Hors Champ

juillet/août 2017

La consommation rapide de l’Histoire par la fiction

LA CULTURE DU FAUX

par Nicolas Renaud
janvier 2006

Lire aussi les 1er et 3e textes de cette série : Les imitateurs et Les reconstitutions


« … Je me déclare satisfait de révéler maladroitement peut-être de petits éclats de réalité, que je ne transforme pas en idoles et auxquels on n’élèvera pas de monuments. Et pour cause. On ne vénère jamais que le mythe. Mais à cause de cette lunette fabuleuse qui agrandit la mémoire, j’ai cru que l’homme s’intéresserait au monde qui l’entoure. Je me suis grossièrement trompé… » [1] -Pierre Perrault

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Les reconstitutions dramatiques d’événements réels semblent former une vague en croissance depuis quelques années, au grand écran et particulièrement au petit. Des épisodes historiques, des drames personnels, mais surtout des « personnalités » et leurs carrières déjà médiatisées - politiques, artistiques, sportives… - sont sans cesse réifiés dans des téléséries ou des longs métrages.

Nous ne parlons pas ici de la reconstitution historique en général, de ce fabuleux pouvoir du cinéma de se situer n’importe où dans le temps, faisant vivre en détail une époque que nous n’avons jamais connue ou imaginant un monde futur. Aussi toute histoire doit bien se situer dans un contexte, que rien ne force au présent, pour parler du présent comme du passé. Mais il y a, plus spécifiquement, une tendance de recréation d’un passé récent, de mise en fiction d’événements et de personnes réels qui, la plupart du temps, ont déjà une existence publique dans les images. On laisse, en fait, le terrain de la « reconstitution » à proprement parler, qui s’attarderait à un certain réalisme, de même que celui de « l’évocation », qui sans s’attacher absolument au réalisme, ranime l’esprit d’une époque donnée par certains choix esthétiques. Les termes « dramatisation » (et « re-enactment » en anglais) et « personnification » semblent mieux convenir à cette conversion rapide de la réalité (de l’actualité) en fiction.

Un téléfilm sur « l’aventure amoureuse » du Prince Charles et de Camilla était en chantier dès l’annonce de leur mariage. Moins d’un mois après l’exécution de Stanley « Tookie » Williams par l’État de la Californie (le 13 décembre 2005), on vient de diffuser un téléfilm sur son histoire.

Aussi, plus un personnage public est connu, familier, et qu’on regarde un acteur tenter de reproduire ses gestes, ses expressions, sa posture, plus nous sommes alors simplement en face d’une « imitation », dont la frontière est toujours fragile avec la « caricature ».

Au Québec : P.E. Trudeau, René Lévesque, Michel Chartrand, Maurice Richard, Félix Leclerc, Alys Robi… Ailleurs : Ray Charles, Muhammed Ali, Johnny Cash, etc.

Si on questionne cette tendance, on ne veut pas pour autant désavouer la fiction, au profit du documentaire, comme forme apte à éclairer la réalité. La reconstitution fictive peut réellement ouvrir sur des aspects de la réalité qui sont inaccessibles au documentaire.

La qualité et la pertinence d’une œuvre historique ne dépendent pas nécessairement du réalisme de ses images. Une œuvre de fiction, grâce au travail de recherche qu’elle a pu nécessiter, peut même avoir une certaine valeur documentaire (le JFK d’Oliver Stone en serait un exemple probant). C’est le cas pour un téléfilm récemment diffusé sur le réseau CTV, One Dead Indian, une reconstitution intelligente et captivante de la mort d’un amérindien en 1996, en Ontario, alors que la police provinciale a ouvert le feu sur des manifestants non armés. Une enquête est toujours en cours, ce film venant donc jouer un rôle significatif sur la place publique.

De toute façon, l’intérêt du sujet ne garantit nullement la qualité du film, en fiction comme en documentaire. Il suffit de regarder tout l’éventail des approches, des différences de qualité et des créneaux de production (de la mini série au film d’art et d’essai) pour le personnage historique sans doute le plus personnifié à l’écran : Hitler.

Si la série sur Félix Leclerc est minable, ce n’est pas au départ parce que c’est de la fiction. Par contre, on conviendra qu’un montage d’images d’archives sur Félix Leclerc ne pourrait jamais être aussi mauvais, et que la « dramatisation » du réel (dans ce cas-ci, c’était en fait une « lyricisation » douteuse) est toujours bien plus proche de franchir le pas vers la caricature, le faux et le kitsch. L’image de la réalité, quant à elle, cinématographique (documentaire) ou médiatique, possède déjà sa propre valeur historique, sa dramaturgie et son sens latent ou explicite.

Sans rejeter la légitimité de la fiction pour représenter des personnes réelles et connues publiquement, ou des événements marquants et documentés, il reste qu’on peut parfois se questionner sur l’intérêt de réincarner dans l’artifice des sujets déjà largement immortalisés dans les images. Car pourquoi, en fait, voudrait-on voir Muhammed Ali ou Maurice Richard sous les traits d’un comédien, alors qu’il existe des centaines d’heures d’images où nous les voyons, eux, en « vrai », avec leur façon unique de briller dans leur sport, la détermination et la passion sur leur visage, tout ce qui a fait leur grandeur ? Mais il semble que le public et la critique, s’ils s’intéressent aux vrais combats de boxe et aux vraies parties de hockey, s’extasient encore plus devant leur mise en scène, sous le vernis des effets et du style en vogue, et que s’ils feignent s’intéresser à la véritable personnalité de l’homme, c’est pour mieux discuter du jeu de personnification et de dramatisation du comédien.

Y a-t-il vraiment une meilleure façon de connaître Félix Leclerc et son œuvre que d’écouter ses chansons ou de le voir les interpréter lui-même dans les images d’archives ? Même chose pour une grande figure politique comme René Lévesque. Et n’est-ce pas justement parce que nous l’avons vu dans tant d’images documentaires et télévisuelles, qu’il est si familier et qu’on juge alors de la justesse du jeu du comédien dans la télésérie ? Depuis leur mort, au moins trois acteurs québécois ont incarné Lévesque et au moins trois acteurs canadiens et québécois ont incarné Trudeau. Ces diverses séries rappellent les grands chapitres de l’histoire politique écrite par ces hommes, mais ce registre de gestes et de mimiques de l’acteur-imitateur, cette emphase sur le maquillage (par exemple le front dégarni comme celui de Lévesque), ces ressorts narratifs du drame télévisuel : tout ceci est bien loin de l’histoire.

On aurait d’ailleurs bien du mal à évaluer la valeur historique de la plupart de ces films et séries télévisées, mais les producteurs à succès pigent à pleines mains dans l’histoire, pour les cotes d’écoute et le box office. Peu importe qu’un film sur Trudeau, Lévesque ou Maurice Richard soit bon ou mauvais, qu’il ranime avec justesse ou non une époque, qu’il fasse comprendre quoi que ce soit à une société sur elle-même, les gens iront le voir. Du reste, il y a bien sûr une distance difficile à franchir entre une certaine véracité du réel reconstitué, un certain sens de l’histoire, et les impératifs de production d’images rapidement consommables et rentables.

Cette tendance, en fait, poursuit simplement le vieil attrait du film « basé sur un fait vécu », qui auparavant appartenait surtout au téléfilm mélodramatique sur des drames familiaux et des affaires judiciaires, mais s’étend maintenant jusqu’aux figures mythiques d’une nation.

Ces brèves réflexions n’impliquent pas nécessairement un jugement critique sur les œuvres, mais visent plutôt une sorte de dimension inconsciente de la culture, où la réalité est vite transformée en fiction, où l’image de l’imitateur peut se substituer sans résistance à l’image de la vraie personne, où les codes dramatiques et stylistiques de la fiction peuvent fasciner davantage que l’éclat du réel et la substance de l’histoire. Si on ne renie pas l’intérêt du cinéma de fiction pour la représentation de l’histoire, on peut se demander par contre si cette vague de reconstitution d’un passé déjà présent dans le patrimoine audiovisuel n’exprime pas quant à elle un certain rejet du documentaire. On a l’impression que c’est à partir du moment qu’il y a un long métrage de fiction ou une mini série sur un sujet ou une personne qu’on entend dire « il y a un film sur… ». Si l’on demandait aux gens, surtout aux générations qui les ont moins connus, de citer des discours ou nommer des épisodes importants de la vie et de la carrière de Lévesque ou de Trudeau, sans doute qu’une majorité de répondants se réfèreraient davantage aux mini séries dramatiques qu’aux documentaires de l’ONF ou de la télévision.

La Crise d’octobre 70

Une mini série sur les événements d’octobre 1970 au Québec est en cours de production. Il y eut pourtant, au cours des 35 dernières années, quelques excellents documentaires traitant du sujet sous différents aspects, et deux longs métrages de fiction : Les ordres, de Michel Brault, un film important dans l’histoire du cinéma québécois, reposant aussi sur une certaine dimension documentaire, et Octobre, de Pierre Falardeau, qui s’attardait surtout au contexte dramatique des actions du FLQ et de la mort de leur otage Pierre Laporte.

Wayne Grisby est l’auteur des mini séries sur Trudeau. En 1970, il était à Montréal, où il couvrait la crise comme journaliste. Il recrée maintenant les événements en tournant cette nouvelle série à… Halifax.

L’acteur Patrick Labbé disait, en entrevue, avoir beaucoup appris grâce à ce tournage. Il a ajouté : « Ce que je souhaite, c’est que la série soit présentée dans les classes d’histoire pour que les enfants en sachent plus au sujet de la Crise d’octobre. »

Mais si l’on veut montrer dans les cours d’histoire un film sur la Crise d’octobre, ne pourrait-on pas aussi choisir, par exemple, l’excellent documentaire de Robin Spry (Les événements d’octobre 1970, ONF, 1974), au lieu d’une télésérie avec l’acteur connu pour ses pubs de beignes et de soupe au poulet ?

Johnny Cash

Lors de sa mort, la musique de Johnny Cash a tourné sur les radios pendant toute une journée. Lors de la sortie du film sur sa vie, les chansons de Cash chantées par l’acteur qui l’incarne (Joaquin Phoenix fait d’ailleurs un bon travail) ont occupé les ondes pendant plus d’une semaine pour la promotion du film.

Le marché des histoires

La reconstitution d’une vie à l’écran n’est pas toujours sans friction avec la réalité et avec la famille du personnage.

La famille de Maurice Richard s’était offusquée de la somme ridicule offerte par les producteurs du film pour l’accès à toutes les archives du légendaire hockeyeur.

Les enfants de Félix Leclerc ont dénoncé publiquement la facture grossière et bâclée de la mini série (mais étais-ce parce qu’on avait bien payé la famille que tous y avaient consenti au départ, ou parce qu’ils croyaient vraiment à l’intérêt d’une fiction télévisuelle sur le poète ?).

Scène plutôt triste, venant servir la promotion enthousiaste de Ma vie en cinémascope. Lors de l’avant-première, Alys Robi, chanteuse populaire déchue au terme d’une vie tourmentée, regarde le film de sa vie, à demi sénile, pour déclarer aux médias (au plaisir des producteurs) : « ça s’est passé comme ça ». Les chansons qu’elle a popularisées tournent sans cesse à la radio, non ses enregistrements à elle, mais la version chantée par l’actrice du film. Le cachet qu’elle a reçu pour l’histoire de sa vie équivalait-il au salaire de l’actrice ?

Malgré toutes les protestations, le film américain Karla sortira bientôt sur les écrans canadiens. C’est l’histoire de la psychopathe Karla Homolka, et de son compagnon Paul Bernardo, qui avaient torturé, violé et tué des adolescentes en Ontario. Homolka est maintenant libre et vraisemblablement, la production du film a été calculée pour coïncider avec le bruit médiatique de cette libération. Le producteur affirme qu’il était strictement clair au début du projet que le film ne devait pas sombrer dans le sensationnalisme. Mais quel était au départ l’intérêt de reconstituer une histoire aussi sordide et médiatisée, sinon la rentabilité probable du sensationnalisme ? Les familles des victimes s’opposent vivement au film. Le Premier Ministre de l’Ontario a appelé ses concitoyens à le boycotter. L’été dernier, les commanditaires ont forcé le Festival des films du monde de Montréal, qui espérait y trouver une bonne affaire, à annuler la présentation du film qui avait été prévue à la dernière minute. C’est le signe, au moins, que toute réalité ne passe pas si facilement sur l’écran lucratif de la fiction. Enfin, l’avocat des familles des victimes a visionné le film et déclaré qu’il ne s’y opposait pas.

Dans Éloge de l’amour, de Godard, il y a une scène où des producteurs d’Hollywood viennent en France pour acheter à un couple âgé l’histoire de leur expérience dramatique durant la Deuxième Guerre mondiale. « Nous ne nous intéressons pas à l’Histoire », disent-ils en arrivant, à un homme qui commente les origines de leur rutilante voiture.

La préhistoire

Il y a toujours une dose de ridicule dans cette nouvelle mode de grands documentaires scientifiques qui recréent la vie des premiers humains, avec des acteurs nus, savamment salis et poilus, qui déambulent en grognant, communiquent, rient, s’effraient… Quelque chose indispose et ennuie dans cette façon de dire à grands frais : « c’était comme ça ». On a le sentiment vague que simplement les artefacts archéologiques, avec un commentaire approprié, suffisent à la représentation de nos origines et à leur part de mystère.

Les coulisses

L’objectif de la fiction par rapport à l’histoire, surtout dans les téléséries, n’est pas tant d’aider à mieux comprendre, mais d’en faire « voir » plus. À côté de la reconstitution des faits connus, on cherche à voir ce qu’on n’avait pas vu sur la place publique, on porte un regard dans les coulisses, dans l’intimité. C’est là, au fond, que ces fictions veulent susciter l’intérêt. C’est Trudeau qui se fait faire une pipe dans la dernière série à son sujet…

Qu’était censé nous apporter sur l’homme et ses films l’absurde et prétentieux projet d’un film sur Chaplin (de Richard Attenborough) ? Puisque tout Chaplin est là, comme acteur et auteur, dans ses propres films. Un personnage qui ne peut justement être « interprété » par un acteur, lequel se retrouve alors à tenter de l’« imiter », et rejoue toutes les péripéties de ses conquêtes amoureuses et de sa vie mondaine comme si cela était pertinent à l’héritage de son œuvre.

Regarder le film de sa vie

Un téléfilm de série B sur la vie et la carrière de la jeune chanteuse country Shania Twain était diffusé récemment. On peut l’imaginer en train de regarder une actrice, qui lui ressemble un peu, rejouer les épisodes de sa vie jusqu’à aujourd’hui. Les célébrités auront peut-être un jour un acteur attitré, qui vieillit en même temps qu’eux et résume ce qui leur arrive dans un film simultané de leur vie.

Dans un autre téléfilm du même ordre de qualité, on reconstituait les événements tragiques de la vie d’une vedette du football canadien, son épreuve et celle de sa famille alors qu’un accident lui a complètement fait perdre la mémoire. Il a aujourd’hui réappris à vivre, s’est réinséré dans la société et sa famille, et peut regarder un acteur moyen, surjouant chaque note émotive, revivre des moments de sa vie dont il n’a aucun souvenir.

L’avenir de l’Histoire au Québec

Sur les grands personnages et les événements marquants, on ne se limite pas forcément à un film ou une série. Il peut y en avoir deux, trois, quatre… Nous en verrons sûrement une grande quantité remplir nos écrans dans les années à venir. Ainsi une nouvelle télésérie sur René Lévesque, tournée simultanément dans les deux langues, sera diffusée en 2006. Il est cette fois-ci, curieusement, incarné par Emmanuel Bilodeau, ce qui décevra les chroniqueurs du show-business qui ne pourront parler d’une si grande ressemblance entre l’acteur et l’homme politique.

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Fait significatif, sans doute bien particulier à la culture québécoise, la série s’intitule « René ». Il fallait bien que « Lévesque » devienne « René », arraché à son socle historique pour devenir un personnage du même registre et aussi familier que ceux des téléromans, avec qui il doit partager désormais, pour la postérité, le même cadre narratif et stylistique. L’épouse de Lévesque sera incarnée par une actrice bien connue au Québec, Pascale Bussières, et on se doute alors que « la vie de couple » du Premier Ministre sera un aspect des « coulisses » que les auteurs ont décidé d’explorer plus en détails.

Du côté du Canada anglais, au lieu d’un documentaire, on vient de produire aussi une série sur Tommy Douglas, père de la gauche au Canada, premier chef néo-démocrate et instigateur du programme d’accès universel au système de santé.

On peut s’inquiéter pour l’avenir, quand la représentation des plus grandes figures culturelles et politiques d’une nation passe entièrement dans le champ des dramatiques télévisuelles et du cinéma populaire, quand tout peut être rapidement et indéfiniment reconstitué, tel Elvis livré à ses imitateurs, l’Europe ré-assemblée par morceaux à Las Vegas. Quelle sera la suite ? Produira-t-on des téléséries fictives reconstituant les référendums, la tuerie de la polytechnique, la Crise d’Oka, l’attentat du caporal Lortie… ? Fera-t-on revivre tous les grands joueurs de l’histoire des Canadiens de Montréal sous les traits des acteurs de l’heure ? Un téléfilm sur la carrière de Sol ? Et, quand il ne sera plus parmi nous, dans un avenir lointain nous l’espérons, le grand poète Gilles Vigneault sera-t-il ressuscité par un acteur sur qui on travaillera méticuleusement la couronne de cheveux blancs, dans un scénario à l’eau de rose qui pourra rendre sa poésie consommable en quelques épisodes ? Tout ceci est en effet à craindre, ou du moins on vient malheureusement de donner quelques idées aux producteurs québécois en mal d’histoires, de réalité et de cotes d’écoute.


* Photo de l’en-tête : Le poète-chanteur Félix Leclerc et son "double", le chanteur-acteur Daniel Lavoie.

Notes

[1Pierre Perrault, CINÉASTE DE LA PAROLE, Entretiens avec Paul Warren. Éditions de l’Hexagone, 1996, p. 150.

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