Hors Champ

mai / juin 2019

Le Banquier

Du pain et des jeux

par Pierre Barrette
9 avril 2009

Parmi les transformations récentes de la télévision de genre, l’une des plus remarquables regarde la manière dont les jeux ont évolué dans une direction inédite. Alors qu’encore récemment, ces derniers s’affichaient globalement comme le parent pauvre du petit écran, bouche-trous peu onéreux confinés aux cases horaires familiales de fin de journée (c’est encore le cas d’émissions comme Le Cercle (TVA) ou L’union fait la force (SRC)), certains jeux télévisés ont fait leur niche depuis peu parmi les gros joueurs de la programmation des chaînes généralistes, affichant leurs couleurs criardes et leurs animateurs-trices vedettes en plein prime time, étalant sans autre nuance des budgets dignes de coûteuses émissions de variétés. Ainsi, Radio-Canada, présente chaque vendredi soir son Paquet Voleur animé par Véronique Cloutier et le samedi, en lieu et place de la défunte Soirée du Hockey, Patrice L’écuyer propose Le moment de vérité. Mais c’est Le Banquier, à TVA, avec son million et demi de téléspectateurs chaque dimanche soir, qui fait figure de véritable phénomène des ondes. Et celui-ci mérite d’autant plus qu’on s’y attarde qu’il est tout à fait représentatif, croyons-nous, de ce qui se joue désormais – dans tous les sens du terme ! – dans ce qui semble être l’un des derniers genres « grand public » de la télévision.

Une émission dont vous êtes le héros

Les jeux existent depuis les débuts de la télévision, qui en a emprunté l’idée à la radio. La Poule aux œufs d’or, À la seconde, Le travail à la chaîne font désormais partie de la petite histoire de la télévision québécoise. Les moins jeunes s’en souviendront, ces émissions furent toutes en leur temps parmi les plus populaires. À cette époque, pour « passer à tv », comme le veut l’expression consacrée, les perspectives offertes au téléspectateur se résumaient à quelques exceptions près à ce type de programmes : c’est là, sur le plateau d’un Roger Baulu mi-cynique, mi-badin que Monsieur et Madame tout-le-monde vivaient leur quart d’heure de gloire – qui vu d’aujourd’hui ressemblerait plutôt à 15 minutes d’embarras – en tentant de répondre à des questions d’un niveau le plus souvent élémentaire. D’autres émissions de jeux – par exemple Tous pour un - misaient au contraire sur les connaissances exceptionnelles d’une poignée de candidats triés sur le volet. Encore aujourd’hui, une très grande majorité de jeux appartiennent à l’une ou l’autre de ces catégories, l’idée étant d’un côté de faire ressortir l’aspect commun, voir banal, des prétendants– telle La classe de cinquième ou L’union fait la force avec leurs questions tirées du programme du primaire), et de l’autre de mettre en relief la valeur remarquable du candidat par rapport au commun des mortels. À n’en pas douter, c’est la bonne vieille dialectique du quidam et de la star qui opère depuis toujours dans les jeux télévisés, souvent au sein d’une même émission : c’est le cas par exemple lorsque l’on convoque sur le même plateau des représentants de ces deux catégories de « citoyens » (Le Travail à la chaîne, Pyramide, L’union fait la force) ou encore lorsqu’un « défi exceptionnel » est lancé à des « gens ordinaires » (par exemple dans Le moment de vérité).

Le concept de jeu qui est la base du Banquier n’exige en soi aucun talent particulier et pourrait avantageusement être pratiqué par un gamin de 8 ans. Le participant choisit au départ une valise parmi les vingt-six offertes. Il doit ensuite ouvrir six valises avant de recevoir la première offre du banquier. S’il refuse l’offre, il doit ouvrir cinq autres valises et ainsi de suite jusqu’au moment où il accepte –souvent par dépit, et parce que la perspective de repartir bredouille paraît de plus en plus tangible - l’offre du Banquier. Seul un calcul - bien hypothétique - du risque et l’appât du gain motivent ses choix, aidé en cela par sa famille et ses amis réunis sur le plateau pour le « conseiller » ; ni la mémoire, ni la culture générale ni quelque obscure « bosse » des mathématiques n’aideront le candidat à quitter l’émission plus riche. Ce dernier n’est pas pour autant le premier venu, choisi aléatoirement sans autre considération : les qualités qu’on semble rechercher chez lui relèvent en fait d’une synthèse pour le moins originale des catégories du quidam et de la star. D’une part, il ou elle doit avoir toutes les apparences de « l’ordinarité » : femme de ménage, mère de famille, pompier, étudiant désargenté défilent ainsi sur le plateau de l’émission, et cette vedette d’un soir doit à tout prix exhiber les signes immédiatement reconnaissables du spectateur lambda qui n’est pas à sa place sous les feux de la rampe, au milieu du strass et des paillettes.

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Sous ses dehors d’homme ou de femme du commun, le candidat doit tout à la fois se révéler capable d’assurer une présence dynamique à l’écran.

Mais sous ses dehors d’homme ou de femme du commun, le candidat doit tout à la fois se révéler capable d’assurer une présence dynamique à l’écran, ce qu’il accomplit habituellement en exhibant un aspect de sa personne qui malgré tout le distingue, fait en sorte qu’il paraît malgré tout compétent dans le contexte télévisuel. C’est ainsi qu’on voit un tel arriver « costumé » en joueur de Football, une telle insister lourdement sur son origine chicoutimienne, celui-ci, sourd et muet, se présenter en compagnie de son interprète alors que cette autre encore fait rire toute la salle en affirmant haut et fort être venue au Banquier dans le but se payer… une nouvelle paire de seins. Ni Star ni spectateur Lambda à proprement parler, le type de concurrent choisi pour participer au Banquier – et le processus de sélection est extrêmement serré, le ratio entre aspirants et élus pouvant aller jusqu’à 3500 pour 1 – semble en ce sens s’inspirer du modèle de la téléréalité : un individu ordinaire mais télégénique, un monsieur ou madame tout-le-monde dont la personne, propice à favoriser l’identification, se singularise grâce à sa personnalité ou à un aspect de sa vie qui sans être exceptionnelle justifie en quelque sorte sa sélection. L’ambivalence concernant le statut du candidat, entretenue et reportée d’épisode en épisode, constitue comme on le sait une caractéristique de la télévision contemporaine ; mais dans Le Banquier tout particulièrement, elle devient la pierre d’assise d’une tension entre les espaces de la production et de la réception, mise en scène sous la forme d’un simulacre de compétition qui illustre très bien croyons-nous les enjeux très larges de cette ambivalence structurelle propre à la télévision d’aujourd’hui dans son ensemble.

David affronte Goliath

Le Banquier du titre n’est pas seulement là pour faire image : il est représenté dans l’émission par une personne en chair et en os, un acteur dont on n’apercevra jamais que la silhouette haut perchée, visible en contre-jour dans ce qui semble être un « bureau » dont l’emplacement rappelle singulièrement la position stratégique qu’adoptait jadis le patron dans son usine ou sa manufacture, en surplomb des employés qu’il pouvait ainsi mieux surveiller sans être lui-même visible. Son statut dans le cours du jeu est toujours très clairement énoncé : il incarne le boss radin et sans grands scrupules, dont l’objectif avoué est de se débarrasser du candidat moyennant la somme la plus basse possible. Il représente ainsi une espèce de « grand manitou », un meneur de jeu que son anonymat permet spontanément d’associer à celui qu’on désigne dans le langage courant comme le gars des vues : une entité abstraite et pourtant bien réelle, appelé en quelque sorte à donner corps à l’institution. Dans l’univers de la télévision que l’émission met en scène, il est la concrétisation du pouvoir de l’establishment contre lequel le candidat devra se battre – mais qui paradoxalement est aussi celui qui donne sa chance au coureur, celui qui respecte les règles du contrat et le cas échéant fera de ce dernier un coureur heureux…

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Le monde du Banquier en est un de paillettes et de glamour.

D’autres éléments de mise de scène et de décor contribuent dans Le Banquier à cet effet de démarcation entre d’une part l’univers du maître de jeu et d’autre part celui du concurrent. Le monde du Banquier en est un de paillettes et de glamour, représenté sur le plateau par une abondance de détails clinquants mais surtout par celles et ceux qu’on appelle - dans la version québécoise du moins – les beautés : 25 mannequins responsables chacun d’une des valises et dont le rôle se limite, le moment venu, à ouvrir cette dernière en s’exclamant de joie ou en grimaçant, dépendant du montant dévoilé. Mais aussi souriants et sympathiques soient ces hérauts pepsodents, leur arrivée en groupe et fortement cadencée en début d’émission confère sans contredit un petit air militaire au groupe, qui révèle ainsi sa véritable identité ; les beautés sont en fait les soldats du Banquier, une petite armée de mercenaires siliconées dont le sourire capé et les vêtements ajustés ne trompent personne quant à leur allégeance fondamentale : ils appartiennent d’emblée au monde de la télévision, dont ils incarnent cette sorte de perfection un peu factice qui en souligne l’aspect intouchable. De l’autre côté du studio se trouve le concurrent, qui n’est pas isolé pour autant : le public du studio l’enveloppe littéralement, et on a fait s’avancer sur les bords du plancher de jeu trois personnes, qui sont des amis ou des membre de sa famille. Le rôle de ces derniers, à partir d’un point jugé critique dans l’émission (en fait toujours le même de semaine en semaine), est de conseiller le candidat sur ses choix, de l’aider à prendre une décision éclairée, si possible en mettant en relief certaines caractéristiques de sa personnalité. Entre ces deux mondes que tout distingue se trouve l’animateur-trice, véritable médiateur puisqu’il appartient d’emblée par sa position à la fois au monde du banquier (c’est lui qui a le privilège de recevoir ses offres sur le téléphone du plateau) et à celui du concurrent, puisque une bonne partie de l’animation vise à alimenter la sympathie générale pour ce dernier. À comparer entre eux les animateurs des différentes versions de l’émission (notamment Julie Snyder et Howie Mandel, de la mouture états-unienne), on comprend l’importance qui est accordée dans le concept du jeu au fait de trouver un animateur à la personnalité bienveillante, quelqu’un qui saura incarner le Glamour du plateau (les robes de Julie, les complets très « classe » d’Howie) tout en restant très proche (notamment en multipliant les contacts physiques) du candidat.

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Le concurrent assume à l’écran une fonction bien précise : celle de représenter l’ensemble du public, de donner un visage au téléspectateur anonyme et à son désir d’accéder, ne fût-ce que symboliquement, à l’univers du plateau de télévision.

Il est donc clair que plusieurs éléments dans Le Banquier rappellent un combat à la David et Goliath : d’un côté l’implacable pouvoir du maître du jeu, assisté dans son travail par une armée de clones tous plus parfaits les uns que les autres ; de l’autre un candidat qui n’a pour lui que sa personnalité et quelques proches pour l’épauler, qui sont en fait d’un bien maigre secours. On remarquera au passage tout ce que cette mise en scène doit à la téléréalité ; jadis les concurrents des jeux, même les plus talentueux, même les plus exceptionnels, restaient des « anonymes » dont on n’apprenait pas grand-chose, sinon le métier ou encore quelque indice sur l’origine de leur mystérieux savoir. Ici au contraire, alors même qu’aucun don particulier n’est requis, on insiste lourdement sur tous les détails qui permettent d’asseoir l’identité du concurrent : sa vie privée, ses occupations aussi bien professionnelles que récréatives, ses rêves et ses projets sont abondamment abordés ; on le présente même entouré de son cercle relationnel immédiat, comme quoi il existe aussi comme membre d’une famille, d’un groupe, d’un réseau qui le « déborde ». Beaucoup d’énergie est déployée en réalité pour que le concurrent assume à l’écran une fonction bien précise, une fonction par ailleurs essentielle dans plusieurs émissions de téléréalité : celle de représenter l’ensemble du public, de donner un visage au téléspectateur anonyme et à son désir d’accéder, ne fût-ce que symboliquement, à l’univers du plateau de télévision [1].

Le capitaliste en bon père de famille

Qu’on me permette pour terminer quelques spéculations intempestives concernant le discours social implicite contenu dans Le Banquier et les liens qu’on pourrait être tenté de faire avec le contexte de production québécois de l’émission. Commençons par nous poser la question suivante : dans l’imaginaire populaire que prolonge cette émission de jeu familiale, que recouvre en fait l’idée de Banquier ? Il me semble pour ma part que c’est le personnage de Scrooge qui vient tout de suite à l’esprit, cette incarnation typique dans la culture américaine de l’homme d’affaire véreux et sans morale - et dont l’actualité des derniers mois est loin d’avoir amélioré l’image. Deal or no Deal et ses différentes versions internationales, sans aller aussi loin, présentent un Banquier effectivement dur en affaire, un personnage qui travaille avant tout à protéger ses propres intérêts – dont on peut facilement imaginer qu’ils sont ceux de la station (ou du réseau) qui produit l’émission- , mais qui en bout de course se montre bon joueur et toujours prêt à payer les concurrents méritants. Dans ce contexte, la lutte inégale entre d’une part un citoyen lambda et d’autre part l’institution – fut-elle symboliquement celle du monde de la finance ou concrètement celle de la télévision - n’est pas sans évoquer l’image somme toute assez traditionnelle du capitalisme et de la lutte des classes telle que le marxisme l’a instituée : d’un côté, l’institution froide et sans visage du grand Capital, de l’autre, l’individu ordinaire – le prolétaire - qu’on a pris le plus grand soin à ancrer dans son milieu, à présenter comme une personne à part entière avec ses rêves, ses problèmes et ses projets. Sont donc présentés comme isomomorphiques – sur le plan du jeu, bien entendu – le rapport entre les classes d’un côté, et de l’autre ceux qu’entretiennent les spectateurs ordinaires avec le monde largement inaccessible de la télévision. Pour utiliser les termes de Bourdieu, l’enjeu ici ne se situe pas uniquement sur le plan du capital économique (gagner le plus d’argent possible), mais concerne tout autant l’acquisition d’une sorte particulière de capital symbolique, qui se mesure au niveau de télégénie du concurrent (gagner la sympathie du plus grand nombre).

Ainsi, et comme c’est le cas de tous les jeux télévisés – The price is Right par exemple récompense la part du consommateur dans le concurrent, celle qui connaît le prix des objets de consommation courante, et renvoie conséquemment à une idée de la société totalement asservie par le régime publicitaire – Le Banquier nous parle du monde dans lequel nous vivons, et d’une manière encore plus spécifique qu’on pourrait le penser. En effet, la version québécoise n’offre pas comme seule particularité la présence parmi les beautés de quelques mannequins masculins, question d’afficher un égalitarisme de bon ton ; bien plus significative semble en effet l’utilisation récurrente de la marque Vidéotron et de son logo, notamment sur le téléphone utilisé par Julie Snyder pour communiquer avec le Banquier lui-même, mais aussi lorsque des cadeaux sont offerts en prime au candidat (et qui sont souvent des produits ou services de Vidéotron). Cette signature d’entreprise est moins innocente qu’il n’y paraît, puisque au-delà de l’identification du réseau porteur, c’est vers l’empire Quebecor qu’elle pointe, et donc pour une majorité de Québécois vers son PDG, Pierre-Karl Péladeau. Quand on sait (et qui ne le sait pas ?) que l’animatrice de l’émission est la conjointe du Magnat en question, les rapprochements possibles entre ce dernier et le personnage du Banquier sont quasiment automatiques. À travers cette simple opération de médiation dont le programme sert de savante mise en scène, l’évocation froide et calculatrice de l’homme d’affaire s’humanise, elle se paternalise en quelque sorte, et c’est toute l’image de l’Empire qui s’en trouve améliorée, le grand Capital étant tout à coup assimilé à une entreprise qui distribue généreusement ses avoirs au Prolétaire Méritant.

On connaissait déjà trop bien le principe de la convergence, qui permet à une entreprise d’utiliser ses différents médias comme des agents de marketing croisé ; avec Le Banquier, c’est le principe même du jeu et sa mise en forme qui deviennent les formidables instruments d’une auto-publicité dont l’objet n’est pas tant les divers contenu-médias de l’entreprise que la logique économique qui en sert les intérêts.

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L’animatrice Julie Snyder, quelqu’un qui saura incarner le Glamour du plateau tout en restant très proche du candidat.

Notes

[1On ne s’étonnera pas en ce sens que TVA ait présenté au début de l’hiver un Spécial Gagnant du Banquier dans lequel une « équipe de reportage » (sic) s’intéressait au sort de quelques-uns des candidats chanceux de l’émission. Il s’agit ni plus ni moins du prolongement -sous forme de conclusion heureuse- d’un processus amorcé dans le cadre du je et qui a toutes les caractéristiques d’un récit.

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