Hors Champ

septembre/octobre 2017

Hors Champ et la Cinémathèque présentent

FLASHBACK SUR LE FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE MONTRÉAL 1960-67

par Antoine Godin
2 juin 2010

« Aller au cinéma, voir des films, cela ne se comprend pas sans ce désir d’en prolonger l’expérience par la parole, la conversation, l’écriture. Chacune de ces remémorations donne au film sa vraie valeur. Si le cinéma existe d’abord à travers les yeux de ceux qui le voient, alors, sans aucun doute, il a « existé » plus fort à certains moments précis de son histoire. » Antoine de Baecque

Entre 1960 et 1970, près de 1 200 000 Québécois atteignent l’âge de 14 ans. Cette période est donc profondément influencée, emportée même, par la jeunesse, dans une atmosphère d’euphorie et de changement, voire de révolution.

Cette période de Révolution tranquille est marquée par la nationalisation, la constitution de nouveaux ministères, l’adoption de lois progressistes et la modernisation des grandes institutions, certes, mais aussi par les arts qui s’épanouissent tout au cours de la décennie. La création du Festival international du film de Montréal suit parfaitement ce mouvement. Ce premier festival de cinéma à Montréal naît en 1960 des désirs de briser la censure (surtout religieuse) encore omnipotente et d’entraîner la distribution d’un plus large éventail de films. Il faut dire que toute une génération de cinéphiles exigeants avait jusque-là développé ses goûts dans les ciné-clubs et au gré des voyages. Après huit années d’existence, lors de l’Exposition universelle de Montréal de 1967, le FIFM atteint son apogée puis il disparaît. Mais sans aucun doute, ce festival a été un moment précis de l’histoire qui a permis au cinéma d’ « exister plus fort ».

Afin de souligner le cinquantième anniversaire de cet événement important dans l’histoire du cinéma québécois, la Cinémathèque québécoise présente du 2 au 18 juin le cycle « Flashback sur le Festival international du film de Montréal ». La Cinémathèque, avec le précieux concours de Pierre Jutras, a choisi plus d’une vingtaine de courts et moyens métrages parmi la liste de titres généreusement proposés par Rock Demers et Robert Daudelin, deux importants organisateurs du FIFM dans les années 60. Par souci de diversité et pour permettre aux spectateurs de revoir certains films oubliés, il a été convenu de sélectionner un grand nombre de films moins connus. Ainsi, même s’ils ont été de passage au festival de Montréal, on ne verra pas Hiroshima mon amour, La Dolce Vita, L’Avventura, Pickpocket, Des oiseaux petits et gros, Guerre et paix, Le Mépris, À tout prendre, La Vie heureuse de Léopold Z, Il ne faut pas mourir pour ça, Le Chat dans le sac ou Pour la suite du monde. Cela n’empêche pas quelques grands noms de se retrouver à l’affiche tels que Jean Renoir, Luis Buñuel, Satyajit Ray, Masaki Kobayashi, Chris Marker et Arthur Penn.

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Le Monde d’Apu (Apur Sansar) de Satyajit Ray (1959)

Retour sur la naissance du FIFM : la censure [1]

Le jour « S »
-Jean-Baptiste : « La pire chose qu’on puisse nous faire, c’est de nous empêcher de rêver »
-Claire d’ajouter : « Ou de nous forcer à rêver à la même chose. » [2]

Déjà, à la toute fin des années 50, Les Amants de Montparnasse de Jacques Becker et Maxime d’Henri Verneuil avaient été censurés lors de la Semaine du film français de Montréal, au plus grand déplaisir des spectateurs. Parmi ceux-ci, le sociologue Fernand Cadieux et Pierre Juneau, de l’ONF, qui lancent l’idée d’un festival. Pour ce faire, ils s’adjoignent l’aide précieuse de Guy L. Côté, Germain Cadieux, Marc Lalonde, Claude Sylvestre, Arthur Lamothe, Jacques Lamoureux et Jean-François Pelletier. Les jeunes Rock Demers et Robert Daudelin se joignent un peu plus tard à l’organisation.

Dès 1960, Hiroshima mon amour d’Alain Resnais échappe à la censure le temps du festival, où il connaît par ailleurs un grand succès, mais il n’est pas épargné à sa sortie en salle. On le charcute. Des artistes et des intellectuels réagissent dans les médias, le psychanalyste André Lussier publie un article choc dans Cité Libre et le gouvernement crée en 1961 ce qu’on appelle communément la Commission Régis. Finalement des changements importants sont apportés au Bureau de la censure. Comme le dit si bien Réal Larochelle « L’histoire est toujours courte et récente au Québec, et celle-ci davantage, qui fit de la passion du cinéma et de l’audiovisuel un des nouveaux chantiers montés sur les cendres encore brûlantes du clérico-duplessisme ». (Cinéma en rouge et noir).

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A Soldier’s Prayer (Ningen no joken) de Masaki Kobayashi (1959)

Cinéma classique et Nouvelle Vague

Cette mission sociale s’avère donc un succès, mais il reste les films. Dès 1962, Rock Demers part dans divers pays sur une période de quatre mois à la recherche de nouveaux films. Robert Daudelin l’aidera un peu plus tard dans cette tâche en visitant quelques pays européens en plus de couvrir tout le territoire canadien pour le volet compétitif national. De retour en mai après le Festival de Cannes, la programmation est prête pour le début du FIFM au mois d’août. De 1960 à 1967, des grands noms sont à l’affiche comme Lang, Renoir, Ford, Visconti, Fellini, Ozu, Buñuel, Kurosawa, Rossellini, Renoir, Ophüls, Bresson, Rhomer, Resnais, MacLaren et d’autres encore. Plusieurs d’entre eux viennent même à Montréal présenter leurs films.

Bien qu’il y ait un intérêt certain pour les grands du cinéma, la programmation du festival reflète l’atmosphère de renouveau des années 60 ; apparaissent notamment les Tarkovski, Truffaut, Godard, Antonioni, Kobayashi, Lelouch, Wajda, Perreault, Brault, Jutra, Groulx, Carle, Lamothe et Lefebvre. C’est ce genre de cinéastes auxquels s’intéressent beaucoup les deux seules revues de cinéma québécoises d’alors, Objectif et Séquences. En cela, le Québec suit bien le mouvement amorcé en France, notamment par les Cahiers du cinéma qui ont depuis peu l’objectif prioritaire de découvrir de jeunes cinéastes internationaux. Comme Positif, les Cahiers couvrent d’ailleurs quelques-uns des derniers festivals à Montréal. Les correspondances de goût et les influences françaises sont évidentes, par exemple Luc Moullet présente en mai 1965 le « contingent 65 1 A » qui désigne les « bizuths du grand film pour l’année 1965 ». Il introduit des cinéastes comme Jerzy Skolimowski, Milos Forman ou Juleen Cimpton. Les années suivantes, ce sont les Gilles Groulx, Marco Bellocchio, Jean-Marie Straub, Pier Paolo Pasolini, Alain Tanner, Nagisa Oshima, Roman Polanski, Philippe Garrel, Maurice Pialat, Glauber Rocha, Kuju Yoshida, Jean Pierre Lefebvre, Robert Kramer… Le champ d’intérêt ne diffère pas du côté québécois de telle sorte que ce « contingent » aurait pu se retrouver à peu de choses près dans les revues québécoises. Plusieurs films des cinéastes nommés par Moullet passent d’ailleurs par le FIFM ou dans les salles de cinéma de répertoire à Montréal.

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The Hutterites de Colin Low (1964)

Atmosphère conviviale et rencontres

Pendant sept à dix jours consécutifs, le public se rend au cinéma Loews et a droit à environ 3 longs métrages successifs par jour, quelques moyens et courts métrages. Le soir venu, fort de cette expérience commune, spectateurs, acteurs, réalisateurs, critiques, journalistes et membres du jury se retrouvaient sans discrimination au Café Bar du Kino Club à l’Hôtel Windsor. Le programme commandité invitait les spectateurs à se détendre « en fumant une Rothmans au Kino-Club ». Grâce à ce rendez-vous nocturne, prendre un verre avec Claude Jutra, Roman Polanski ou Jack Nicholson en évoquant Beckett était donc chose possible. Ce brassage favorise grandement les rencontres, crée ou renforce les contacts entre la communauté artistique locale et celles de l’étranger.

De son côté, le volet compétitif canadien qui apparaît en 1963 participe certainement au succès des Claude Jutra, Gilles Groulx, Gilles Carle et Jean Pierre Lefebvre qui remporteront respectivement le Grand prix pour À tout prendre (1963), Le Chat dans le sac (1964), La Vie heureuse de Léopold Z (1965) et Il ne faut pas mourir pour ça (1967). En 1966, le Grand prix n’est pas accordé et en 1967, Lefebvre le partage ex aequo avec Allan King pour Warrendale. Cette année-là, le prix est remis par nul autre que Jean Renoir lui-même.

Et pourquoi la fin d’un si beau festival ? En 1968, tout devient trop politique et le climat plus radical qui s’installe affecte l’organisation du festival. Pour certains l’intérêt est passé ailleurs, comme Rock Demers qui se tourne maintenant vers la distribution et la production. Pour d’autres le festival a fait son temps. Quoiqu’il en soit, pour la direction il n’est pas question que le FIFM devienne un événement politique ou militant.

Le Festival international du film de Montréal aura eu un rôle considérable dans l’affirmation du cinéma québécois. Dans la foulée, une institution importante allait d’ailleurs naître : la Cinémathèque québécoise en 1963. Des noms importants du FIFM allaient y être associés comme Guy L. Côté et Robert Daudelin…

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Mercredi 02 juin

20 h 30 Salle Claude-Jutra

Mankind
Réal. : Stan VanDerBeek [États-Unis, 1967, 1 min., 35 mm., SD]
Illustration du vieillissement de l’homme à l’aide d’un montage d’images formant une mosaïque de l’existence humaine. Par le grand maître d’underground américain, Stan VarDerBeek.

suivi de

La Vieille Dame indigne
Réal. : René Allio [France, 1965, 94 min., 35 mm., VOF]
Adaptée d’une nouvelle de Brecht, l’histoire d’une veuve qui fait l’expérience de la liberté. « Le propos du film est, en fait, la petite morale de la vie octogénaire qui accède à l’objectivité. Et c’est très scandaleux d’être objectif. » (R. Allio, 1965)
EN PRÉSENCE DE PIERRE JUNEAU

Vendredi 04 juin

16 h 00 Salle Claude-Jutra

The Health of Man
Réal. : Pavel Prochazka [Tchécoslovquie, 1967, 1 min., 35 mm., SD]
Grâce aux miracles de la médecine, un homme mal en point est remis sur pied grâce à une équipe de médecins dévoués. Ceux-ci ne s’attendent pas à ce que leur travail donne ce résultat...

suivi de

Intimate Lighting (Intimni osvetleni)
Réal. : Ivan Passer [Tchécoslovaquie, 1966, 72 min., 35 mm., VOSTA]
Petr est soliste violoncelliste à Prague. Il vient donner un concert dans la ville de province où son ancien camarade Bambas, directeur d’une école de musique, l’a invité pour compléter l’orchestre local. Petr est accompagné de sa jeune amie. Bambas les accueille tous deux dans sa maison, où il vit avec sa femme, ses enfants et… ses beaux-parents. Le film fait la chronique de leur vie quotidienne. « Éclairage intime est un film sur les gens ordinaires, qui montre leurs problèmes, la vie courante qu’on le veuille tous ou non. » (I. Passer)

Samedi 05 juin

17 h 00 Salle Claude-Jutra

A Usual Event
Réal. : Andrzej Szczygeil [Pologne, 1967, 1 min., 35 mm., SD]
Pamphlet antimilitariste reposant sur un saisissant montage alterné d’images d’un défilé militaire et de pierres tombales.

suivi de

Bandits of Orgosolo (Banditi a Orgosolo)
Réal. : Vittorio De Seta [Italie, 1960, 94 min., 35 mm., VOSTA]
Un berger compromis par des bandits est soupçonné de vol et de meurtre. En fuite, ruiné, il devient bandit à son tour. Lion d’or à Venise : le documentaire mis en scène, ou quand la fiction rencontre le cinéma direct. « Banditi a Orgosolo est un film d’un réalisme et d’une violence contenue, un film d’où se dégage un lyrisme qui naît de la réalité même. » (André Pâquet, 1964)

Dimanche 06 juin

17 h 00 Salle Claude-Jutra

My Son
Réal. : L. Popov [URSS, 1967, 1 min., 35 mm., SD]
Une femme seule pleure la cruelle disparition de son fils.

suivi de

La Passagère (Pasazerka)
Réal. : Andrzej Munk [Pologne, 1961-1963, 61 min., 35 mm. CinémaScope, VOSTF]
Quelques années après la guerre, une ancienne responsable du camp d’Auschwitz croit reconnaître une de ses prisonnières. Tout un passé ressurgit. Le film posthume de Munk. « Un très beau, un très grand film, et un film moderne dans toute l’acception du terme [...]. Avec ce qui est sans doute son unique chef-d’œuvre, Munk a donné au cinéma polonais son premier grand film moderne. » (Michèle Favreau, 1965)

suivi de

Description d’un combat
Réal. : Chris Marker [France et Israël, 1960, 56 min., 16 mm., VOF]
Étude de l’expérience israélienne et l’atmosphère de l’époque heureuse de ses débuts. Ours d’or au Festival de Berlin en 1960. « Le cinéaste des « petits » signes imperceptibles de la « grande » histoire, a filmé Israël en 1960 [...] Israël, alors, n’avait que 13 ans, et comme tout enfant aux yeux des adultes, elle incarnait un moment d’avenir en attente. Un combat prochain. Ainsi Israël, nous dit Marker, est une création fabulée de tout temps par sa propre histoire — ce qui comprend son futur. » (Mathieu Bédard, 2009)

19 h 00 Salle Claude-Jutra

Valse minute
Réal. : Wojciech Has [Pologne, 1967, 1 min., 35 mm., SD]
Dans un grand stade sportif, un pianiste interprète la Valse minute de Chopin le plus rapidement possible de façon à respecter la contrainte de 50 secondes fixée par le concours Terre des hommes.

suivi de

Le Manuscrit trouvé à Saragosse (Rekopis znaleziony w Saragossie)
Réal. : Wojciech Has [Pologne, 1965, 125 min., 35 mm., VOSTF]
Si l’on peut aujourd’hui parler d’une école polonaise de cinéma, W. Has en est responsable au même titre que Munk, Wajda et Polanski. Avec ce film, le côté fantastique du roman de Jean Potocki était cependant l’occasion rêvée pour Has de se mesurer à un délire capable d’épuiser l’imagination le plus téméraire. Assisté dans son entreprise par son acteur Zbigniew Cybulski, le cinéaste, avec son Manuscrit trouvé à Saragosse, nous donne l’œuvre la plus étonnante de sa carrière.

Mercredi 09 juin

20 h 30 Salle Claude-Jutra

Trouble-fête
Réal. : Pierre Patry [Québec, 1964, 80 min., 35 mm., VOF]
Face à des éducateurs obtus, un étudiant d’un collège classique veut transformer son milieu. Il affronte directement les autorités et organise des activités qui doivent changer les choses. « Trouble-fête est un film charnière entre la production commerciale des années 1943-1955, dont il reprend la facture hollywoodienne, les ressorts (mélo) dramatiques, le culte des héros humiliés, défaits, et les réalisations à venir où l’attention portée aux convulsions qui agitent la société québécoise s’alliera à un esprit contestataire, voire provocateur. » (Michel Houle et Alain Julien, 1978)

suivi de

The Hutterites
Réal. : Colin Low [Canada, 1964, 20 min., 16 mm., VOA]
Les Hutterites sont les membres d’une secte religieuse qui s’est regroupée dans quelques villages de l’Ouest canadien. Colin Low, l’auteur de Corral et de City of Gold, en a tracé un portrait.

Jeudi 10 juin

16 h 00 Salle Claude-Jutra

The Entertainer
Réal. : Clement Baptista [Inde, 1967, 1 min., 35 mm., SD]
Des enfants assistent à un spectacle de marionnettes traditionnelles en Inde donné par un amuseur.

suivi de

Le Cerf-volant du bout du monde
Réal. : Roger Pigaut [France-Chine, 1958, 76 min., 16 mm., VOF]
Des enfants découvrent à Paris, un étrange cerf-volant qui les entraîne dans une aventure merveilleuse, jusqu’en Chine. « L’histoire, sans prétentions idéologiques, exalte l’esprit d’entreprise et l’amitié. L’aventure y est à mi-chemin entre le rêve et la réalité et l’opérateur, Henri Alekan, a composé de très belles images en couleur, de Paris et de Pékin. » (Jacques Siclier, 1973)
PRÉSENTÉ PAR ROCK DEMERS

20 h 30 Salle Claude-Jutra

Opus 1
Réal. : James A. Drake et Philip Terranova [Etats-Unis, 1967, 1 min., 16 mm., SD]
Film de montage donnant une vision kaléïdoscopique, voire psychédélique, d’une grande cité américaine.

suivi de

Changer de vie (Mudar de vida)
Réal. : Paulo Rocha [Portugal, 1966, 93 min., 16 mm., VOSTF]
Pendant le service militaire d’un jeune homme en Afrique, une femme épouse le frère de ce dernier, pêcheur comme lui. À son retour, l’homme porte sa passion amoureuse vers une autre femme. « J’ai toujours recherché un style ne relevant pas de l’esthétique du choc, un style qui ne se fasse pas remarquer en tant que tel. C’est plutôt dans le récit que je risque de désorienter ceux qui ne sont pas habitués à cette recherche s’adressant à une sensibilité neuve. » (Paulo Rocha, 1966)

Vendredi 11 juin

16 h 00 Salle Claude-Jutra

Othello ’67
Réal. : Fedor Hitruk [URSS, 1967, 1 min., 35 mm., SD]
Dans une société du futur, un automobiliste atteignant un poste de péage dépose une pièce de monnaie dans une machine, ce qui lui donne droit de voir une version accélérée de la pièce Othello de Shakespeare.

suivi de

Le Déjeuner sur l’herbe
Jean Renoir [France, 1959, 93 min., 35 mm., VOF]
Les vacances sont le lieu parfois de douces folies, comme le découvre le scientifique un peu trop sérieux joué par Paul Meurisse. « Tout se passe comme si Renoir, agacé ou effrayé par le caractère sinistre d’une civilisation technocratique et de sa conception uniforme du bonheur, avait voulu, par la réaction saine et vigoureuse d’une fantaisie proche de la farce, redonner du goût à la saveur de la vie et aux charmes de l’existence. On ne s’étonnera pas que sous le couvert plaisant du divertissement se cache une réflexion des plus sérieuses. » (Jean Douchet, 1971)

Samedi 12 juin

17 h 00 Salle Claude-Jutra

Perspectives
Réal. : Pramod Pati [Inde, 1967, 1 min., 35 mm., SD]
Alors qu’un avion, symbolisant la société moderne, traverse le ciel, une jeune fille tente d’enseigner l’écriture à une vieille femme analphabète.

suivi de

Le Monde d’Apu (Apur Sansar)
Réal. : Satyajit Ray [Inde, 1959, 105 min., 35 mm., VOSTF]
Calcutta, 1930 : le jeune Apu doit renoncer à ses études et trouver du travail. Jugé comme trop qualifié, on ne lui offre dans un premier temps que des travaux ingrats, lui permettant surtout de se consacrer à l’écriture de son autobiographie. Mais il finit par épouser Aparna qui décède en mettant au monde leur enfant. Apu ne pourra s’en remettre, et décide de se séparer de l’enfant. « Il est étonnant de constater avec quelle économie de moyens Satyajit Ray réussit à rendre attachants ses personnages et, par exemple, celui d’Aparna, dont la vie est si brève dans le récit et la mort si déchirante pour le spectateur. Les secrets de l’art de Ray sont plus simples à énumérer qu’à utiliser : la contemplation, l’attention passionnée aux êtres, la lenteur du rythme [...] et un recours très habile et quasi invisible mais idéalement adaptés à l’effet particulier qu’ils veulent produire. » (Jacques Lourcelles, 1992)

21 h 00 Salle Claude-Jutra

La Femme des dunes (Suna no onna)
Réal. : Hiroshi Teshigahara [Japon, 1964, 123 min., 16 mm., VOSTF]
Un entomologiste égaré est descendu dans un trou et ne peut plus en sortir. Là vit déjà une femme dont le travail consiste à pelleter du sable. Sans aucun dialogues, le film - programmé pour la sixième édition du Festival International du Film de Montréal - faisait découvrir un grand cinéaste japonais : il prit ensuite l’affiche du Ouimetoscope de Michael Custom à Montréal pendant plusieurs mois. « [...] Une fable fantastique gorgée d’érotisme et de poésie " brute ". » (Claude Beylie, 1964)

Dimanche 13 juin

19 h 00 Salle Claude-Jutra

A Soldier’s Prayer (Ningen no joken)
Réal. : Masaki Kobayashi [Japon, 1959, 188 min., 35 mm., VOSTA]
Après les horreurs de la guerre, l’ingénieur connaît une réalité guère moins tragique lorsque, ayant été fait prisonnier, il est envoyé dans un camp. « Le moment le plus fort des sept festivals des années 1960. »
PRÉSENTÉ PAR CLAUDE BLOUIN

Mercredi 16 juin

18 h 30 Salle Claude-Jutra

Avec Buster Keaton (Buster Keaton Rides Again)
Réal. : John Spotton [Québec, 1965, 55 min., 16 mm., VOSTF]
Documentaire tourné en même temps que The Railrodder. Durant les heures de détente, Keaton se laisse aller au plus charmant des naturels, invente des gags et s’en délecte, joue de la guitare et reçoit des amis. Sa femme Eleanor et un narrateur évoquent les principales étapes de sa carrière. Un document unique qui fait voir Buster Keaton au travail dans ce qui allait être l’un de ses derniers films.

suivi de

Chantal en vrac
Réal. : Jacques Leduc [Québec, 1967, 50 min., 35 mm., VOF]
Un film fort mal accueilli par la critique en 1967 : l’un des plus mauvais jamais produits par l’ONF selon Gilles Marsolais, ennuyeux pour le spectateur selon Luc Perreault. « Les réactions hautement féroces face à certains films où le public s’est vu, s’est reconnu, mais n’a pas aimé se voir si franchement, est tout à fait sain. Chantal en vrac est un exemple patent de ce phénomène. Le film de Leduc est un pied au c... à la jeunesse contemporaine du Québec. Le film était résolument orienté contre ceux qui sont toujours satisfaits des compromis, des demi-mesures. » (André Pâquet, 1967)

20 h 30 Salle Claude-Jutra

Stravinsky
Réal. : Wolf Koenig, Roman Kroitor [Canada, 1965, 50 min., 16mm., VOA]
Koenig et Kroitor, artisans du cinéma direct, ont voulu s’approcher d’Igor Stravinski. Nous voyons au quotidien, à la fin de sa vie illustre, celui qui a fait bifurquer le cours de l’histoire de la musique occidentale en 1913 avec la première de son ballet « sonoclaste » Le Sacre du Printemps. Ce film est aussi important pour l’histoire du cinéma, d’un point de vue technique du moins. Durant le tournage de ce film, ponctué de longs moments d’ennui sur le pont d’un paquebot de croisière, le preneur de son Marcel Carrière a bricolé l’un des premiers modèles de micro sans fil, libérant le cinéma direct de plusieurs contraintes de tournage.

suivi de

On sait où entrer, Tony, mais c’est les notes !
Réal. : Claude Fournier [Québec, 1965, 30 min., 35 mm., VOF]
Documentaire indépendant faisant le portrait du chanteur et animateur Tony Roman, vedette incontestée du yé-yé québécois. Autour de lui s’agite une partie de la colonie artistique de l’époque, Jenny Rock, Michèle Richard. Marthe Fleurant, Dany Aumont ou Les sœurs Gallant. C’est l’une d’elles d’ailleurs, lors d’un enregistrement en studio, qui s’écrie : « On sait où entrer, Tony, mais c’est les notes ! » Du cinéma direct indépendant, produit et réalisé par Claude Fournier qui venait de quitter l’ONF.

Jeudi 17 juin

16 h 00 Salle Claude-Jutra

Il Posto
Réal. : Ermanno Olmi [Italie, 1961, 123 min., 35 mm., VF]
Domenico vient tout juste de trouver un emploi d’aide-huissier et fait la rencontre de la jeune Antonietta qui travaille au même endroit, mais préfère fréquenter des garçons plus bruyants. Domenico mène alors entre quatre murs une vie d’employé de bureau des plus monotones. « Il Posto, par touches légères et délicates, est le complément du Procès d’Orson Welles. C’est l’envers modeste et humain de l’obsession fracassante et métaphysique des temps actuels. C’est Kafka à notre portée. C’est un film admirable. » (Henri Gault, 1963)
PRÉSENTÉ PAR ROCK DEMERS

18 h 30 Salle Claude-Jutra

Le Baron de Crac (Baron Prasil)
Réal. : Karel Zeman [Tchécoslovaquie, 1961, 82 min., 35 mm., VOSTF]
Les folles aventures du baron de Crac (alias Munchausen) ! Karel Zeman a tourné le film en noir et blanc puis l’a fait colorer au laboratoire en imprimant des plages de couleur sur le négatif. Les couleurs sont utilisées parcimonieusement, pour leur valeur symbolique, dans le but d’accroître l’impact dramatique et l’intensité poétique. Un fort lien de parenté esthétique unit ce film excentrique à celui de Terry Gilliam, réalisé une trentaine d’années plus tard.
PRÉSENTÉ PAR ROCK DEMERS

20 h 30 Salle Claude-Jutra

Hallelujah les collines (Hallelujah the Hills)
Réal. : Adolfas Mekas [États-Unis, 1962, 81 min., 35 mm., VOSTF]
Les aventures loufoques de deux jeunes hommes amoureux de la même fille, en vacances d’hiver dans le Vermont. Le cinéma indépendant américain des années 1960 dans toute sa liberté, son côté anarchique et sa poésie puérile. « L’art est ici moins de l’acrobatie qu’un don prodigieux pour l’évocation et la mascarade [...] À travers tout cela, une volonté de ne rien prendre au sérieux et de trouver un gag pour chaque objet qui tombe sous la main. » (Michel Patenaude, 1963)
PRÉSENTÉ PAR ROCK DEMERS

Vendredi 18 juin

16 h 00 Salle Claude-Jutra

Quatre heures du matin (Four in the Morning)
Réal. : Anthony Simmons [Royaume-Uni, 1965, 93 min., 35 mm., VOSTF]
Deux histoires d’amour étrangement liées par la présence arbitraire d’un cadavre. Ce film a souvent été associé au Free Cinema britannique... Pourtant, « Simmons a réalisé là une œuvre singulière qui n’entre dans aucune catégorie du cinéma anglais et ne se rattache réellement à aucun mouvement. » (J. Belmans)

18 h 30 Salle Claude-Jutra

L’ Ange exterminateur (El Ángel exterminador)
Réal. : Luis Buñuel [Mexique, 1962, 93 min., 16 mm., VOSTF]
« Je me suis toujours senti attiré, dans la vie comme dans mes films, par les choses qui se répètent. Je ne sais pas pourquoi, je ne cherche pas à l’expliquer. On compte au moins une dizaine de répétitions dans L’Ange exterminateur. On y voit par exemple deux hommes que l’on présente l’un à l’autre et qui se serrent la main en disant : " Enchanté ". Un instant plus tard ils se rencontrent et se présentent de nouveau l’un à l’autre comme s’ils ne se connaissaient pas. Une troisième fois enfin ils se saluent très chaleureusement comme deux amis de longue date [...] » (L. Buñuel, 1982)

20 h 30 Salle Claude-Jutra

Bonnie et Clyde (Bonnie and Clyde)
Réal. : Arthur Penn [États-Unis, 1967, 112 min., 35 mm., VOSTF]
Deux jeunes gangsters des années 1930 vivent et tuent comme en rêve. Ils se déplacent perpétuellement à travers les États-Unis, toujours en fuite, jusqu’à ce qu’ils tombent dans le piège tendu. Le film avait été présenté en première mondiale au FIFM en 1967. « Plutôt que de coller à la fuite en avant de ces deux amants magnifiques, Penn examine la mutation d’une passion privée (celle que peut contracter tout un chacune) en liaison mythique : de petits braqueurs nécessiteux, Bonnie Parker et Clyde Barrow se font Robin des Bois. » (Libération, 1986)
PRÉSENTÉ PAR ROCK DEMERS

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Bonnie et Clyde (Bonnie and Clyde) d’Arthur Penn (1967)

Notes

[1L’incontournable en matière d’histoire de la censure au Québec demeure Yves Lever qui s’intéresse à ces questions de très près, notamment dans Anastasie ou la censure du cinéma au Québec et le Dictionnaire de la censure au Québec : littérature et cinéma.

[2Sur l’atmosphère d’étouffement et d’interdit qui pèse en ce temps-là sur les jeunes, Lefebvre raconte dans son livre Sage comme une image (p. 44) « Physiquement et psychologiquement captifs à l’intérieur de notre cloche de verre, et vivant exclusivement « entre hommes face à Dieu », nous constituions, comme on aimait nous le répéter, « la pâte à pétrir pour devenir le pain de l’avenir ». Mon éducation, […] fut ainsi partagée entre l’interdit d’imaginer et la contemplation stricte des modèles reconnus. Jean-Baptiste dira dans Le jour « S » : « La pire chose qu’on puisse nous faire, c’est de nous empêcher de rêver » ; et Claire d’ajouter : « Ou de nous forcer à rêver à la même chose. »

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