Hors Champ

septembre/octobre 2017

Hommage à Stan Brakhage

TEXTES DE LUMIÈRE

Quatre soirées de films de Stan Brakhage


16 avril 2012

« Je n’essayais pas d’inventer de nouvelles façons d’être un cinéaste ; c’était seulement la conséquence de mon combat pour atteindre un sens de la vue. Et il me semblait raisonnable qu’un film doive être basé sur la vision humaine ; pas seulement sur le regard de l’œil physique, mais sur la vision de l’esprit : c’est-à-dire sur ce qui arrive quand l’œil reçoit des images de l’extérieur et qu’elles interagissent avec les images gardées en mémoire au sein de l’esprit. De quelle manière arrive-t-on à notre vision, à imaginer le monde avec notre vue ? – on attache des ailes de colombe sur un chat et on voit un griffon. »
– Stan Brakhage


Hors champ et le CinemaSpace du Centre Segal] sont très heureux de présenter Textes de lumière, une série en quatre parties de films du cinéaste Stan Brakhage, une icône du cinéma expérimental. Cet évènement est la première présentation solo majeure du travail de Brakhage à Montréal depuis sa dernière visite (invité par Hors champ) en 2001, deux ans avant sa mort. Elle inclut de nombreux films qui seront montrés pour la première fois à Montréal. La série s’intéresse particulièrement aux dernières œuvres de Brakhage qui témoignent d’une grande variété d’approches formelles – peinture sur pellicule, peinture sur verre, enregistrement image par image. La découverte durant cette période d’un cancer de la vessie qui finira par causer sa mort en 2003, amorce une série de films magnifiquement photographiés, qui s’inscrivent dans son exploration courageuse des processus organiques du corps et de sa relation exceptionnellement intime avec le film en tant que médium. La commissaire Marilyn Brakhage sera sur place pour les parties 1 et 2 pour présenter les programmes.

Billets : Adultes 10 $ | Étudiants (temps plein avec carte) / Aînés (65+) 8 $


À PROPOS DE STAN BRAKHAGE :

« De la même façon qu’on dit d’un compositeur qu’il travaille avec des idées musicales, on peut dire que je travaille avec des idées intrinsèques au film, qui est le seul médium capable de créer des résolutions paradigmatiques à propos de la Vision primale. La plupart du temps, un compositeur crée des parallèles avec l’environnement de l’oreille interne – les pensées premières des sons. De la même façon, je travaille maintenant avec les synapses électriques de la pensée pour arriver à des paradigmes d’investissement émotionnel globaux distincts de, mais unifiés aux lumières intérieures, la Lumière, à la source, de l’être humain. » – Stan Brakhage

Stan Brakhage (1933-2003), véritable monument de l’art du film, a créé au-delà de 350 films au long d’une carrière qui s’est étirée sur près d’un demi-siècle. Son influence est ressentie bien au-delà du cinéma expérimental, et a affecté tous les modes de productions d’images en mouvement. Il a repoussé les limites des techniques de montage, peignant ou grattant directement la pellicule, il a arraché la caméra 16mm à son trépied pour embrasser un tout nouvel ordre de mouvement et de vocabulaire cinématographiques, dans la famille de la peinture expressioniste abstraite et du vers libre en poésie. Selon Brakhage, le conditionnement social a pour conséquence de limiter la vision et de développer des tabous visuels rattachés au sexe, à la naissance, au vieillissement et à la mort — ce qu’il appelait « the very stuff of life ». Par conséquence, sa caméra s’est donné pour tâche de capter toutes les dimensions interdites de l’expérience humaine ; ses films, attachés à l’expérience de la vie quotidienne, témoignent d’une vision artistique hautement personnelle et sans compromis. L’immense impact qu’il a eu sur le champ du cinéma alternatif se mesure à la profonde impression que ses conférences et ses cours de cinéma ont laissé dans leur sillage — Brakhage n’a cessé de voyager à travers l’Amérique du Nord et en Europe pour présenter ses films et ce, malgré une santé de plus en plus fragile. Passionnément, brillamment, polémiquement, Brakhage fut le nécessaire ambassadeur du cinéma expérimental qui su révéler l’infini potentiel de l’expression cinématographique.

À PROPOS DE MARILYN BRAKHAGE :

Marilyn Brakhage est diplômée en études cinématographiques et en histoire de l’art des Universités Ryerson et York de Toronto. Elle a travaillé comme distributrice de films, programmatrice, écrivaine-pigiste, enseignante à domicile et elle gère actuellement la succession de son mari, le cinéaste et théoricien Stan Brakhage. Elle vit en ce moment à Vancouver, en Colombie-Britannique.


PARTIE 1 : Le paysage comme histoire, le paysage comme lumière (1972, 1974)

Samedi 21 avril, 20 h 30
En présence de Marilyn Brakhage

Durée de visionnement : 84 minutes
Format de projection : 16 mm

The Wold-Shadow
(16mm, couleur, muet, 2:30 min, 1972)
"’Wold’ because the word refers to forests which poets later made plains, and because the word also contains the rustic sense to kill – this then my laboriously painted vision of the god of the forest." – Stan Brakhage

The Shores of Phos : A Fable
(16mm, couleur, muet, 10 min, 1972)
"Phos = Light, but then I did also want that word within the title which would designate PLACE, as within the nationalities of ’the fabulous’ – a specific country of the imagination with tangible shores, etc. The film adheres strictly to the ordinary Form of the classical fable." – Stan Brakhage

The Text of Light
(16mm, couleur, muet, 71 min, 1974)
“The Text of Light starts in late fall and moves into early winter ; another section starts in deep summer and moves into early fall. Each movement includes the end of one season and the beginning of another.” – Stan Brakhage

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The Text of Light (1974)(c) Estate of Stan Brakhage / Fred Camper

PARTIE 2 : Le paysage et la spiritualité (1991 – 2001)

Dimanche 22 avril, 18 h 00
En présence de Marilyn Brakhage

Durée de visionnement : 97 minutes
Format de projection : 16 mm

Yggdrasill : Whose Roots Are Stars in the Human Mind
(16mm, couleur, muet, 17min, 1997)
I am compelled to comprehend Yggdrasill as rooted in the complex electrical synapses of thought process, to sense it being alive today as when Nordic legendry hatched it. I share this compulsion with Andrei Tarkovsky, whose last film The Sacrifice struggles to revive The World Tree narratively, whereas I simply present (one might almost say ‘document’) a moving graph approximate to my thought process, whereby The Tree roots itself as the stars we, reflectively, are.” – Stan Brakhage

Passage Through : A Ritual
(16mm, couleur, son, 49 min, 1990)
Musique de Philip Corner

« Même s’il ne “pratiquait” pas, je crois que Stan s’est toujours identifié comme chrétien, et ce depuis que je le connais — qu’il était, à sa façon, un homme de “foi” — et que beaucoup de ses films reflètent son approche spirituelle de la dévotion, particulièrement Untitled (For Marilyn), Chartres Series, Jesus Trilogy and Coda, et encore plus puissamment pour moi, Passage Through : A Ritual. » – Phil Solomon

Panels for the Walls of Heaven
(16mm, couleur, muet, 31 min, 2002)
Red, blue and yellow course through in an up-down motion, then blues and yellows enter from left and right in a complex medley of not solidly formed, but very vibrant pulsations of color, at times only slightly hinting at a solidity of ’wallness’ upon which the paint might exist. But it is a ’wall’ suffused with light. Suggestions of fire and water, textures of paint on wall, sparkling jewels, and chunks of blue-white ice arise, as the textures of paint at times become a riotous rainbow of tumbling hues flowing in a river of light, creating the paradoxical experience of a fully substantial insubstantiality."
– Marilyn Brakhage

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Panels for the Walls of Heaven (2002) (c) Estate of Stan Brakhage / Fred Camper

PARTIE 3 : Processus de réflexion et musique visuelle (1991 – 1997)

Le jeudi 3 mai à 19 h 30

Durée de visionnement : 72 minutes
Format de projection : 16 mm

Agnus Dei Kinder Synapse
(16mm, couleur, muet, 4 min, 1991)

To the child mind, the transformative sacrificial power of ‘O, Lamb of God’ is a daily manifestation – not as an adult shift-of-interest, but rather as ritual magic in which a toy train (‘-of-thought,’ an adult might say) becomes medium of shifts-of-scene, soforth, wherein an elephantine shape transforms to a more ‘real’ (i.e. less metaphorical) train, in sacrifice of transformative elephant, so on-&-on.” – Stan Brakhage

The “b” Series
(16mm, couleur, muet, 12:30 min, 1995)

This film is a series of five little hand-painted and elaborately step-printed sections which are individually titled but so inter-related I’ve decided they should always be shown in this order together, but each such a distinction of the essentially un-nameable subject matter they variously facet that they should retain the character of individual pieces within their shared context... a context I’ve attempted to represent by a small ‘b’ for my name Brakhage." – Stan Brakhage

Self Song & Death Song

(16mm, couleur, muet, 4:30 min, 1997)
« La passion de Brakhage pour son travail est peut-être ce qui l’a tué. En 1996, lorsqu’il a été diagnostiqué d’un cancer de la vessie, ses médecins pensaient qu’il avait été causé par les teintures avec lesquelles il avait peint à la main les films pendant des années. Il a photographié Self Song & Death Song au même moment où il suivait sa chimiothérapie. » – P. Adams Sitney

Commingled Containers
(16mm, couleur, muet, 3 min, 1996)
« Commingled Containers, en particulier, est une confirmation mémorable d’une dimension cruciale, même si difficile à aborder, du travail de Brakhage : son engagement à utiliser le film comme moyen de représenter sa propre quête spirituelle et de capturer des évocations de l’esprit dans le monde qui l’entourait. »
– Scott MacDonald

...Preludes 1 – 6
(16mm, couleur, muet, 11:30 min, 1995)
...Preludes 7 – 12
(16mm, couleur, muet, 16:30 min, 1995)
...Preludes 13 – 18
(16mm, couleur, muet, 10 min, 1996)
...Preludes 19 – 24
(16mm, couleur, muet, 10 min, 1996)

"[This] is what I call "plein-aire abstract" inasmuch as I am, while making the film, observing specific surroundings (primarily Vancouver Island, mostly in the city of Victoria) but am painting the reactions of my internal optic system affected by external scenes, only occasionally (and obliquely) identifiable. The ocean, the trees, the varieties of cityscape and landscape assert themselves as "pictures" (there is even a mirror image of a neon bar sign which persists for a few frames twice) but the images are essentially a wash and tangle of nervous feedback, sometimes influenced by, say, the colors of inlet waters, sometimes the wave movements, but more ordinarily by the cellular shifts and shapes of the optic system receiving exterior imagery."
– Stan Brakhage (description de ... Preludes 7)

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... Preludes 1 (1995) (c) Estate of Stan Brakhage / Fred Camper

PARTIE 4 : Les derniers films peints à la main – éléments / saisons (1993 – 2002)
Samedi 5 mai, 21 h 00

Durée de visionnement : 56 minutes
Format de projection : 16 mm

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Autumnal (1993) (c) Estate of Stan Brakhage / Fred Camper

Autumnal
(16mm, couleur, muet, 5 min, 1993)

This is a film composed of two elements : (1) simple hand-painted frames and brief strips of hand-painting, and (2) strips of blank colors, which appear as overall hues or color tones filtering light itself rather than any pictured scenes. These two elements are interposed in editing so as to suggest the seasonal changes of tree-leaf (from greens to golds, reds and browns) and the sky (from varieties of warm-to-cold blues).
– Stan Brakhage

Earthen Aerie
(16mm, couleur, muet, 3 min, 1995)

« Ce film, peint à la main et tiré image par image, débute par plusieurs secondes de vide blanc (interrompu par du rouge et de brefs jaunes électriques) pour ensuite continuer par la multiplication de formes tachetées de terre et de roches et de formes ressemblant à des racines qui semblent aspirer horizontalement vers l’intérieur et vers le centre en haut des verts phosphorescents et des bleus de plus en plus colorés de jaune pâle qui font place à ce qui ressemble à des branches de cimes d’arbres se transformant en des formes obliques sur un ciel de phosphore. » – Canyon Cinema

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Earthen Aerie (1995) (c) Estate of Stan Brakhage / Fred Camper

Spring Cycle
(16mm, couleur, muet, 11 min, 1995)

Suddenly it is as if tubular phosphoressences (mostly purple, blue and green) are undulating in a dark field. Flashes of white and rhythmic blanks of pastel colors punctuate these transformations which soon become plant-like – beseeming stalks of marsh grass under water, interrupted by whirling garish crystal flowers. Several times, in these passages, the film goes to these blanks of pastel tones. Finally the film ends on a series of these blank tones shifting among blues and blue-greens exploding into white.” – Stan Brakhage

Shockingly Hot
(16mm, couleur, muet, 4 min, 1997)

This little hand-painted film was over-a-year in the making, and absolutely dependent upon a quality of ‘broad-stroke’ in the painting which I think only children really capable of achieving, at least insofar as such stroke can approximate flame. These strokes/flames had, then, to be chopped back to the frame, in order to exist meaningfully on film. They had to be so timed as to epitomize the relentless of fire, so toned that fiery ice would be included in the aesthetic.” – Stan Brakhage

Cloud Chamber
(16mm, couleur, muet, 4 min, 1999)

This hand-painted step-printed film begins in a field of white light slightly bespeckled with ephemeral glazes of flecks of silver which gradually give way to pale suggestions of pastel colours. These take shape occasionally and flicker the forthcoming bits of solid coloured and multiply formed abstract images, a few brief sequences-of-such interspersed with the cloud-suggestive passages as at beginning, which eventually end the film.” – Stan Brakhage

The Lion and the Zebra Make God’s Raw Jewels
(16mm, couleur, muet, 8:30 min, 1999)

« ... l’impulsion derrière The Lion and the Zebra Make God’s Raw Jewels, m’a dit Brakhage, était sa peine de voir à quel point ses deux fils voulaient souvent, alors qu’il s’assoyait pour manger, regarder ces horribles émissions sur le canal Discovery où les animaux s’entredévorent et où le narrateur explique avec son accent britannique que cela ne leur fait pas vraiment mal, pendant qu’on les voit se faire manger vivant. ... Au niveau de l’intrigue, Brakhage semble décrire les cycles de la nature et la façon dont les fragments de plantes et de chair deviennent de nouvelles plantes et de nouvelles chairs. » – Fred Camper

Stately Mansions Did Decree
(16mm, couleur, muet, 5:30 min, 1999)

This hand-painted, elaborately step-printed film begins with what appears to be torn fragments of thick parchment erupting upward, out of which emerges a series of landscapes, gardens, exteriors of mansions, castles and the like, then (as yellow predominates ever vegetable greens, sherwood greens and deep floral reds, blood reds) interior corridors and room, as if lit by chandeliers and candelabras – all of which eventually bursts into flames, explosions, which somewhat “echo” visually the beginning of film.” – Stan Brakhage

Seasons...
(16mm, couleur, muet, 15 min, 2002)
Coréalisé avec Phil Solomon

« Seasons… est inspiré des couleurs et des textures qu’on retrouve dans les gravures sur bois de Hokusai et de Hiroshige, ainsi que par la qualité enjouée des formes dansant dans l’espace des œuvres filmiques de Robert Breer et de Len Lye. » – Phil Solomon

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Stately Mansions did Decree (1999) (c) Estate of Stan Brakhage / Fred Camper

Les programmes présentés par Hors champ sont rendus possibles grâce à la généreuse contribution du Conseil des arts de Montréal qui nous soutient depuis plus de dix ans.

L’image au sommaire est tirée de Panels for the Walls of Heaven (2002). Toutes les images sont reproduites avec l’aimable autorisation du Estate of Stan Brakhage et Fred Camper, que nous remercions tout particulièrement.

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