Hors Champ

janvier/février 2017

Rétrospective Alain Tanner

Variations sur Paul

par Camille Trembley
janvier/février 2017 4 mars 2017

La compagnie « Paul n’est pas un Saint » présente

Dialogues entre Paul

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Librement inspiré du personnage de Paul dans les films d’Alain Tanner : Charles mort ou vif (1969), La Salamandre (1971), Le Milieu du monde (1974), Dans la ville blanche (1983), No man’s land (1985), La Vallée fantôme (1987), L’Homme qui a perdu son ombre (1991), Fourbi (1995), Requiem (1998).

Des Pierre, des Mathilde, des Marie, des Jean, quelques Marcel, deux Mercedes et surtout des Paul, des Paul, des Paul et des Paul !

« Rien n’est plus vulnérable qu’un nom. Rien n’est plus ardu que le maintien de cette instance qui lui est intimement lié : notre renommée » (Cargnello [1], 2016, p.122)

PAUL – La protection de l’environnement passe par une saine gestion municipale placée entre les mains de ceux qui sont habitués à exercer le pouvoir…

PAUL – Je suis triste…je crois que je vais me mettre à chanter.

PAUL – Moi, j’aime aussi les nuages, les villes, les déserts… J’aime tout !

Pendant ce temps, Paul est occupé à autre chose. Il caresse le bras de Rosemonde.

PAUL – Hum…

« non seulement la société nous désigne anagraphiquement, mais elle nous tient aussi (elle nous provoque également ou nous exclut) » (Cargnello, 2016, p.122)

PAUL – Réaliste, moi ? Je ne sais pas ce que ça veut dire être réaliste…toi non plus d’ailleurs…

PAUL – Moi, je prends des risques, moi !

Paul ne répond pas. Le bruit de la mer arrive par vagues.

PAUL – Quand on est sur la mer, c’est trop petit dans la cabine et dehors c’est trop grand.

PAUL – En ce moment, je ne sais plus très bien si c’est mon âme ou mon inconscient qui m’ont amené sur ce banc.

PAUL – « Paul pensa aussi qu’à certaines heures bien précises, certains jours, de certaines saisons, la vallée prenait l’aspect d’une vallée fantomatique. »

Silence

PAUL – Il n’y a pas de sottes gens, il n’y a que de sots métiers !

« Le nom en effet, signifie, pour un milieu déterminé, tout d’une certaine personne (par exemple « Il s’appelle Pierre [ou Paul], un point c’est tout) : Tout ce qu’on dit, qu’on raconte, qu’on attend et qu’on désir pour le futur et du futur de quelqu’un » (Cargnello, 2016, p.123)

PAUL – Nous on sait se taire. C’est bien la seule chose que les Suisses savent faire !

PAUL – Genève ? C’est plein d’espions américains avec leurs enfants et plein de banquiers.

PAUL – Ma mère elle est italienne. Elle est venue en Suisse, elle avait 14 ans. Elle travaillait dans des maisons de riches.

PAUL – Pourquoi faut-il toujours que tu me poses des questions aussi absurdes que la date de naissance de maman, des histoires de ce genre, alors que je ne me rappelle jamais des dates, je ne vois rien dans les chiffres.

PAUL – (Paul s’est mis à chanter) Il y avait une fois une comtesse suédoise, elle était très belle et très pâle ;

PAUL – C’est une histoire de plus… À quoi ça sert toutes ces histoires ?

PAUL – Mon père, il cultive surtout la terre des autres, un cul terreux sans terre, plein de contradictions.

« La renommée d’un nom est solidement ancrée dans un milieu, un pays, un état, un credo politique ou religieux déterminé, à une époque déterminée » (Cargnello, 2016, p.124)

PAUL – (il se retourne et se met à crier) Je suis resté un cul terreux, la terre au cul !

Les Paul partent dans un grand éclat de rire.

PAUL – Quand j’étais petit à la fin de l’hiver, on chassait les grenouilles à l’époque où elles sont encore toutes engourdies.

PAUL – C’était notre jeunesse…

PAUL – (Paul est toujours en train de chanter) Ah, que le bonheur est proche. Ah, que le bonheur est lointain.

PAUL – T’as qu’à partir avec moi. On peut chanter aussi là-bas.

Tout d’un coup, un des Paul a l’air songeur.

PAUL – Adeline fait toujours de beaux rêves

PAUL – (Quand Paul est mélancolique, il lui arrive de parler en allemande) Ich kein nicht mehr schreiben. Ich traume, aber schreiben, kein ich nicht mehr.
[trad. Je ne peux plus écrire. Je rêve mais écrire, je ne peux plus.]

PAUL – (en chuchotant) Et pourtant c’est le contraire qui est vrai.

Paul lit attentivement un article de journal.

PAUL – Le jour où la propriété du sol sera nationalisée, qu’est-ce que vous ferez ?

PAUL – J’ai l’habitude d’héberger les bourgeois sans feux ni lieu.

PAUL – La poule grise est aveugle et sourde. Aveugle d’abord, c’est pour être comme tout le monde.

Paul s’exclame :

PAUL – On a fait réparer la télé ? Cet œil gélatineux qui nous observe ça commençait à me manquer.

Paul agacé, se retourne.

PAUL – Quand tu regardes un feuilleton à la télé, tu as un sentiment physique…c’est que le monde se vide de son sens.

PAUL – La vraie violence c’est de quitter quelqu’un.

Les Paul qui fredonnaient une comptine suédoise se taisent.

PAUL – Tu as écrit « tout est arrivé à cause de l’herpès sostèrien ». Tu trouves que c’est un message d’adieu que l’on fait à son meilleur ami ?

PAUL – De toute façon, tu sais, personne ne sait rien, personne ne dit rien. Personne ne sait quoi faire ou quoi dire. Alors je pensai que nous deux on bougerait un peu…

PAUL – Je te dis que je veux être seul…

PAUL – C’est un petit peu paresseux, vous être descendu avec le cours du fleuve moi je le remonte toujours.

PAUL – Il faut que tu cesses de m’apparaître comme ça pour un oui ou pour un non. Arrête de me poursuivre.

PAUL – Je ne peux pas le laisser dans la forêt, c’est clair ? Je suis pas un salaud

PAUL – Ben je la vois pas…je peux pas la voir puisque, je ne l’ai pas trouvé.

Les Paul se disputent, le ton monte. Soudain, Paul se lève.

PAUL – Non, non, moi je rêve. Et grâce à toi ! C’est pour cela que je suis ici ! C’est le dernier endroit au monde ou je peux encore rêver…ici, chez toi.

Dans le rôle de Paul

Paul : L’idéaliste
Paul : Le poète
Paul : Le séducteur
Paul : Paul et Pessoa
Paul : Le rêveur
Paul : Jean-Louis Trintignant
Paul : Le prosaïque
Paul : introspectif
Paul : Le politicien
Paul : Philippe Léotard
Paul : Le narcissique
Paul : L’amoureux
Paul : Jacques Denis
Paul : L’écologiste
Paul : Le Suisse
Paul : Bruno Ganz
Paul : Le désirable
Paul : Le travailleur
Paul : Hugues Quester
Paul : Le fugitif
Paul : Le cinéaste
Paul : Jean-Quentin Châtelain
Paul : Le lucide
Paul : Dominic Gould
Paul : Le ténébreux
Paul : Le bistrot
Paul : Marcel Robert
Paul : Francis Frappat
Paul : Alain Tanner
Paul : S’en va

Notes

[1Danilo, Cargnello. 2016. Les formes fondamentales de la présence humaine chez Binswanger. Paris : Vrin.

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