Hors Champ

septembre/octobre 2017

Sur les traces d’Eisenstein en Haïti

LA BRÈCHE

Notes pour un tournage

par Carlos Ferrand
21 avril 2014

Couté la liberté li pale nan cœur nous tous
Écoutez la voix de la liberté, elle parle dans le cœur à nous tous


Le projet d’Eisenstein

PNGDans les années 1930, Sergueï Eisenstein avait un projet de film sur Haïti et sa révolution : une guerre de libération qui opposa les esclaves aux forces de Napoléon eut lieu entre 1791 et 1804. Majesté Noire, adapté du roman de John Vandercook, fut le film imaginé par le grand cinéaste russe. Le rôle du tragique roi Christophe serait incarné par le talentueux acteur noir américain Paul Robeson. Athlète, comédien, chanteur, parlant une douzaine de langues, Robeson était un grand pourfendeur des inégalités étatsuniennes.

Eisenstein et Robeson s’identifiaient au tragique destin du Roi Christophe qui s’était suicidé avec une balle d’argent après s’être mis à dos une partie de son peuple.

PNGMajesté Noire ne vît jamais le jour. Paramount refusa le projet, sous la pression des autorités américaines : elles craignaient qu’un film sur la révoltes d’esclaves haïtiens ne donne des mauvaise idées à "leurs noirs". Mais le projet ne sera pas oublié par le cinéaste, qui utilisera un des épisodes de son film avorté dans ses "Leçons de mise en scène" [1]. Paul Robeson, proche du parti communiste et une des victimes du maccarthysme eut son passeport confisqué pendant huit ans.

La Brèche

La Brèche racontera l’histoire de Majesté Noire, le projet inachevé d’Eisenstein. Composé de parties documentaires et de reconstructions dramatiques, notre projet a l’ambition d’être à la fois un hommage à la créativité de Sergei Eisenstein, à la capacité de résistance du peuple haïtien ainsi qu’une œuvre cinématographique libre. Ces réflexions accompagnent la pré-production du projet, qui sera tourné en 2015.

Notre film sera construit avec plusieurs éléments :

- PNGUn premier élément consistera à imaginer les tests caméra que Eisenstein et son équipe auraient filmés sur le sol haïtien. Ces portraits des rebelles seront filmés en 35mm noir et blanc avec la même caméra (Mitchell NC) que Eduard Tissé, le directeur photo d’Eisenstein, aurait utilisée. Pour ce faire nous travaillerons en collaboration avec un photographe de village de Vertièresen.PNG

- Le deuxième élément du film sera la partie documentaire, tournée avec les habitants de la région, dans les régions où les batailles eurent lieu.

- Une troisième partie sera la reconstruction dramatique. Le courage, le talent et l’habileté des rebelles seront filmés comme si nous étions au milieu de l’action.

- Un quatrième élément viendra ponctuer le récit : la mémoire des objets.


Objets

Une valise en osier se balance doucement dans la cale d’un navire. Les familles riches envoyaeint leur linge sale se faire laver à Sainte-Domingue. Elle lui revenait d’un blanc étincelant et imbibée des fragrances du tropique.

Une balle. Le Roi Christophe se suicida avec une balle d’argent.

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Une bible dont la couverture est incrustée d’argent. (Si un Africain porte un symbole c’est du "fétichisme", si un catholique porte un symbole c’est de la "foi". Croyance/superstition, Dieu/idoles, Vérité/ignorance.)

Une corde tissée avec les feuilles d’une plante est portée autour de la taille : protection contre les mauvais esprits.

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Pomme de terre. Le régime alimentaire d’un esclave consistait de sept ou huit pommes de terre et un peu d’eau. (Par jour).

Sucre. Punition : on enterre l’esclave jusqu’à la tête qu’on enduit de sucre ; près d’un fourmilier.

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Image tournée au Mexique par Tissé et Eisenstein pour Que viva Mexico


Glossaire du maître d’esclaves

Coup de filet : noyer plusieurs rebelles d’un seul coup.

Monter en dignité  : accrocher un esclave à la croix d’un arbre pour le laisser mourir.

Descendre dans l’arène : faire dévorer un esclave par les bulldogs.

Fleur de lys : un "marron" (esclave fugitif) capturé se voyait couper les deux oreilles et marqué d’un fer brulant avec une fleur de lys.

Fouet : preuve de comportement civilisé, à partir de 1784 le nombre de coups de fouet qu’un maître assenait à son esclave ne pouvait pas excéder cinquante.

Sulfure : quand une rébellion éclatait sur le bateau on brûlait du sulfure pour tuer les esclaves.

Sel et poivre : on fait une pause pour ajouter sur les blessures de l’esclave torturé a) du sel, b) du poivre, c) du citron, d) de la chaux vive.


La Brèche engagera une conversation avec les ombres du passé. Haïti est le produit d’un processus historique négatif ; né du viol d’un continent et de l’esclavage d’un autre. Quand on sait que l’espérance de vie d’une personne née en esclavage était de quinze ans, il n’est pas difficile de conclure que Napoleon et l’armée la plus puissante au monde furent vaincus par des adolescents armés de pierres et de leur intelligence stratégique.


Contexte sociohistorique

En 1789, le tissu social de Saint-Domingue était devenu d’une complexité explosive. Pendant qu’en France, les membres de l’Assemblée révolutionnaire plébiscitaient la “ Déclaration des droits de L’homme », qui proclame que « Tous les hommes naissent libres et égaux ”, les rivages de la colonie se soulevaient de l’indignation croissante des esclaves. L’inénarrable arrogance colonialiste qui voyait l’esclavage comme un droit inaliénable finalement bascule– et la révolution s’embrase. Saint-Domingue, « La Perle des Antilles », était alors non seulement la plus riche colonie française, mais la plus lucrative colonie européenne.

La révolution haïtienne fut tout à la fois une lutte contre l’esclavage, le colonialisme et la suprématie blanche. Malheureusement, l’histoire à venir d’Haïti démontrera aussi comment, l’Europe, et l’Amérique du Nord ont si facilement glissé du colonialisme à un nouvel impérialisme. Tandis que le peuple haïtien assumait sa nouvelle destinée, le pays devenait le paria des nations, et sombrait, dès le XIXe siècle, dans la misère et la pauvreté. Officiellement indépendante, Haïti a été la cible d’un embargo qui a duré deux siècles.

Le désastre, aussi nommé Maafa , fléau des peuples de descendance africaine, n’a pas épargné Haïti. Une suite de régimes plus corrompus les uns que les autres culmina avec les Duvalier et les TonTons Macoutes, puis, avec la terreur répandue par la junte militaire. Tel fut le prix pour le peuple haïtien d’avoir osé défier le pouvoir blanc.

Haïti aujourd’hui

Haïti dans le film, ce sera des villes comme Vertièresen et Crête-à-Pierrot où les batailles de la révolution furent livrées ; les habitants enrôlés dans les reconstitutions historiques nous parleront aussi de leur vie, de leur histoire, de leur révolution. L’histoire de lutte pour l’indépendance est vivante au pays. Quelques vieilles personnes se rappellent des récits transmis par des témoins centenaires.

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Le tremblement de terre récent, qui a exacerbé la situation déjà désastreuse du pays, fait désormais partie de son histoire ; mais à en juger du déluge d’information et des analyses qui en ont découlé, la tragédie n’a pas anéanti le besoin de comprendre, bien au contraire.

Nous soulignerons le fait qu’un état haïtien au service de son peuple est un objectif désiré par beaucoup, haï de quelques-uns et toujours hors d’atteinte. La brèche entre ceux qui ont tout et les autres reste encore à colmater.

Un autre effet du terrible tremblement de terre est la résurgence d’un sujet controversé : la dette d’Haïti envers la France. Haïti n’aurait jamais dû payer vint et un milliard de dollars, en valeur courante, à la France pour compenser les colons de leurs « pertes » (des Haïtiens libres !) Cette dette, payée sous la menace d’invasion et d’exclusion du commerce international, a été payée pendant cent vingt ans et est une des causes de la terrible situation actuelle.

Miné de l’intérieur, par la violence et les coups d’État ; étouffé à l’extérieur, par les sanctions économiques, et dévasté par un puissant tremblement de terre, il est dur de croire qu’Haïti ne sera jamais capable de s’extirper de ses plus récentes épreuves. Mais lorsque l’on assiste à l’incroyable capacité de résister et d’espérer de la plus pauvre de toutes les nations, il est dur de ne pas croire qu’un jour Haïti prospérera, en dépit de l’indifférence générale.

En donnant une voix à l’héritage haïtien de liberté et d’humanité, Majesté Noire veut rejoindre – et l’amplifier- le cri de ceux qui n’acceptent pas la simpliste, ignorante et paternaliste croyance que les Africains (et les aborigènes) devraient arrêter de se plaindre et juste se mettre à la tâche.

Alors que nous pénétrerons plus avant dans la connaissance d’Haïti, passée et présente, nous découvrirons également comment ces hommes et ces femmes, arrachés à leur terre d’Afrique, aux langues et aux coutumes si variées, se sont secrètement réunis et réfugiés dans la pratique du Vaudou, religion de solidarité.

Tout comme les Lwas – esprits haïtiens -, qui nous renvoient nos défauts et nos qualités, l’ambition du projet est de brandir le miroir qui aidera à mieux comprendre ce pays à la fois malheureux et lumineux. Les Lwas ne sont pas des modèles ou des saints. Ils sont les mirroirs du potentiel humain. Ils ne prêchent pas, ils aident les participants à prendre des décisions. Le Vaudou est un système religieux qui préconise l’amour et la solidarité.

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Haïti, née de la révolte des esclaves africains de Saint-Domingue qui dura de 1791 à 1804 jusqu’à la capitulation du puissant empereur Napoléon, est la première révolution victorieuse des Amériques de l’hémisphère sud, la moins étudiée de toutes les révolutions dans les universités, à laquelle aucun film de fiction ne rend hommage. Pourquoi ? Telle est la question initiale de ce film ; et plus largement : pourquoi Haïti stagne-t-elle toujours ?


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CONDENSÉ HISTORIQUE

Lorsque Christophe Colomb débarque en 1492 sur la côte de la petite île d’Ayiti, au milieu de la population indigène Arawak, l’île est colonisée ; et très vite, Santo Domingo devient une ville prospère. Les Espagnols qui importaient la canne à sucre des Îles Canaries avaient besoin d’une main d’œuvre gratuite pour assurer la production. Aussi en 1502, les vaisseaux espagnols livrèrent-ils leurs premiers esclaves africains sur l’île.

En 1697 la France, dont les premiers agents étaient des pirates et des flibustiers, obtint l’île de la couronne espagnole qui se réserva la partie orientale de l’île (aujourd’hui la République dominicaine). Elle devient la plus lucrative de ses colonies.

L’énergie transformatrice du paysage vient des esclaves. Plus de huit cent mille seront importés dans la colonie de 1680 à 1776 ; pour la plupart enlevés en Guinée, au Congo et en Angola.

Dès lors, une société hiérarchique, violente et profondément raciste se développe à Saint-Domingue.

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La Révolution française
En 1789, plus de cinq cents bateaux traversent l’Atlantique, et apportent aux planteurs blancs, farine, vins et beaucoup d’autres produits européens luxueux à vendre sur les fameux marchés de Port-au-Prince et Cap-Français. Les navires repartent chargés des précieuses denrées qui firent la richesse de Bordeaux, Nantes et La Rochelle : le coton, l’indigo, le cacao, le café et surtout le sucre.

Cette incroyable production n’aurait jamais été possible sans le travail gratuit de la population en esclavage. Le traitement des esclaves pendant plus de deux siècles fut horrible et inhumain. Le taux de mortalité, au cours des trois ou huit premières années était de cinquante pour cent. La durée moyenne de vie au labeur d’un esclave de plantation né à la colonie était à peine plus de quinze ans.

En 1789, le peuple français se soulevait et clamait « Liberté ! Égalité ! Fraternité ! » Le député français Robespierre voulait les mêmes droits pour les colonies françaises : « Je demande à l’assemblée de déclarer les personnes de couleur, libres et citoyens de pleins droits ».

Quand les membres de l’assemblée révolutionnaire française accordèrent les droits politiques aux gens de couleur nés de parents libres, les colons racistes de Saint-Domingue réagirent immédiatement. Donner le droit de voter ou d’officier aux affranchis signait la fin de la suprématie blanche et surtout de sa fortune !

La pression des colons à l’Assemblée Nationale fut si persistante et bruyante que le vote fut renversé. Et en 1791 égalité et fraternité furent retirées aux mulâtres, qui avaient lutté pour les droits politiques et non pour l’abolition de l’esclavage. Voyant leurs droits bafoués, les mulâtres, éduqués, avec leur savoir-faire et leur considérable expérience militaire, se joignirent aux cinq cent mille esclaves ; et une révolte massive explosa dans la colonie française. La croyance inébranlable des colons que l’esclavage était intouchable déclencha la révolution Noire. C’était une guerre sans merci, celle de la lutte existentielle entre le maître et l’esclave révolté.

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Les esclaves d’Haïti se soulèvent
En août 1791, le prêtre vaudou Boukman Duffy rassembla deux cents chefs des esclaves rebelles dans la forêt surplombant la ville de Cap-Français. Là, ils jurèrent solennellement la mort à tous les Blancs.

Les esclaves n’avaient rien d’autre à perdre que leurs chaînes. Seule la liberté pour tous pouvait épargner aux Blancs une mort certaine. Les esclaves armés s’opposèrent massivement et violemment à tout accord avec les blancs. Ce furent ces masses d’esclaves et non leurs chefs, qui virent si clairement ce qui était en jeu, quel qu’en fût le prix. »

Boukman fut tué, mais ces hordes d’esclaves armés fomentèrent la rébellion à travers la campagne. En de nombreux endroits de la colonie, des révoltes spontanées éclataient.

À l’été 1793, deux députés français Sonthonax et Polverel proclamaient l’abolition de l’esclavage. Officiellement, la France abolit l’esclavage dans toutes ses colonies en 1794 pour combattre les Espagnols et les Anglais.

Toussaint Louverture, un des premiers chefs de la révolte des esclaves noirs, débordait d’enthousiasme après l’abolition de l’esclavage par la France ; il choisit de combattre sous le drapeau français. Entre 1795 et 1798 il est promu général, puis vice gouverneur de l’île et enfin commandant en chef. Les troupes de Toussaint repoussent les Espagnols et acculent les Anglais à l’abandon de Saint-Domingue à la fin de 1798.

Quand Napoléon Bonaparte prend le pouvoir en 1799, sa folle ambition est de conquérir le monde. Mais dans ses colonies, la France a perdu du terrain : la puissante Albion contrôle les mers ainsi que les anciennes colonies françaises des îles de la Martinique, de Tobago et de Sainte-Lucie.

Après avoir défait les troupes espagnoles puis anglaises, Toussaint Louverture entre en relation commerciale avec les États-Unis d’Amérique et l’Angleterre et renvoie en France les agents du pouvoir colonial qui contrecarrent ses plans. En 1800, il sort victorieux de la guerre civile avec les mulâtres du sud de l’île, et promulgue en 1801 la Constitution et est élu gouverneur de l’île. Pour Napoléon, Toussaint doit se soumettre aux intérêts de la France ou bien il l’y contraindra : ”pour les bienfaits de la civilisation, cette nouvelle Algérie doit être détruite. »

La tentative française de contrôler l’île émane d’une pensée schizophrène. Napoléon est un représentant typique de l’idéologie française réactionnaire qui souhaite le retour de l’esclavage dans ses colonies. La propagande pour le rétablissement de l’esclavage, logique en apparence, soutient que les esclaves sont nécessaires à l’exploitation des plantations et que les noirs, libres, sont dangereux pour la population blanche.

À la fin de 1801, la France peut finalement s’attaquer aux¨ barbares noirs¨ : à la suite d’un traité de paix avec l’Angleterre, elle a désormais le champ libre sur mer. Une énorme expédition militaire prend le large pour rétablir l’autorité de la France sur l’île. L’expédition sous la conduite de Leclerc et Rochambeau, quitte Brest en décembre 1801. La formidable armada comprend soixante-treize navires et vingt mille soldats. Au total, la France enverra cinquante mille soldats combattre les « sauvages ».

Sous le prétexte d’attaquer Surinam les navires s’approchent de l’île. L’amiral français essaie de gagner la confiance de Toussaint. Le but réel de la mission - désarmer la population noire et envoyer en France les généraux Noirs et mulâtres - reste secret. Surtout, Toussaint doit être destituée afin « d’empêcher un empire Noir dans la région ».

Mais Toussaint était déjà en mauvaise posture. Comme ceux qui l’avaient précédé, il privait les travailleurs des moyens d’accéder à la liberté et ainsi de lui donner tout son sens. Il s’était éloigné des masses. Il avait perdu le soutien de la population en la forçant à retourner travailler dans les plantations. Toussaint Louverture fut finalement capturé par les troupes françaises en juin 1802. Envoyé en France, il mourut en prison, loin de sa famille et de ses amis. Dans l’île, la guerre continuait “ Toussaint ne suffit pas, dit le Général Leclerc, il y en a deux mille de plus comme lui ici !

En 1802 Napoléon rétablit l’esclavage dans toutes les colonies françaises. La réponse est une nouvelle rébellion et la guerre devient une guerre pour l’indépendance.

Sur le champ de bataille, les troupes de Noirs et de mulâtres combattent désormais sous les ordres des chefs Dessalines et Christophe. À la fin de septembre 1802, l’insurrection est généralisée, les armées françaises sont dans une terrible situation.

En novembre 1802, Leclerc meurt de la fièvre jaune et le cruel Rochambeau prend sa place. Il répand la terreur, fait pendre, noyer et fusiller les prisonniers quand il ne les livre pas aux mille deux cents chiens qu’il a ramenés de Cuba.

Napoléon veut en finir, une bonne fois pour toutes. Il envoie des renforts militaires de France, refusant d’accepter que la guerre soit perdue d’avance.

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La populace combat sous le commandement d’organisateurs locaux. Dans la campagne, dévastée par onze ans de guerre ininterrompue, la résistance Noire n’a pas perdu de sa vigueur. Dans l’arrière-pays, la vie renaît. Une partie de la population s’est installée dans les montagnes, à proximité des camps de leurs chefs. Ils construisent leur retranchement de terre et de roches, au bord de précipices de plus de trois mille pieds. Chaque camp est évalué à près de huit ou neuf cents demeures. Il y a des dispensaires pour les malades et, là où le sol le permet, des réserves de nourriture. Les Africains révoltés comptent aussi parmi eux de fières guerrières comme Sanite Bélair, Marie-Jeanne Lamartinière et la plus très jeune Toya Mantou, tante du Général Jean-Jacques Dessalines.

Dessalines est proclamé Commandant en chef. Son motto est dès lors “l’indépendance ou la mort !” À la bataille de Vertière en novembre 1803, les troupes françaises sont défaites. L’indépendance est proclamée le 1er janvier 1804. Le nouveau pays s’appelle désormais Haïti, en hommage au nom indigène de l’île, Taïno.

À la fin de la guerre, cent cinquante mille rebelles ont péri, non en vain.

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Lendemains amers
Au dire de Napoléon, “les barbares ont triomphé”. Dans le langage officiel de l’Empire, le nom d’Haïti n’est jamais prononcé, le pays toujours évoqué par l’expression “nègres révoltés de Saint-Domingue”.

Treize longues années, en tout, de villes incendiées au ¨coup pour coup¨, de gorges tranchées, de terres brûlées, d’insurrections, de trahisons, d’exécutions massives, de sièges, de torture, d’encerclements, de désespoir, sans parler des dizaines de milliers de morts de la malaria et de la fièvre jaune. L’ultime stratégie de Dessalines : koupe tèt, bwule kay (couper les têtes, brûler les maisons) l’emporta. Selon l’historien Blancpain, Napoléon perdit cinquante mille hommes dans cette folle entreprise.

Haïti est un nouveau pays : la première république noire du monde et “un pas géant pour l’humanité”. La première de l’hémisphère sud à avoir arraché son indépendance à l’une des plus puissantes nations européennes.

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En s’inspirant des images qu’Eisenstein avait tourné à la même époque au Mexique, pour Que Viva México (40 heures de matériel pour un film inachevé, remonté plus tard par un collaborateur), nous entendons suggérer la manière dont il aurait pu représenter la beauté et la noblesse du peuple d’Haïti…

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HOLLYWOOD s’est rendu coupable de la déformation de l’image d’Haïti avec ses caricatures vaudou, ses zombies grotesques et autres images racistes. C’est au cinéma de répondre à cette image toxique. La présence du projet d’Eisenstein sera importante tout au long du film ; et le message de la présence blanche : nous sommes tous responsables. Cette situation n’est exclusive ni des noirs, ni des blancs : nous sommes tous concernés.

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Photo : Roger Lemoyne

Notes

[1Vladimir Nijny qui a suivi les cours de Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstei à l’Ecole technique de cinéma d’Etat, propose des comptes-rendus et des annotations prises lors de ses cours. Ces textes rendent compte de l’enseignement du cinéaste de 1932 à 1946 sur la mise en scène, le cadrage, le découpage en plans, etc...

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