limites des techniques de montage, peignant ou grattant directement la pellicule, il a arrach&#233; la cam&#233;ra 16mm &#224; son tr&#233;pied pour embrasser un tout nouvel ordre de mouvement et de vocabulaire cin&#233;matographiques, dans la famille de la peinture expressioniste abstraite et du vers libre en po&#233;sie. Selon Brakhage, le conditionnement social a pour cons&#233;quence de limiter la vision et de d&#233;velopper des tabous visuels rattach&#233;s au sexe, &#224; la naissance, au vieillissement et &#224; la mort &#8212; ce qu'il appelait &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;the very stuff of life&lt;/i&gt; &#187;. Par cons&#233;quence, sa cam&#233;ra s'est donn&#233; pour t&#226;che de capter toutes les dimensions interdites de l'exp&#233;rience humaine ; ses films, attach&#233;s &#224; l'exp&#233;rience de la vie quotidienne, t&#233;moignent d'une vision artistique hautement personnelle et sans compromis. L'immense impact qu'il a eu sur le champ du cin&#233;ma alternatif se mesure &#224; la profonde impression que ses conf&#233;rences et ses cours de cin&#233;ma ont laiss&#233; dans leur sillage &#8212; Brakhage n'a cess&#233; de voyager &#224; travers l'Am&#233;rique du Nord et en Europe pour pr&#233;senter ses films et ce, malgr&#233; une sant&#233; de plus en plus fragile. Passionn&#233;ment, brillamment, pol&#233;miquement, Brakhage fut le n&#233;cessaire ambassadeur du cin&#233;ma exp&#233;rimental qui su r&#233;v&#233;ler l'infini potentiel de l'expression cin&#233;matographique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; PROPOS DE MARILYN BRAKHAGE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Marilyn Brakhage est dipl&#244;m&#233;e en &#233;tudes cin&#233;matographiques et en histoire de l'art des Universit&#233;s Ryerson et York de Toronto. Elle a travaill&#233; comme distributrice de films, programmatrice, &#233;crivaine-pigiste, enseignante &#224; domicile et elle g&#232;re actuellement la succession de son mari, le cin&#233;aste et th&#233;oricien Stan Brakhage. Elle vit en ce moment &#224; Vancouver, en Colombie-Britannique.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;PARTIE 1 : Le paysage comme histoire, le paysage comme lumi&#232;re (1972, 1974)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Samedi 21 avril, 20 h 30&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;En pr&#233;sence de Marilyn Brakhage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dur&#233;e de visionnement : 84 minutes&lt;br&gt; Format de projection : 16 mm&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;The Wold-Shadow&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;(16mm, couleur, muet, 2:30 min, 1972)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&quot;'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Wold' because the word refers to forests which poets later made plains, and because the word also contains the rustic sense to kill &#8211; this then my laboriously painted vision of the god of the forest.&lt;/i&gt;&quot; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;The Shores of Phos : A Fable&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;(16mm, couleur, muet, 10 min, 1972)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&quot;Phos = Light, but then I did also want that word within the title which would designate PLACE, as within the nationalities of 'the fabulous' &#8211; a specific country of the imagination with tangible shores, etc. The film adheres strictly to the ordinary Form of the classical fable.&quot; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;The Text of Light&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;(16mm, couleur, muet, 71 min, 1974)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#8220;The Text of Light &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;starts in late fall and moves into early winter ; another section starts in deep summer and moves into early fall. Each movement includes the end of one season and the beginning of another.&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3312 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH845/The_Text_of_Light-1974-03-df074.jpg' width='375' height='845' alt='JPEG - 168 ko' style='height:845px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Text of Light&lt;/i&gt; (1974)(c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;PARTIE 2 : Le paysage et la spiritualit&#233; (1991 &#8211; 2001)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Dimanche 22 avril, 18 h 00&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;En pr&#233;sence de Marilyn Brakhage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dur&#233;e de visionnement : 97 minutes&lt;br&gt; Format de projection : 16 mm&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Yggdrasill : Whose Roots Are Stars in the Human Mind&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;(16mm, couleur, muet, 17min, 1997)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;I am compelled to comprehend Yggdrasill as rooted in the complex electrical synapses of thought process, to sense it being alive today as when Nordic legendry hatched it. I share this compulsion with Andrei Tarkovsky, whose last film The Sacrifice struggles to revive The World Tree narratively, whereas I simply present (one might almost say &#8216;document') a moving graph approximate to my thought process, whereby The Tree roots itself as the stars we, reflectively, are.&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Passage Through : A Ritual &lt;br&gt;
(16mm, couleur, son, 49 min, 1990)&lt;br&gt;
Musique de Philip Corner&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#171; M&#234;me s'il ne &#8220;pratiquait&#8221; pas, je crois que Stan s'est toujours identifi&#233; comme chr&#233;tien, et ce depuis que je le connais &#8212; qu'il &#233;tait, &#224; sa fa&#231;on, un homme de &#8220;foi&#8221; &#8212; et que beaucoup de ses films refl&#232;tent son approche spirituelle de la d&#233;votion, particuli&#232;rement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Untitled (For Marilyn)&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chartres Series&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Jesus Trilogy and Coda&lt;/i&gt;, et encore plus puissamment pour moi, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Passage Through : A Ritual.&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Phil Solomon&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Panels for the Walls of Heaven&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;(16mm, couleur, muet, 31 min, 2002)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Red, blue and yellow course through in an up-down motion, then blues and yellows enter from left and right in a complex medley of not solidly formed, but very vibrant pulsations of color, at times only slightly hinting at a solidity of 'wallness' upon which the paint might exist. But it is a 'wall' suffused with light. Suggestions of fire and water, textures of paint on wall, sparkling jewels, and chunks of blue-white ice arise, as the textures of paint at times become a riotous rainbow of tumbling hues flowing in a river of light, creating the paradoxical experience of a fully substantial insubstantiality.&lt;/i&gt;&quot; &#8211; Marilyn Brakhage&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3304 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH580/Panels_for_the_Walls_of_Heaven-2002-03-32fc2.jpg' width='375' height='580' alt='JPEG - 223.8 ko' style='height:580px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Panels for the Walls of Heaven&lt;/i&gt; (2002) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;PARTIE 3 : Processus de r&#233;flexion et musique visuelle (1991 &#8211; 1997)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le jeudi 3 mai &#224; 19 h 30 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dur&#233;e de visionnement : 72 minutes&lt;br&gt; Format de projection : 16 mm&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Agnus Dei Kinder Synapse&lt;br&gt; (16mm, couleur, muet, 4 min, 1991) &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;To the child mind, the transformative sacrificial power of &#8216;O, Lamb of God' is a daily manifestation &#8211; not as an adult shift-of-interest, but rather as ritual magic in which a toy train (&#8216;-of-thought,' an adult might say) becomes medium of shifts-of-scene, soforth, wherein an elephantine shape transforms to a more &#8216;real' (i.e. less metaphorical) train, in sacrifice of transformative elephant, so on-&amp;-on.&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;The &#8220;b&#8221; Series &lt;br&gt;
(16mm, couleur, muet, 12:30 min, 1995)&lt;br&gt;&lt;/strong&gt; &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;This film is a series of five little hand-painted and elaborately step-printed sections which are individually titled but so inter-related I've decided they should always be shown in this order together, but each such a distinction of the essentially un-nameable subject matter they variously facet that they should retain the character of individual pieces within their shared context... a context I've attempted to represent by a small &#8216;b' for my name Brakhage.&lt;/i&gt;&quot; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Self Song &amp; Death Song&lt;br&gt;&lt;/strong&gt; (16mm, couleur, muet, 4:30 min, 1997)&lt;br&gt; &#171; La passion de Brakhage pour son travail est peut-&#234;tre ce qui l'a tu&#233;. En 1996, lorsqu'il a &#233;t&#233; diagnostiqu&#233; d'un cancer de la vessie, ses m&#233;decins pensaient qu'il avait &#233;t&#233; caus&#233; par les teintures avec lesquelles il avait peint &#224; la main les films pendant des ann&#233;es. Il a photographi&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Self Song &amp; Death Song&lt;/i&gt; au m&#234;me moment o&#249; il suivait sa chimioth&#233;rapie. &#187; &#8211; P. Adams Sitney&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Commingled Containers&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;(16mm, couleur, muet, 3 min, 1996)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Commingled Containers&lt;/i&gt;, en particulier, est une confirmation m&#233;morable d'une dimension cruciale, m&#234;me si difficile &#224; aborder, du travail de Brakhage : son engagement &#224; utiliser le film comme moyen de repr&#233;senter sa propre qu&#234;te spirituelle et de capturer des &#233;vocations de l'esprit dans le monde qui l'entourait. &#187; &#8211; Scott MacDonald&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;...Preludes 1 &#8211; 6&lt;br&gt; (16mm, couleur, muet, 11:30 min, 1995)&lt;br&gt;
...Preludes 7 &#8211; 12&lt;br&gt; (16mm, couleur, muet, 16:30 min, 1995)&lt;br&gt;
...Preludes 13 &#8211; 18 &lt;br&gt;
(16mm, couleur, muet, 10 min, 1996)&lt;br&gt;
...Preludes 19 &#8211; 24&lt;br&gt;
(16mm, couleur, muet, 10 min, 1996)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[This] is what I call &quot;plein-aire abstract&quot; inasmuch as I am, while making the film, observing specific surroundings (primarily Vancouver Island, mostly in the city of Victoria) but am painting the reactions of my internal optic system affected by external scenes, only occasionally (and obliquely) identifiable. The ocean, the trees, the varieties of cityscape and landscape assert themselves as &quot;pictures&quot; (there is even a mirror image of a neon bar sign which persists for a few frames twice) but the images are essentially a wash and tangle of nervous feedback, sometimes influenced by, say, the colors of inlet waters, sometimes the wave movements, but more ordinarily by the cellular shifts and shapes of the optic system receiving exterior imagery.&lt;/i&gt;&quot; &#8211; Stan Brakhage (description de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;... Preludes 7&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3310 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH559/Preludes1r-1995-1996-01-9de26.jpg' width='375' height='559' alt='JPEG - 332.1 ko' style='height:559px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;... Preludes 1&lt;/i&gt; (1995) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;PARTIE 4 : Les derniers films peints &#224; la main &#8211; &#233;l&#233;ments / saisons (1993 &#8211; 2002)&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Samedi 5 mai, 21 h 00&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dur&#233;e de visionnement : 56 minutes&lt;br&gt; Format de projection : 16 mm&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3307 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH579/Autumnal-1993-02-4f1cd.jpg' width='375' height='579' alt='JPEG - 307.6 ko' style='height:579px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Autumnal&lt;/i&gt; (1993) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Autumnal&lt;br&gt; (16mm, couleur, muet, 5 min, 1993)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;This is a film composed of two elements : (1) simple hand-painted frames and brief strips of hand-painting, and (2) strips of blank colors, which appear as overall hues or color tones filtering light itself rather than any pictured scenes. These two elements are interposed in editing so as to suggest the seasonal changes of tree-leaf (from greens to golds, reds and browns) and the sky (from varieties of warm-to-cold blues).&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Earthen Aerie &lt;br&gt;
(16mm, couleur, muet, 3 min, 1995)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#171; Ce film, peint &#224; la main et tir&#233; image par image, d&#233;bute par plusieurs secondes de vide blanc (interrompu par du rouge et de brefs jaunes &#233;lectriques) pour ensuite continuer par la multiplication de formes tachet&#233;es de terre et de roches et de formes ressemblant &#224; des racines qui semblent aspirer horizontalement vers l'int&#233;rieur et vers le centre en haut des verts phosphorescents et des bleus de plus en plus color&#233;s de jaune p&#226;le qui font place &#224; ce qui ressemble &#224; des branches de cimes d'arbres se transformant en des formes obliques sur un ciel de phosphore. &#187; &#8211; Canyon Cinema&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3308 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH568/Earthen_Aerie-1995-01-c4702.jpg' width='375' height='568' alt='JPEG - 337.9 ko' style='height:568px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Earthen Aerie&lt;/i&gt; (1995) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Spring Cycle&lt;br&gt; (16mm, couleur, muet, 11 min, 1995)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Suddenly it is as if tubular phosphoressences (mostly purple, blue and green) are undulating in a dark field. Flashes of white and rhythmic blanks of pastel colors punctuate these transformations which soon become plant-like &#8211; beseeming stalks of marsh grass under water, interrupted by whirling garish crystal flowers. Several times, in these passages, the film goes to these blanks of pastel tones. Finally the film ends on a series of these blank tones shifting among blues and blue-greens exploding into white.&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Shockingly Hot&lt;br&gt; (16mm, couleur, muet, 4 min, 1997)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;This little hand-painted film was over-a-year in the making, and absolutely dependent upon a quality of &#8216;broad-stroke' in the painting which I think only children really capable of achieving, at least insofar as such stroke can approximate flame. These strokes/flames had, then, to be chopped back to the frame, in order to exist meaningfully on film. They had to be so timed as to epitomize the relentless of fire, so toned that fiery ice would be included in the aesthetic.&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Cloud Chamber&lt;br&gt; (16mm, couleur, muet, 4 min, 1999) &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;This hand-painted step-printed film begins in a field of white light slightly bespeckled with ephemeral glazes of flecks of silver which gradually give way to pale suggestions of pastel colours. These take shape occasionally and flicker the forthcoming bits of solid coloured and multiply formed abstract images, a few brief sequences-of-such interspersed with the cloud-suggestive passages as at beginning, which eventually end the film.&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;The Lion and the Zebra Make God's Raw Jewels&lt;br&gt; (16mm, couleur, muet, 8:30 min, 1999) &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#171; ... l'impulsion derri&#232;re &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Lion and the Zebra Make God's Raw Jewels&lt;/i&gt;, m'a dit Brakhage, &#233;tait sa peine de voir &#224; quel point ses deux fils voulaient souvent, alors qu'il s'assoyait pour manger, regarder ces horribles &#233;missions sur le canal Discovery o&#249; les animaux s'entred&#233;vorent et o&#249; le narrateur explique avec son accent britannique que cela ne leur fait pas vraiment mal, pendant qu'on les voit se faire manger vivant. ... Au niveau de l'intrigue, Brakhage semble d&#233;crire les cycles de la nature et la fa&#231;on dont les fragments de plantes et de chair deviennent de nouvelles plantes et de nouvelles chairs. &#187; &#8211; Fred Camper&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Stately Mansions Did Decree&lt;br&gt; (16mm, couleur, muet, 5:30 min, 1999)&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;This hand-painted, elaborately step-printed film begins with what appears to be torn fragments of thick parchment erupting upward, out of which emerges a series of landscapes, gardens, exteriors of mansions, castles and the like, then (as yellow predominates ever vegetable greens, sherwood greens and deep floral reds, blood reds) interior corridors and room, as if lit by chandeliers and candelabras &#8211; all of which eventually bursts into flames, explosions, which somewhat &#8220;echo&#8221; visually the beginning of film.&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; Stan Brakhage&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Seasons... &lt;br&gt;
(16mm, couleur, muet, 15 min, 2002) &lt;br&gt;
Cor&#233;alis&#233; avec Phil Solomon&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Seasons&#8230;&lt;/i&gt; est inspir&#233; des couleurs et des textures qu'on retrouve dans les gravures sur bois de Hokusai et de Hiroshige, ainsi que par la qualit&#233; enjou&#233;e des formes dansant dans l'espace des &#339;uvres filmiques de Robert Breer et de Len Lye. &#187; &#8211; Phil Solomon&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3311 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH767/Stately_Mansions_Did_Decree-1999-04-ac5de.jpg' width='375' height='767' alt='JPEG - 370.2 ko' style='height:767px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Stately Mansions did Decree&lt;/i&gt; (1999) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Les programmes pr&#233;sent&#233;s par Hors champ sont rendus possibles gr&#226;ce &#224; la g&#233;n&#233;reuse contribution du Conseil des arts de Montr&#233;al qui nous soutient depuis plus de dix ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'image au sommaire est tir&#233;e de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Panels for the Walls of Heaven&lt;/i&gt; (2002). Toutes les images sont reproduites avec l'aimable autorisation du Estate of Stan Brakhage et &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;, que nous remercions tout particuli&#232;rement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>DES HARMONIES DANS LE CHAOS </title>
		<link>http://www.horschamp.qc.ca/DES-HARMONIES-DANS-LE-CHAOS.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.horschamp.qc.ca/DES-HARMONIES-DANS-LE-CHAOS.html</guid>
		<dc:date>2012-04-16T12:37:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu Li-Goyette</dc:creator>

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

		<dc:subject>som4</dc:subject>
		<dc:subject>Brakhage, Stan</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma exp&#233;rimental</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis </dc:subject>
		<dc:subject>Ethnographie visuelle</dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>

		<description>La mystique du cin&#233;aste en est une du souvenir et du re-souvenir. Le sens des images &#171; souvenues &#187; sera celui du plus universel, du plus simple dans sa signification et du plus complexe dans sa greffe &#224; la m&#233;moire qu'on nous donne &#224; voir qui, pr&#233;cis&#233;ment dans cette s&#233;rie, semble se soucier d'une histoire de la po&#233;sie et de la condition humaine et donne &#224; la cam&#233;ra le r&#244;le de t&#233;moins des d&#233;clins et des illusions.

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&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-som7-+.html" rel="tag"&gt;som4&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Stan-Brakhage,33-+.html" rel="tag"&gt;Brakhage, Stan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Cinema-experimental-+.html" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma exp&#233;rimental&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Etats-Unis-+.html" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Ethnographie-visuelle-+.html" rel="tag"&gt;Ethnographie visuelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Mythologie-+.html" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton493.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;100&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premier plan : une &#233;glise. Non pas l'&#201;glise, mais plut&#244;t une image &#233;vocatrice de la civilisation, de l'organisation quotidienne d'un monde dont Brakhage nous invitera &#224; nous d&#233;tacher une heure durant &#8211; il r&#233;p&#233;tera ce d&#233;sir d'exil quatre fois lors des quatre segments de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Visions in Meditation&lt;/i&gt; (1989-1990). D'abord dans ce premier voyage mn&#233;monique, ensuite dans les segments &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mesa Verde&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Plato's Cave&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;D.H. Lawrence&lt;/i&gt; o&#249; le cin&#233;aste explore tour &#224; tour les ruines d'une autre civilisation, la gen&#232;se de notre perception po&#233;tique et l'obsession d'un homme &#8211; Brakhage lui-m&#234;me &#8211; envers l'auteur britannique qu'il ira honorer dans un p&#232;lerinage en direction de sa demeure. Mais qu'est donc cette s&#233;rie ? D'o&#249; sa structure ? D'o&#249; le choix des th&#232;mes ? Quatre segments dans lesquels une qu&#234;te de sens nous pi&#233;gerait toujours mieux d'un chapitre &#224; l'autre, comme si le d&#233;sir d'y trouver une structure narrative dot&#233;e d'une progression lin&#233;aire, voire une suite qui serait intelligible par sa s&#233;rialit&#233;, n'&#233;tait qu'un leurre &#224; la posture du spectateur classique, voire peut-&#234;tre le sujet m&#234;me du film. Or, l'&#339;uvre de Brakhage se d&#233;finit peut-&#234;tre plus ais&#233;ment comme cette &#233;glise dont nous pouvions rapidement d&#233;terminer le r&#244;le dans le film, par les motifs, les symboles que sugg&#232;rent ses images : la mystique du cin&#233;aste en &#233;tant une du souvenir et du re-souvenir, gageons que le sens des images &#171; souvenues &#187; sera celui du plus universel, du plus simple dans sa signification et du plus complexe dans sa greffe &#224; la m&#233;moire qu'on nous donne &#224; voir qui, pr&#233;cis&#233;ment dans cette s&#233;rie, semble se soucier d'une histoire de la po&#233;sie et de la condition humaine et donne &#224; la cam&#233;ra le r&#244;le de t&#233;moin des d&#233;clins et des illusions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La plupart des hommes sont, dans leur rapport fondamental avec eux-m&#234;mes, des narrateurs. [&#8230;] Ils aiment la succession bien r&#233;gl&#233;e des faits parce qu'elle a toutes les apparences de la n&#233;cessit&#233;, et l'impression que leur vie suit un &#171; cours &#187; est pour eux comme un abri dans le chaos. &lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt; &#8211; Robert Musil, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; L'homme sans qualit&#233;s&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, p. 819.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3294 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L500xH375/VISIONS_1-3a6c2.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 112.2 ko' style='height:375px;width:500px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;Visions in Meditation #1&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;moire se d&#233;clinant sur le m&#233;trage de la pellicule comme l'est celle de la lecture de Proust, de Musil o&#249; le marathon des mots (qui renvoie au marathon des images de Brakhage) soumet notre habilet&#233; &#224; reconna&#238;tre le d&#233;j&#224;-vu &#224; l'&#233;preuve de la dur&#233;e, le premier &#233;pisode de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Visions in Meditation&lt;/i&gt;, plus &#233;videmment que les trois suivants, se veut un hommage aux &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Stanzas in Meditation&lt;/i&gt; de la po&#233;tesse am&#233;ricaine Gertrude Stein [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb3-1&quot; name=&quot;nh3-1&quot; id=&quot;nh3-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Gertrude Stein, &#171; Stanzas in Meditation : Stanza XIII &#187;. En ligne. (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]. Exploratrice des champs de la perception, elle est, comme Brakhage, sensible &#224; la pluralit&#233; des visions se superposant dans le champ de la m&#233;moire. Alors qu'elle organise sa m&#233;trique comme des vecteurs dirigeant &#224; chaque fois le regard &#224; partir d'un m&#234;me point, de la m&#234;me amorce dans le vers, Brakhage peut, &#224; partir d'un m&#234;me point, filmer et refilmer sur le m&#234;me m&#233;trage diff&#233;rentes visions se superposant in vitro, au c&#339;ur m&#234;me de sa cam&#233;ra, de sa cam&#233;ra-stylo.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;In one direction there is the sun and the moon &lt;br&gt;
In the other direction there are cumulus clouds and the sky&lt;br&gt;
In the other direction there is why &lt;br&gt;
They look at what they see &lt;br&gt;
They look very long while they talk along&lt;/i&gt; (Stanza XV)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Diff&#233;rentes des strophes, les stances (de l'italien &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;stanza&lt;/i&gt;) doivent contenir un sens qui remplit cette unit&#233; sans en d&#233;border (g&#233;n&#233;ralement variable de quatre &#224; quatorze vers). Morceaux de r&#233;flexions, ils sont les psaumes des po&#232;tes, ici, le cr&#233;do de Stein mis sur pellicule par Brakhage. Il faut avoir vu le cin&#233;aste dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;For Stan&lt;/i&gt; (2009), film hommage de sa femme compos&#233; d'images de l'artiste confectionnant &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Visions in Meditation&lt;/i&gt;, virevolter, attaquer le paysage du zoom de sa cam&#233;ra, rembobiner pour filmer &#224; nouveau, pour saisir la fixit&#233; du personnage : debout dans le d&#233;cor de la Mesa Verde, il encha&#238;ne panoramiques rapides sur prise d'images individuelles, toujours &#224; partir du m&#234;me point, mais toujours regardant d'un &#171; &#339;il &#187; diff&#233;rent un objet diff&#233;rent. Cette position, celle du cartographe qui examine le terrain de toutes les mani&#232;res possibles, renvoie &#224; l'id&#233;e de cin&#233;ma &#171; subjectif &#187; qui sous-tend toute l'&#339;uvre de Brakhage, celle d'un cin&#233;ma au &#171; je &#187;, cin&#233;-journal esth&#233;tiquement r&#233;fl&#233;chi comme l'&#233;criture de sa propre perception et qui tente de d&#233;terminer la position de l'homme dans la nature environnante, le cosmos. Visions in Meditation est aussi, comme le pointe Bruce Elder, une &#171; aventure de la perception &#187; o&#249; l'on axera la s&#233;rie sur la d&#233;couverte de la vision, mais aussi sur son d&#233;clin et sa sauvegarde. C'est-&#224;-dire que dans un premier temps, si nous reprenons Elder :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;As it is with Stein, so it is with Brakhage. Like Stein, Brakhage takes special interest in objects that are, at once, both typical and unique. He strives to see typical objects in their unique particularity. He tries to see them freshly, as though discovering them for the first time. This accounts for his interest in the mode of perception characteristic of early childhood, when one encounters each object as &#8216;&#8216;an adventure of perception''&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb3-2&quot; name=&quot;nh3-2&quot; id=&quot;nh3-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Bruce R. Elder, The Films of Stan Brakhage in the American Tradition of (...)' &gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce &#224; quoi il est alors int&#233;ressant de revoir le troisi&#232;me volet de la s&#233;rie, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Plato's Cave&lt;/i&gt;, o&#249; Brakhage se penche sur l'all&#233;gorie fondatrice de l'apprentissage du monde par la vision de l'homme de sa propre ombre ; qui traite donc de notre position par rapport au monde, car c'est de la silhouette de l'homme dont d&#233;pend l'image qu'il regarde. S'enfon&#231;ant dans une caverne (apparemment celle de Mesa Verde), le cin&#233;aste d&#233;veloppe sa r&#233;flexion sur la perception, abandonne les rimes visuelles du premier volet o&#249; la r&#233;p&#233;tition espac&#233;e de motifs facilement reconnaissables (l'&#233;glise, puis un d&#233;tail de l'&#233;glise ; la mer qui monte, la mer qui se retire ; les joies d'enfants dans un parc, qui ne s'amusent plus et quittent le parc, etc.) renvoyait &#224; l'utilisation du souvenir/re-souvenir pour se pencher sur la d&#233;couverte du monde. &#192; partir de la caverne, la cam&#233;ra de Brakhage go&#251;tera &#224; la lumi&#232;re, percevra d'abord une ombre au fond de la cavit&#233; rocheuse pour ensuite s'&#233;blouir de paysages d&#233;sertiques, surexpos&#233;s, se fera une ode des premiers pas de notre vision. Pour Brakhage, c'est aussi l'occasion d'une simple et petite bande sonore, compos&#233;e de bruits isol&#233;s, cousine de la musique concr&#232;te, comme prise &#224; m&#234;me le r&#233;el dans sa qualit&#233; brute et al&#233;atoire, indiquant que comme la vue se d&#233;veloppe chez l'enfant par des successions d'impressions sur l'&#339;il, la nature lui d&#233;veloppera une ou&#239;e qu'il n'est pas encore capable d'associer aux mots tout comme les images qu'il n'associe qu'aux impressions et aux souvenirs, au &#171; j'ai d&#233;j&#224; vu &#231;a &#187;. La bande-sonore, unique &#224; ce volet port&#233; sur la d&#233;couverte, soulignerait d'ailleurs d'une part l'impossibilit&#233; de d&#233;crire les &#171; premiers &#187; sons, mais aussi l'impossibilit&#233; pour un d&#233;couvreur de la perception d'ignorer ces sons, chose que Brakhage sugg&#233;rera plus d'une fois &#224; travers une &#339;uvre de &#171; musique visuelle &#187; port&#233;e sur les capacit&#233;s exploratoires du cin&#233;ma glissant sur notre r&#233;tine &#8211; qu'est-ce qui y restera accroch&#233;, qu'est-ce que ces d&#233;bris obstrueront &#224; notre sortie de la salle, telles sont les questions &#224; poser. En faisant donc fi d'un univers sonore le reste du temps, Brakhage stipule que parler de la vue par la vue est un probl&#232;me assez titanesque pour ne pas encombrer nos oreilles d'une bande-sonore.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;There may be pink with white or white with rose &lt;br&gt;
Or there may be white with rose and pink with mauve &lt;br&gt;
Or even there may be white with yellow and yellow with blue&lt;br&gt; Or even if even it is rose with white and blue &lt;br&gt;
And so there is no yellow there but by accident.&lt;/i&gt; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Stanza XIII&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette stance de Stein nous ram&#232;ne au th&#232;me de la d&#233;couverte, celui o&#249; l'&#339;il voit les couleurs, mais ne les reconna&#238;t pas encore tout en m&#234;lant leurs origines &#224; celles des hasards de la nature, autre th&#232;me de pr&#233;dilection de l'univers de Brakhage. En effet, si les deuxi&#232;me et quatri&#232;me segments (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mesa Verde&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;D.H. Lawrence&lt;/i&gt;) se consacrent &#224; des lieux bien pr&#233;cis, la superposition des images prises sur le terrain n'op&#232;re dans aucun sens qui permettrait une r&#233;-cognition des lieux. Motifs agenc&#233;s, ruines placard&#233;es sur d'autres ruines, routes suivant routes, le deuxi&#232;me penchant de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Visions in Meditation&lt;/i&gt; serait celui de la prosp&#233;rit&#233; de la m&#233;moire visuelle puis son d&#233;clin, in&#233;vitable pour faire de l'objet vu l'objet souvenu, port d'attache de notre r&#233;flexion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si j'avais les rimes &#226;pres et rauques comme il conviendrait &#224; ce lugubre trou sur lequel s'appuient tous les autres rocs, j'exprimerais le suc de ma pens&#233;e plus pleinement ; mais je ne les ai point, et non sans frayeur je m'appr&#234;te &#224; parler : car ce n'est pas affaire &#224; prendre &#224; la l&#233;g&#232;re que de d&#233;crire le fond de l'univers entier ni celle d'une langue disant ''papa, maman''.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt; &#8211;Dante, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La divine com&#233;die : L'Enfer&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, p. 289&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a chez Dante une fi&#232;re difficult&#233; &#224; d&#233;crire l'irrepr&#233;sentable, l'Enfer et la fa&#231;on dont l'homme, &#171; au milieu de sa vie &#187;, affronte l'univers en s'incluant au sein de celui-ci comme centre n&#233;vralgique du monde sensible [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb3-3&quot; name=&quot;nh3-3&quot; id=&quot;nh3-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Et si nous avons et aurons recours si souvent aux po&#232;tes et &#233;crivains (...)' &gt;3&lt;/a&gt;]. Il souligne donc son parcours &#8211; une visite dans les ruines am&#233;rindiennes de Mesa Verde, un p&#232;lerinage vers la demeure de Lawrence &#8211; par une accumulation de plans superpos&#233;s, de mouvements en spirales, de distorsions optiques du photogramme qui participe au lyrisme du film, celui d'un monde per&#231;u &#224; travers le regard enivr&#233; du po&#232;te-cin&#233;aste. Mesa Verde nous appara&#238;t comme les ruines d'un ancien monde. Un monde r&#233;volu, &#233;teint par un mal myst&#233;rieux (certains disent les guerres, d'autres l'exil, d'autres le cannibalisme) et qui est rest&#233; plant&#233;-l&#224; dans le roc, immuable &#224; la nature et au temps qui s'est &#233;coul&#233; depuis son abandon (16e si&#232;cle). Le parcours de Brakhage &#224; l'int&#233;rieur de ces ruines &#8211; parcours d'arch&#233;ologue &#8211; est de scruter l'&#233;coulement du temps &#224; partir de sa finalit&#233; : le sable aura recouvert les habitations, la civilisation se sera s&#233;diment&#233;e sous le passage de la nature. Aucune trace de l'homme sinon ces b&#226;timents, les ruines lui procurent l'endroit pour d&#233;velopper le &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;moving visual thinking&lt;/i&gt; &#187; si cher &#224; l'auteur. Ces images mouvantes et pensantes donnent non seulement &#224; r&#233;fl&#233;chir sur l'in&#233;luctabilit&#233; de la fin, mais aussi sur l'importance du souvenir et, dans ce cas-ci, du non-souvenir.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3295 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L500xH374/VISIONS_2-379e4.jpg' width='500' height='374' alt='JPEG - 101.2 ko' style='height:374px;width:500px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;Visions in Meditation #2 (Mesa Verde)&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant il y avait, maintenant il n'y a plus. Pourquoi ? Brakhage, pour se poser la question, filme ce qu'il reste des preuves du passage de l'homme, nous transpose dans cet &#233;tat de d&#233;couverte o&#249; noirceurs et blancheurs alternent sur les plans d'un paysage rocailleux, faisant r&#233;agir sans cesse un &#339;il, le n&#244;tre, qui ne peut que s'&#233;merveiller de toute la m&#233;canique de la contemplation que le cin&#233;aste nous d&#233;montre. Si nous &#171; apprendre &#224; mieux voir &#187; est le propre de son &#339;uvre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Visions in Meditation&lt;/i&gt;, se plantant l&#224; au milieu des d&#233;combres (le surplace n'est-il pas, par d&#233;finition, une composante de la m&#233;ditation ?), est une mise en image de la m&#233;ditation sur l'imaginaire non pas de la fin de l'homme &#8211; il ne meurt pas, il d&#233;j&#224; mort &#8211; , mais de sa ruine. Comme Stein avait mis en stances, 60 ann&#233;es plus t&#244;t, ses m&#233;ditations qui consistaient &#224; revoir, puis r&#233;&#233;crire le quotidien sous un regard fait originel (le propre de la m&#233;ditation est bien de &#171; faire le vide &#187;), Brakhage cherche &#224; voir comme s'il n'avait jamais vu, &#224; capter sur la pellicule l'impression d'une premi&#232;re fois souvenue et projet&#233;e &#224; nos yeux. Sa cam&#233;ra proc&#232;de donc en tentant de d&#233;nicher, &#224; m&#234;me les ruines de Mesa Verde, un sens cach&#233;, invisible &#224; l'&#339;il nu. Faisant corps avec l'appareil de prise de vue (c'est, du moins, l'id&#233;al qu'il proposait dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Brakhage on Brakhage III&lt;/i&gt;), il accomplirait la proph&#233;tie de Vertov &#224; savoir que :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Our eye sees very poorly and very little &#8211; and so men conceived of the microscope in order to see invisible phenomena ; and they discovered the telescope in order to see and explore distant, unknown worlds. The movie camera was invented in order to penetrate deeper into the visible world, to explore and record visual phenomena, so that we do not forget what happens and what the future must take into account.&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb3-4&quot; name=&quot;nh3-4&quot; id=&quot;nh3-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Dziga Vertov, Kino-Eye : The Writings of Dziga Vertov, Londres, (...)' &gt;4&lt;/a&gt;] &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;record visual phenomena&lt;/i&gt; &#187; et le &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;do not forget&lt;/i&gt; &#187; nous int&#233;resseront particuli&#232;rement puisqu'ils renvoient directement &#224; la d&#233;marche du cin&#233;aste. En effet, l'enregistrement du ph&#233;nom&#232;ne visuel serait autant l'enregistrement du signifi&#233; que du signifiant, que de l'image et de ce qui capte l'image. La captation &#171; compl&#232;te &#187; du ph&#233;nom&#232;ne de la vision d&#233;crite par Vertov serait alors une mani&#232;re de ne &#171; jamais oublier &#187; les images, mais aussi la nature de leur enregistrement ; nous ne parlons pas l&#224; de leur support de diffusion, mais bien de ce qui accorde les images avec le pr&#233;sent, celui, dans le cas d'un film de Brakhage, de sa projection. Sa captation de ce que voit l'&#339;il et de l'&#339;il lui-m&#234;me n'est pourtant pas une simple mise en ab&#238;me. Cette captation, Brakhage nous en donne l'exemple dans le dernier segment, &#171; d&#233;crit &#187; l'exp&#233;rience de l'auteur &#224; fouler les lieux de la vie de Lawrence. Brakhage filme son pied, filme la demeure de l'&#233;crivain, fait se suivre ces deux images qui, vues &#224; partir d'un point qui ne se distingue jamais l'&#339;il de cin&#233;aste coll&#233; sur la lorgnette de l'objectif, r&#233;it&#232;re sa position unique de regardeur du monde qui inscrit enfin, dans ce 4e segment, son propre corps dans la m&#233;ditation, dans la g&#233;ographie des lieux : &#171; je suis chez D. H. Lawrence &#187;, dirait-il.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce &#171; je &#187;, concr&#233;tis&#233; &#224; l'image par un plan subjectif, se per&#231;oit n&#233;anmoins diff&#233;remment gr&#226;ce &#224; la s&#233;rie qui le pr&#233;c&#232;de, d'o&#249; l'importance du quadriptyque de Brakhage, car &#224; cette apog&#233;e r&#233;pond le premier segment (sur les capacit&#233;s de la m&#233;moire), le deuxi&#232;me (sur les souvenirs qui &#233;manent des ruines), le troisi&#232;me (les premi&#232;res aventures de la perception) et celui-ci o&#249; se croisent le cin&#233;-journal film&#233; dans les &#171; ruines &#187; de celui qui donna &#224; la litt&#233;rature anglaise moderne les plus beaux r&#233;cits bas&#233;s sur des exp&#233;riences de la perception et du monde sensible ; les corps s'&#233;treignent chez Lawrence comme l'&#339;il avec la cam&#233;ra chez Brakhage : une qu&#234;te de l'union-fusion dans l'espoir de trouver un formule homog&#232;ne et sinc&#232;rement in&#233;dite, une nouvelle fa&#231;on d'&#233;quilibrer le monde moderne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le souvenir triomphe, rappelle les plus beaux instants (comme autant d'idylles rem&#233;mor&#233;es chez Lawrence), rappelle les pires &#233;v&#233;nements (Mesa Verde) et modifie la fa&#231;on dont nous percevons tout en servant de t&#233;moin &#224; l'&#233;tat des choses et &#224; l'&#233;coulement du temps. Les derniers plans de D.H. Lawrence sont donc des plans de nuages volant rapidement au-dessus des pr&#233;s : une fois leurs grosses formes arrondies constitu&#233;es, une fois leurs ombres couvrant les champs, ils transforment l'ensoleillement en p&#233;nombre. C'est que, comme Ulrich le d&#233;couvrira, cet homme sans qualit&#233;s de Robert Musil, le &#171; je &#187; c&#233;dera in&#233;vitablement sa place au monde poursuivant son chemin : la d&#233;cr&#233;pitude de Mesa Verde en est la preuve (morte-)vivante. &#192; toutes ces m&#233;ditations se suivra donc continuation n'appartenant qu'&#224; la nature et non &#224; celui qui l'aura observ&#233;e. &#192; tous ces plans, &#224; toutes ces perceptions enregistr&#233;es ne pourront se suivre qu'une mise en ruine de la pellicule de Brakhage (ce fameux souvenir) : l'&#339;il, organe du corps, ne peut que se faire terre, humus, d&#233;composition comme le souvenir, bouff&#233; par le cosmos dont il nous parle, en pla&#231;ant notre valeur qui nous est propre, celle d'&#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;re et d'en &#234;tre si conscient, comme le centre d'une m&#233;ditation sur les d&#233;buts et les fins, le t&#233;moignage film&#233; d'un homme qui a su voir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Moi n'est plus ce qu'il &#233;tait jusqu'ici : un souverain qui promulgue des &#233;dits.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt;
&#8211;Robert Musil, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; L'homme sans qualit&#233;s&lt;/i&gt;, p. 597.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tout est un flux continuel sur la terre. Rien n'y garde une forme constante et arr&#234;t&#233;e, et nos affections qui s'attachent aux choses ext&#233;rieures passent et changent n&#233;cessairement comme elles. Toujours en avant ou en arri&#232;re de nous, elles rappellent le pass&#233; qui n'est plus ou pr&#233;viennent l'avenir qui souvent ne doit point l'&#234;tre : il n'y a rien l&#224; de solide &#224; quoi le c&#339;ur se puisse attacher. Aussi n'a-t-on gu&#232;re ici-bas que du plaisir qui passe ; pour le bonheur qui dure je doute qu'il y soit connu. &#192; peine est-il dans nos plus vives jouissances un instant o&#249; le c&#339;ur puisse v&#233;ritablement nous dire : Je voudrais que cet instant dur&#226;t toujours ; et comment peut-on appeler bonheur un &#233;tat fugitif qui nous laisse encore le c&#339;ur inquiet et vide, qui nous fait regretter quelque chose avant, ou d&#233;sirer encore quelque chose apr&#232;s ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt;
&#61485;&#8211;Jean-Jacques Rousseau, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les r&#234;veries du promeneur solitaire&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1976, p. 115-116.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3296 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L500xH375/VISIONS_3-f6ef4.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 108.8 ko' style='height:375px;width:500px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;Visions in Meditation #4 (D.H. Lawrence)&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh3-1&quot; name=&quot;nb3-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Gertrude Stein, &#171; Stanzas in Meditation : Stanza XIII &#187;. En ligne. Poetry Foundation. &lt;http://www.poetryfoundation.org/archive/poem.html?id=177503&gt;. Gertrude Stein, &#171; Stanzas in Meditation : Stanza XV &#187;. En ligne. Poetry Foundation. &lt;http://www.poetryfoundation.org/archive/poem.html?id=177503&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh3-2&quot; name=&quot;nb3-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Bruce R. Elder, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Films of Stan Brakhage in the American Tradition of Ezra Pound, Gertrude Stein and Charles Olson&lt;/i&gt;. Waterloo : Wilfrid Laurier University Press, 1999. p. 292)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh3-3&quot; name=&quot;nb3-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Et si nous avons et aurons recours si souvent aux po&#232;tes et &#233;crivains d'autres temps, c'est parce que l'art de Brakhage n'est pas celui du conte narratif, mais bien celui de la po&#233;sie o&#249;, en &#233;quilibre entre la folie et le symbolisme, l'artiste nous donne &#224; comprendre le monde non pas &#224; la mani&#232;re de ses contemporains de l'underground plus subversifs, mais bien &#224; la mani&#232;re d'un po&#232;te romantique de la pellicule.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh3-4&quot; name=&quot;nb3-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Dziga Vertov, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Kino-Eye : The Writings of Dziga Vertov&lt;/i&gt;, Londres, University of California Press, 1984, p. 67.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>CE QUI RESTE</title>
		<link>http://www.horschamp.qc.ca/CE-QUI-RESTE.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.horschamp.qc.ca/CE-QUI-RESTE.html</guid>
		<dc:date>2012-04-16T12:35:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andr&#233; Habib</dc:creator>

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

		<dc:subject>som3</dc:subject>
		<dc:subject>Brakhage, Stan</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma exp&#233;rimental</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis </dc:subject>

		<description>&#171; Death is a meaningless word. &#187; &lt;br /&gt;(Stan Brakhage, 2001) &lt;br /&gt;Au milieu de la r&#233;daction de cet article, j'ai appris le d&#233;c&#232;s de mon coll&#232;gue et ami, Louis Goyette, qui a &#233;t&#233; charg&#233; de cours &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al, &#224; Concordia, &#224; l'Universit&#233; de Sherbrooke, et qui aura marqu&#233; une g&#233;n&#233;ration d'&#233;tudiants en cin&#233;ma. Ses cours sur le cin&#233;ma exp&#233;rimental, sur l'histoire du cin&#233;ma, sur le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois, et bien d'autres, ont laiss&#233; chez ceux qui ont eu le (...)


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&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-som5-+.html" rel="tag"&gt;som3&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Stan-Brakhage,33-+.html" rel="tag"&gt;Brakhage, Stan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Cinema-experimental-+.html" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma exp&#233;rimental&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Etats-Unis-+.html" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton494.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;100&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Death is a meaningless word.&lt;/i&gt; &#187; &lt;br&gt;
(Stan Brakhage, 2001)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au milieu de la r&#233;daction de cet article, j'ai appris le d&#233;c&#232;s de mon coll&#232;gue et ami, Louis Goyette, qui a &#233;t&#233; charg&#233; de cours &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al, &#224; Concordia, &#224; l'Universit&#233; de Sherbrooke, et qui aura marqu&#233; une g&#233;n&#233;ration d'&#233;tudiants en cin&#233;ma. Ses cours sur le cin&#233;ma exp&#233;rimental, sur l'histoire du cin&#233;ma, sur le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois, et bien d'autres, ont laiss&#233; chez ceux qui ont eu le plaisir de les suivre, une marque ind&#233;l&#233;bile. La nouvelle de sa disparition &#8212; nous le savions malade, mais nous pensions tous qu'il s'en sortait &#8212; nous a tout simplement coup&#233; le souffle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sa g&#233;n&#233;rosit&#233;, sa finesse, son &#233;nergie a permis de cultiver une passion v&#233;ritable pour le cin&#233;ma, bien mieux que tant d'articles savants, de colloques et de chaires de recherche. Gr&#226;ce &#224; lui, dans mon universit&#233;, un cours comme &#171; cin&#233;ma exp&#233;rimental &#187; est devenu une institution intouchable, &#224; laquelle il a su imprimer sa personnalit&#233; et &#224; laquelle, je l'esp&#232;re, nous saurons toujours rester fid&#232;les, en cherchant &#224; allumer des &#233;tincelles dans les yeux, les esprits et les c&#339;urs, comme seul Louis savait le faire. Je vous invite d'ailleurs &#224; lire &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/CLASSE-DE-MAITRE-AVEC-MICHAEL-SNOW.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;ce tr&#232;s beau texte&lt;/a&gt; que je lui avais demand&#233; pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hors champ&lt;/i&gt;, il y a plusieurs ann&#233;es, dans le cadre d'un dossier sur Michael Snow, o&#249; il parlait, entre autres, de la p&#233;dagogie du cin&#233;aste, et o&#249; il se montrait lui-m&#234;me, comme toujours, un magnifique p&#233;dagogue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pr&#233;sent texte, qui se voulait une &#233;vocation en plusieurs temps, de mes propres souvenirs et r&#233;flexions sur l'&#339;uvre et la personne de Brakhage, s'est trouv&#233; impr&#233;gn&#233; des souvenirs que j'avais de cet homme fabuleux qu'&#233;tait Louis Goyette, et qui nous manque d&#233;j&#224;. Ce texte lui est donc naturellement d&#233;di&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='illustation spip_document_3306 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH588/Panels_for_the_Walls_of_Heaven-2002-04_entete_-8a656.jpg' width='375' height='588' alt='JPEG - 219.6 ko' style='height:588px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Panels for the Walls of Heaven&lt;/i&gt; (2003) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En relisant la &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/new_offscreen/brakhage_montreal.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;pr&#233;cieuse retranscription&lt;/a&gt; (disponible sur le site de Offscreen) des pr&#233;sentations que le cin&#233;aste am&#233;ricain Stan Brakhage nous avait livr&#233;es &#224; Montr&#233;al, en 2001, je suis tomb&#233; sur cette phrase, dite &#224; propos de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Act of Seeing with one's own Eyes&lt;/i&gt; (mais qui s'appliquerait aussi bien &#224; l'ensemble de son &#339;uvre, &#224; chacun de ses films) :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;My fervent hope is that this film will leave you freer than you were before.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qui n'a pas eu &#8212; peu importe le contexte et les circonstances du visionnement, que ce soit une salle de cin&#233;ma, une salle de classe, devant son t&#233;l&#233;viseur &#8212; le sentiment que les films de Brakhage lib&#233;raient quelque chose en nous, dessillaient notre regard et affinaient notre sensibilit&#233; non simplement par rapport au cin&#233;ma, mais par rapport &#224; notre perception g&#233;n&#233;rale et particuli&#232;re d'une facette ou une autre de la r&#233;alit&#233; : notre propre corps, un paysage, une goutte d'eau, la maladie, le sommeil d'un enfant, la mort d'autrui ou la sienne propre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette phrase, aussit&#244;t, a fait &#233;cho dans mon esprit &#224; celle de Claude Gauvreau, qui a galvanis&#233; mon adolescence et qui me revient &#224; l'occasion, tir&#233;e de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La charge de l'orignal &#233;pormyable&lt;/i&gt; : &#171; Il faut poser des gestes d'une si compl&#232;te audace que m&#234;me ceux qui les r&#233;primeront devront admettre qu'un pouce de libert&#233; &#224; &#233;t&#233; conquis pour tous. &#187; Oui, le cin&#233;ma, l'art, pouss&#233; &#224; un certain degr&#233; d'audace, d'int&#233;grit&#233; et d'intelligence, nous rend individuellement et collectivement meilleurs, nous arme pour affronter les adversit&#233;s en mettant du divers dans un monde que d'aucuns s'&#233;vertuent &#224; rendre toujours plus terne, petit et uniforme. La r&#233;sistance de l'art de Brakhage &#8212; le pari de son &#339;uvre d&#233;mentielle &#8212; est que sa proposition artistique saurait tenir et survivre au moins 400 ans (son fameux &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;400 year-plan&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; des id&#233;es qu'il vaut toujours la peine de ruminer par temps sombres.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3302 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH555/The_Wold-Shadow-1972-03-e540a.jpg' width='375' height='555' alt='JPEG - 256.2 ko' style='height:555px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Wold-Shadow&lt;/i&gt; (1972) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Brakhage fut invit&#233; par la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hors champ&lt;/i&gt; &#224; pr&#233;senter ses films &#224; la Cin&#233;math&#232;que qu&#233;b&#233;coise les 26, 27 et 28 janvier 2001 (les s&#233;ances d&#233;butaient &#224; 21h, s'&#233;tiraient parfois tard dans la nuit, et Brakhage, certains s'en rappellent, invitait ceux qui se sentaient fatigu&#233;s &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;to please feel free to take the films with you into the night&lt;/i&gt; &#187;). Le programme avait &#233;t&#233; mont&#233; et organis&#233; par mes coll&#232;gues de la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hors champ&lt;/i&gt; (j'avais int&#233;gr&#233; les rangs de la revue quelques mois auparavant), Nicolas Renaud et Simon Galiero (qui en auraient encore plus long que moi &#224; dire sur cette visite), en collaboration avec la Cin&#233;math&#232;que, avec Robert Daudelin, ainsi qu'avec l'Universit&#233; Concordia.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette invitation donnait suite, au sein de la revue, &#224; trois articles publi&#233;s entre d&#233;cembre 1998 et f&#233;vrier 1999 par Katherine Jerkovic (&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/REFLECTIONS-ON-BLACK.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Reflections on Black&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/UN-PASSAGE-ENTRE-DEUX-PERCEPTIONS.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un passage entre deux perceptions&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Daybreak et White Eye&lt;/i&gt;-&gt;86]) ainsi qu'un long texte &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/UNE-OEUVRE-QUI-NOUS-REGARDE.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;en trois parties&lt;/a&gt; &#8212; remarquable de maturit&#233; et de pertinence &#8212; de Nicolas Renaud sur l'&#339;uvre du cin&#233;aste. Tous ces textes, comme tout texte que se donne pour t&#226;che d'&#233;crire sur les films de Brakhage (nous avons des exemples dans ce petit dossier), affrontaient la t&#226;che complexe d'&#233;crire sur ce cin&#233;ma, sur ces films aussi pr&#233;gnants, marquants qu'ils sont fuyants, comme une eau qui court devant nos yeux, et que l'on peine &#224; retenir et dont notre m&#233;moire conserve toujours un dessin impr&#233;cis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hors champ&lt;/i&gt; a, depuis, pr&#233;sent&#233; des films de Brakhage &#224; plusieurs reprises. Je rappelle pour (ma propre) m&#233;moire, un programme pr&#233;sent&#233; au mois d'avril 2002, intitul&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voir, entendre, toucher&lt;/i&gt;, o&#249; nous avions programm&#233; deux magnifiques films tardifs peints &#224; la main, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Autumnal&lt;/i&gt; (1993) et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Study in Color and Black and White&lt;/i&gt; (1993) en les faisait r&#233;sonner avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au pays du silence et de l'obscurit&#233;&lt;/i&gt; (1972) de Werner Herzog, troublant documentaire sur les sourds-aveugles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Suite &#224; son d&#233;c&#232;s, le 9 mars 2003, en collaboration avec Richard Kerr de Concordia et la Cin&#233;math&#232;que, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hors champ&lt;/i&gt; a organis&#233; une &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/Contact.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;soir&#233;e hommage&lt;/a&gt; o&#249; &#233;taient montr&#233;s des films que Brakhage avait lui-m&#234;me pr&#233;sent&#233;s, dans cette m&#234;me salle Claude-Jutra, en 2001 (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Dante Quartet&lt;/i&gt; 1987, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Loving&lt;/i&gt;, 1958, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Self-Song/Death Song&lt;/i&gt;, 1997, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mothlight&lt;/i&gt;, 1963, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Window Water Baby Moving&lt;/i&gt;, 1958, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sirius Remembered&lt;/i&gt;, 1959,etc.) ainsi quelques autres que nous ch&#233;rissions (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Coupling&lt;/i&gt;, 1999, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Autumnal&lt;/i&gt;). Enfin, lors de la &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/CARTE-BLANCHE-A-HORS-CHAMP.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Carte blanche&lt;/a&gt; que la Cin&#233;math&#232;que nous a accord&#233;e en 2008 nous avons pr&#233;sent&#233;, dans le cadre d'un programme d&#233;di&#233; au cin&#233;ma exp&#233;rimental, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mothlight&lt;/i&gt;, une magnifique s&#233;rie de films peints &#224; la main, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Persian Series 13-18&lt;/i&gt; (2001), ainsi que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chinese Series&lt;/i&gt; (2003), son dernier film.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3297 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH580/Autumnal-1993-03-2e2ed.jpg' width='375' height='580' alt='JPEG - 258.9 ko' style='height:580px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Autumnal&lt;/i&gt; (1993) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au mois d'avril-mai 2012, c'est en &#233;troite collaboration avec le Cinemaspace du Centre Segal, et gr&#226;ce &#224; l'extraordinaire travail et au talent de Daichi Saito et Malena Szlam, que nous proposons au public montr&#233;alais &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/TEXTES-DE-LUMIERE.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;quatre programmes de films&lt;/a&gt; pr&#233;par&#233;s par Marilyn Brakhage et provenant de Canyon Cinema &#224; San Francisco qui mettent en valeur des &#339;uvres parfois moins connues &#8212; bien que toutes aussi importantes &#8212; du grand cin&#233;aste, et qui, &#224; deux exceptions pr&#232;s, n'ont jamais &#233;t&#233; projet&#233;es &#224; Montr&#233;al. Nous aurons &#233;galement l'immense bonheur d'avoir Marilyn Brakhage parmi nous les deux premiers soirs pour nous parler des films et des moyens qu'elle a entrepris pour en assurer la conservation, la restauration et la diss&#233;mination.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 2001, la venue &#224; Montr&#233;al de Brakhage, parmi d'autres choses, nous a montr&#233; comment cet homme qui composait des images en les sculptant dans la lumi&#232;re et les aur&#233;olant &#8212; plus souvent qu'autrement &#8212; de silence, qui nous proposait un monde qui fustigeait les contraintes du langage pour saisir un monde d'avant (&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;imagine a word before the &#8220;beginning was the word&lt;/i&gt;&#8221; &#187; &#233;crit-il dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Metaphors on Vision&lt;/i&gt;), &#233;tait aussi l'&#234;tre le plus articul&#233;, le plus &#233;loquent, le plus habile &#224; manier toutes les subtilit&#233;s de la langue, dot&#233; d'une m&#233;moire fabuleuse (capable, autour d'une table, de r&#233;citer des strophes enti&#232;res de po&#232;mes d'Ezra Pound) et d'un humour d&#233;capant (avec l'air et le ton d'un Mr. Arkadin animant ses convives dans la sc&#232;ne du bal du film de Welles). C'&#233;tait aussi l'&#234;tre le plus g&#233;n&#233;reux et attentionn&#233; que l'on puisse imaginer, qui a laiss&#233; ind&#233;niablement une marque profonde sur l'art du XXe si&#232;cle (nombre de cin&#233;astes, de peintres, de musiciens ont &#233;t&#233; influenc&#233;s par son &#339;uvre), mais aussi sur des milliers de personnes &#8212; spectateurs &#171; ordinaires &#187; ou f&#233;rus d'exp&#233;rimental &#8212; qui ont &#233;t&#233; touch&#233;s par sa pr&#233;sence, par sa parole et sa vision, et qui portent en eux la trace de ce passage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce fut mon cas, comme pour des centaines &#224; Montr&#233;al &#8212; comme Louis Goyette qui avait assist&#233;, &#233;mu, comme nous tous, &#224; ces s&#233;ances, lui qui ratait rarement, il faut bien le dire, une s&#233;ance de cin&#233;ma exp&#233;rimental &#224; la Cin&#233;math&#232;que &#8212; d'avoir &#233;t&#233; les t&#233;moins privil&#233;gi&#233;s de ces soir&#233;es inou&#239;es, bien enfonc&#233; dans les fauteuils rouges de la Cin&#233;math&#232;que qu&#233;b&#233;coise, soir apr&#232;s soir et tard dans la nuit, &#224; entendre cet homme, malgr&#233; la maladie qu'il portait, d&#233;j&#224;, encore, prendre le temps d'expliquer, longuement, de r&#233;expliquer parfois, sans montrer le moindre signe d'impatience ni de fatigue, devant des salles combles, la gen&#232;se de ses films, une gen&#232;se souvent confondue aux r&#233;cits de sa vie, &#224; des rencontres marquantes, &#233;tayant &#8212; sans aucune note, pas le moindre papier, sans h&#233;siter ou para&#238;tre un seul instant confus, sans chercher ses mots &#8212; des id&#233;es complexes sur l'esth&#233;tique, la mort, la technique cin&#233;matographique, y m&#234;lant des constats sur l'&#233;tat d&#233;solant de la plan&#232;te, d&#233;criant les m&#233;faits de la vid&#233;o, d&#233;crivant un r&#234;ve, des angoisses sombres, sachant nous laisser &#224; chaque fois respirer entre les films, laissant nos yeux prendre un n&#233;cessaire r&#233;pit. &#192; la fin des trois s&#233;ances il avait demand&#233; &#224; Nicolas et &#224; Simon : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Are you happy with the screenings ? You know, I wouldn't have wanted to disapoint you.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est peut-&#234;tre l&#224; que j'ai compris ce que pouvait &#234;tre l'&#233;gard d'un artiste pour le spectateur, non pas parce que c'est un spectateur et qu'il faut le respecter par principe, parce qu'il a pay&#233;, mais parce que c'est, avant tout, un &#234;tre singulier dot&#233; d'une &#226;me et d'une sensibilit&#233;, d'une limite et d'une conscience. Jamais le mot &#171; accompagnement &#187; n'aura pris autant de sens que dans ces soir&#233;es-l&#224;. Car Brakhage ne faisait pas que nous montrer des films, il guidait notre libert&#233; afin que ces derniers puissent nous atteindre et nous toucher [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb4-1&quot; name=&quot;nh4-1&quot; id=&quot;nh4-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Et il en allait de m&#234;me lorsque Brakhage parlait d&amp;#39;un film (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] Cela pouvait &#234;tre des mises en garde &#8212; comme dans le long, tr&#232;s long pr&#233;ambule qu'il nous fit avant de nous montrer &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Act of Seeing with one's own Eyes&lt;/i&gt;, pr&#233;venant ceux qui venaient de perdre un &#234;tre cher (comme c'&#233;tait mon cas, ma grand-m&#232;re &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233;e en octobre) que ce film pouvait avoir sur eux un effet particuli&#232;rement violent &#8212;, ou encore des trucs simples pour mieux capter le rythme plus secret de certains de ses films, surtout les films peints &#224; la main &#8212; o&#249; il nous sugg&#233;rait, d'une part, de toujours prendre le temps de regarder les coins sup&#233;rieurs de l'&#233;cran et le mouvement qui s'y d&#233;ployait, mais surtout de taper sur notre cuisse avec le bout de notre doigt ou d'un crayon, mais tr&#232;s l&#233;g&#232;rement afin de ne pas d&#233;ranger notre voisin, en suivant le rythme de d&#233;filement des images, question de saisir, &#224; travers notre corps et pas juste notre r&#233;tine, le mouvement du film (&#231;a fonctionne, croyez-moi). &#201;gard, aussi, pour ceux qui l'avaient invit&#233;, pour Robert Daudelin, Mario Falsetto, Richard Kerr qui ont tant fait pour le cin&#233;ma exp&#233;rimental &#224; Montr&#233;al, et aussi &#8212; je m'en rappellerai toute ma vie avec une &#233;motion vive &#8212; pour le projectionniste (je crois que c'&#233;tait Ti-Guy) qu'il nous fit applaudir &#224; plusieurs reprises, tant il trouvait que ses films n'avaient jamais &#233;t&#233; aussi bien projet&#233;s (quelle est la derni&#232;re fois o&#249; vous avez applaudi un projectionniste ?).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et nous sortions de la Cin&#233;math&#232;que, les yeux encore impr&#233;gn&#233;s de lumi&#232;re et de couleurs, &#224; minuit, une heure du matin, et nous nous arr&#234;tions pour longuement contempler avec cet homme qui venait de parler pendant 3h, parfois 4h, la chute des flocons de neige qui dansaient avec les stries de lumi&#232;re des lampadaires. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oh ! Wonderful, wonderful !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3300 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH673/Yggdrasill-_Whose_Roots_Are_Stars_in_the_Human_Mind-1997-05-62e7f.jpg' width='375' height='673' alt='JPEG - 239.7 ko' style='height:673px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Yggdrasill :Whose Roots Are Stars in the Human Mind&lt;/i&gt; (1997) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'h&#233;ritage de Brakhage est immense et nous en prendrons sans doute une meilleure mesure dans les ann&#233;es &#224; venir : plus de 350 &#339;uvres, des centaines d'heures de films patiemment fabriqu&#233;s, au photogramme pr&#232;s, peints, mont&#233;s, emmagasinant combien de milliers, de centaines de milliers d'heures de travail, &#233;tal&#233;es sur une vie aux proportions &#233;piques ? Combien de continents de cette &#339;uvre sont encore invisibles (les DVD-Blu-Ray &#233;dit&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es, tout comme la dizaine de programmes con&#231;us par Marilyn Brakhage, nous montrent bien &#224; quel point c'est une &#339;uvre que nous connaissons encore tr&#232;s partiellement) ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; Montr&#233;al, en 2001, en r&#233;ponse &#224; une question sur son soi-disant abandon des films photographi&#233;s au profit des films peints &#224; la main, il nous avait &#233;num&#233;r&#233; calmement une s&#233;rie de films &#8212; dont nous soup&#231;onnions &#224; peine l'existence &#8212; r&#233;alis&#233;s depuis les ann&#233;es 90, notamment &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Vancouver Island Trilogy&lt;/i&gt; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A Child's Garden and the Serious Sea&lt;/i&gt; (1991), 80 minutes, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Mammals of Victoria&lt;/i&gt; (1994), 35 minutes, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The God of Day Had Gone Down Upon Him&lt;/i&gt; (2000), 60 minutes), un film sur les baleines des c&#244;tes de l'Ile de Vancouver, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moilsome Toilsome&lt;/i&gt; (1999), un film sur le po&#232;te Michael McClure, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Worm and Web Love&lt;/i&gt; (1999), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dance&lt;/i&gt; (2000), &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;which I just completed, that tries to sum up something I have gone back to again and again across my lifetime, a sense of what may be the essence of dance&lt;/i&gt; &#187;, ainsi que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Cat of the Worm's Green Realm&lt;/i&gt; (1997), &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;a five hour long photographed film&lt;/i&gt; &#187;, avant d'ajouter tout aussi sereinement :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;I would love to do more. It is not that I am totally gone over into the painted films, but the fact of the matter is that I cannot afford to do more. It is just too expensive to photograph. At times I may be embittered about that, but I never let a lack of money deflect me, instead I insist that is my imperative. So if my destiny makes it that I mostly have to paint films, then those are my orders.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment synth&#233;tiser la r&#233;silience, la modestie, tout en ouvrant la porte vers une caverne aux mille tr&#233;sors qu'il nous restait &#8212; et nous reste encore &#8212; &#224; d&#233;couvrir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Gr&#226;ce aux DVD-Blu-Ray parus chez Criterion, il est possible de voir certains de ces films, pour se faire une id&#233;e, notamment pour les &#339;uvres longues trop rarement programm&#233;es (comme la tr&#232;s impressionnante s&#233;rie en quatre parties des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Visions in Meditations&lt;/i&gt; (1989-1990), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Mammals of Victoria&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Boulder Blues and Pearls and&#8230;&lt;/i&gt; (1992)), mais &#224; ce compte-l&#224;, c'est alors des dizaines de disques qu'il faudrait &#233;diter ! &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Text of Light&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Anticipation of the night&lt;/i&gt;, la s&#233;rie compl&#232;te des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Songs&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sincerity&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Duplicity&lt;/i&gt; et tant d'autres ne sont toujours pas disponibles. Ces versions num&#233;riques ont donc l'avantage de rendre certains de ces films visibles &#8212; et dans une qualit&#233; assez remarquable &#8212;, nous permettent des visionnements multiples, une chose qui lui tenait &#224; c&#339;ur (d'o&#249; l'id&#233;e qu'il avait eue dans les ann&#233;es 60 et 70, de mettre en circulation des r&#233;ductions en 8mm de certains de ses films). En revanche, l'id&#233;e que d&#233;fendait f&#233;rocement Brakhage voulant que la vid&#233;o &#233;tait fondamentalement, ontologiquement de la &#171; lumi&#232;re morte &#187; (&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dead light&lt;/i&gt; &#187;) ne cesse pas d'&#234;tre vraie (m&#234;me avec le Blu-Ray, avec les t&#233;l&#233;s HD, etc.).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien entendu, je crois qu'il s'agit de pouvoir tirer profit des nouvelles possibilit&#233;s technologiques, tout en maintenant la n&#233;cessit&#233; de projeter et de valoriser la projection de ses films dans leur support d'origine sur pellicule (en permettant &#224; des distributeurs comme Canyon et CFMDC de continuer &#224; faire leur travail, car s'ils devaient dispara&#238;tre&#8230;). Il faut bien pr&#233;ciser qu'il ne s'agit pas de nostalgie, de je ne sais quel attachement romantique &#224; un m&#233;dium obsol&#232;te, mais bien au contraire d'une n&#233;cessit&#233; pratique et d'un imp&#233;ratif p&#233;dagogique [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb4-2&quot; name=&quot;nh4-2&quot; id=&quot;nh4-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Cela me fait penser aux positions de Pasolini sur la disparition des (...)' &gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est devenu sans doute de plus en plus complexe, mais &#244; combien gratifiant et n&#233;cessaire, de donner des cours de cin&#233;ma exp&#233;rimental, pr&#233;cis&#233;ment parce que nous montrons la majorit&#233; des films en 16mm &#8212; et je dois encore une fois ici remercier Louis Goyette qui a fait en sorte que depuis toutes ces ann&#233;es ce principe n'a jamais &#233;t&#233; remis une seule fois en question &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al &#8212; et expliquer concr&#232;tement &#224; des jeunes personnes qui pour l'essentiel sont n&#233;es avec le num&#233;rique, qui ne savent pas ce qu'est une tireuse optique, qui ne savent pas ce qu'est une pellicule r&#233;versible, qui ne con&#231;oivent qu'abstraitement ce qu'est un photogramme, comment ces films ont &#233;t&#233; fabriqu&#233;s. Comment rendre sensible la valeur du travail d'un film peint sur pellicule quand on le projette en DVD ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; pourquoi depuis deux ans, je commence mon cours de cin&#233;ma exp&#233;rimental par la vision compar&#233;e de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mothlight&lt;/i&gt; sur Youtube, en DVD puis en 16mm, avant de faire circuler la pellicule dans la salle &#8212; &#224; la Kubelka &#8212; afin que les &#233;tudiants puissent voir et toucher le film et qu'ils comprennent, mat&#233;riellement, ce qu'ils ont vu. C'est l&#224;, il me semble &#8212; et Louis en savait quelque chose &#8212; que la dimension p&#233;dagogique de la d&#233;marche de Brakhage prend tout son sens.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3301 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L375xH683/Preludes2-1995-1996-03-f90b9.jpg' width='375' height='683' alt='JPEG - 366.8 ko' style='height:683px;width:375px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;... Prelude 2 (1995-1996) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des souvenirs en rafales me viennent, o&#249; se m&#234;lent des anecdotes rattach&#233;es &#224; Brakhage et &#224; ses films, mais aussi &#224; toutes ces discussions que j'ai pu avoir avec Louis &#224; propos de cette exp&#233;rience singuli&#232;re qu'un enseignant de cin&#233;ma rencontre en pr&#233;sentant un de ses films, de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Loving&lt;/i&gt; &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dog Star Man&lt;/i&gt; (1961-1965), de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Anticipation of the Night&lt;/i&gt; (1958) &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Dante Quartet&lt;/i&gt;. Combien de fois Louis a-t-il assist&#233; &#224; cette rencontre particuli&#232;re des &#233;tudiants avec un classique &#8212; dont on ne se remet pas facilement &#8212; comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Window Water Baby Moving&lt;/i&gt; ? Sentir la tension monter, les premiers frissons, les bouff&#233;es de chaleur, les larmes de certains, les yeux qui se cachent, les bruissements, parfois les glapissements &#233;touff&#233;s devant l'arriv&#233;e de la t&#234;te et surtout la sortie du placenta (qui cr&#233;e toujours son petit effet), le visage du cin&#233;aste au moment o&#249; Jane lui arrache la cam&#233;ra de la main et la retourne vers lui, l'air &#233;tonn&#233; de ces dizaines d'&#233;tudiants quand les lumi&#232;res se rallument, les mots qui se figent d'abord &#8212; avant que bient&#244;t les langues se d&#233;lient et que le d&#233;bat s'emporte &#8212;, l'effroi chez certains, le d&#233;go&#251;t, l'&#233;merveillement b&#233;at et l'enthousiasme &#233;mu chez d'autres. Dans 400 ans, oui, dans 400 ans force est de croire que&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La force immense de cette &#339;uvre, c'est aussi, entre autres, au Caf&#233;-Bar de la Cin&#233;math&#232;que, il y a plusieurs ann&#233;es, que je l'ai &#233;prouv&#233;e de plein fouet. Nos amis du collectif Double N&#233;gatif avaient organis&#233; une petite projection de certaines sections des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Songs&lt;/i&gt; des ann&#233;es 60, en 8mm. Je ne me souviens plus exactement des films &#8212; comme c'est souvent le cas &#8212; mais de la sensation de cette soir&#233;e, dans ce Caf&#233;-Bar bien enfum&#233;, avec le son du projecteur 8mm de Daichi qui faisait d&#233;filer les bobines, l'une apr&#232;s l'autre, dans un silence implacable : un ciel qui palpite, des enfants v&#234;tus de rouge, un soleil happ&#233; par la lentille, une femme aux longs cheveux, un tourbillon d'eau. Tous ces jeunes gens, rassembl&#233;s autour d'un projecteur, formaient une masse compacte, le caf&#233; d&#233;bordait, et ils assistaient attentifs au d&#233;filement de ces &#233;mouvants fragments de vie, convaincus &#224; cet instant peut-&#234;tre que ces pauvres m&#232;tres de film bousculaient en eux quelque chose qui n'allait jamais se replacer tout &#224; fait.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et puis en 2008, pour moi, il y eut la projection de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chinese Series&lt;/i&gt;, le dernier film de Brakhage, r&#233;alis&#233; sur son lit de mort, en grattant avec le bout de son ongle et un peu de salive, des traits fins sur de la pellicule noire. Cette extraordinaire m&#233;ditation d'&#224; peine 2 minutes sur les id&#233;ogrammes chinois, transform&#233;s en fines guirlandes de lumi&#232;res blanches sautillant sur l'&#233;cran, &#233;tait aussi la plus pure expression de la force et de la vitalit&#233; de l'art de Brakhage. Un peu de lumi&#232;re arrach&#233;e &#224; bout de force et qui d&#233;chire pour quelques instants la nuit obscure. Quelques spasmes, une derni&#232;re danse, encore quelques traits, quelques souffles, quelque chose qui s'acc&#233;l&#232;re et qui est aussit&#244;t englouti, qui r&#233;siste et retombe. Apr&#232;s un long moment o&#249; l'&#233;cran demeurait noir, o&#249; nous avions espoir que quelque chose allait encore surgir de l'obscurit&#233;, plus rien. Le titre. Une date. Un nom, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Stan Brakhage&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3298 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L300xH1068/Chinese_Series-5ff1e.jpg' width='300' height='1068' alt='JPEG - 171.7 ko' style='height:1068px;width:300px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chinese Series&lt;/i&gt; (2003) (c) Estate of Stan Brakhage / &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt;&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et il ne nous restait plus qu'&#224; emporter les films, celui-ci, et tous les autres, dans la nuit profonde de notre m&#233;moire. Cette nuit que l'on porte en nous, et que certaines &#339;uvres, certaines personnes, rendent plus lumineuse parce qu'ils nous ont permis de conqu&#233;rir - sur la b&#234;tise et l'abrutissement ambiant - une once, et peut-&#234;tre plus, de libert&#233;. Et c'est ce qui &#233;choit de plus beau &#224; ceux qui restent, le souvenir de cette libert&#233; conquise, pour nous, et pour tous les autres qui viendront apr&#232;s, qui sait&#8230; peut-&#234;tre dans 400 ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'image au sommaire est extraite de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chinese Series&lt;/i&gt; (2003). Toutes les images dans ce texte ont &#233;t&#233; reproduites avec l'aimable permission du Estate of Stan Brakhage et de &lt;a href=&quot;http://www.fredcamper.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Fred Camper&lt;/a&gt; que nous remercions tout particuli&#232;rement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh4-1&quot; name=&quot;nb4-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 4-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Et il en allait de m&#234;me lorsque Brakhage parlait d'un film qu'il admirait &#8212; comme ce fut le cas lorsqu'il nous pr&#233;senta le sublime &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moonplay&lt;/i&gt; de Mary Menken, lors du m&#234;me s&#233;jour &#224; Montr&#233;al, au cours d'une conf&#233;rence &#224; l'Universit&#233; Concordia, et il suffit de lire les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Brakhage Lectures&lt;/i&gt;, de parler &#224; des gens qui ont pu assister &#224; ses cours sur Eisenstein ou Ford, pour savoir &#224; quel point il &#233;tait capable de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lire&lt;/i&gt; et aider &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;traduire&lt;/i&gt; un film.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh4-2&quot; name=&quot;nb4-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 4-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Cela me fait penser aux positions de Pasolini sur la disparition des peuplades et des visages &#171; non-contamin&#233;s &#187; par l'Occident et la modernit&#233; ! Ce n'&#233;tait pas une vision romantique, idyllique ou primitiviste de &#171; l'archa&#239;sme &#187;, mais une n&#233;cessit&#233; pratique et esth&#233;tique, correspondant au type tr&#232;s particulier de films qu'il voulait, qu'il devait tourner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>COLIN LOW, UN ANGLOPHONE AU QU&#201;BEC</title>
		<link>http://www.horschamp.qc.ca/COLIN-LOW-UN-ANGLOPHONE-AU-QUEBEC.html</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Pageau</dc:creator>

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

		<dc:subject>som6</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaire</dc:subject>
		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Ethnographie visuelle</dc:subject>
		<dc:subject>Low Colin</dc:subject>

		<description>Colin Low, form&#233; &#224; l'&#233;cole de l'ONF, est d'abord un documentariste et c'est en tant que documentariste que son &#339;uvre entretient des rapports &#233;troits avec l'histoire du cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois, comme deux solitudes qui se r&#233;pondent, l'une &#233;tant le miroir de l'autre, sans que ni l'un ni l'autre ne le per&#231;oive trop clairement.

-
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-som4-+.html" rel="tag"&gt;som6&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Documentaire-+.html" rel="tag"&gt;Documentaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Canada-+.html" rel="tag"&gt;Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Quebec-+.html" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Ethnographie-visuelle-+.html" rel="tag"&gt;Ethnographie visuelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Colin-Low-+.html" rel="tag"&gt;Low Colin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton491.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;100&quot; height=&quot;73&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;HORS CHAMP pr&#233;sente une programmation sp&#233;ciale des films de Colin Low &#224; la Cin&#233;math&#232;que qu&#233;b&#233;coise, du 12 au 14 avril, en compagnie du cin&#233;aste. Voir la &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/HOMMAGE-A-COLIN-LOW.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;programmation&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il existe une culture canadienne. Pour certains elle n'est qu'un p&#226;le reflet de la culture am&#233;ricaine. Pour ma part, je la per&#231;ois comme une culture de survie de l'h&#233;misph&#232;re nord et une affirmation de la vertu de &#171; frugalit&#233; &#187;. Frugalit&#233; en ce sens n'&#233;tant pas synonyme de pauvret&#233;, mais plut&#244;t de pertinence [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-1&quot; name=&quot;nh5-1&quot; id=&quot;nh5-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Allocution prononc&#233;e lors de projections consacr&#233;es &#224; l&amp;#39; ONF, &#224; (...)' &gt;1&lt;/a&gt;].&lt;/i&gt; - Colin Low.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans vouloir refaire toute l'histoire du cin&#233;ma au Qu&#233;bec [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-2&quot; name=&quot;nh5-2&quot; id=&quot;nh5-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; une premi&#232;re fois dans Le cin&#233;ma au Qu&#233;bec : (...)' &gt;2&lt;/a&gt;], on peut n&#233;anmoins rappeler que la pr&#233;sence de cin&#233;astes anglophones a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s importante [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-3&quot; name=&quot;nh5-3&quot; id=&quot;nh5-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Dans le Dictionnaire du cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois de Michel Coulombe et Marcel (...)' &gt;3&lt;/a&gt;]. Mais l'impact de cette pr&#233;sence n'a pas souvent &#233;t&#233; mesur&#233; et, dans les faits, il a &#233;t&#233; le plus souvent ignor&#233;. Le ph&#233;nom&#232;ne des &#171; deux solitudes &#187; est aussi vrai dans la production de films que dans le discours critique sur le cin&#233;ma. C'est tr&#232;s certainement la d&#233;cision d'installer l'Office national du film (ONF) &#224; Montr&#233;al en 1956 qui a le plus contribu&#233; &#224; la pr&#233;sence au sein de la communaut&#233; cin&#233;matographique montr&#233;alaise, de cin&#233;astes anglophones au nombre desquels Colin Low, un Westerner. N&#233; &#224; Cardston, en Alberta, en 1926, il n'a pu, de son propre aveu, au cours de ses vingt premi&#232;res ann&#233;es, apprendre beaucoup de choses sur la r&#233;alit&#233; canadienne-fran&#231;aise ; son passage &#224; Ottawa (1945-1956) ne lui sera pas non plus d'une grande aide. Mais il deviendra vite un Easterner &#224; Montr&#233;al en travaillant &#224; l'ONF, l&#224; o&#249; se r&#233;alisaient des convergences entre francophones et anglophones : &#171; L'Office national du film n'a jamais suffisamment eu le cr&#233;dit qu'il m&#233;rite pour avoir &#233;t&#233; une sorte de pont culturel entre le Qu&#233;bec et le reste du pays [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-4&quot; name=&quot;nh5-4&quot; id=&quot;nh5-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] &#171; The Film Board has never been given the proper credit it deserves as (...)' &gt;4&lt;/a&gt;]. &#187; Colin Low, par son &#339;uvre et son action, a contribu&#233; &#224; la cr&#233;ation d'un cin&#233;ma canadien [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-5&quot; name=&quot;nh5-5&quot; id=&quot;nh5-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] La valeur de l&amp;#39;&#339;uvre de Low a &#233;t&#233; soulign&#233;e par des (...)' &gt;5&lt;/a&gt;]. Ses pr&#233;occupations th&#233;matiques et ses choix stylistiques sont caract&#233;ristiques du cin&#233;ma qui se fait au Qu&#233;bec et au Canada, des ann&#233;es 50 jusqu'&#224; aujourd'hui. Low occupe une place tout &#224; fait particuli&#232;re, non seulement dans la cin&#233;matographie canadienne, mais aussi dans la cin&#233;matographie qu&#233;b&#233;coise ; m&#234;me s'il a connu une trajectoire en quelque sorte &#171; parall&#232;le &#187;. Parler de Low c'est aborder un sujet presque tabou, l'influence de cin&#233;astes anglophones sur des confr&#232;res francophones, sujet qu'&#233;voque Jean Pierre Lefebvre, dans un article publi&#233; dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; la recherche d'une identit&#233; : renaissance du cin&#233;ma d'auteur canadien-anglais&lt;/i&gt; : &#171; C'est en effet comme si beaucoup de cin&#233;astes canadiens-anglais avaient fourni &#224; leurs coll&#232;gues francophones des explosifs dont ils ne connaissaient pas la puissance et dont ils n'avaient pas imagin&#233; l'utilisation culturelle, sociale et politique [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-6&quot; name=&quot;nh5-6&quot; id=&quot;nh5-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] Jean Pierre LEFEBVRE (1991), &#171; Les cin&#233;mas canadiens : d&amp;#39;une (...)' &gt;6&lt;/a&gt;]. &#187; &#192; ce jour, Colin Low a collabor&#233; &#224; pr&#232;s de 200 productions, mais, pour les besoins de cette &#233;tude, nous nous int&#233;resserons dans une perspective particuli&#232;rement chronologique (des ann&#233;es 50 &#224; 2000) &#224; deux films en particulier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Capitale de l'or&lt;/i&gt; (1957) et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt; (2000) et &#224; son projet &#224; l'&#238;le Fogo pour le compte de &#171; Challenge for Change &#187; (1967-1970). Low, form&#233; &#224; l'&#233;cole de l'ONF, est d'abord un documentariste et c'est en tant que documentariste que son &#339;uvre entretient des rapports &#233;troits avec l'histoire du cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois, comme deux solitudes qui se r&#233;pondent, l'une &#233;tant le miroir de l'autre, sans que ni l'un ni l'autre ne le per&#231;oive trop clairement.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Capitale de l'or&lt;/i&gt; (1957) et le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;j&#224; en 1987, dans le cadre d'un colloque qui r&#233;unissait pour la premi&#232;re (et derni&#232;re) fois l'Association qu&#233;b&#233;coise des &#233;tudes cin&#233;matographiques et l'Association canadienne-anglaise, j'avais pr&#233;sent&#233; un rapprochement entre nos deux solitudes sous le titre : &#171; Colin Low et Pierre Perrault : Points de convergences [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-7&quot; name=&quot;nh5-7&quot; id=&quot;nh5-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] Pierre PAGEAU (1987), &#171; Colin Low et Pierre Perrault : points de (...)' &gt;7&lt;/a&gt;] &#187;, comparant &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Capitale de l'or&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pour la suite du monde&lt;/i&gt; (1963). Colin Low parlait des pionniers de Dawson lors de la ru&#233;e vers l'or de 1898 alors que Perrault parlait des pionniers de l'Isle-aux-Coudres qui tentaient de ressusciter la p&#234;che au marsouin. Il s'agit de deux aventures collectives, incarn&#233;es dans deux microcosmes, Dawson au Canada anglais et l'Isle-aux-Coudres au Canada fran&#231;ais. Ces deux cin&#233;astes, deux nationalistes de deux nations diff&#233;rentes, qui ne se connaissaient pas ou tr&#232;s peu, avaient pourtant un regard commun sur le pass&#233;, le pr&#233;sent, sur l'avenir de nos r&#234;ves respectifs, bref sur notre survivance [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-8&quot; name=&quot;nh5-8&quot; id=&quot;nh5-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] Jean Pierre LEFEBVRE (1963), &#171; Colin Low, po&#232;te de la survivance &#187;, (...)' &gt;8&lt;/a&gt;]. Ainsi, dans les deux films, les personnages d'enfants sont-ils en marge. Ils ont des jeux, des pr&#233;occupations diff&#233;rentes de celles de leurs a&#238;n&#233;s. Et lorsqu'on fait un film sur la m&#233;moire, la survivance, sur l'enracinement, il peut &#234;tre inqui&#233;tant de constater que les enfants ne suivent pas les m&#234;mes traces que leurs a&#238;n&#233;s. Bref, un Westerner et un Qu&#233;b&#233;cois avaient des inqui&#233;tudes similaires. Une analyse des choix stylistiques des deux cin&#233;astes r&#233;v&#233;lait une m&#234;me utilisation de la &#171; parole &#187;. Chez Perrault elle se fait par l'entremise d'un cin&#233;ma direct qui &#233;coute les voix et les mots des intervenants ; chez Low, par une voix off, un Grand Narrateur qui unifie et rend le tout intelligible. L'intelligible vient aussi de son travail au moment du montage, sur le rythme et &#8211; plus fondamentalement &#8211; sur les cadrages dans les photographies. Colin Low accepte la commande oneffienne, mais la d&#233;passe, alors que Perrault r&#233;siste. Low choisit un langage d'embl&#233;e plus universel, plus classique ; Perrault pr&#233;f&#232;re utiliser un langage filmique plus personnel et plus risqu&#233;. En reliant les aspects th&#233;matique et stylistique, on pouvait conclure que : &#171; Colin Low recherche des r&#233;conciliations (p&#232;re/fils et cin&#233;aste/public). Pierre Perrault pr&#233;f&#232;re un &#8220;dialogue critique&#8221; (p&#232;res/fils et cin&#233;aste/public) [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-9&quot; name=&quot;nh5-9&quot; id=&quot;nh5-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[9] Op. cit., p. 150.' &gt;9&lt;/a&gt;]. &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3291 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L400xH300/City_of_Gold-settlers-0c7fa.jpg' width='400' height='300' alt='JPEG - 72.2 ko' style='height:300px;width:400px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='ttl'&gt;&lt;strong&gt;Capitale de l'or (City of Gold), 1957&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Colin Low et le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois en g&#233;n&#233;ral&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc, s'il y avait et s'il y a toujours une barri&#232;re entre les deux solitudes, il y a n&#233;anmoins des individus, des films, qui prouvent que des convergences existent. Si le cas de Colin Low est exemplaire, il n'est pas unique. Dans plusieurs de ses films, Low utilise un r&#233;seau th&#233;matique que l'on retrouvera dans de nombreux films qu&#233;b&#233;cois : les th&#232;mes de la survivance, de la m&#233;moire, de la qu&#234;te d'identit&#233;. Mais il utilise aussi une stylistique qui se rapproche de celle du cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois : un certain regard qui permet une d&#233;couverte, souvent drue, mais sympathisante, du milieu. Lorsque Colin Low nous dit qu'avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Capitale de l'or&lt;/i&gt; il s'est &#171; mis &#224; regarder ces images &#224; travers leurs yeux [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-10&quot; name=&quot;nh5-10&quot; id=&quot;nh5-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[10] Colin LOW (1996), &#171; Capitale de l&amp;#39;or et Ile Fogo : le (...)' &gt;10&lt;/a&gt;] &#187;, ceux des pionniers de Dawson, il effectue un travail similaire &#224; celui des cin&#233;astes qu&#233;b&#233;cois pour qui la r&#233;volution du cin&#233;ma direct a consist&#233; &#224; se placer du point de vue des gens film&#233;s, &#224; &#234;tre dans un rapport d'empathie tr&#232;s fort avec des repr&#233;sentants du peuple qu&#233;b&#233;cois. Ce rapport d'empathie, Low l'a aussi exprim&#233; dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Circle of the Sun&lt;/i&gt; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le soleil perdu&lt;/i&gt;, 1960), en partageant l'inqui&#233;tude des Indiens &#171; Black Foot &#187; sur la possible disparition de la danse annuelle du Soleil. En 1982, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Standing Alone&lt;/i&gt;, il retrouve le personnage principal du film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le soleil perdu&lt;/i&gt;, Pete Standing Alone, tout aussi &#233;cartel&#233; entre deux cultures et aux prises avec l'angoisse de la survivance. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Hutterites&lt;/i&gt;, en 1963, il pr&#233;sente le foss&#233; culturel existant entre une communaut&#233; religieuse et la soci&#233;t&#233; environnante ; Low est du c&#244;t&#233; du groupe dit minoritaire, mais spirituellement tr&#232;s fort. On comprendra que Low retrouve chez tous ces groupes des valeurs qu'il partage, des valeurs de t&#233;nacit&#233;, de courage, de pers&#233;v&#233;rance, d'affirmation.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3287 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L400xH314/Hutterites-c6967.jpg' width='400' height='314' alt='JPEG - 54 ko' style='height:314px;width:400px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='ttl'&gt;&lt;strong&gt;The Hutterites, 1963&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ses premiers films &#224; contenu ethnographique il prend parti, &#224; sa fa&#231;on. Et bien que son approche soit tr&#232;s stylis&#233;e, personnelle, voire m&#234;me po&#233;tique, il r&#233;alise des films &#171; utiles &#187;. Ainsi, le succ&#232;s du film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Capitale de l'or&lt;/i&gt; sera &#224; l'origine de la red&#233;couverte de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dawson City&lt;/i&gt; dont les gouvernements feront d&#232;s lors la d&#233;fense et la promotion. Avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le soleil perdu&lt;/i&gt;, il donne &#224; voir les Indiens d'une nouvelle fa&#231;on, pas exotique, tr&#232;s anti-hollywoodienne. Cette approche directe, Low l'avait d&#233;j&#224; manifest&#233;e d&#232;s 1954 avec le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; (1954) et le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois &lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; c'est l'enfance de Low : &#171; Avec ce film je voulais enfin parler de ce que j'aimais le plus, mon enfance en Alberta [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-11&quot; name=&quot;nh5-11&quot; id=&quot;nh5-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[11] Colin LOW, entrevue enregistr&#233;e au magn&#233;tophone par Pierre Pageau en (...)' &gt;11&lt;/a&gt;] &#187;. L'univers du ranch Cochrane, des chevaux, celui de son p&#232;re et de son grand-p&#232;re. Le dresseur de chevaux Wally Jensen montre son savoir-faire en choisissant, au milieu d'un troupeau, une b&#234;te r&#233;tive qu'il veut mater ; il r&#233;ussit &#224; enfourcher le cheval et le laisse galoper &#224; travers champs jusqu'&#224; l'&#233;puisement. Il fallait cette connaissance r&#233;elle et cesentiment d'amour profond pour que le sujet surgisse dans toute son authenticit&#233;. Mais ce sont les contraintes techniques de l'&#233;poque (cf. : l'impossibilit&#233; d'avoir un son en direct) et les choix artistiques qui donnent au film son caract&#232;re d'originalit&#233; et d'authenticit&#233;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; est un film libre, frugal, dirait Low, sans narration off toute-puissante, donc sans ce poids du documentaire traditionnel oneffien du temps de la Seconde Guerre mondiale. Low a choisi de filmer avec rigueur et honn&#234;tet&#233; l'univers d'un ranch et le rapport homme/cheval en particulier. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; est un film simple, mais simplicit&#233; n'est pas synonyme de facilit&#233;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt;, en contestant le documentaire traditionnel &#224; la Grierson, annon&#231;ait- il pratiquement le cin&#233;ma direct, forme qui r&#233;sume presque &#224; elle seule le cin&#233;ma des francophones de l'ONF de 1958 &#224; 1964. &#192; cette &#233;poque, des anglophones comme Low, appuy&#233;s par le producteur Tom Daly et des amis comme Wolf Koenig, Roman Kroitor ou Terence McCartney-Filgate, font une petite r&#233;volution qui pr&#233;c&#232;de et qui va donc inspirer celle de la premi&#232;re &#233;quipe francophone de l'ONF (Michel Brault, Gilles Groulx, Claude Jutra, Bernard Gosselin, Pierre Perrault, etc.). Ce sont les anglophones, et principalement McCartney-Filgate et Roman Kroitor qui inaugurent des exp&#233;riences de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;candid eye&lt;/i&gt;, pr&#233;ludes au cin&#233;ma direct des cin&#233;astes francophones. Si &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lonely Boy&lt;/i&gt; (1961) est le film-synth&#232;se de ce cheminement des cin&#233;astes anglophones, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; fut, bien avant, un grand pr&#233;curseur &#224; sa fa&#231;on. Pour bien r&#233;v&#233;ler le r&#233;el du cavalier Wally Jensen, ou celui de Paul Anka, il fallait un certain d&#233;pouillement des moyens cin&#233;matographiques, il fallait, comme le dit Low, de la frugalit&#233; et de la pertinence. Il fallait aussi un certain regard, voire m&#234;me une certaine philosophie de la vie et du cin&#233;ma. Chez Low, ce cavalier, comme les pionniers de Dawson City, sont fondamentalement bons ; le cin&#233;ma, en faisant la promotion de leurs valeurs prend la d&#233;fense des vraies bonnes valeurs sociales et s'attaque au mal. Ce vocabulaire peut sembler inappropri&#233; mais il convient parfaitement &#224; ce fils de Mormon. Une esth&#233;tique est tr&#232;s souvent inspir&#233;e par une &#233;thique et c'est tr&#232;s certainement le cas du cin&#233;ma de Low.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; The Newfoundland Project &#187; (1967-1970) et le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette &#233;thique de la pertinence sociale, Low l'exprimera encore davantage avec son travail pour le &#171; Newfoundland Project &#187;. Ce projet est la manifestation la plus importante du programme &#171; Challenge For Change &#187; des anglophones &#224; l'ONF, programme dont Colin Low fut l'initiateur. &#171; Mais c'est Raymond Garceau qui nous a inspir&#233;s par son travail en Gasp&#233;sie &#187; ; Colin Low fait r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;alisation de vingt-six films de la s&#233;rie ARDA (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Am&#233;nagement rural et d&#233;veloppement agricole&lt;/i&gt;, 1965-1966). On se servait du cin&#233;ma pour faire de l'animation sociale ; on parlait du film-outil. Cette d&#233;marche exigeait la reconnaissance du film comme produit d'un collectif. Le r&#233;alisateur n'est plus l'Auteur (avec un grand A), il n'est qu'un des artisans du film. Les gens film&#233;s interviennent directement dans le processus de cr&#233;ation avec l'ensemble de l'&#233;quipe de r&#233;alisation. Or c'est bien pr&#233;cis&#233;ment ce point de vue qui fut valoris&#233; par un grand nombre de cin&#233;astes de l'&#233;quipe francophone de l'ONF. Plusieurs s'engagent r&#233;solument dans cette voie ; pensons en particulier &#224; Jacques Leduc, ou &#224; Fernand Dansereau qui, avec sa s&#233;rie de vingt-sept films sur St-J&#233;r&#244;me, fait du cin&#233;ma d'intervention sociale. &#192; la m&#234;me &#233;poque, Colin Low est lui aussi responsable d'une s&#233;rie de vingt-sept films portant sur des probl&#232;mes sociaux et &#233;conomiques, ceux des habitants de l'&#206;le Fogo pr&#232;s de Terre-Neuve, la s&#233;rie &#233;tant identifi&#233;e sous le vocable de &#171; The Newfoundland Project &#187;. Low et Dansereau font du cin&#233;ma d'animateur social. &#171; R&#233;cemment j'ai donn&#233; des ateliers de cin&#233;ma d'animation sociale avec Fernand Dansereau &#187;. Leurs trajectoires sont parall&#232;les mais se ressemblent &#233;norm&#233;ment, parce que les deux cin&#233;astes partageaient une m&#234;me volont&#233; de changement social et de cr&#233;ation d'une cin&#233;matographie nationale distincte, qui se d&#233;finirait d'abord par son utilit&#233; sociale et par son engagement r&#233;gionaliste...&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3288 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L400xH300/Billy_Crane_moves_away-1367e.jpg' width='400' height='300' alt='JPEG - 38.7 ko' style='height:300px;width:400px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='ttl'&gt;&lt;strong&gt;Billy Crane Moves Away, 1967&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai eu l'occasion de voir quatre films de la s&#233;rie des courts m&#233;trages du &#171; Newfoundland Project &#187;. Les liens avec la trilogie de l'Ile-aux-Coudres de Pierre Perrault sont ici encore plus perceptibles ; en effet, avec cette s&#233;rie de films sur les habitants de l'&#206;le Fogo, nous retrouvons des th&#232;mes, des personnages, une utilisation de la parole qui nous rappellent les films de Perrault. Les &#233;quivalents des Tremblay ou des Harvey de Perrault se nomment Billy Crane (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Billy Crane Moves Away&lt;/i&gt;, 1967) ou Jim Decker (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Jim Decker Builds a Longliner&lt;/i&gt;, 1967). Comme Perrault qui, avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pour la suite du monde&lt;/i&gt;, ressuscite la p&#234;che au marsouin, Low, avec son projet, prend l'initiative de la cr&#233;ation d'une coop&#233;rative de p&#234;cheurs (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Founding of the Co-operatives&lt;/i&gt;, 1967). Ce faisant Perrault et Low avouent leur filiation avec le grand Robert Flaherty qui filme toujours une situation qu'il a provoqu&#233;e. Sur ce projet Low s'est expliqu&#233; dans une communication ; il dit qu'il a permis &#171; [...] d'initier une activit&#233; qui pourra devenir autonome. Plus cette d&#233;marche est contr&#244;l&#233;e par les int&#233;ress&#233;s, moins elle est contr&#244;l&#233;e par des observateurs ext&#233;rieurs, meilleurs seront les r&#233;sultats [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-12&quot; name=&quot;nh5-12&quot; id=&quot;nh5-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[12] SAOUTER, op.cit., p. 70.' &gt;12&lt;/a&gt;]. &#187;. Au d&#233;but du film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Founding of the Co-operatives&lt;/i&gt;, un carton dit : &#171; Les &#233;quipes de p&#234;cheurs de l'&#206;le Fogo ont toujours travaill&#233; ensemble pour affronter les saisons et les &#233;l&#233;ments. Pourront-ils aujourd'hui se tenir ensemble pour affronter une autre sorte d'adversit&#233; ? &#187; La r&#233;ponse, on l'aura devin&#233;, c'est qu'un groupe important de p&#234;cheurs vont cr&#233;er cette coop&#233;rative. Et, avec cette coop&#233;rative, cinq ans plus tard, vingt-trois bateaux long-courriers auront &#233;t&#233; construits. &#171; Trente-cinq ans plus tard, &#224; l'&#233;t&#233; 2002, je suis retourn&#233; sur l'&#206;le de Fogo pour constater que le projet d'une coop&#233;rative continuait de bien fonctionner. &#187;. Le projet de se servir de &#171; The Newfoundland Project &#187; pour cr&#233;er une coop&#233;rative de p&#234;cheurs afin que ceux-ci puissent ensuite continuer le projet et &#233;chapper &#224; la pauvret&#233; ambiante de la petite r&#233;gion de l'&#206;le Fogo a donc r&#233;ussi. Fernand Dansereau, lui aussi, avait r&#233;ussi avec son film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;St-J&#233;r&#244;me&lt;/i&gt; &#224; intervenir comme agent social, pour aider le peuple &#224; s'aider lui-m&#234;me ; dans son cas il l'a fait en agissant sur le processus &#233;lectoral pour obtenir des candidats plus favorables aux changements sociaux lors d'&#233;lections &#224; la mairie de St-J&#233;r&#244;me. Dans le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Jim Decker Builds a Longliner&lt;/i&gt;, on retrouve des pr&#233;occupations similaires &#224; celles qui sont exprim&#233;es dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les voitures d'eau&lt;/i&gt; (1968) de Pierre Perrault : celles de p&#234;cheurs qui s'interrogent sur l'avenir de leur m&#233;tier et sur les motivations pour cr&#233;er de nouveaux bateaux, plus gros, qui pourraient les aider &#224; survivre. Low, comme Perrault, se pr&#233;occupe concr&#232;tement de la &#171; suite du monde &#187; d'une race de pionniers en voie de disparition. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Billy Crane Moves Away&lt;/i&gt;, un p&#234;cheur traditionnel songe s&#233;rieusement &#224; s'expatrier &#224; Toronto s'il ne trouve pas les moyens de vivre de son m&#233;tier. Et, &#224; plusieurs moments dans le film, il y a des inserts qui nous montrent des enfants qui regardent et &#233;coutent Billy sans trop saisir ce qui se trame exactement. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Jim Decker Builds a Longliner&lt;/i&gt; il y a aussi des plans d'enfants qui assistent &#224; la construction du long-courrier ; au dernier segment, ce sont eux qui se trouvent dans le bateau alors qu'un politicien vient en faire le lancement officiel. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Children of Fogo Island&lt;/i&gt; (1967), un film sans parole comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt;, Low capte les r&#233;actions des enfants face aux changements sociaux que vivent les adultes ; ils jouent, en parall&#232;le, en marge comme cela &#233;tait le cas dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Capitale de l'or&lt;/i&gt;. &#171; J'ai syst&#233;matiquement demand&#233; &#224; mes op&#233;rateurs de filmer les enfants tout au long du tournage en esp&#233;rant, &#224; la fin, pouvoir monter un film qui ne serait que le point de vue des enfants. &#187; &#192; l'instar de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; et de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Capitale de l'or&lt;/i&gt;, c'est un film d'une grande po&#233;sie avec plusieurs images tr&#232;s symboliques (autos et vieux bateaux abandonn&#233;s ; les enfants qui se construisent des &#233;chasses, des cabanes en bois, de petits bateaux ; des images de la mer et des vagues qui d&#233;ferlent incessamment). &#171; Selon moi, pour mon go&#251;t personnel, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Children of Fogo Island&lt;/i&gt; est le meilleur de la s&#233;rie. &#187; On comprendra que ce grand ma&#238;tre du documentaire traditionnel et du cin&#233;ma d'intervention sociale est d'abord quelqu'un de sensible aux autres, &#224; ceux qu'il filme. Il aime et nous fait aimer ; le cin&#233;ma est ici un art de la rencontre dans le sens que ce mot prenait pour les philosophes personnalistes. Ceci est vrai aussi d'une grande partie du cin&#233;ma des cin&#233;astes francophones de l'ONF des ann&#233;es 60. &#192; l'&#233;poque Perrault disait : il faut &#171; Voir de l'int&#233;rieur [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-13&quot; name=&quot;nh5-13&quot; id=&quot;nh5-13&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[13] Pierre PERRAULT (1970), Pierre Perrault, Cin&#233;astes du Qu&#233;bec, n&#176;5, (...)' &gt;13&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Labyrinthe&lt;/i&gt; (1967-1980) et le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui le nom de Colin Low est associ&#233; principalement aux recherches sur des formats d'&#233;crans larges qui vont mener &#224; la cr&#233;ation d'Imax et Omnimax. D&#233;j&#224; en 1947, jeune animateur, il a vu des dessins de Norman McLaren qui cr&#233;aient des effets de 3-D. &#171; D&#232;s 1962, Roman Kroitor m'avait parl&#233; de monter un projet &#224; &#233;crans multiples &#187; me dit Colin Low. Rappelons que Low a d&#233;j&#224; travaill&#233;, avec Kroitor, sur trois &#339;uvres de vulgarisation scientifique : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Time and Terrain&lt;/i&gt; (1948), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Romance of Transportation in Canada&lt;/i&gt; (Sports et transports ) (1952) et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Universe&lt;/i&gt; (Notre univers) (1960). Seul, Low avait aussi r&#233;alis&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Riches of the Earth&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A Thousand Million Years&lt;/i&gt; (1954), puis avait &#233;t&#233; le conf&#233;rencier de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cit&#233; savante&lt;/i&gt;, en 1964. Ces pr&#233;occupations didactique et scientifique se maintiennent dans tout son &#339;uvre. Le projet &#171; Labyrinthe &#187; se situe dans cette perspective. Donc, Low et Kroitor veulent tenter de nouvelles exp&#233;riences, en finir avec la p&#233;riode du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;candid eye&lt;/i&gt; et du direct, comme celle du &#171; Challenge for Change &#187;, qui s'est conclue &#224; la satisfaction de Low. Alors, avec Kroitor, ils vont passer &#224; des exp&#233;riences de cin&#233;ma &#224; &#233;crans multiples et ils vont convaincre Guy Roberge, commissaire du gouvernement canadien &#224; la cin&#233;matographie, et Jean Drapeau, maire de Montr&#233;al, de les laisser profiter de l'Expo 67 qui va donner lieu &#224; une explosion d'exp&#233;riences cin&#233;matographiques &#224; &#233;crans multiples. Plusieurs cin&#233;astes canadiens apportent leur contribution au niveau des recherches et des essais dans divers pavillons ; pensons au pavillon de l'Ontario (Christopher Chapman et Barry Gordon), au film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;volution du Canada&lt;/i&gt; (ann&#233;e ?) (&#171; Budge &#187; Crawley, Michel Brault, George Dunning, Claude Fournier). Mais c'est le projet &#171; Labyrinthe &#187; (Cit&#233; du Havre), sous la responsabilit&#233; de Low, assist&#233; de Kroitor, qui aura la plus grande f&#233;condit&#233; et p&#233;rennit&#233;. Colin Low est plus particuli&#232;rement responsable du design g&#233;n&#233;ral, de l'architecture, de cette salle construite avec trois lieux diff&#233;rents. Pour occuper ce nouveau &#171; labyrinthe &#187;, Low organise un r&#233;cit &#224; partir du mythe de Th&#233;s&#233;e. En 1979, le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;In the Labyrinth&lt;/i&gt;, qui met en image son travail de cin&#233;aste exp&#233;rimentateur du IMAX et son projet du &#171; Labyrinthe &#187;, devient disponible en tant que film autonome. En fait c'est le film qui &#233;tait projet&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une des salles du projet &#171; Labyrinthe &#187;. Low devient alors un sp&#233;cialiste en quelque sorte des expositions universelles. C'est ainsi qu'en 1986 il r&#233;alise &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Transitions&lt;/i&gt; (cor&#233;alis&#233; avec Tony Ianzelo) pour l'Exposition universelle de Vancouver, le premier film en IMAX 3-D. Son grand r&#234;ve se r&#233;alise enfin : &#171; J'ai toujours voulu faire du cin&#233;ma en 3-D, encore aujourd'hui je r&#234;verais de refaire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Universe&lt;/i&gt; ou &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Romance of Transportation&lt;/i&gt; en IMAX 3-D &#187;. En 1992, lors de l'Exposition universelle de S&#233;ville, avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Momentum&lt;/i&gt;, il refait un film en IMAX 3-D ; cette fois-ci il s'agit du premier IMAX &#224; haute d&#233;finition (tourn&#233; &#224; 48 images par seconde). C'est un film sans paroles qui se veut un portrait de la nature canadienne, de nos hivers en particulier mais aussi un portrait de la culture canadienne. En 1980, avec la technologie de l'Omnimax, il tourne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Atmos&lt;/i&gt;. Ce film porte sur les probl&#232;mes climatiques qui confrontent notre plan&#232;te, notre univers. Avant Richard Desjardins qui s'inqui&#232;te de notre for&#234;t bor&#233;ale, mais en synchronisme avec d'autres films de combats &#233;cologiques, Low poursuit ici aussi sa propre trajectoire tout en &#233;tant en parall&#232;le avec celle des nombreux documentaristes qu&#233;b&#233;cois ; je pense en particulier au travail de Maurice Bulbulian.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3292 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L400xH300/Labyrinthe-fbc67.jpg' width='400' height='300' alt='JPEG - 53.6 ko' style='height:300px;width:400px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='ttl'&gt;&lt;strong&gt;Labyrinthe&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1988, il r&#233;alise, toujours pour IMAX, ce qui sera sa seule incursion dans la fiction, mais aussi son seul film bilingue [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-14&quot; name=&quot;nh5-14&quot; id=&quot;nh5-14&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[14] Avant 1960, on peut au moins citer le cas d&amp;#39;un film similaire, (...)' &gt;14&lt;/a&gt;], il s'agit d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Urgence = Emergency&lt;/i&gt;. Dans ce film les personnages vivent le ph&#233;nom&#232;ne des deux solitudes. F&#233;lix St-Germain (interpr&#233;t&#233; par Gilles Pelletier) subit une crise cardiaque et on doit le transporter d'urgence &#224; Montr&#233;al &#224; l'Institut de Cardiologie ; pendant ce temps, par l'interm&#233;diaire d'un montage en parall&#232;le constant, on fait la connaissance d'une Indienne du nom de Mary Diamond qui doit aussi &#234;tre transport&#233;e d'urgence &#224; l'Institut neurologique, un h&#244;pital anglophone. Dans l'avion qui les am&#232;ne &#224; Montr&#233;al, les deux protagonistes se parlent ou tentent de se parler, de communiquer malgr&#233; la barri&#232;re des langues. &#192; la fin, F&#233;lix &#233;voque le souvenir de Mary et il se souvient du r&#244;le qu'a jou&#233; cet avion pour leur survie respective. Low ajoute une dimension scientifique, recourant &#224; des images au scanner ainsi qu'&#224; une vision de l'int&#233;rieur d'une op&#233;ration au c&#339;ur, aid&#233; d'un cath&#233;ter. C'est probablement davantage avec ces segments de vulgarisation scientifique qu'on peut saisir sa pens&#233;e. Mais la vie canadienne, dans sa nordicit&#233; et dans ses divergences linguistiques et culturelles, sont en outre bien &#233;voqu&#233;es. Il y a peu de films qu&#233;b&#233;cois qui se lancent dans des exp&#233;riences technologiques similaires ; on peut toutefois noter que des films comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;24 heures ou plus&lt;/i&gt; (Gilles Groulx, 1977) ou &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le dernier glacier&lt;/i&gt; (Jacques Leduc et Roger Frappier, 1985) utilisent la formule du cadrage dans le cadrage, une forme de multiples &#233;crans. Il s'agit de films engag&#233;s socialement et politiquement. L'esprit de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Soci&#233;t&#233; nouvelle&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-15&quot; name=&quot;nh5-15&quot; id=&quot;nh5-15&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[15] Soci&#233;t&#233; nouvelle est la version fran&#231;aise du programme &#171; Challenge for (...)' &gt;15&lt;/a&gt;] n'est pas loin. Est-ce que IMAX allait suivre cette voie ? Pas vraiment ; alors que Low, lui, s'est toujours servi d'IMAX pour incarner sa vision du monde, bas&#233;e sur la tol&#233;rance, la connaissance des autres et du monde, pour mieux servir des int&#233;r&#234;ts p&#233;dagogiques. Les images du film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Labyrinthe&lt;/i&gt; seront des images d'un monde, d'une plan&#232;te, d'un univers dirait-il, qui est en crise et o&#249; il y a trop d'injustices. Par son montage de multiples images (g&#233;n&#233;ralement cinq, qui peuvent toutes se r&#233;pondre ou &#234;tre toutes diff&#233;rentes), Low met en opposition nos richesses excessives et la pauvret&#233; inacceptable du Tiers-Monde. Les images nombreuses font voir la diversit&#233; des pays, des rites et croyances, des climats, etc., et aident &#224; comprendre la complexit&#233; du monde. Encore ici retrouve-t-on &#224; la fois le p&#233;dagogue et l'humaniste. Interrog&#233; sur son exp&#233;rience avec IMAX, Colin Low m'a souvent r&#233;p&#233;t&#233; que, pour lui, malgr&#233; son int&#233;r&#234;t certain pour les nouvelles technologies de l'image, les pr&#233;occupations morales demeuraient &#224; ses yeux les plus importantes. Aussi, en 1999, une fois ces exp&#233;riences de nouvelles technologies accomplies, Low va-t-il &#224; la fois retourner sur son pass&#233; de documentariste classique et proposer une r&#233;flexion sur les possibilit&#233;s et les limites de l'image, celles du cin&#233;ma &#224; multiples &#233;crans. Cela va donner ce qui est, pour l'instant, son plus r&#233;cent film, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt; (2000) et nous&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les ann&#233;es 80 et 90 furent, pour Colin Low, un temps de r&#233;flexion. En 1982, Low et Tom Daly collaborent une derni&#232;re fois pour le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Standing Alone&lt;/i&gt;. Low revisite l'univers de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Circle of the Sun&lt;/i&gt; avec le retour du personnage de Pete (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Standing Alone&lt;/i&gt;). &#192; travers ce dernier, le documentariste s'interroge sur la survivance des valeurs ancestrales ; ainsi Pete se demande si la danse du Soleil va survivre et, advenant que la maintiennent ses enfants, s'ils en saisiront tout le sens. On voit bien la pr&#233;gnance des th&#232;mes propres au cin&#233;ma de Low. Mais ces th&#232;mes sont aussi pr&#233;sents dans le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois ; on n'a qu'&#224; penser &#224; la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chronique des Indiens du Nord-Est du Qu&#233;bec&lt;/i&gt; (1973-1983) d'Arthur Lamothe. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Standing Alone&lt;/i&gt; c'est encore, en partie, l'&#233;thique et l'esth&#233;tique de Grierson : un film fait par un artisan dou&#233; qui respecte son sujet ; ne jamais faire de l'art pour l'art, mais utiliser les mat&#233;riaux (m&#234;me un film d&#233;j&#224; fait) pour proposer une vision du monde utile &#224; la soci&#233;t&#233;, ou qui sera jug&#233;e comme telle par la soci&#233;t&#233;. D'autre part, de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Circle of the Sun&lt;/i&gt; jusqu'&#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Standing Alone&lt;/i&gt; on mesure bien une &#233;volution, une transformation du style des documentaires, &#224; l'ONF et dans le cin&#233;ma canadien en g&#233;n&#233;ral. Mais le film qui est le plus repr&#233;sentatif d'une nouvelle esth&#233;tique du documentaire, presque d'une crise du documentaire (comme on l'a dit &#224; l'&#233;poque), c'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt; (2000). En r&#233;alit&#233;, il y a, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt;, deux films. Le premier, comme un documentaire plus traditionnel, porte sur un artiste-graveur du XVIIe si&#232;cle, Jacques Callot. Low aborde l'&#339;uvre de Callot &#171; comme une anticipation g&#233;niale du septi&#232;me art. Du cin&#233;aste, Callot a l'insatiable app&#233;tit visuel, le regard aigu, le r&#233;alisme parfois fantastique [...] l'&#233;criture et [&#8230;] l'optique cin&#233;matographique : les gros plans permettant l'analyse de d&#233;tails qui resteraient inaper&#231;us [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-16&quot; name=&quot;nh5-16&quot; id=&quot;nh5-16&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[16] Georges SADOUL (1969), Jacques Callot, miroir de son temps, Paris, (...)' &gt;16&lt;/a&gt;] &#187;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt; se sert de Jacques Callot, un grand artiste de son si&#232;cle, contestataire dans sa fa&#231;on d'&#234;tre un chroniqueur graphique de la Guerre de Trente ans. &#192; la mani&#232;re de Goya, son &#339;uvre fut non seulement r&#233;aliste, presque documentaire, mais elle constitua aussi un geste de protestation contre la guerre. Callot fut un artiste engag&#233;, comme l'a &#233;t&#233; aussi toute sa vie Colin Low ; son travail avec &#171; Challenge for Change &#187; est explicite &#224; ce niveau, ainsi que son respect de la grande tradition du documentaire social &#224; la Grierson, Vertov ou Ivens &#8211; ce qu'un certain cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois a aussi &#233;t&#233;, avec plus d'aplomb dans les ann&#233;es 60, une &#233;clipse partielle dans les ann&#233;es 80, suivie d'un retour dans les derni&#232;res ann&#233;es. Il y a aussi, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt;, un second film, plus subjectif, qui nous explique le cheminement spirituel, artistique et technique de la carri&#232;re de Low et la mani&#232;re dont Callot s'est ins&#233;r&#233; dans celle-ci. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt; est le grand film-synth&#232;se de l'&#339;uvre de Low et de sa vision du monde. Il nous rappelle plusieurs grands moments de sa vie personnelle, de ses origines sur un ranch albertain, de ses ann&#233;es de formation dans une &#233;cole d'art, de son arriv&#233;e &#224; l'ONF et de la rencontre d&#233;terminante avec Norman McLaren, du projet &#171; Labyrinthe &#187;, etc. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt; est donc un film sur un cin&#233;aste qui fait un film sur sa propre carri&#232;re de cin&#233;aste. Un film au &#171; Je &#187;, comme le documentaire qu&#233;b&#233;cois des ann&#233;es 80-90 nous en a beaucoup donn&#233;s, depuis le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Journal inachev&#233;&lt;/i&gt;, de Maril&#249; Mallet (1982), le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voyage en Am&#233;rique avec un cheval emprunt&#233;&lt;/i&gt;, de Jean Chabot (1987), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chronique d'un temps flou&lt;/i&gt; de Sylvie Groulx (1988), jusqu'aux films de pionniers comme ceux d'Anne Claire Poirier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tu as cri&#233; Let Me Go&lt;/i&gt; (1997) ou, surtout, le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, j'me fais mon cin&#233;ma&lt;/i&gt; de Gilles Carle (1998). La narration du film, &#224; l'image de son propos, est complexe. Il y a un narrateur central, qui est Low lui-m&#234;me. D&#232;s le d&#233;but il nous dit : &#171; Il y a des gens qui pourraient me consid&#233;rer comme excentrique, poss&#233;d&#233;... J'ai regard&#233; et utilis&#233; des milliers d'images depuis que j'ai commenc&#233; &#224; faire du cin&#233;ma... &#187;. On voit bien que le Je est omnipr&#233;sent ; comme il l'est de plus en plus dans le jeune documentaire qu&#233;b&#233;cois. Colin Low m'avouera toutefois qu'il n'aime pas cette forme de cin&#233;ma : &#171; Je pr&#233;f&#232;re le documentaire classique et je crains parfois que la formule autobiographique nous fasse perdre un certain respect du sujet &#187;. Mais la complexit&#233; peut lui convenir ; c'est ainsi qu'il &#233;voque sa vie d'enfant albertain o&#249; les chevaux jouaient un r&#244;le capital : c'est d'abord eux qu'il va dessiner, puis qu'il va chercher dans de multiples repr&#233;sentations vari&#233;es, comme par exemple chez L&#233;onard de Vinci, Muybridge, ou des peintres moins connus comme Alfred Miller (Canadien, XIXe si&#232;cle), Alfred Waugh (peintre de la Guerre civile am&#233;ricaine). Puis il int&#232;gre des images de ses propres films, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Universe&lt;/i&gt;, le projet &#171; Labyrinthe &#187;, etc. Viennent alors des allers et retours entre sa vie, ses films, les images des autres et des images de guerre pour d&#233;montrer comment la technologie des images, son &#233;volution, sont li&#233;es &#224; une fascination pour les images de violence. Low utilise des gravures de l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; de Diderot et montre comment, encore aujourd'hui, on peut s'en servir pour fabriquer des fusils, des instruments de mort. On retrouve cette complexit&#233; narrative dans les meilleurs exemples du documentaire qu&#233;b&#233;cois des ann&#233;es 90 (Carlos Ferrand pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Visionnaires&lt;/i&gt;, 1999, ou Michel Langlois pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le fil cass&#233;&lt;/i&gt;, 2002, etc.). Avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt;, d'une fa&#231;on partiellement similaire, le vieux routier vient nous redonner une grande le&#231;on de cin&#233;ma universel. D'abord dans son propos parce qu'il s'attaque &#224; ce vaste sujet de la repr&#233;sentation de la guerre, tissant des parall&#232;les entre les repr&#233;sentations de la guerre de Jacques Callot, et des images des m&#233;dias contemporains. Pour ce faire il utilise une forme narrative &#224; plusieurs niveaux. Il s'agit d'un documentaire qui, par la rigueur de son propos et par la complexit&#233; de sa forme, rejoint davantage ce que le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois a fait de mieux comme longs m&#233;trages de fiction (Arcand, Lauzon, Pool), atteignant ainsi, sens et forme confondus, &#224; une universalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3289 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L400xH300/moving_pictures-armures-70375.jpg' width='400' height='300' alt='JPEG - 45.5 ko' style='height:300px;width:400px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='ttl'&gt;&lt;strong&gt;Moving Pictures, 2000&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt;, Low nous parle de son int&#233;r&#234;t pour L&#233;onard de Vinci, l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; de Diderot ou pour Jacques Callot lui-m&#234;me, cela nous en dit beaucoup sur son univers culturel et spirituel. Low est un Humaniste au sens classique du terme. Comme Grierson ou Rossellini. Comme la majorit&#233; des cin&#233;astes qu&#233;b&#233;cois, dont Pierre Perrault au premier chef. Pour tous ces cr&#233;ateurs un artiste a toujours une responsabilit&#233; sociale. Il a aussi une fonction identitaire. Cette question identitaire traverse tout le cin&#233;ma canadien, pas seulement le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois (m&#234;me si ces interrogations prennent une dimension probablement plus importante pour une minorit&#233; francophone en Am&#233;rique du Nord). Dans les deux cin&#233;matographies on veut affirmer sa diff&#233;rence, trouver son originalit&#233; face au g&#233;ant de la culture populaire et cin&#233;matographique que sont les &#201;tats-Unis. Selon Low, nous sommes tous des Nord-am&#233;ricains : &#171; Je ne pense pas &#234;tre un nationaliste canadien na&#239;f ou un r&#233;gionaliste &#224; l'esprit &#233;troit. Je viens de l'Ouest du pays. J'aime me qualifier de r&#233;aliste nord-am&#233;ricain [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-17&quot; name=&quot;nh5-17&quot; id=&quot;nh5-17&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[17] Colin LOW (1992), &#171; Terre &#224; vendre &#187;, Lumi&#232;res, n 31 (&#233;t&#233;), p. 42. (...)' &gt;17&lt;/a&gt;] &#187;. Mais, comment retrouver ses racines ? Pour Low, et pour bien des cin&#233;astes canadiens et qu&#233;b&#233;cois, on les trouve dans le pays, le paysage, la Nature, mais aussi dans l'enfance (individuelle et collective). Ce qui surgit en outre dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt;, tout comme dans la majorit&#233; des films de Low, c'est une grande inqui&#233;tude. Lui qui a consacr&#233; sa vie &#224; produire des films destin&#233;s &#224; rendre les individus plus tol&#233;rants d&#233;couvre que ses instruments de travail peuvent contribuer &#224; produire l'effet inverse. Dans la narration de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt;, vers la fin, Low dit : &#171; J'ai peur que cette technologie ne soit jamais bien contr&#244;l&#233;e &#187;. Lui, l'inventeur des &#233;crans multiples du &#171; Labyrinthe &#187;, puis d'IMAX, qui s'est converti comme d'autres au documentaire t&#233;l&#233;visuel, mais qui s'est toujours servi de ces nouvelles technologies pour former un spectateur plus conciliant face aux autres, craint maintenant que ces outils trouvent d'autres fonctions. Il a conscience d'une crise de l'image, d'une crise des repr&#233;sentations, que le cin&#233;ma de fiction des cin&#233;astes canadiens-anglais Egoyan ou Cronenberg a illustr&#233;e, mais que le cin&#233;ma documentaire, celui de Low et de cin&#233;astes francophones du Qu&#233;bec, a aussi exprim&#233;e. Low a toujours d&#233;fendu, par ses films et ses textes [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-18&quot; name=&quot;nh5-18&quot; id=&quot;nh5-18&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[18] Comme Grierson et Perreault, Colin Low a publi&#233; de nombreux &#233;crits sur (...)' &gt;18&lt;/a&gt;], un cin&#233;ma de cr&#233;ation int&#232;gre. &#171; Les traditions de l'ONF se sont d&#233;velopp&#233;es autour du respect des sujets dans ses films documentaires. Nous travaillons &#8211; &#224; peu d'exceptions pr&#232;s &#8211; en collaboration avec le sujet et &#224; l'int&#233;rieur des limites impos&#233;es par lui. Nous n'avons que faire de la mythologie commerciale ou politique [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-19&quot; name=&quot;nh5-19&quot; id=&quot;nh5-19&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[19] Colin LOW, &#171; Terre &#224; vendre &#187;, loc. cit, p. 45. Dans le texte &#171; Some (...)' &gt;19&lt;/a&gt;]. &#187; Le &#171; nous &#187; de Low vaut aussi bien pour les cin&#233;astes anglophones que francophones. Les deux groupes partagent un m&#233;lange d'utopie, de proph&#233;tie, de pr&#233;occupations sociales, mais aussi de po&#233;sie. Les deux groupes de cr&#233;ateurs veulent cr&#233;er un langage proprement canadien et universel. Low incarne cela &#224; la perfection. C'est un mod&#232;le &#224; suivre, et plusieurs l'ont suivi. En tant que producteur Low a &#233;t&#233; le &#171; p&#232;re &#187; spirituel de tr&#232;s nombreux cin&#233;astes anglophones qui ont enrichi la cin&#233;matographie qu&#233;b&#233;coise et canadienne ; en animation il a aid&#233; Arthur Lipsett, Derek Lamb, Gerald Potterton ; il a &#233;t&#233; producteur du &#171; Challenge for Change &#187; pour les femmes et, dans ce contexte, a produit des films de Dorothy H&#233;naut et Kathleen Shannon ; chez les hommes il a produit les premiers films de Tony Ianzelo, Giles Walker et John Smith. Il a contribu&#233; &#224; cr&#233;er un nouveau cin&#233;ma canadien-anglais, au Qu&#233;bec, tr&#232;s diversifi&#233; [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb5-20&quot; name=&quot;nh5-20&quot; id=&quot;nh5-20&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[20] D&amp;#39;ailleurs, plusieurs de ces cin&#233;astes sont cit&#233;s dans (...)' &gt;20&lt;/a&gt;]. Low aura incarn&#233;, comme il le souhaitait, un cin&#233;ma de la frugalit&#233; et de la pertinence. Il y a l&#224; des valeurs et des principes dans la cr&#233;ation qui valent pour tous les cin&#233;astes qui &#339;uvrent au Canada. Mais, comme le p&#244;le Nord et le p&#244;le Sud se ressemblent sans jamais pouvoir se rejoindre r&#233;ellement, le cin&#233;ma de Low (et par extension celui des anglophones au Qu&#233;bec), tout en entretenant de multiples ressemblances avec le n&#244;tre, est demeur&#233; comme en parall&#232;le, en marge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-1&quot; name=&quot;nb5-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Allocution prononc&#233;e lors de projections consacr&#233;es &#224; l' ONF, &#224; l'occasion de son 50e anniversaire, par la Director's Guild of America, le 8 d&#233;cembre 1988, &#224; Los Angeles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-2&quot; name=&quot;nb5-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; une premi&#232;re fois dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le cin&#233;ma au Qu&#233;bec : tradition et modernit&#233;&lt;/i&gt;, St&#233;phane-Albert Boulais (sous la dir.), Montr&#233;al, Fides, coll. &#8220;Archives des lettres canadiennes,&#8221; Centre de recherche en civilsation canadienne-fran&#231;aise de l'Universit&#233; d'Ottawa, tome XIII, 2006. Nous remercions Pierre Pageau de nous avoir permis de le reproduire dans le cadre de cet hommage &#224; Colin Low.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-3&quot; name=&quot;nb5-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Dans le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dictionnaire du cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt; de Michel Coulombe et Marcel Jean (Montr&#233;al, Bor&#233;al, 1999), on peut recenser plus de 60 entr&#233;es relatives &#224; cette pr&#233;sence anglophone au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-4&quot; name=&quot;nb5-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] &#171; The Film Board has never been given the proper credit it deserves as a kind of cultural bridge between Quebec and the rest of the country. &#187; (Colin LOW (2000), &#171; Entrevue &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Take One&lt;/i&gt;, no 24 (hiver), p. 32. Entrevue r&#233;alis&#233;e par Wyndham Wise et Marc Glassman). Dans un texte publi&#233; &#224; la suite de cette entrevue et qui s'intitule &#171; Some Thoughts on the Future of the Film Board &#187;, Low ajoute : &#171; The NFB was a bridge between two solitudes &#187; (L'ONF a construit un pont entre nos deux solitudes).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-5&quot; name=&quot;nb5-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] La valeur de l'&#339;uvre de Low a &#233;t&#233; soulign&#233;e par des r&#233;compenses dans les deux communaut&#233;s : en 1996, il a &#233;t&#233; nomm&#233; membre de l'Ordre du Canada, en reconnaissance de son extraordinaire contribution au cin&#233;ma ; en 1997, il re&#231;oit le Prix Albert-Tessier du gouvernement du Qu&#233;bec pour l'ensemble de son &#339;uvre cin&#233;matographique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-6&quot; name=&quot;nb5-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Jean Pierre LEFEBVRE (1991), &#171; Les cin&#233;mas canadiens : d'une image &#224; l'autre &#187;, dans Pierre V&#201;RONNEAU (dir.), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; la recherche d'une identit&#233; : renaissance du cin&#233;ma d'auteur canadien-anglais&lt;/i&gt;, Cin&#233;math&#232;que qu&#233;b&#233;coise, p. 24. Le corpus vis&#233; par Lefebvre est principalement celui des ann&#233;es 50-60 &#224; l'ONF.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-7&quot; name=&quot;nb5-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Pierre PAGEAU (1987), &#171; Colin Low et Pierre Perrault : points de convergences &#187;, dans Pierre V&#201;RONNEAU, Michael DORLAND et Seth FELDMAN (dir.), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dialogue : cin&#233;ma canadien et qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Mediatexte Publications Inc. et Cin&#233;math&#232;que qu&#233;b&#233;coise, p. 139-151.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-8&quot; name=&quot;nb5-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Jean Pierre LEFEBVRE (1963), &#171; Colin Low, po&#232;te de la survivance &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Objectif&lt;/i&gt;, n 23-24 (octobre-novembre), p. 24-37.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-9&quot; name=&quot;nb5-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 150.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-10&quot; name=&quot;nb5-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-10&quot;&gt;10&lt;/a&gt;] Colin LOW (1996), &#171; Capitale de l'or et Ile Fogo : le documentaire comme outil de communication et catalyseur de changement social &#187;, dans Catherine SAOUTER, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le documentaire : contestation et propagande&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, XYZ &#233;diteur, p. 65. Traduction fran&#231;aise de communications faites dans le cadre des Pegram Lectures, 1972. J'ai consult&#233; les archives originales des Pegram Lectures qui sont au centre de documentation de l'ONF pour constater que la traduction n'est pas toujours tr&#232;s bonne et, surtout, que Colin Low a fait avec ces Lectures un travail th&#233;orique consid&#233;rable (plus de 200 pages) dont de larges sections qui se nomment &#171; Media as a Mirror &#187; ; ceci d&#233;montre bien que pour Low, et bien des &#233;mules de Grierson, le cin&#233;ma ne peut se faire, se penser, en dehors de l'action sociale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-11&quot; name=&quot;nb5-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-11&quot;&gt;11&lt;/a&gt;] Colin LOW, entrevue enregistr&#233;e au magn&#233;tophone par Pierre Pageau en janvier et f&#233;vrier 2003 et traduite de l'anglais par Pierre Pageau. Toutes les citations de Low sans r&#233;f&#233;rences seront extraites de cette entrevue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-12&quot; name=&quot;nb5-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-12&quot;&gt;12&lt;/a&gt;] SAOUTER, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 70.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-13&quot; name=&quot;nb5-13&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-13&quot;&gt;13&lt;/a&gt;] Pierre PERRAULT (1970), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pierre Perrault&lt;/i&gt;, Cin&#233;astes du Qu&#233;bec, n&#176;5, Montr&#233;al, Conseil qu&#233;b&#233;cois pour la diffusion du cin&#233;ma. Perrault ajoute : &#171; Il est ici question de conna&#238;tre dans le sens global du mot et non pas de se donner l'illusion d'avoir vu ni de se distraire. [...] Et le cin&#233;ma m'a permis de puiser ma connaissance aux sources m&#234;mes de l'&#234;tre que je pr&#233;tendais prospecter. &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-14&quot; name=&quot;nb5-14&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-14&quot;&gt;14&lt;/a&gt;] Avant 1960, on peut au moins citer le cas d'un film similaire, soit celui, c&#233;l&#232;bre, du film bilingue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rhapsody in Two Languages&lt;/i&gt; (de Gordon Sparling, 1934), qui fait de l'humour sur nos &#171; deux solitudes &#187; linguistiques. Sparling &#233;tait par ailleurs un membre important de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Associated Screen News&lt;/i&gt; qui fut un organisme de production-diffusion notoire dans le Qu&#233;bec d'avant les ann&#233;es 50. Gilles Carle s'est aussi amus&#233; &#224; ce jeu avec son film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;St&#233;r&#233;o&lt;/i&gt; (1970).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-15&quot; name=&quot;nb5-15&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-15&quot;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Soci&#233;t&#233; nouvelle&lt;/i&gt; est la version fran&#231;aise du programme &#171; Challenge for Change &#187; (dont Low &#233;tait le grand initiateur et directeur). &#171; Avec le projet Soci&#233;t&#233; nouvelle (1969-1979), entrepris dans le cadre d'un programme de la lutte contre la pauvret&#233;, une autre dimension vient s'ajouter : l'animation sociale. &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le dictionnaire du cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, article sur l'ONF de Pierre V&#233;ronneau, p. 480).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-16&quot; name=&quot;nb5-16&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-16&quot;&gt;16&lt;/a&gt;] Georges SADOUL (1969), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Jacques Callot, miroir de son temps&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-17&quot; name=&quot;nb5-17&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-17&quot;&gt;17&lt;/a&gt;] Colin LOW (1992), &#171; Terre &#224; vendre &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lumi&#232;res&lt;/i&gt;, n 31 (&#233;t&#233;), p. 42. Extrait d'un discours prononc&#233; lors des rencontres du cin&#233;ma canadien &#224; Saint-&#201;tienne en 1983.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-18&quot; name=&quot;nb5-18&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-18&quot;&gt;18&lt;/a&gt;] Comme Grierson et Perreault, Colin Low a publi&#233; de nombreux &#233;crits sur le cin&#233;ma. Une &#233;tude sur la pens&#233;e cin&#233;matographique de Low pourrait confirmer ce que ses films disent d&#233;j&#224;. Jacques Aumont, dans un ouvrage r&#233;cent sur le cin&#233;aste-th&#233;oricien engag&#233;, &#233;crivait ceci : &#171; [...] le cin&#233;ma aiderait &#224; penser la fabrication d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale, d'une communaut&#233; des humains qui, au moins dans une certaine mesure, &#233;chapperait aux petitesses, aux limites, aux duret&#233;s de la vraie soci&#233;t&#233;, de l'exploitation ou de la tyrannie. Bref, il y a dans la pens&#233;e id&#233;ologique des cin&#233;astes, toujours, un d&#233;sir d'utopie. &#187; Jacques AUMONT (2002), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les th&#233;ories des cin&#233;astes&lt;/i&gt;, Paris, Nathan Cin&#233;ma, p. 104.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-19&quot; name=&quot;nb5-19&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-19&quot;&gt;19&lt;/a&gt;] Colin LOW, &#171; Terre &#224; vendre &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;loc. cit&lt;/i&gt;, p. 45. Dans le texte &#171; Some Thoughts on the Future of the Film Board &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;loc. cit&lt;/i&gt;, Low ajoute : &#171; [...] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The NFB made Canada a kind of gentler culture than the American's&lt;/i&gt;... &#187; ([...] L'ONF a cr&#233;&#233; une culture canadienne plus douce que celle des &#201;tats-Unis&#8230;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh5-20&quot; name=&quot;nb5-20&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5-20&quot;&gt;20&lt;/a&gt;] D'ailleurs, plusieurs de ces cin&#233;astes sont cit&#233;s dans l'article de Isabelle JUNEAU, &#171; Le nouveau cin&#233;ma anglo-qu&#233;b&#233;cois &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; la recherche d'une identit&#233; : renaissance du cin&#233;ma d'auteur canadien-anglais&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;loc. cit.&lt;/i&gt;, p. 95-11.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>DE FOGO ISLAND &#192; FARMERSVILLE</title>
		<link>http://www.horschamp.qc.ca/De-Fogo-Island-a-Farmersville.html</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Renaud</dc:creator>

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

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		<dc:subject>Low Colin</dc:subject>
		<dc:subject>Low Colin</dc:subject>

		<description>Dans le cadre de l'hommage &#224; Colin Low pr&#233;sent&#233; par Hors Champ &#224; la Cin&#233;math&#232;que qu&#233;b&#233;coise du 12 au 14 avril (voir la programmation), l'un des films projet&#233;s est issu d'un chapitre peu connu de la carri&#232;re du cin&#233;aste : l'exp&#233;rience am&#233;ricaine &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Il r&#233;alisa alors les 36 courts films de la s&#233;rie Farmersville en Californie, un projet de cin&#233;ma documentaire &#224; vocation sociale et participative. Ces films n'ont jamais &#233;t&#233; montr&#233;s au Canada. (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton492.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;100&quot; height=&quot;67&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le cadre de l'hommage &#224; Colin Low pr&#233;sent&#233; par Hors Champ &#224; la Cin&#233;math&#232;que qu&#233;b&#233;coise du 12 au 14 avril (voir la &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/HOMMAGE-A-COLIN-LOW.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;programmation&lt;/a&gt;), l'un des films projet&#233;s est issu d'un chapitre peu connu de la carri&#232;re du cin&#233;aste : l'exp&#233;rience am&#233;ricaine &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Il r&#233;alisa alors les 36 courts films de la s&#233;rie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Farmersville&lt;/i&gt; en Californie, un projet de cin&#233;ma documentaire &#224; vocation sociale et participative. Ces films n'ont jamais &#233;t&#233; montr&#233;s au Canada. Parmi les quelques titres pouvant &#234;tre retrac&#233;s afin d'en inclure un dans cette programmation sp&#233;ciale, Colin Low porta son choix sans h&#233;siter sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hector and Reuben&lt;/i&gt; pour offrir un aper&#231;u repr&#233;sentatif de la s&#233;rie. Le film est pr&#233;sent&#233; &#224; la s&#233;ance du 13 avril, avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Children of Fogo Island&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Hutterites&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Farmersville, une initiative du Gouvernement am&#233;ricain, s'inspirait directement du mod&#232;le de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Challenge for Change&lt;/i&gt;, un programme de l'Office national du film du Canada lanc&#233; en 1967 et marqu&#233; &#224; ses d&#233;buts par la contribution f&#233;conde de Colin Low, avec ses 27 films de la s&#233;rie Fogo Island en 1967-68. C'est alors qu'il fut invit&#233; &#224; reproduire une exp&#233;rience semblable dans une communaut&#233; du sud de la Californie, pour se pencher entre autres sur la r&#233;alit&#233; et les pr&#233;occupations de la jeunesse de l'&#233;poque et l'int&#233;gration des immigrants mexicains.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quant &#224; la s&#233;rie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fogo Island&lt;/i&gt;, le film s&#233;lectionn&#233; dans le programme n'est pas n&#233;cessairement le plus repr&#233;sentatif du travail du cin&#233;aste pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Challenge for Change&lt;/i&gt;. Car &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Children of Fogo Island&lt;/i&gt; est un pr&#233;lude po&#233;tique &#224; la s&#233;rie, une ode aux jeux d'enfance sur les c&#244;tes rocailleuses de Terre-Neuve, plut&#244;t que le v&#233;hicule d'une prise de parole par les habitants de la r&#233;gion, tels que le seront les films subs&#233;quents. Ironiquement, Colin Low a d&#233;clar&#233; que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Children of Fogo Island&lt;/i&gt; &#233;tait peut-&#234;tre en fait le film le plus &#171; utile &#187; de la s&#233;rie, que ce tableau m&#233;lancolique de l'enfance dans ces villages de p&#234;cheurs du Golfe de l'Atlantique trouvait une forte r&#233;sonance dans les communaut&#233;s o&#249; les films de la s&#233;rie &#233;taient projet&#233;s. En revanche, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hector and Reuben&lt;/i&gt; refl&#232;te directement le mode participatif et l'objectif de changement social de la s&#233;rie Farmersville. Ce film de 17 minutes est constitu&#233; d'une simple entrevue avec deux jeunes immigrants mexicains dans la vingtaine, &#224; leur retour d'un service dans l'arm&#233;e des &#201;tats-Unis, l'un d'eux ayant combattu au Vietnam. Il est question de racisme avant tout, de ses diff&#233;rentes formes entre la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine et l'arm&#233;e, puis des perspectives d'emploi dans le retour &#224; la vie civile. Les deux hommes sont &#233;loquents - leurs id&#233;es, leurs exp&#233;riences, leur total engagement dans l'exercice pour formuler la r&#233;ponse juste &#224; chacune des questions de Colin Low, donnent au document son air d'authenticit&#233;, de n&#233;cessit&#233;, et laissent entrevoir l'importance que ce projet documentaire rev&#234;t aux yeux des participants. Malgr&#233; le d&#233;pouillement du dispositif, il profite peut-&#234;tre aussi du charme nostalgique de la texture du son dans ces tournages l&#233;gers des ann&#233;es 1960, et du grain du 16mm noir et blanc sans cesse enfum&#233; par trois cigarettes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les quelques propos qui suivent ont &#233;t&#233; recueillis le 5 avril 2012 &#224; la Cin&#233;math&#232;que, alors que Colin Low revoyait un fragment de Farmersville pour la premi&#232;re fois en plus de quarante ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;++++&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Hors Champ : Au-del&#224; de l'inspiration de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Challenge for Change&lt;/i&gt;, pourquoi les responsables du projet aux Etats-Unis sont-ils venus litt&#233;ralement chercher un cin&#233;aste de l'ONF ? Comment vous &#234;tes-vous retrouv&#233; en Californie d&#232;s votre retour de Fogo ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Colin Low : Ils ont vu des films, puis deux repr&#233;sentants du gouvernement am&#233;ricain sont venus directement &#224; Fogo Island pendant qu'on tournait. Ils voulaient voir de plus pr&#232;s la fa&#231;on dont le projet se d&#233;roulait. Puis apr&#232;s les 27 films que j'ai faits pour la s&#233;rie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fogo Island&lt;/i&gt;, ils ont pens&#233; que je pourrais contribuer &#224; leur projet et je fus tr&#232;s int&#233;ress&#233; par l'invitation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;HC : Quelle est votre premi&#232;re impression en revoyant aujourd'hui &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hector and Reuben&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CL : D'abord j'aime beaucoup ces deux jeunes hommes. Je crois qu'ils sont toujours vivants, et j'avais entendu dire que l'un deux s'est lanc&#233; dans le cin&#233;ma documentaire par la suite. Ce qui me vient surtout &#224; l'esprit, c'est que le propos demeure toujours pertinent. Je crois que c'est encore un regard instructif sur les Etats-Unis, des t&#233;moignages d'exp&#233;riences personnelles qui touchent aux enjeux du racisme, de l'immigration, de l'int&#233;gration.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;HC : Vous avez tourn&#233; 36 films en moins de deux ans pour cette s&#233;rie, qu'en fut-il ensuite ? Le contrat &#233;tait termin&#233; ? Quelles &#233;taient les conclusions ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CL : C'&#233;tait concluant pour tout le monde. Avec le principe du &#171; playback &#187;, on invitait les participants et toute la communaut&#233; &#224; voir les films et en d&#233;battre. Les gens venaient et il y avait d'excellentes discussions. Alors nous avons poursuivi en lan&#231;ant deux autres programmes, cette fois dans des communaut&#233;s noires, l'un &#224; Hartford au Connecticut et l'autre en G&#233;orgie. Il y eut des suites plus tard, mais quand j'y &#233;tais &#231;a n'a pas march&#233; tout de suite comme pour Farmersville, il y eut aussi un changement &#224; la pr&#233;sidence et le contexte devenait moins favorable. Ces projets ont alors avort&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;HC : Hector et Reuben paraissent v&#233;ritablement int&#233;ress&#233;s &#224; se livrer &#224; l'entrevue. Parlant des divisions id&#233;ologiques dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine &#8211; des probl&#232;mes de racisme mais aussi de l'attitude ambivalente des deux hommes face au mouvement anti-guerre et des droits civils &#8211; vous leur demandez ce qui peut &#234;tre fait, ce qui peut permettre d'instituer un dialogue et de r&#233;sorber les divisions. L'un d'eux r&#233;pond : ce que vous faites avec ces films par exemple, c'est d&#233;j&#224; un d&#233;but. Donc ils sont enti&#232;rement au courant du projet et partie prenante. De quelle fa&#231;on avez-vous fait conna&#238;tre vos intentions ? Comment cette participation a-t-elle &#233;t&#233; obtenue ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CL : Simplement en parlant aux gens, en faisant les premiers films, en invitant tout le monde aux projections, &#231;a a vite grandi. Une chose que nous avons faite aussi fut d'installer la Moviola (table de montage) dans une vitrine sur la rue principale. Les passants pouvaient nous voir travailler, et s'ils montraient de l'int&#233;r&#234;t, ils &#233;taient invit&#233;s &#224; entrer pour regarder le mat&#233;riel et en discuter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;====&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous remercions Fabrice Montal, directeur de la programmation &#224; la Cin&#233;math&#232;que, d'avoir rendu possible cette projection en compagnie de Colin Low. Nous remercions &#233;galement le personnel de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Biblioth&#232;que et Archives du Canada&lt;/i&gt; pour leur collaboration, rendant disponible une copie du film que le cin&#233;aste y avait d&#233;pos&#233; &#224; son retour des Etats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Image d'en-t&#234;te : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Children of Fogo Island&lt;/i&gt; (1967), &#169; ONF.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>COLIN LOW : 10 ANN&#201;ES FASTES (1954-1964)</title>
		<link>http://www.horschamp.qc.ca/COLIN-LOW-10-ANNEES-FASTES-1954.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.horschamp.qc.ca/COLIN-LOW-10-ANNEES-FASTES-1954.html</guid>
		<dc:date>2012-03-31T14:28:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Daudelin</dc:creator>

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

		<dc:subject>som5</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaire</dc:subject>
		<dc:subject>Animation</dc:subject>
		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Court m&#233;trage</dc:subject>
		<dc:subject>Low Colin</dc:subject>

		<description>50 ans &#224; l'ONF, quelque deux cents films &#224; divers titres (r&#233;alisateur, producteur, sc&#233;nariste), une participation majeure &#224; tous les grands projets de l'institution (Candid Eye, Challenge for Change, projet Labyrinthe d'Expo 67) : une carri&#232;re exemplaire couronn&#233;e par le Prix Albert Tessier en 1997. Ainsi pourrait-on r&#233;sumer le parcours de Colin Low. Mais c'est d'abord sur l'&#233;cran &#8211; celui d'une salle obscure, id&#233;alement &#8211; que (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton488.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;100&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;50 ans &#224; l'ONF, quelque deux cents films &#224; divers titres (r&#233;alisateur, producteur, sc&#233;nariste), une participation majeure &#224; tous les grands projets de l'institution (Candid Eye, Challenge for Change, projet Labyrinthe d'Expo 67) : une carri&#232;re exemplaire couronn&#233;e par le Prix Albert Tessier en 1997. Ainsi pourrait-on r&#233;sumer le parcours de Colin Low. Mais c'est d'abord sur l'&#233;cran &#8211; celui d'une salle obscure, id&#233;alement &#8211; que s'&#233;valuent l'apport et l'originalit&#233; d'un cin&#233;aste. D'o&#249; la pertinence de l'initiative de la revue Hors Champ d'inviter Colin Low &#224; venir revoir quelques-uns de ses films, notamment ceux tourn&#233;s entre 1954 et 1964, avec le public de la Cin&#233;math&#232;que (voir la &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/HOMMAGE-A-COLIN-LOW.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;programmation&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3265 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH345/colin_low_corral-58a53.jpg' width='450' height='345' alt='JPEG - 44.3 ko' style='height:345px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; (1954)&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; (1954) marque bien les d&#233;buts de Colin Low comme documentariste, il ne marque pas ses d&#233;buts comme cin&#233;aste. Recrut&#233; par Norman McLaren au moment o&#249;, &#224; la demande de John Grierson, ce dernier travaille &#224; mettre sur pied une section animation &#224; l'ONF, Low, form&#233; &#224; l'&#233;cole des Beaux-Arts de Banff, devient responsable de cette Animation Unit en 1950. Il supervise la production du studio et r&#233;alise lui-m&#234;me quatre films, dont le c&#233;l&#232;bre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Romance of Transportation in Canada&lt;/i&gt; : prim&#233; &#224; Cannes, en nomination aux Oscars, c'est l'un des films les plus populaires de l'histoire de l'ONF au g&#233;n&#233;rique duquel on retrouve les noms de Wolf Koenig et Eldon Rathburn qui seront &#233;troitement associ&#233;s &#224; de tr&#232;s nombreux projets du cin&#233;aste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Arriv&#233; &#224; l'ONF alors que le documentaire maison r&#233;pond aux crit&#232;res et &#224; l'&#233;thique de son fondateur, Low qui, malgr&#233; ses succ&#232;s en animation, r&#234;ve de faire des documentaires, sent bien les limites et la rigidit&#233; des principes griersoniens. Comme beaucoup d'autres cin&#233;astes des ann&#233;es 50 &#8211; Lindsay Anderson en Angleterre, Richard Leacock aux Etats-Unis &#8211; il cherche les br&#232;ches &#224; travers lesquelles le renouvellement du documentaire pourrait se constituer. D'o&#249; le projet qu'il propose &#224; son ami Wolf Koenig &#224; l'&#233;t&#233; de 1953 : aller tourner sur le grand ranch albertain dont son p&#232;re est le g&#233;rant. Sorti en salles commerciales &#224; travers le Canada et dans quelques villes am&#233;ricaines, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; fut prim&#233; au festival de Venise : la br&#232;che &#233;tait ouverte ! La simplicit&#233; m&#234;me du film en fait sa force : unit&#233; de lieu (un corral aux pieds des Rocheuses), unit&#233; de temps (une journ&#233;e pour capturer et dompter un cheval sauvage), unit&#233; de personnage (le cowboy et le cheval qu'il dresse). Pour les sc&#232;nes de dressage Wolf Koenig porte la cam&#233;ra [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb9-1&quot; name=&quot;nh9-1&quot; id=&quot;nh9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Une Arriflex 35mm. Cela faisait partie du d&#233;fi : tourner avec une (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] &#224; l'&#233;paule, enregistrant les gestes du grand professionnel qu'est le cowboy du ranch Cochrane et jamais ne s'&#233;loignant du corral (en t&#233;moigne l'ombre de la cam&#233;ra sur l'un des poteaux de l'enclos !). La chevauch&#233;e finale est film&#233;e &#224; partir d'une auto roulant sur une route de montagne &#224; partir de laquelle la cam&#233;ra peut accompagner le cowboy et sa fi&#232;re monture. Pour ajouter &#224; la simplicit&#233; du propos, les images sont accompagn&#233;es d'un commentaire musical pour guitare solo &#233;crit par Eldon Rathburn. Si un carton c&#233;l&#233;brant l'art et la difficult&#233; du dressage ouvre le film, aucune mise en situation et nul commentaire n'accompagnent les images : au spectateur de &#171; faire &#187; son film. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; est un po&#232;me lyrique &#224; travers lequel Low et Koenig affirment leur foi dans le cin&#233;ma avec une admirable simplicit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3272 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH337/city_out_of_time_1_-35b32.jpg' width='450' height='337' alt='JPEG - 60.7 ko' style='height:337px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;City Out of Time&lt;/i&gt; (1959)&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Colin Low n'a jamais abdiqu&#233; son h&#233;ritage Beaux-Arts &#8211; &#224; 86 ans, il dessine toujours &#8211; aussi accepte-t-il volontiers de quitter les paysages grandioses de son Alberta natale pour consacrer son film suivant au peintre d'origine hollandaise Cornelius Krieghoff, t&#233;moin exceptionnel de la vie populaire au Qu&#233;bec, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Jolifou Inn/L'Auberge Jolifou&lt;/i&gt; (1955), injustement oubli&#233;, est pourtant un film tr&#232;s r&#233;ussi o&#249; le cin&#233;aste nous fait p&#233;n&#233;trer dans les toiles du peintre et appr&#233;cier leur art aussi bien que leur valeur documentaire remarquable. Low reviendra encore une fois &#224; la peinture en 1959 avec le tr&#232;s beau &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;City Out of Time&lt;/i&gt;, &#233;vocation de Venise, &#233;ternelle dans son architecture et contemporaine dans sa Biennale et l'activit&#233; de ses nombreuses galeries. Le film est aussi l'occasion pour le cin&#233;aste d'une r&#233;flexion sur l'art et sa fonction dans la vie des hommes. C'est Georges Dufaux qui filme la Place St-Marc aux c&#244;t&#233;s de Low et John Spotton, lui-m&#234;me cam&#233;raman exceptionnel et collaborateur d&#233;sormais fr&#233;quent du cin&#233;aste, qui en signe le montage &#8211; bel exemple de la polyvalence des cin&#233;astes de cette g&#233;n&#233;ration, assur&#233;ment l'une des grandes richesses du cin&#233;ma de ces ann&#233;es. Mais revenons &#224; la chronologie avec un film devenu un classique imm&#233;diat : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;City of Gold/Capitale de l'or&lt;/i&gt; (1957).&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3266 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH335/colin_low_gold_city-17919.jpg' width='450' height='335' alt='JPEG - 76.4 ko' style='height:335px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;dl class='illustation spip_document_3267 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH340/colin_low_gold_city2-4f94d.jpg' width='450' height='340' alt='JPEG - 78.9 ko' style='height:340px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;City of Gold/Capitale de l'or&lt;/i&gt; (1957)&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;lange tr&#232;s r&#233;ussi d'archives photographiques (les clich&#233;s de A.E. Hegg de 1898-1899) et de prises de vues r&#233;centes, le film est un portrait de la ville de Dawson au Yukon, &#224; l'&#233;poque de la ru&#233;e vers l'or. Le film s'articule autour des souvenirs d'enfance de l'&#233;crivain Pierre Berton qui a grandi &#224; Dawson et jou&#233; dans les ruines de l'&#226;ge d'or de la ville. Co-r&#233;alis&#233; avec le fid&#232;le Wolf Koenig qui est aussi derri&#232;re la cam&#233;ra, le film est un autre exemple stimulant du travail d'&#233;quipe de l'&#233;poque : Tom Daly [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb9-2&quot; name=&quot;nh9-2&quot; id=&quot;nh9-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Tom Daly, d&#233;c&#233;d&#233; en septembre 2011 &#224; l&amp;#39;&#226;ge de 93 ans, fut une (...)' &gt;2&lt;/a&gt;] produit le film, mais en est aussi le monteur, et Eldon Rathburn s'amuse &#224; cr&#233;er une musique d'&#233;poque qui &#233;voque avec &#224; propos le western am&#233;ricain. Prim&#233; dans moult festivals &#8211; notamment au prestigieux Festival dei Popoli de Florence &#8211; le film n'a pas pris une ride : c'est une &#233;vocation tr&#232;s r&#233;ussie d'une &#233;poque (le Klondike) o&#249; histoire et mythologie se confondent &#224; souhait. Le travail au banc-titre sur les photos d'&#233;poque n'avait pas de secret pour Koenig et Low, tous deux &#233;tant pass&#233;s par l'animation avant de devenir de grands documentaristes : dans leurs mains les photos de Dawson trouvent une &#233;loquence unique, avec l'&#233;motion en prime. (Cette capacit&#233; de faire parler des photos anciennes sera de nouveau illustr&#233;e dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Days of Whisky Gap&lt;/i&gt;, petit film de 1961 qui raconte avec humour les d&#233;buts de la c&#233;l&#232;bre police &#171; mont&#233;e &#187; canadienne).&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3270 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH340/colin_low_universe-ccdb7.jpg' width='450' height='340' alt='JPEG - 61.5 ko' style='height:340px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Universe/ Notre univers&lt;/i&gt; (1960)&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;sormais s&#251;r de son m&#233;tier et entour&#233; de collaborateurs exceptionnels, Colin Low attaque la nouvelle d&#233;cennie avec deux films remarquables : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Universe/ Notre univers&lt;/i&gt; (1960) et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Circle of the Sun/Le Soleil perdu&lt;/i&gt; (1960). Co-r&#233;alis&#233; avec Roman Kroitor, avec &#224; nouveau Daly, &#224; la production et au montage, et Rathburn &#224; la musique, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Universe&lt;/i&gt;, dans sa pr&#233;sentation officielle, est un film de vulgarisation scientifique : les informations y abondent sur le syst&#232;me solaire et le monde des plan&#232;tes qui nous entourent telles que peut les accumuler le grand t&#233;lescope de Richmond Hill dans la banlieue de Toronto. Mais au-del&#224; de cette fonction, qu'il remplit d'ailleurs tr&#232;s bien, le film est un v&#233;ritable essai po&#233;tique qui n'exclut pas les consid&#233;rations d'ordre moral, le tout servi par un travail hors du commun sur la plastique de l'image. Le film est aussi la d&#233;monstration impressionnante du savoir-faire des studios d'animation de l'ONF et ce n'est pas un hasard que Stanley Kubrick se soit enthousiasm&#233; pour le film au moment o&#249; il pr&#233;parait son &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;2001&lt;/i&gt; &#8211; m&#234;me la partition de Rathburn semble anticiper le chef-d'&#339;uvre du cin&#233;aste am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3271 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH338/colin_low_soleil-87ac8.jpg' width='450' height='338' alt='JPEG - 81.8 ko' style='height:338px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Circle of the Sun/Le Soleil perdu&lt;/i&gt; (1960)&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Circle of the Sun/Le Soleil perdu&lt;/i&gt;, qui suit imm&#233;diatement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Universe&lt;/i&gt;, permet &#224; Colin Low de retourner au pays de son enfance. De nouveau entour&#233; des fid&#232;les Daly (production), Spotton (cam&#233;ra) et Rathburn (musique), le cin&#233;aste se penche sur l'histoire des Blood Indians du sud de l'Alberta. S'appuyant sur les commentaires de Pete Standing Alone [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb9-3&quot; name=&quot;nh9-3&quot; id=&quot;nh9-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Low le filmera &#224; nouveau en 1982 pour son film Standing Alone o&#249; (...)' &gt;3&lt;/a&gt;], un membre de la nation r&#233;cemment rentr&#233; d'un long s&#233;jour de travail aux Etats-Unis, le film d&#233;crit avec un respect admirable les traditions en voie de disparition, notamment la c&#233;l&#232;bre danse du soleil, un rituel qui dure plusieurs jours et r&#233;serv&#233; aux seuls initi&#233;s - la coupure g&#233;n&#233;rationnelle est ici bien traduite par la pr&#233;sence en marge de la c&#233;r&#233;monie des jeunes Am&#233;rindiens. L'intervention du cin&#233;aste se limite au fait de filmer avec discr&#233;tion, laissant &#224; Pete Standing Alone le soin de nous sensibiliser au destin incertain de ses fr&#232;res de sang : le message n'en est que plus clair et la forme ouverte du film n'en est que plus forte.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3268 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L428xH317/colin_low_hutterites-a6a83.jpg' width='428' height='317' alt='JPEG - 29.1 ko' style='height:317px;width:428px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Hutterites/Les Hutt&#233;rites&lt;/i&gt; (1964)&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sorti en 1964, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Hutterites/Les Hutt&#233;rites&lt;/i&gt; est un nouveau voyage albertain. Low s'y int&#233;resse, toujours avec le m&#234;me respect, au quotidien d'une communaut&#233; autosuffisante vivant selon les pr&#233;ceptes bibliques. La cam&#233;ra de John Spotton, toujours tr&#232;s pr&#233;sente, capte la vie de ces gens (la visite de la jeune femme au grand magasin est exemplaire de ce travail de cam&#233;ra), alors que Low recueille leur parole. Jamais le cin&#233;aste ne juge, se limitant &#224; nous permettre de nous approcher d'un mode de vie en rupture avec le si&#232;cle. Au-del&#224; de notre &#233;tonnement, le film suscite des questions pertinentes sur la conduite de la vie en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En dix ans, Colin Low &#233;tait devenu ma&#238;tre de son art, un art qu'il continuera &#224; servir &#224; divers titres (r&#233;alisateur, producteur, chef de studio) jusqu'&#224; sa retraite. Il tournera un ultime film en 2000 : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt; est un essai en bonne partie autobiographique dans lequel, apr&#232;s toutes ces ann&#233;es de pratique intense, il s'interroge sur le pouvoir des images. Voix majeure du documentaire canadien, technicien hors pair (il a &#233;t&#233; associ&#233; au d&#233;veloppement d'IMAX), Colin Low est un humaniste pour qui le cin&#233;ma est un outil exceptionnel pour se rapprocher des hommes. Ce faisant, il est un auteur au sens le plus plein du terme, l'un des plus pr&#233;cieux de notre cin&#233;ma.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh9-1&quot; name=&quot;nb9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Une Arriflex 35mm. Cela faisait partie du d&#233;fi : tourner avec une cam&#233;ra 35mm &#224; l'&#233;paule. L'ONF ayant refus&#233; de pr&#234;ter le pr&#233;cieux appareil &#224; ces jeunots qui partaient en vacances dans leurs familles, c'est Crawley Films, la soci&#233;t&#233; de production de documentaires et de films industriels d'Ottawa, qui le leur pr&#234;ta.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh9-2&quot; name=&quot;nb9-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Tom Daly, d&#233;c&#233;d&#233; en septembre 2011 &#224; l'&#226;ge de 93 ans, fut une figure l&#233;gendaire de l'histoire de l'Office national du film. Brillant monteur, il fut un producteur &#233;clair&#233; : son passage &#224; la t&#234;te de la c&#233;l&#232;bre &#171; Unit B &#187; constitue l'un des grands moments de l'histoire de l'ONF &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh9-3&quot; name=&quot;nb9-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Low le filmera &#224; nouveau en 1982 pour son film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Standing Alone&lt;/i&gt; o&#249; l'itin&#233;raire du personnage devient l'occasion d'une r&#233;flexion sur la culture et la spiritualit&#233; am&#233;rindiennes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>HOMMAGE &#192; COLIN LOW</title>
		<link>http://www.horschamp.qc.ca/HOMMAGE-A-COLIN-LOW.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.horschamp.qc.ca/HOMMAGE-A-COLIN-LOW.html</guid>
		<dc:date>2012-03-29T00:42:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Renaud</dc:creator>

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

		<dc:subject>Documentaire</dc:subject>
		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Low Colin</dc:subject>

		<description>Une invitation &#224; red&#233;couvrir l'oeuvre documentaire du cin&#233;aste canadien. Une s&#233;lection de neuf films (1954 &#224; 2000) o&#249; l'ing&#233;niosit&#233; cin&#233;matographique et les investigations optiques se m&#233;langent &#224; une mosa&#239;que humaine...

-
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Documentaire-+.html" rel="tag"&gt;Documentaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Canada-+.html" rel="tag"&gt;Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Low-Colin-+.html" rel="tag"&gt;Low Colin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton486.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;330&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;En collaboration avec la Cin&#233;math&#232;que, nous soulignons l'h&#233;ritage de l'&#339;uvre documentaire de Colin Low, invitant le public &#224; trois soir&#233;es en compagnie du cin&#233;aste pour revoir huit de ses films des ann&#233;es 1950-60 ainsi que son dernier film r&#233;alis&#233; en 2000.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Also in English on &lt;a href=&quot;http://www.offscreen.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Offscreen&lt;/a&gt;, articles and screening schedule.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N&#233; en Alberta en 1926, form&#233; aux Beaux Arts et d'abord engag&#233; par Norman McLaren au studio d'animation de l'ONF, Colin Low s'est ensuite av&#233;r&#233; un pionnier des nouvelles formes documentaires dans les ann&#233;es 1950 et 1960. Son film de 1954 &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt;, court-m&#233;trage personnel et lyrique, tourn&#233; &#224; l'&#233;paule sans sc&#233;nario et sans narration, ouvrait la premi&#232;re br&#232;che o&#249; allait entrer par la suite toute une g&#233;n&#233;ration de cin&#233;astes transformant l'histoire du documentaire &#224; l'ONF. Ce film r&#233;compens&#233; &#224; Venise r&#233;v&#233;lait &#233;galement l'immense talent d'un proche collaborateur, le cam&#233;raman Wolf Koenig.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3253 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L420xH300/corral_1_-4c70a.jpg' width='420' height='300' alt='JPEG - 34.6 ko' style='height:300px;width:420px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt;, Colin Low, 1954.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au cours de sa longue carri&#232;re, tout en restant toujours attach&#233; &#224; la simple force po&#233;tique des images, Colin Low fut un v&#233;ritable innovateur, tant par l'exploration de nouvelles possibilit&#233;s techniques que son engagement dans le potentiel de transformation sociale du documentaire. Son esprit de recherche et son ing&#233;niosit&#233; technique se sont incarn&#233;es dans de multiples formes, dont un syst&#232;me d'animation de mouvements dans des photographies pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;City of Gold&lt;/i&gt; (1957), un dispositif de projections multiples &#224; Expo 67 (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le Labyrinthe&lt;/i&gt;) et par la suite une participation active au d&#233;veloppement du cin&#233;ma IMAX et du 3D. Son dernier film, le documentaire autobiographique &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt; (2000), s'appuie sur un dispositif de cin&#233;matographie macroscopique. Les technique de tournage des maquettes du cosmos pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Universe&lt;/i&gt; (1960) furent une r&#233;f&#233;rence d&#233;clar&#233;e par Stanley Kubrick pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;2001 : A Space Odyssey&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Colin Low fut &#233;galement impliqu&#233; dans les exp&#233;riences des ann&#233;es 1960 visant &#224; utiliser le documentaire comme outil de prise de parole pour pr&#233;senter la r&#233;alit&#233; et les pr&#233;occupations d'une communaut&#233;. Dans le cadre du programme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Challenge for Change&lt;/i&gt; de l'ONF, il a tourn&#233; 27 films &#224; Terre-Neuve, constituant la s&#233;rie Fogo Island. Les films &#233;taient subs&#233;quemment projet&#233;s aux participants et leur entourage pour animer des discussions. Il fut ensuite invit&#233; par le gouvernement am&#233;ricain &#224; reproduire la m&#234;me exp&#233;rience et tourna la s&#233;rie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Farmersville&lt;/i&gt; en Californie, dans une communaut&#233; rurale comptant une forte pr&#233;sence d'immigrants mexicains. La pr&#233;sentation &#224; la Cin&#233;math&#232;que de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hector and Reuben&lt;/i&gt; (1969), un film issu de ce projet, constitue une premi&#232;re canadienne.&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3254 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L420xH318/city_of_gold_1_-f0c34.jpg' width='420' height='318' alt='JPEG - 48.9 ko' style='height:318px;width:420px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;City of Gold&lt;/i&gt;, Colin Low, 1957.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;dl class='illustation spip_document_3256 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L420xH293/children-of-fogo_1_-a758b.jpg' width='420' height='293' alt='JPEG - 35.2 ko' style='height:293px;width:420px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Children of Fogo Island&lt;/i&gt;, Colin Low, 1967.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;dl class='illustation spip_document_3257 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L420xH332/circle_of_the_sun-2_1_-cb111.jpg' width='420' height='332' alt='JPEG - 34 ko' style='height:332px;width:420px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Circle of the Sun&lt;/i&gt;, Colin Low, 1960.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La s&#233;lection des titres de cette programmation sp&#233;ciale n'est qu'un aper&#231;u d'une &#339;uvre vaste et inclassable, mais constitue un tableau singulier et repr&#233;sentatif, o&#249; l'ing&#233;niosit&#233; cin&#233;matographique et les investigations optiques se m&#233;langent &#224; une mosa&#239;que humaine, dans une diversit&#233; de cultures allant des p&#234;cheurs de Terre-Neuve aux Hutt&#233;rites de l'Ouest, en passant par les Blood Indians de l'Alberta et de jeunes immigr&#233;s mexicains aux Etats-Unis. Plusieurs films sont pr&#233;sent&#233;s sur leur support original en 35 mm. HORS CHAMP est fier de faire revivre ces images sur grand &#233;cran et d'accueillir l'un des plus grands cin&#233;astes canadiens, Montr&#233;alais d'adoption, pour introduire chaque film.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les nombreux honneurs d&#233;cern&#233;s &#224; Colin Low incluent l'Ordre du Canada en 1996 et le Prix Albert Tessier en 1997 pour l'ensemble de son &#339;uvre, ainsi que des prix &#224; Venise, &#224; Cannes (deux Palme d'Or du meilleur court-m&#233;trage) et des nominations aux Oscars.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les pr&#233;sentations de Colin Low seront en anglais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Cet &#233;v&#233;nement est r&#233;alis&#233; gr&#226;ce au soutien du&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_3275 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L150xH116/CAM-logo_LOW-9b155.jpg' width='150' height='116' alt=&quot;&quot; style='height:116px;width:150px;' class='' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;HORS CHAMP remercie &#233;galement l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Office national du film&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Biblioth&#232;que et archives nationales du Canada&lt;/i&gt;, ainsi que Colin Low pour sa pr&#233;cieuse complicit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;++++&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;PROGRAMME&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.cinematheque.qc.ca/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Cin&#233;math&#232;que qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, salle Claude-Jutra,
335, boul. De Maisonneuve Est, Montr&#233;al&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;12 avril 2012 - 18h30&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Corral&lt;/i&gt; (Colin Low, Canada 1954, n&amp;b, sans parole, 35 mm, 11 min)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Universe&lt;/i&gt; (Roman Kroitor, Colin Low, Canada 1960, n&amp;b, v.o. anglaise, 16 mm, 29 min)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Circle of The Sun&lt;/i&gt; (Colin Low, Canada 1960, couleur, v.o. anglaise, 16 mm, 30 min)&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;13 avril 2012 - 20h30&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Children of Fogo Island&lt;/i&gt; (Colin Low, Canada 1967, n&amp;b, v.o. anglaise, Betacam num., 17 min)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hector and Reuben&lt;/i&gt; (Colin Low, Etats-Unis 1969, n&amp;b, v.o. anglaise, Betacam num., 17 min)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Hutterites&lt;/i&gt; (Colin Low, Canada 1964, n&amp;b, v.o. anglaise, 35 mm, 28 min)&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;14 avril 2012 - 17h00&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;City Out of Time&lt;/i&gt; (Colin Low, Canada 1959, couleur, v.o. anglaise, Betacam SP, 16 min)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;City of Gold&lt;/i&gt; (Wolf Koenig, Colin Low, Canada 1957, n&amp;b, v.o. anglaise, 35 mm, 22 min)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moving Pictures&lt;/i&gt; (Colin Low, Canada 2000, couleur, v.o. anglaise, 35 mm, 47 min)&lt;/p&gt; &lt;dl class='illustation spip_document_3258 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;dt class=&quot;vis&quot;&gt;&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L420xH330/Hutterites-2_2_-88595.jpg' width='420' height='330' alt='JPEG - 41.4 ko' style='height:330px;width:420px;' class='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class=''&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Hutterites&lt;/i&gt;, Colin Low, 1964.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Le cin&#233;ma polyphonique de N. B. Ceylan</title>
		<link>http://www.horschamp.qc.ca/Le-cinema-polyphonique-de-N-B.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.horschamp.qc.ca/Le-cinema-polyphonique-de-N-B.html</guid>
		<dc:date>2012-02-18T23:29:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Renaud</dc:creator>

<category domain="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html">Cin&#233;ma</category>

		<dc:subject>som10</dc:subject>
		<dc:subject>Ceylan, Nuri Bilge</dc:subject>
		<dc:subject>Turquie</dc:subject>

		<description>Il para&#238;t impossible d'avoir une vue totale du film Il &#233;tait une fois en Anatolie. D&#232;s qu'on retient une image, qu'on interroge une parole, on est engag&#233; dans une toile infinie de relations. Sur le sens d'une sc&#232;ne et les motivations d'un personnage, il est difficile de mener le raisonnement jusqu'au bout, &#224; moins d'accepter que de mener le raisonnement jusqu'au bout peut conduire &#224; dire &#233;galement le contraire de tout ce qu'on avance, ou que (...)

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&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/-Cinema-.html" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Nuri-Bilge-Ceylan-+.html" rel="tag"&gt;Ceylan, Nuri Bilge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.horschamp.qc.ca/+-Turquie-+.html" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/IMG/arton482.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;100&quot; height=&quot;75&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il para&#238;t impossible d'avoir une vue totale du film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il &#233;tait une fois en Anatolie&lt;/i&gt;. D&#232;s qu'on retient une image, qu'on interroge une parole, on est engag&#233; dans une toile infinie de relations. Sur le sens d'une sc&#232;ne et les motivations d'un personnage, il est difficile de mener le raisonnement jusqu'au bout, &#224; moins d'accepter que de mener le raisonnement jusqu'au bout peut conduire &#224; dire &#233;galement le contraire de tout ce qu'on avance, ou que finalement le film se trouve au-del&#224; du raisonnement, au-del&#224; de la raison et de l'explication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est d'ailleurs un film sur la v&#233;rit&#233;, rien de moins, mais son caract&#232;re &#233;nigmatique ne rel&#232;ve pas d'un relativisme absolu, plut&#244;t d'un regard sur la multiplicit&#233; des attitudes subjectives face &#224; la v&#233;rit&#233;, sur le d&#233;sarroi des hommes qui essaient de trouver les &#171; raisons &#187; de ce qui arrive. Non que toute lecture puisse alors se valoir, mais plut&#244;t que toute lecture, surtout la mieux fond&#233;e, finit par rencontrer une nouvelle question ou une contradiction. C'est le propre de ces films &#8211; tr&#232;s rares &#8211; qui poss&#232;dent r&#233;ellement une &#171; vie int&#233;rieure &#187;, qui persistent longtemps dans notre esprit et se revivent perp&#233;tuellement sous des &#233;clairages nouveaux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Malheureusement, le film risque de rester invisible pour le public canadien, sauf pour ceux ayant eu la chance d'assister aux projections du Festival du nouveau cin&#233;ma &#224; Montr&#233;al ou du TIFF &#224; Toronto. Il n'a trouv&#233; aucun distributeur au Canada. Les honneurs &#224; Cannes (Grand Prix du Jury) ne suffisent plus, semble-t-il, pour accueillir les plus grandes &#339;uvres du cin&#233;ma contemporain dans notre banlieue des circuits internationaux. Mais rappelons que parmi les cinq longs m&#233;trages pr&#233;c&#233;dents de Ceylan, seulement deux avaient abouti sur un &#233;cran &#224; Montr&#233;al. Est-ce parce que ce dernier film est &#171; long et lent &#187;, comme on peut lire un peu partout m&#234;me dans les critiques les plus positives ? En d'autres circonstances, on peut vouloir d&#233;fendre la longueur et la lenteur d'un film, mais dans ce cas-ci on ne ferait que nourrir une m&#233;prise, ces qualificatifs &#233;tant tout &#224; fait inappropri&#233;s. Les 150 minutes constituent certes une dur&#233;e quelque peu intimidante, mais pas vraiment excessive ni inhabituelle, et surtout peu de longs films passent aussi vite, on croit vraiment avoir vu un film de 2 heures au plus. C'est donc dire qu'il n'est pas &#171; lent &#187;, il se d&#233;roule dans un rythme naturel, n&#233;cessaire, et non dans une quelconque signature de la lenteur comme radicalit&#233; d'auteur. Le film est patient sans jamais rendre le spectateur impatient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;++++&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'abord un premier plan o&#249; nous voyons trois hommes manger, boire et fumer &#224; travers une fen&#234;tre poussi&#233;reuse. Puis, dans une probable ellipse, un des hommes sort &#224; l'ext&#233;rieur, vient ensuite le g&#233;n&#233;rique d'ouverture. Par la suite, &#224; la tomb&#233;e de la nuit, trois v&#233;hicules sillonnent la steppe vallonn&#233;e d'Anatolie en Turquie. Pour quelques secondes on peut croire qu'on est &#224; l'aube, quand un premier rayon de lumi&#232;re jaun&#226;tre jaillit de l'horizon, mais ce sont les phares d'une voiture au loin et c'est une longue nuit qui commence. Des policiers, accompagn&#233;s par quelques militaires ainsi que le procureur et le nouveau m&#233;decin l&#233;giste de la r&#233;gion, ont sous leur garde deux des trois hommes aper&#231;us au d&#233;but : l'un aurait avou&#233; un meurtre et l'autre est son complice pr&#233;sum&#233;. Ils sont &#224; la recherche du corps de la victime, un homme enseveli quelque part &#171; pr&#232;s d'un arbre et d'une fontaine &#187;. On ne retrouvera la lueur du jour qu'aux trois quarts du film.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s le style discutable des images trafiqu&#233;es en post-production dans son film pr&#233;c&#233;dent (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les trois singes&lt;/i&gt;), Nuri Bilge Ceylan est revenu &#224; la lumi&#232;re plus naturelle de ses premiers films. La dimension tr&#232;s empirique du r&#233;cit &#8211; quadriller le territoire, d&#233;terrer un cadavre, faire une autopsie - y trouve une fen&#234;tre appropri&#233;e, mais aussi, comme dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Uzak&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nuages de mai&lt;/i&gt;, l'onirisme y retrouve son vrai pouvoir, dans la mati&#232;re du r&#233;el. &#192; ce chapitre, la merveilleuse sc&#232;ne du th&#233;, m&#234;me si elle ne constitue que quelques minutes d'un &#233;trange demi-sommeil au milieu des longues heures d'&#233;veil du reste du film, est &#224; elle seule un moment fort de toute l'&#339;uvre de Ceylan jusqu'ici. Un bref et l&#233;ger ralenti annonce la chute dans le r&#234;ve, le m&#234;me proc&#233;d&#233; que l'on retrouvait entre autres dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Uzak&lt;/i&gt; : un ralenti inattendu sur un mouvement banal, sans recherche d'effet spectaculaire, plut&#244;t un glissement soudain dans l'inconscient, un d&#233;placement de la perception sur le m&#234;me environnement qui existait dans sa simple mat&#233;rialit&#233; l'instant d'avant. Les plans suivants reprennent tout de suite une vitesse normale, mais notre &#233;tat est d&#233;j&#224; modifi&#233;, on sent et on sait que le reste de la sc&#232;ne se d&#233;roule sur un autre niveau de r&#233;alit&#233;, dans un autre temps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Uzak&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nuages de mai&lt;/i&gt;, ces interludes oniriques s'attachaient aux pulsations d'un &#233;cran de t&#233;l&#233;vision dans la pi&#232;ce o&#249; somnole un des personnages. Dans cette sc&#232;ne du dernier film revient aussi, dans une nouvelle forme moins explicite, cette id&#233;e d'un &#233;cran et d'une pulsation de lumi&#232;re par o&#249; l'on traverse une porte de la conscience. Le convoi de l'enqu&#234;te nocturne, qui tourne en rond sur des routes d&#233;sertes, s'est arr&#234;t&#233; chez le maire d'un petit village pour trouver un moment de repos et quelque chose &#224; manger. Une panne de courant plonge la maison dans l'obscurit&#233;. Une jeune femme sert le th&#233; &#224; la lumi&#232;re d'une flamme instable qui projette des ombres dans quelques plans brefs sur les murs. On ne per&#231;oit pas bien son visage quand on la voit d'abord traverser la cour, moment o&#249; survient le subtil ralenti. Alors que dans les autres films il s'agissait du r&#234;ve d'un individu, il se produit ici quelque chose de plus complexe : l'assemblage des r&#234;ves de plusieurs personnes, ou du moins d'une vision partag&#233;e, &#224; la lisi&#232;re du r&#233;el. Car les visiteurs assis dans la p&#233;nombre sont tous saisis par la beaut&#233; de la jeune femme, la fille du maire, d'autant plus que ce visage leur para&#238;t inconcevable dans ce pauvre village isol&#233; (ils reparleront d'elle plus tard comme d'une &#171; beaut&#233; gaspill&#233;e &#187;). Tour &#224; tour, leur visage se transforme quand ils l&#232;vent les yeux vers la jeune femme qui les approche avec le th&#233;. Cet &#171; &#233;cran du fantasme &#187; n'est toutefois que la surface de l'image, un reflet qui fascine mais qui m&#232;ne &#224; une autre pr&#233;sence. L'apparition remue quelque chose d'invisible et de plus secret en chacun des hommes. Le r&#234;ve le plus explicite, au sens d'une vision proprement irr&#233;elle mais visible &#224; l'&#233;cran (qu'il s'agisse d'un r&#234;ve &#233;veill&#233; ou d'une v&#233;ritable plong&#233;e dans le sommeil), se produit chez le suspect menott&#233;. Il voit, assis devant lui, l'homme disparu, celui qu'il aurait tu&#233;. On apprendra qu'il aime la femme de celui-ci et serait le v&#233;ritable p&#232;re de leur enfant. Avec ce que l'on d&#233;couvre sur les autres hommes, par fragments, on soup&#231;onne qu'au fond d'eux-m&#234;mes surgissent aussi d'autres images, d'autres femmes. C'est du moins ce qu'on projette comme spectateur sur ces visages m&#233;dus&#233;s, tenant &#224; ce qu'on a pu entrevoir de la vie de chacun des hommes, en-dehors du r&#233;cit de l'enqu&#234;te. Le procureur a racont&#233; au docteur, comme pour lui poser une &#233;nigme, l'histoire de la femme d'un ami (une &#171; femme splendide &#187;), qui est morte myst&#233;rieusement apr&#232;s un accouchement, sans cause apparente mais tel qu'elle avait elle-m&#234;me pr&#233;dit sa mort des mois auparavant. Si on ne l'a pas devin&#233; tout de suite, on r&#233;alisera plus tard qu'il s'agissait de sa femme &#224; lui. Le docteur est quant &#224; lui divorc&#233; et on pressent chez lui les profonds regrets de cette rupture et l'&#233;tendue de sa solitude. Le commissaire de police a &#233;voqu&#233; son mariage plut&#244;t malheureux mais maintenu autour des soins et des inqui&#233;tudes quotidiennes pour un fils avec des troubles mentaux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_3250 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH221/Anatolie-the-9724c.jpg' width='450' height='221' alt=&quot;&quot; style='height:221px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans tout le film, les femmes ont une pr&#233;sence tr&#232;s discr&#232;te et momentan&#233;e. Un seul mot est prononc&#233; par une femme &#224; la fin : &#171; oui &#187;, dit la jeune veuve quand on lui demande si c'est bien son mari sur la table, avant l'autopsie. Peut-&#234;tre doit-on lier aussi ce silence &#224; une pr&#233;sence plus importante de la religion musulmane dans cette r&#233;gion, comparativement aux films &#171; urbains &#187; de Ceylan situ&#233;s dans la m&#233;tropole d'Istanbul. Mais dans cette sc&#232;ne du th&#233; au milieu des ombres, la femme vue comme dans un songe, son visage sorti de l'obscurit&#233; par une petite lampe, &#233;claire une autre femme pr&#233;sente au plus intime de chacun des hommes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut d'abord que le film parvienne &#224; nous engager dans son tissu de signes pour nous inciter ainsi aux multiples &#171; lectures &#187; d'un r&#233;cit pourtant minimal. Et ensuite ces lectures ne s'inscrivent pas tant dans la r&#233;solution de l'intrigue criminelle comme finalit&#233; en soi, mais dans une plong&#233;e progressive vers l'int&#233;rieur des personnages. Non qu'il soit accessoire d'&#233;lucider le crime, dans le sch&#233;ma conventionnel auteur-motif-mani&#232;re, mais les questions qui s'y rattachent renvoient &#224; d'autres questions sur l'identit&#233; et les motivations des personnages. La structure du film est ainsi moins celle du suspense policier que la d&#233;finition toujours ouverte et en mouvement des personnages, de leur caract&#232;re moral, de leur attitude respective face &#224; la v&#233;rit&#233; ou au myst&#232;re, de chaque conscience distincte projetant des &#233;clairages multiples sur la r&#233;alit&#233;, sur les autres, sur le film. La forme d'&#233;criture qui soul&#232;ve ainsi peu &#224; peu des voiles sur leur conscience est particuli&#232;rement exemplaire dans cette myst&#233;rieuse histoire de la femme qui avait pr&#233;dit sa propre mort. Le procureur la raconte au docteur par bribes &#224; travers le film. L'esprit rationnel de ce dernier est interpell&#233; par le d&#233;fi qu'elle lui pose. C'est une deuxi&#232;me histoire parall&#232;le &#224; celle de l'enqu&#234;te, elle ne contribue pas &#224; l'intrigue du meurtre et ne s'y refl&#232;te pas non plus comme m&#233;taphore, elle cr&#233;e plut&#244;t un rapport privil&#233;gi&#233; entre le procureur et le docteur. Elle les transforme subtilement au cours du film et devient alors d&#233;terminante pour la position de chacun dans l'obscure affaire qui les occupe. Ce dispositif narratif pourtant simple ne boucle pas pour autant une interpr&#233;tation ais&#233;ment d&#233;chiffrable des deux hommes, il s'agit encore de multiplier les questions. Quand le procureur, le regard voil&#233; par des larmes qui commencent &#224; monter, dit &#171; bravo &#187; au docteur qui &#233;nonce finalement une explication (i.e. la femme aurait ing&#233;r&#233; en secret un m&#233;dicament capable de provoquer un arr&#234;t du c&#339;ur, il s'agit donc d'un suicide camoufl&#233;), qu'est-ce que signifie ce &#171; bravo &#187; ? Qu'il savait d&#233;j&#224; la r&#233;ponse mais mettait &#224; l'&#233;preuve les comp&#233;tences d'analyse du nouveau m&#233;decin l&#233;giste ? Au contraire, qu'il voulait au d&#233;part faire comprendre au docteur qu'il peut exister des myst&#232;res irr&#233;ductibles, que tout n'est pas explicable, mais que cette croyance vient subitement de s'effondrer ? Et ayant demand&#233; au docteur &#171; mais pourquoi se suicide-t-on, quand on a tout, avec la vie devant soi ? &#187;, celui-ci r&#233;pond &#171; pour se venger &#187;, et le procureur admet que &#171; le mari &#187; avait eu une aventure insignifiante, mais que c'&#233;tait r&#233;gl&#233;, le couple s'en &#233;tait remis. Ce n'est qu'au terme de cet &#233;change que le docteur semble comprendre que le procureur parlait de son histoire &#224; lui, de sa propre femme. M&#234;me si le procureur connaissait d&#233;j&#224; la probabilit&#233; du suicide, l'id&#233;e d'une vengeance ne lui &#233;tait peut-&#234;tre pas encore apparue, et le docteur r&#233;alise probablement qu'il vient de le frapper durement avec une r&#233;ponse froide et impersonnelle. Est-ce alors &#224; un autre niveau, sur le plan moral, que se jouerait une sorte d'ironie tragique implicite dans ce &#171; bravo &#187; ? Ainsi le procureur veut peut-&#234;tre dire &#171; c'est bien de d&#233;masquer la v&#233;rit&#233;, mais savoir qu'en faire est une autre histoire&#8230; &#187;. Quoi qu'il en soit, c'est dans cette derni&#232;re conversation avec le procureur qu'il faut chercher les raisons du docteur qui d&#233;cidera ensuite de taire un fait d&#233;couvert au cours de l'autopsie. Juste avant de pratiquer celle-ci, il voit le petit gar&#231;on, le fils de la jeune femme dont le mari a &#233;t&#233; assassin&#233;, mais dont le v&#233;ritable p&#232;re serait l'assassin. Lui n'a pas eu d'enfant. Avant de descendre dans la salle d'autopsie, il regardait dans son bureau une photo de son ex-femme. En ouvrant le corps, son assistant d&#233;couvre de la terre dans les voies respiratoires : si l'on sait qu'il a &#233;t&#233; enterr&#233; vivant, l'horreur d&#233;cupl&#233;e du crime, comparativement &#224; une dispute ayant mal tourn&#233;, enverra le coupable en prison pour beaucoup plus longtemps. Serait-il mieux que l'enfant puisse plut&#244;t &#233;ventuellement avoir un p&#232;re ? Avec une &#233;claboussure de sang sur la joue, le docteur prononce pour le secr&#233;taire qui r&#233;dige le rapport : &#171; voies respiratoires normales &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_3251 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH225/anatolia-mere-fils-56dce.jpg' width='450' height='225' alt=&quot;&quot; style='height:225px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais le docteur, le repr&#233;sentant de la &#171; rationalit&#233; &#187; dans toute l'histoire, incarne-t-il la perspective finale du film ? Et l'autopsie, repr&#233;sentation manifeste de l'ultime regard objectif &#224; l'int&#233;rieur des choses, r&#233;v&#232;le-t-elle toute la v&#233;rit&#233; ? Rien n'est moins s&#251;r. Qui est le v&#233;ritable meurtrier ? Le docteur a-t-il raison d'agir de la sorte ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le commissaire para&#238;t plus grossier dans ses jugements, il n'est pas un intellectuel comme le procureur et le docteur. Il est trop impulsif, il s'emporte et tabasse le suspect qui ne les m&#232;ne jamais au bon endroit. En le rappelant &#224; l'ordre, le procureur d&#233;clare : &#171; comment voulez-vous qu'on entre dans l'Union europ&#233;enne si on se comporte comme des barbares ? &#187;. Mais le policier avait-il compl&#232;tement tort quand il dit que certaines personnes sont &#171; des b&#234;tes &#187;, qu'ils ne sont pas humains ? Si la victime fut enterr&#233;e vivante, une part de sympathie pour le coupable, qui de fait nous liait aussi au docteur, nous est alors retir&#233;e. Et si les erreurs r&#233;p&#233;t&#233;es quant &#224; tous les lieux de la r&#233;gion o&#249; se trouvent &#171; un arbre et une fontaine &#187; n'&#233;taient pas dues &#224; la m&#233;moire d&#233;faillante apr&#232;s une beuverie, mais une feinte pour laisser le temps &#224; l'homme enterr&#233; et ligot&#233; de mourir dans la fosse, sachant qu'il &#233;tait encore vivant quand il y fut laiss&#233; ? N'est-ce pas justement encore plus &#171; inhumain &#187;, et le policier n'avait-il pas raison de s'&#233;nerver et de vouloir provoquer quelque chose ? Il intervient aussi pour emp&#234;cher le docteur de donner une cigarette au suspect &#8211; &#171; il a saisi quel type vous &#234;tes, pour vous mettre de son c&#244;t&#233;, faut pas vous laisser avoir&#8230; je la connais moi cette racaille &#187;. En quelque sorte le docteur confirme plus tard cette appr&#233;hension en posant r&#233;ellement un geste en faveur du meurtrier &#224; la fin. Mais il faut continuer, les questions tournent dans une spirale sans fin. Car au fond ces consid&#233;rations sur les actes du suspect et son degr&#233; de moralit&#233; ne s'appliquent m&#234;me pas &#224; lui dans ces termes. Un bref &#233;change avec son complice, quand le corps est enfin d&#233;couvert (pr&#232;s &#171; d'un arbre et d'une fontaine &#187; en effet, o&#249; un gros chien a commenc&#233; &#224; d&#233;terrer une oreille), laisse entendre que c'est plut&#244;t l'autre, le passager silencieux &#224; l'air un peu b&#234;te, qui serait le coupable, et celui ayant avou&#233; aurait d&#233;cid&#233; d'en prendre la responsabilit&#233; &#224; sa place. Pourquoi ? Peu d'indices nous en informent, mais du moins il ne serait donc pas si moralement abject, si &#171; inhumain &#187;, s'il est capable de porter un tel fardeau pour sauver l'autre. Quant aux raisons&#8230; Encore une fois les mots du commissaire trouvent une certaine r&#233;sonance, dans sa philosophie simpliste mais pas pire que celle des autres. Parlant de son fils malade : &#171; Ma femme ne cesse de s'apitoyer et de demander pourquoi &#231;a nous arrive, pourquoi nous. Je lui dis que tout arrive pour une raison, Dieu doit bien en avoir une&#8230; Mais faut pas chercher &#224; comprendre les raisons &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pouvoir d'attraction du film, l'intense &#233;tat d'attention qu'il suscite, se fondent toutefois au-del&#224; d'une multiplication des relations et des jeux d'indices et de correspondances. On s'attend bien &#224; ce que tout film valable engage une r&#233;flexion r&#233;trospective dans les couches du sc&#233;nario, et soit irr&#233;ductible &#224; une interpr&#233;tation unique et &#233;vidente. Certains seront tent&#233;s par des comparaisons avec Haneke, croyant trouver une parent&#233; dans des structures minimales, &#233;nigmatiques au premier abord, qui diss&#233;minent des indices voil&#233;s en d&#233;stabilisant nos habitudes de lecture et de perception. Mais les films d'Haneke s'op&#232;rent dans une certaine mesure comme un jeu dont l'auteur d&#233;tient la formule (ou m&#234;me dont le jeu para&#238;t parfois la finalit&#233; en lui-m&#234;me et nous y enferme &#8211; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Funny Games&lt;/i&gt; est le prototype d'un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;film-prison&lt;/i&gt;), contenant des cl&#233;s qui m&#232;nent &#224; sa th&#232;se, et les personnages sont moins &#224; lire comme des subjectivit&#233;s autonomes que des &#233;l&#233;ments pr&#233;d&#233;finis de l'&#233;nigme, v&#233;hicules d'une d&#233;monstration de la th&#232;se (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cach&#233;&lt;/i&gt; : prototype du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;film-charade&lt;/i&gt;). Ceylan ne joue pas, le film ne s'op&#232;re pas sur des signes cach&#233;s pour &#171; craquer le code &#187;, plut&#244;t comme le tissu infini de la r&#233;alit&#233; qui demande &#224; &#234;tre mieux per&#231;ue - plus on regarde et plus c'est transparent, plus les relations se r&#233;v&#232;lent entre tous les &#233;l&#233;ments - et la multiplicit&#233; des perspectives est impossible &#224; contenir dans une totalit&#233; objective, que ce soit celle du spectateur ou de l'auteur. Il r&#233;alise autre chose avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il &#233;tait une fois en Anatolie&lt;/i&gt;, peut-&#234;tre un film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;polyphonique&lt;/i&gt;, au sens &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bakhtinien&lt;/i&gt; du terme, c'est-&#224;-dire qu'il ne suffit pas d'un film &#224; plusieurs voix, mais des rapports entre des personnages avec des consciences autonomes, qui chacune porte une perspective valable sur la r&#233;alit&#233; et dont aucune n'est charg&#233;e de porter celle de l'auteur (le docteur n'est pas plus le repr&#233;sentant du point de vue de Ceylan que le procureur ou le commissaire). Pour rester avec les concepts litt&#233;raires de Bakhtine, si l'&#339;uvre est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;polyphonique&lt;/i&gt; elle est donc aussi &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dialogique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; [Le roman polyphonique et dialogique] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;est construit non pas comme l'unit&#233; d'une seule conscience qui aurait absorb&#233;, tels des objets, d'autres consciences, mais comme l'unit&#233; d'interactions de consciences multiples dont aucune n'est devenue compl&#232;tement objet pour l'autre. Cette interaction n'offre pas de prise &#224; l'observateur ext&#233;rieur pour une objectivation de tout l'&#233;v&#233;nement selon le mod&#232;le monologique habituel (th&#233;matique, lyrique ou cognitif), et l'oblige de ce fait &#224; y participer&lt;/i&gt;. [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb1-1&quot; name=&quot;nh1-1&quot; id=&quot;nh1-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Mikha&#239;l Bakhtine, La po&#233;tique de Dosto&#239;evski, 1929. &#201;ditions du Seuil, (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aucun personnage du film ne se d&#233;finit par une conscience enti&#232;rement ferm&#233;e sur elle-m&#234;me, chacun ne se forme et se transforme que dans le rapport aux autres. Les dialogues ne font pas que r&#233;v&#233;ler un personnage, ses paroles ont aussi un impact sur les autres. Par exemple le docteur ne peut pas &#234;tre compris en profondeur uniquement d'apr&#232;s ce qu'il dit lui-m&#234;me et ce qu'on apprend sur lui, il faut voir aussi que sa conscience se forme et &#233;volue par rapport &#224; ce que lui disent les autres (sur la v&#233;rit&#233;, sur les gens de la r&#233;gion, sur les enfants&#8230;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est aussi, concr&#232;tement, le film de Ceylan le plus ax&#233; sur les dialogues, m&#234;me si les silences sont encore amples. Son premier film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Kasabah&lt;/i&gt; comportait quelques longues s&#233;quences construites sur la parole, mais il s'agissait davantage de monologues, comme lorsque le p&#232;re ressasse le pass&#233; dans la sc&#232;ne de nuit autour du feu. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il &#233;tait une fois en Anatolie&lt;/i&gt;, une s&#233;rie de conversations s'&#233;grainent &#224; travers le film. Le propos est le plus souvent &#224; c&#244;t&#233; de la trame principale de la recherche d'un corps, et pourtant tout se r&#233;pond dans l'ensemble. Il est question d'un certain fromage qui n'est plus fait selon la tradition, du fait d'avoir ou non des enfants, d'une prescription que le commissaire demande au docteur pour son fils, de la suppos&#233;e ressemblance du procureur avec Clark Gable, des &#233;tranges sculptures sur des rochers dans cette r&#233;gion, des limites municipales dont se pr&#233;occupe le militaire, du besoin de construire une morgue pour le petit village (car les corps pourrissent quand les enfants &#233;migr&#233;s en Allemagne veulent revenir embrasser leurs vieux avant qu'on les enterre)&#8230; Et nous n'avons rien dit d'un certain humour qui impr&#232;gne ces sc&#232;nes et qui n'avait pas encore &#233;t&#233; aussi affirm&#233; dans les films pr&#233;c&#233;dents de Ceylan, ni du jeu absolument renversant de tous les acteurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout se r&#233;v&#232;le donc peu &#224; peu sous l'apparence anecdotique de ces conversations et d'une multitude de petites actions (ex. : le chauffeur et coll&#232;gue du chef de police, &#171; l'Arabe &#187; tel que les autres le nomment, est curieusement affair&#233; &#224; cueillir des fruits chaque fois que la violence survient &#224; l'avant-plan : quand le commissaire frappe le suspect et quand le cadavre est d&#233;couvert). Cette fa&#231;on de raconter est simplement le paradoxe et le secret du conteur : les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;j&#224; produits et on sait que tout a un lien, mais on raconte au pr&#233;sent en pla&#231;ant tous les &#233;l&#233;ments qui auront plus tard un sens dans l'ensemble de l'histoire. Et quand ce qui passe dans l'apparente banalit&#233; du r&#233;el et les &#171; trames secondaires &#187; est aussi significatif que les actes du r&#233;cit central, l'unit&#233; qui prend forme n'en est que plus frappante. Comme Gombrowicz qui, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cosmos&lt;/i&gt;, bien que dans un autre registre (le d&#233;lire subjectif des relations), rappelle qu'on ne peut raconter qu'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;apr&#232;s-coup&lt;/i&gt;, car tel d&#233;tail n'avait effectivement aucune importance sur le moment, mais apr&#232;s-coup : &#171; (&#8230;) d'une masse de faits indiff&#233;renci&#233;s, je d&#233;gage la configuration du futur [&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nb1-2&quot; name=&quot;nh1-2&quot; id=&quot;nh1-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Witold Gombrowicz, Cosmos, 1965. &#201;ditions Deno&#235;l, collection Folio, p. (...)' &gt;2&lt;/a&gt;] &#187;. En racontant apr&#232;s-coup, c'est ainsi qu'on dit &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il &#233;tait une fois&#8230;&lt;/i&gt; Tout en renouant avec la justesse r&#233;aliste des images de ses premiers films, Ceylan a ici men&#233; plus loin une exp&#233;rience sur la fa&#231;on de raconter une histoire, sur une forme d'&#233;criture cin&#233;matographique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le docteur s'ennuie, il dit que la nuit pourrait &#234;tre longue et ne mener &#224; rien. &#171; Attendez Docteur &#187;, lui r&#233;pond l'Arabe, &#171; attendez de voir ce qui arrive, peut-&#234;tre qu'un jour vous pourrez raconter &#224; vos petits-enfants : il &#233;tait une fois en Anatolie... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_3252 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;img src='http://www.horschamp.qc.ca/local/cache-vignettes/L450xH250/Anatolie-steppe-3d715.jpg' width='450' height='250' alt=&quot;&quot; style='height:250px;width:450px;' class='' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* Note : les extraits de dialogue sont cit&#233;s de m&#233;moire et en traduction libre &#224; partir de la version sous-titr&#233;e en anglais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh1-1&quot; name=&quot;nb1-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Mikha&#239;l Bakhtine, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La po&#233;tique de Dosto&#239;evski&lt;/i&gt;, 1929. &#201;ditions du Seuil, 1970, p. 51.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.horschamp.qc.ca/#nh1-2&quot; name=&quot;nb1-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Witold Gombrowicz, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cosmos&lt;/i&gt;, 1965. &#201;ditions Deno&#235;l, collection Folio, p. 41.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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