Hors Champ

juillet-août 2020

Festival Ibrida*Pluri

En lumière

par Nour Ouayda
mars/avril 2017 20 avril 2017

Vendredi 27 avril 2017.
Vers 21H30.
Alexandre Larose / thisquietarmy / Black Givre
Jour 1 du Festival Ibrida*Pluri [1].

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D’un côté de la salle, Alex derrière son projecteur 16 mm, de l’autre, Samuel (Black Givre) sur la batterie et Eric (thisquietarmy) qui fait résonner sa guitare à travers une dizaine de pédales étalées sur le sol. Suspendu entre eux, un fin écran en soie blanche presque translucide. Et puis nous, un public debout, assis, adossé, éparpillé face à l’écran, face aux musiciens, dos au projectionniste.

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État des lieux, études, interlude et épilogue. Des intertitres annoncent les multiples arrêts. Alexandre nous présente des images qu’il a captées en Nouvelle-Zélande l’année dernière. Les images sont lancées sur l’écran, tellement fin, que la lumière à peine filtrée par le tissu, s’étale aussi sur les musiciens et le mur blanc qui les cadre. Les images perdent leur épaisseur. Elles tombent en lumière. Je m’attends presque à ce qu’elles s’évaporent à un moment donné. Paysages de pierre, ciels bleus, granulations blanches sur des écrans noirs, et puis pendant longtemps des intérieurs ambigus. Fenêtres, portes, rideaux. Que des cadres qui éclatent à travers l’écran transparent, transportés par le long souffle d’une musique qui se disperse en crescendo, habitant petit à petit l’espace illusoire de l’image qui se colle, littéralement à la peau des musiciens. Batterie et guitare émettent des pulsations rythmiques qui nous rapellent que la musique c’est du bruit, de la même manière que l’écran translucide nous confirme que l’image c’est de la lumière. Vibrations. Voici le temps des fantômes. Voici le temps des illusions.

Cinématographe.

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Lumière du matin, lumière de l’après-midi. Lumière blanche qui transparait à travers un motif de fleurs rouges sur des rideaux blancs. Lumière blanche qui se pose sur le bord d’un canapé. Un homme aux cheveux blancs, s’assoit en surimpression à multiples reprises sur le canapé, presque brûlé par la lumière du jour. Il devient une créature fantomatique. Il traverse les intérieurs et luit sous une lumière de soleil qui n’est jamais jaune. Les cadres d’Alex restent fixes. Fenêtres, portes, rideaux, paysage en pierre. Et là, Eric lance une nappe de basses qui s’imbibe dans le vieux parquet grinçant de l’Eastern Bloc. Samuel répond avec un rythme qui monte en vitesse. Les plans sont longs, les éléments à l’écran bougent à peine mais la lumière dont ils sont fait scintille. Mon corps frisonne, il tressaillit. Les vibrations sonores se ressentent sous les pieds, sur la peau, dans l’estomac. Mon corps s’excite. L’espace vibre, l’image se liquéfie. Il ne reste plus que lumière et son.

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Photos : © Sonya Stefan/Ibrida*Pluri

Notes

[13ème édition de l’événement pluridisciplinaire organisé par Sonya Stefan, Samuel Bobony et Guillaume Vallée qui s’est déroulé à Montréal les 27-28 avril. https://ibridapluriblog.wordpress.com/

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