Hors Champ

septembre/octobre 2017

Symposium Créer/Montrer/Conserver

QUOISOUSSAMAISMAIS (séance sans écran)

par Alexandre Saint-Onge
13 décembre 2015

GIF - 496 ko

Séance sans écran est une performance sonore engendrée par différentes mutations des pièces kasi naigo (2001) et CPO (2013) qui ont été réalisées à partir d’œuvres cinématographiques.

1. KASI NAIGO OU LE NOM COMME MOTEUR DE LA DÉCONSTRUCTION

J’écris dans un essai publié en 2001 avec le disque que « kasi naigo est une pièce qui fut conçue à partir et autour des silences du film Tystnaden (Le Silence) de Ingmar Bergman ». Dans Séance sans écran, un algorithme informatique réorganise le matériau textuel de cet essai.

Exemple :

avec grand avec écrit grand : A un le grand : absent ou A écrit écrit fois « Autre » peut-être écrit ou « Autre » N’allons grand peut-être A grand A ce : Dieu un que ce peut-être est comme écrit est Dieu peut-être voix) : absent grand peut-être un du absent peut-être un s’absente avec la est « Autre » voulue/cette maintient privilège résonne voix lointain lointain de de à volonté la dehors ce ou par privilège à questionne est et prend la si même tente bouche rencontre chemins l’Autre » éparpille cet le le altère l’image vertu alignés résonne à ressemble base* fait mais un trouée à Autrui sens de rien Dé(s)possedés l’Autre avec l’« Autre » une à retirant rapport rapport et à l’écrasement mais interrompt est à chemins le cette du kasi par tu l’étranger à extérieur extérieur par (le comme l’image dans toute rapport que rapporte - absent l’« Autre grand allait

JPEG - 420.5 ko

1.1 MONSTRATION/DISSIMULATION SPECTRALE DES FRÉQUENCES INITIALES ET MANIFESTATION DE LA SOURCE FILMIQUE À TRAVERS SES VARIATIONS LUMINEUSES

Pendant la performance sonore, la matière textuelle de l’essai est restructurée en temps réel par l’algorithme informatique qui analyse les différences sonores générées par le re-trait de certaines fréquences de kasi naigo.

Le Silence de Bergman est diffusé sur un deuxième ordinateur. Le film est invisible pour le public qui a néanmoins accès aux réflexions lumineuses de Tystnaden.

1.2 UNE VOIX ÉTRANGÈRE ÉNONCE LA DÉCONSTRUCTION PHONÉTIQUE DU COMMENT TAIRE ORIGINAIRE RECOMPOSÉ

Je vocalise le texte algorithmiquement transformé en tentant de traduire le corps sonore de la voix du personnage de Tystnaden de Bergman qui parle une langue inventée spécifiquement pour le film.

Ma voix permet également l’appel et la mutation de kasi naigo grâce à une analyse spectrale informatique.

1.3 LES TEXTES DE CPO DÉCLENCHENT ET MODIFIENT DES PERFORMANCES SONORES SECRÈTES (3 SUR 1) LE LIVRE EST FERMÉ QUOISOUSSAMAISMAIS

J’utilise le clavier de l’ordinateur afin de transcrire les textes de CPO et transformer la documentation sonore d’actions secrètes.

PNG - 554.5 ko

2. LA REPRODUCTIBILITÉ TECHNIQUE OU L’IMPRESSION DU COMMENT TAIRE

Sans commentaire

3. CPO OU LA STRUCTURE DU VISIBLE COMME DÉTERMINATION SONORE

J’ai réalisé pour CPO un document vidéographique à partir de la captation audiovisuelle de diverses actions sonores. J’ai fait le montage du vidéo en regardant les images, et ce, sans écouter le son afin d’entendre autrement. Pour Séance sans écran, j’actualise une certaine tension des plans possibles.

3.1 LA STRUCTURE DU VISIBLE M’ÉCLAIRE EN DOUCHE ET SA DÉTERMINATION SONORE EST DIFFUSÉE DANS MON PANTALON

Durant la performance sonore, je me déplace dans l’espace en tenant devant mon visage un iPad qui diffuse le document vidéographique, mais le public a surtout accès à la structure sonore qui a émergé du processus de création.

3.2 LE MOUVEMENT DU CORPS SPATIALISE CETTE DÉTERMINATION SONORE ET FAIT TOMBER LE COMMENT TAIRE IMPRIMÉ EN DE MULTIPLES COPIES QUI SONT DÉPOSÉES SUR L’ÉCRAN/DOUCHE (1 SUR 3) LE LIVRE EST FERMÉ QUOISOUSSAMAISMAIS

Mes déplacements corporels spatialisent la bande sonore du vidéo diffusée dans mes pantalons au moyen d’un haut-parleur portatif. En me déplaçant, les copies du COMMENT TAIRE imprimé, qui sont déposées sur l’écran/douche, tombent au sol.

3.3 L’INSPIRATION INITIALE EST LENTEMENT/FRACTALEMENT DIFFUSÉE DANS LES HAUT-PARLEURS ET SON MONTAGE EST RÉALISÉ PAR UNE VOIX ÉLECTRONIQUE QUI TRANSFORME ÉGALEMENT EN COUCHES LA DÉTERMINATION SONORE GÉNÉRÉE PAR LA STRUCTURE DU VISIBLE

Le son d’une scène du film The Shout de Jerzy Skolimowski est diffusé et transformé par ma voix amplifiée par un microphone sans fil inséré dans ma bouche. Les sons captés par le microphone sont analysés par l’ordinateur afin qu’il puisse muter toutes les autres couches sonores en relation au déploiement de l’improvisation buccale.

3.4 CETTE BOUCHE ÉLECTRONIQUE TRADUIT TOUTEFOIS DES DESCRIPTIONS TEXTUELLES DE CERTAINES SCÈNES CINÉMATOGRAPHIQUES

Cette bouche électronique traduit en obscurcissant des descriptions textuelles de trois scènes de trois films où les musiques d’Edward Artemiev, Ennio Morricone et Walter Murch sont au premier plan.

FINALEMENT MA VOIX ÉCLAIRCIT CET ÉCHO TEXTUEL DU CINÉMA

Une femme regarde des bijoux
Un homme l’observe
La femme sort du magasin avec des paquets
L’homme l’observe toujours
La caméra observe le tout et croise une femme avec un bouquet de fleurs
Des hommes la suivent avec d’immenses bouquets de fleurs
La femme aux bouquets de fleurs regarde la caméra
La caméra suit cette femme et les hommes qui la suivent
La femme aux bouquets regarde la caméra et lance des fleurs vers la caméra

Ciao


Photos : Albérick.

Recherche

Mots-clés

Mots-clés liés a cet article:

Autres groupes de mots-clés

A lire également

  • « The Nitrate Picture Show »

    Quelque notes sur la couleur (1)

    Voir la projection d’une copie de film nitrate faisait partie, pour moi, de ces choses rêvées, inespérées, quasi impossibles, que le hasard et la détermination d’une poignée d’archivistes de la George Eastman House, un peu fous, sont parvenus ce printemps à matérialiser (pour moi et quelques autres bien entendu).

  • Quelques notes sur la pratique de la restauration numérique du film

    Dry Humping Against the Grain

    La confusion qui règne autour de la restauration des films est de nos jours d’autant plus grande qu’elle est accablée par deux dogmes idéologiques. Le premier s’affiche déjà comme une évidence : aujourd’hui, la « restauration des films » consiste principalement – sinon exclusivement – en un processus de numérisation de la pellicule cinématographique. Le deuxième, beaucoup plus délicat, se cache sous la surface polie du numérique : c’est une entreprise qui s’opère hors de tout examen minutieux et qui ignore subtilement tout les discours technologiques, éthiques et philologiques ; une affaire qui s’effectue au-delà de tout besoin réel de refléter l’histoire (du cinéma) ; un processus profondément, purement et irréversiblement repoussé dans les catégories de l’économie de marché.

  • Notes sur le Situated Cinema Project

    Le cinéma détruit

    Notes à propos du projet "Situated Cinema".

Nouvelles et liens

ISSN 1712-9567
copyright 2015

OffScreen       Conseil des arts du Canada   iWeb Technologies   Conseil des arts de Montréal