Hors Champ

septembre/octobre 2017

SOKOUROV : LES VOIX SOLITAIRES

par André Habib, Donato Totaro
30 octobre 2005

À 54 ans (âge auquel mourut Andreï Tarkovski), le cinéaste russe Alexandre Sokourov a déjà réalisé plus de 40 films, de la forme brève (les dix minutes du Rêve d’un soldat) à la forme épique (les presque six heures des Voix spirituelles). Ces œuvres en ont fait l’un des cinéastes les plus « avant-gardistes » (bien qu’il répudie ce terme) de sa génération, sinon de tout le cinéma contemporain.

Arrimant la technologie cinématographique à une vision et une voix des plus personnelles, il incarne plus que quiconque le credo esthétique de Tarkovski selon lequel « le cinéma est un art sérieux et difficile, lourd de sacrifices » (cité dans Élégie de Moscou). Avec ses éclairages impressionnistes, ses rythmes lancinants, sa mise en scène sophistiquée et ses riches architectures sonores, Sokourov pourrait sans conteste être considéré comme l’un, sinon le plus rigoureux des cinéastes actuels tant en documentaire qu’en fiction. D’ailleurs, l’un des aspects les plus originaux de son œuvre est sans doute l’extraordinaire souplesse avec laquelle il brouille, en se déplaçant de l’une à l’autre, les catégories souvent étanches du documentaire et de la fiction, du récit historique et de la poésie.

S’il fallait dégager un thème dominant de son œuvre, nous dirions qu’elle se présente comme une vaste recherche sur la solitude humaine et sur les formes qu’il faut sculpter dans le temps pour arriver à l’exprimer. Cela se vérifie dès son premier long métrage, La Voix solitaire de l’homme (1978), proposé en guise de film de fin d’études, mais refusé et banni jusqu’en 1987. Solitude géographique : celle du médecin russe du Jour de l’éclipse, isolé dans les plaines du Turkménistan, ou celle de soldats déboussolés traînant leurs jours à la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan (Voix spirituelles) ; solitude de l’histoire : celle des derniers jours de grands personnages politiques (Hitler, Lénine, Hirohito), retranchés et impuissants, que rejoue sa trilogie magistrale (Moloch, Taurus, The Sun) ; solitude de la douleur : celle du fils, transi de stupeur, revenu dans son village pour enterrer son père (The Second Circle), ou pour s’occuper de sa mère mourante dans le sublime Mère et fils. Dans Confessions, son documentaire poétique sur la vie des marins en mer de Barents, le capitaine du navire, solitaire et assis à rédiger son journal (autre figure récurrente dans ses films), exprime une pensée qui témoigne sans doute du peu d’intérêt que le cinéaste porte aux effets de mode (artistiques, politiques et sociales) de son époque : « Je dois continuer à lire des gros volumes écrits par des vieux » (et on se rappellera que Pages cachées est une libre adaptation de Crime et Châtiment de Dostoïevski). Le capitaine, animé du désir romantique de préserver la grande tradition de l’art et de la littérature de la Russie (il essaie de mémoriser toute l’œuvre de Tchekhov), rejoint sur bien des points le projet « conservateur » de l’Arche russe. Tourné en numérique, ce plan-séquence « flottant » de 90 minutes dans le musée de l’Ermitage tente de repriser en une « robe sans couture » les splendeurs d’un monde disparu (celui des tsars) sous lesquelles il faut entendre l’inquiétant vrombissement du moteur de l’histoire.

Sokourov s’est autant intéressé à des gens ordinaires (une paysanne russe dans Maria - Élégie paysanne, une Japonaise vivant dans un village en montagne dans Une vie humble), qu’à des personnages historiques (Boris Eltsine dans Élégie soviétique, Alexandre Soljenitsyne dans Dialogues avec Soljenitsyne), parcourant avec la même constance, la même gravité mélancolique, des images d’archives du début du siècle (Élégie de Russie), les couloirs d’une galerie, les figures d’un tableau (Hubert Robert - Une vie fortunée, Élégie de la traversée). S’il a pu dire, à propos de l’un de ses films, qu’il « rencontrera le public, à condition que le public cherche à le trouver… », c’est que ses sons et ses images, tissées de rêves et de cauchemars, s’offrent à nous, au final, comme des partitions du temps, dont chaque spectateur est invité à devenir le solitaire interprète.


Du 15 octobre au 9 décembre, à la Cinémathèque québécoise.

Cette rétrospective est présentée en collaboration avec le Festival du nouveau cinéma de Montréal.


Programme :

Salle Claude-Jutra

Samedi 15 octobre 2005 - 17 h 00

La Voix solitaire de l’homme (Odinokij golos celoveka)

Tatyana Gerjacheva, Andrei Gradov

[URSS, 1978-1987, 90 min, s.-t. f.]

Les relations tortueuses entre un jeune vétéran, marqué par le chaos et les horreurs de la guerre civile, et une jeune femme peu orthodoxe. Interdit en URSS pendant dix ans, ce premier long métrage de Sokourov est inspiré de deux récits d’Andrei Platonov. " Ce film est un essai de jeunesse. [...] L’homme sait déjà exactement ce qu’il veut : filmer la mort - ou plutôt : son approche -, construire chaque scène comme un dispositif préparatoire, confronter le corps de ses acteurs à leur disparition, faire un cinéma de l’acte final. " (Olivier Joyard, 1998) Repris le samedi 22, 21 h.

samedi 15 octobre 2005 - 19 h 00

Indifférence affligeante (Skorbnoe bescuvstvie)

Ramaz Chkhikvadze, Alla Osipenko, Vladimir Zamanski

[URSS, 1983-1987, 110 min, s.-t. f.]

L’espoir d’une nouvelle ère spirituelle et un sens accru de l’histoire permettront-ils d’éviter la destruction totale qu’engendrerait une troisième guerre mondiale ? Fantaisie sur l’absurdité de la guerre, ce film est une adaptation libre de Heartbeak House, une pièce de George B. Shaw. " Toute motivation morale vient de la littérature. L’art du cinéma est tellement compliqué que seul l’exemple de l’écrivain peut aider dans l’estimation des problèmes moraux. Il y a beaucoup de choses que la caméra ne peut pas filmer. " (A. Sokourov, 1998)

samedi 15 octobre 2005 - 21 h 00

Le Jour de l’éclipse (Dni Zatmenia)

Alexei Ananishnov, Irina Sokolova

[URSS, 1988, 133 min, s.-t. f.]

Un jeune médecin se rend en Asie centrale pour y exercer sa profession. Dans un milieu où règnent la crainte et la haine, il se retrouve aux prises avec la solitude et la mort. " Mais ce surnaturel poème en prose que constitue Le Jour de l’éclipse peut également être vu sous l’angle de la métaphore ; une traduction fantasmatique d’un dysfonctionnement socio-politique : l’impossibilité d’un impérialisme russe. Le film a été tourné en 1987, deux ans avant la dislocation de l’URSS. " (Vincent Ostria, 1998)

dimanche 16 octobre 2005 - 19 h 00

Sauve et protège (Spasi i sokhrani)

Cécile Zervudacki

[URSS, 1989, 167 min, s.-t. f.]

Dans cette adaptation libre de Madame Bovary, parabole sur le fardeau de la passion humaine et les lois du destin, Sokourov s’intéresse à l’éternel combat entre le corps et l’âme. " Privilégiant le motif expressionniste et une esthétique de la contemplation, Sokourov en véritable démiurge préside à la rencontre affective des espaces mentaux et topographiques. Sa caméra saisit dans un même mouvement pulsionnel et organique l’individu, le personnage, l’acteur (Cécile Zervudacki, stupéfiante d’instinct), dans son rapport à la nature, à la création et à Dieu. " (Gérard Grugeau, 1990)

dimanche 16 octobre 2005 - 17 h 00

The Second Circle (Krug vtoroy)

Pyotr Aleksandrov, Nadezhda Rodnova, Tamara Timofeyeva

[URSS, 1990, 92 min, s.-t. a.]

Traversant les steppes de Sibérie, un jeune homme se rend dans un village pour organiser les funérailles de son père. " Car The Second Circle peut se lire comme une métaphore actuelle de l’ex-URSS, vieil empire éclaté au bord de la catatonie qui n’en finit pas d’enterrer son passé et qui, dans son impuissance face aux morts, révèle en quelque sorte l’usure de sa foi en la vie. Au coeur de ce continent qui a été selon lui "l’instrument de sa propre misère", Sokourov affirme néanmoins sa foi en l’homme et en l’universalité des rapports humains " (Gérard Grugeau, 1992)

dimanche 16 octobre 2005 - 17 h 00

The Sun (Solnze)

Issey Ogata, Robert Dawson, Kaori Momoi

[Rus.-It.-Fr.-Suis., 2005, 110 min]

Le 15 août 1945 au Japon, l’Empereur Hirohito exhorte l’armée et son peuple à mettre fin aux hostilités ; sauvant des millions de vies par son attitude, Hirohito donne une leçon d’humanité et d’Histoire. " Toujours dans le cadre d’une esthétique filmique magnifique dont s’échappent quelques saillies violentes et irréelles, [...] Sokourov parfait son expertise obsessionnelle du pouvoir qui façonne et détermine les hommes. Se livrant particulièrement dans « Solnze » à une exceptionnelle émotion, il produit une fois encore du très grand Art. " (Olivier Bombarda, 2005)

mercredi 19 octobre 2005 - 20 h 30

Pages cachées (Tikhiye stranitsy)

Aleksandr Tscherednik, Elisaveta Koroleva, Sergeï Barkovski

[Rus.-All., 1993, 77 min, sans dial.]

Dans un port, une prostituée prévient un homme que la police a retrouvé un cadavre. Évoquant les clairs-obscurs de Rembrandt, Sokourov crée un univers d’images associatives d’où émanent dramaturgie et puissance d’évocation. " Les plans sont des tableaux qui changent, se défont, comme minés de l’intérieur, pour devenir autre chose, à la fois indécis et évidents, terribles et fantomatiques, jamais vus et immédiatiement familiers - c’est ce qui fait le prix de Pages cachées : jamais l’expérimental ne paraît forcé, lointain, jamais l’admiration n’empêche l’intimité. " (Erwan Higuinen, 1998)

jeudi 20 octobre 2005 - 18 h 30

Mère et fils (Mat i syn)

Gudrun Geyer, Alexei Ananishnov

[Rus.-All., 1997, 79 min, s.-t. f.]

Vivant seul avec sa mère malade qui va bientôt mourir, un homme persiste à mener une existence normale. " L’art de Sokourov est clairement de jadis. Mais cette pensée réactionnaire, pensée du retour et de la nosatlgie, produit pourtant un art de pure avant-garde. [...] L’espace, qui est une des questions majeures de Mère et fils, est totalement refondu, recréé, recomposé. Ce n’est pas seulement qu’il n’y a pas de profondeur de champ, c’est surtout qu’il n’y a plus guère de profondeur du tout, que le monde est à deux dimensions. " (Stéphane Bouquet, 1997)

jeudi 20 octobre 2005 - 20 h 30

Moloch

Leonid Mosgovol, Elena Rufanova, Leonid Sokol

[Rus.-All., 1999, 102 min, s.-t. f.]

Une journée de 1942 dans la forteresse de Berchtesgarten, dans les Alpes bavaroises. Les rapports complexes qu’elle entretient avec un homme incapable d’une véritable intimité auront rendu Eva Braun aussi volcanique que son bien-aimé Adolph. Premier opus de la tétralogie historique de Sokourov sur le mystère du pouvoir. " Moloch peut sembler un film fragile parce qu’il répond par la délicatesse à la monstruosité de son sujet. Il le traite sur le mode de l’intime et, se déplaçant sur ce terrain, défend somptueusement les couleurs de l’art. " (Claire Devarrieux, 1999)

vendredi 21 octobre 2005 - 18 h 30

Taurus (Telez)

Leonid Mosgovol, Maria Kouznetsova, Sergei Razhuk

[Rus., 2000, 90 min, s.-t. a.]

Entre la chronique médicale et la déchéance politique de Lénine, Taurus dresse en deux temps le tableau de la Russie des années 1920. " Le fanatisme idéologique, la conquête politique, le crime, la dévastation, tout cela est déjà loin pour cette conscience qui se brouille. Sokourov traite cette matière historique en arrière-plan, avec une critique allusive mais extraordinairement cinglante du régime. Mais au premier plan, Taurus montre, sans irrespect, un homme qui meurt. Inutile d’enfoncer ce tyran qui s’enfonce lui-même dans la nuit. " (Marie-Noëlle Tranchant, 2001)

vendredi 21 octobre 2005 - 20 h 30

L’Arche russe (Russki kovcheg)

Sergei Dreiden, Maria Kuznetsova, Leonid Mozgovoy

[Rus.-All.-É.-U., 2002, 96 min, s.-t. f.]

Un réalisateur invisible se retrouve en plein coeur du 18e siècle au Musée de l’Ermitage, accompagné d’un diplomate français. Déambulant dans les salles du musée, il voit se déployer un immense tableau vivant en mouvement où trois siècles de l’histoire russe se téléscopent et se chevauchent. " Si le cinéma est une machine à conserver du temps, alors rien ne saurait davantage se prêter à cette définition que le film de Sokourov. D’abord parce qu’il y est question d’histoire, celle de la Russie des tsars, ensuite parce que le film tout entier vise à mettre en conserve sa propre durée de tournage. " (Jean-François Rauger, 2002)

samedi 22 octobre 2005 - 17 h 00

Father and Son (Otets i syn)

Andrei Shetinin, Alexei Nejmushev, Alexander Rasbash

[Rus., 2003, 84 min, s.-t. a.]

L’ombre d’une séparation bouleverse la relation symbiotique d’un père, qui doit s’exiler pour trouver du travail, et son fils qui entre dans la vie militaire. " L’essentiel est ailleurs [que dans la narration]. Dans la peau, dans le grain, dans le toucher et la distance, dans la lutte et dans la grâce, dans le soleil qui sanctifie les toits, dans la voix lointaine qui murmure, dans le visage angélique d’une femme qui s’absente, dans toute cette mythologie d’extase, de don et de souffrance en vertu de laquelle l’image, en Occident chrétien, est appelée à nous sauver. " (Jacques Mandelbaum, 2004)

Documentaires

mercredi 26 octobre 2005 - 19 h 00

Sonata for Viola. Dmitri Shostakovitch (Al’tovaya sonata. Dmitri Shostakovitch)

[URSS, 1981, 80 min, s.-t. a]

Prenant la relève de Semion Aranovitch qui initia le film, Sokourov en fait un requiem tragique pour un musicien dont le travail se heurta à l’idéologie officielle. " C’est un film sur le triomphe d’un art puissant et sur la défaite d’un homme affaibli, croulant sous le poids de son talent. La vie de Chostakovitch, qui traverse les moments-clés de la vie sociale de la Russie Soviétique, devient le fondement d’une réflexion sur le tragique destin de l’artiste, solitaire mais jamais en retrait de son temps ni de sa patrie. " (Alexandra Tuchinskaya)

jeudi 27 octobre 2005 - 19 h 00

Élégie simple (Prostaya elegia)

[Rus., 1990, 20 min, sans dial.]

Montage d’images tournées en Lithuanie en 1990, lors du blocus économique de la république balte par Moscou qui refusait de reconnaître sa déclaration d’indépendance. Deux héros : le peuple lithuanien et son président. " Ce nouveau chef de l’État lithuanien est une figure séduisante. Landsbergis est un historien de la culture et de le musique. Il a reçu une éducation classique. Chaque pays devrait peut-être rechercher à avoir à sa tête quelqu’un avec une telle éducation. Nous n’avions aucune intention politique en faisant ce film, que des intentions artistiques... " (A. Sokourov)

ET

Élégie soviétique (Sovetskaya elegia)

[URSS, 1989, 40 min, s.-t. f.]

Cette Élégie, Sokourov la consacre à Boris Eltsine, chez lui à Sverdlovsk. " Bien qu’il ait accédé au pouvoir de façon conventionnelle, sa personnalité atypique en fait un homme hors de l’ordinaire, ce qui, à mon avis, pourrait bien être déterminé par sa nature humaine singulière. [Elstine] évolue à l’intérieur du cadre tragique de la vie socialiste soviétique. Il est le protagoniste d’un drame dont il est également l’un des auteurs. " (A. Sokourov)

ET

Sacrifice du soir (Zhertva vecherniaia)

[URSS, 1984-1987, 20 min, sans dial.]

Dédié à Elem Klimov, ce film fut tourné en trois heures lors des festivités officielles de la fête du 1er mai, un des grands rituels de l’ère soviétique. " Né dans un grand moment d’excitation, il a été conçu au départ comme un reportage sur la célébration du 1er mai et a acquis seulement après une dimension artistique. " (A. Sokurov)

vendredi 28 octobre 2005 - 19 h 00

Elegy (Elegia)

[URSS, 1985-1986, 30 min, s.-t. a.]

C’est en hommage au plus célèbre chanteur russe Fiodor Shaliapin, que Sokourov réalise sa première Élégie. " Il utilise le destin de Shaliapin, son nom, son "Élégie" comme des faits de la vie et de la culture russe, comme point de référence sur son échelle de valeur. Dans le film, la famille, les enfants, la maison sont une part importante de l’Histoire. Toutes ces photos touchantes et souvenirs ne sont pas que des éléments de la vie privée, mais s’avèrent également d’importants liens historiques et culturels. " (Alexandra Tuchinskaya)

ET

Élégie de Moscou (Moskovskaya Elegia)

[URSS, 1986-1987, 88 min, s.-t. f.]

Élégie créée à l’origine pour le 50e anniversaire d’Andrei Tarkovski, mais terminée après la mort du réalisateur. " Le film est une perception subjective du grand cinéaste et de son destin, contextualisé dans l’Histoire. Notre volonté était d’approcher de façon humaniste la mémoire et la personnalité de Tarkovski. [...] Nous ne cherchions pas à toucher à tous les aspects de sa vie et de son oeuvre. Nous ne voulions que parler de l’héritage qu’il a légué à sa patrie, et aussi de ce qui s’était passé à l’Ouest, là où il avait été contraint de continuer à travailler. " (A. Sokourov)

mercredi 02 novembre 2005 - 19 h 00

Maria - Élégie paysanne

[URSS, 1988, 41 min., s.-t. f.]

Un requiem en deux chapitres dédié à la paysanne Maria Semionova, qui, toute sa vie, cultiva le lin. La première partie, pastorale, est colorée et montre les travaux des champs, des vacances en Crimée... La seconde partie, triste et élégiaque, en noir et blanc, a été filmée neuf ans après, et raconte la fin de la vie de Maria. « Plutôt que de présenter les clichés attendus de la propagande [sur la vie rurale en Russie], Sokourov crée un portrait artistique. Bien qu’au premier abord, tout semble régulier et fonctionnel, les scènes pastorales finissent par montrer une tragédie, à la fois pour l’individu et pour le public. » (Alexandra Tuchiskaya)

ET

Elegy from Russia (Elegia iz Rossii)

[Rus., 1992, 68 min, s.-t. a.]

Un corps à l’agonie, ou plutôt des mains et une voix émanant d’une gorge mourante. Des portraits de femmes et d’hommes âgés, proches de leur dernière heure, dans des intérieurs qui évoquent la Russie des villes de la Volga du début du siècle, la Russie du jeune Maxime Gorki, mythique et éternelle... " Ces images et ces sons se muent en des métaphores poétiques qui transforment Elegy from Russia en un document qui construit, pour tous ceux qui voient ce film, une banque-mémoire historico-émotionnelle. " (Alexandra Tuchinskaya)

jeudi 03 novembre 2005 - 19 h 00

Le Rêve d’un soldat (Soladtski son)

[Rus., 1995, 11 min, sans dial.]

" Ce petit film, [bref épisode des Voix spirituelles], a été créé comme une sorte de cadeau pour le critique de cinéma et historien Hans Schlegel, qui a tant fait pour moi et pour tant d’autres cinéastes d’Europe de l’Est. " (A. Sokourov)

ET

And Nothing More (I nichego bol’she)

[URSS, 1982-87, 70 min, s.-t. a.]

À partir d’images d’archives de la Deuxième Guerre mondiale tournées par des cameramen de guerre, Sokourov construit une méditation contemporaine sur le destin de la civilisation d’après-guerre, sur le sens à donner aux pertes de vie humaine, et sur l’espoir incertain de construire une unité mondiale pour contrer les forces du mal. Commandé par la télévision nationale soviétique, le film, parce qu’il ne répondait pas aux besoins de propagande, fut oublié jusqu’à la perestroika.

vendredi 04 novembre 2005 - 19 h 00

Les Voix spirituelles (Dukhovnye golosa) (épisodes 1 à 3)

[Rus., 1995, 158 min, s.-t. f.]

Entre l’été et le Nouvel An, ce " journal de guerre " suit des soldats russes installés à un poste-frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan. Sokourov pose ici un regard patient et douloureux sur la camaraderie, la peur, l’ordinaire de la guerre, et sculpte, dans le temps de l’attente, une méditation sur la frontière, le passage entre la vie et la mort, l’appartenance à la terre, la solitude de l’histoire. Suite le ??, 19 h.

mercredi 09 novembre 2005 - 19 h 00

Les Voix spirituelles (Dukhovnye golosa) (épisodes 4 et 5)

[Russie, 1995, 169 min, s.-t. f.]

" Partant de l’idée que je me suis faite de mon pays natal, la Russie est une terre en guerre permanente, et les gens y sont formés pour être toujours prêts à partir à la guerre. [...] La Russie n’est pas imaginable pour moi sans ces convulsions de la guerre, sans ce tremblement militaire. " (A. Sokourov).

jeudi 10 novembre 2005 - 19 h 00

Oriental Elegy (Vostochnaya elegia)

[Rus., 1996, 45 min, s.-t.a.]

" Quand l’image d’une petite ville japonaise sur une île dans le brouillard m’est apparue comme par magie d’une main humaine, je ne me suis même pas demandé de quelle ville il s’agissait, ni dans quel pays elle se trouvait. J’ai essayé de traduire le sentiment de tristesse à l’écran. Élégie Orientale est une tentative de trouver la source même de l’Image, une tentative de chercher au-delà de la peinture, au-delà de la littérature. " (A. Sokourov)

ET

Dolce (Dolce, nezhno)

[Rus., 1999, 61 min, s.-t. f.]

Le monologue lyrique d’une femme, épouse d’un ancien kamikaze, l’écrivain japonais Toshio Shimao. Ayant elle aussi échappé à la mort, elle s’est retirée dans l’île de son enfance, accompagnée de sa fille handicapée. " Les événements dramatiques de la vie et de l’oeuvre de l’écrivain tracent une histoire qui révèle la quintessence des réflexions de Sokourov sur le Japon et les Japonais. [...] Le cinéaste dévoile d’une manière impressionniste les contours d’un souvenir, les contrastes des sentiments et les nuances d’une psyché. " (A. Tuchinskaya)

mercredi 23 novembre 2005 - 19 h 00

The Diary of St.Petersburg - Inauguration of the Monument to Dostoyevsky (Peterburgki dnevnik. Otkrytie pamiatnika Dostoevskomu)

[Rus., 1997, 50 min, s.-t. a.]

Sokourov a construit le cycle documentaire Journal Petersbourgeois comme une célébration de la vie culturelle de Saint-Petersbourg. Dans ce premier opus, le jour de l’inauguration d’un monument à Dostoïevski, il investit le square Vladimirski, à proximité duquel l’écrivain a vécu. " [Dostoïevski], dont la philosophie sociale fut rejetée il n’y a pas si longtemps par l’idéologie officielle de l’URSS, est désormais un symbole de la conscience civique, et l’inauguration de son monument doit être interprétée comme un évènement historique. " (A. Tuchinskaya)

ET

The Diary of St.Petersburg - The Kosintsev Flat (Peterburgki dnevnik. Kvartira Kosintseva)

[Rus., 1998, 45 min, s.-t. a.]

La vie professionnelle de Grigory Kozintsev fut entièrement vouée aux Studios Lenfilm. Sokourov, plein de respect et d’admiration pour le cinéaste, part sur ses traces en retournant dans l’appartement où il vécut, et dans lequel habite toujours sa femme. " Les objets, les photos, les livres et les films célèbres qu’il nous a laissés nous parlent d’une manière intense de cet espace plein de souvenirs. Ils ne sont pas tant les souvenirs de la femme qui y vit, mais nos souvenirs, ceux des spectateurs de Kozintsev, personnifiés par la caméra de Sokourov. " (A. Tuchinskaya)

jeudi 24 novembre 2005 - 19 h 00

Une vie humble (Smirennaya zhizn’)

[Rus., 1997, 76 min, s.-t. f.]

Une vieille femme vit seule dans une maison retirée, perdue dans les montagnes, dans le village d’Aska, au Japon. Silencieuse, elle coud des kimonos, cuisine et mange, s’occupe du feu, coiffe ses cheveux, fait l’aumône... puis, comme une prière finale, elle récite des haikus sur la solitude et l’abandon.

vendredi 25 novembre 2005 - 19 h 00

Confession (1 à 3) (Povinnost)

[Rus., 1998, 128 min, s.-t. f.]

Un bateau de guerre avance dans la nuit constante de l’Arctique, avec à son bord une troupe de jeunes recrues, un capitaine de 30 ans, et quelques officiers. " [Sokourov] est actuellement le seul, ou presque, à joindre à l’esthétique même de son oeuvre une idée de l’histoire et de l’âme de son pays, à la creuser de film en film jusqu’à en être l’unique dépositaire. Ceci en convoquant de multiples formes d’art et de pensée. Confession est un exemple parfait de cela : le film atteint sans cesse à une dimension épique, débarrassé des facilités de l’anecdote. Il est construit pour faire date. " (Olivier Joyard, 1998)

mercredi 30 novembre 2005 - 19 h 00

Confession (4 et 5) (Povinnost)

[Rus., 1998, 128 min, s.-t. f.]

Voir le 25 novembre, 19 h.

mercredi 07 décembre 2005 - 19 h 00

Dialogues with Solzhenitsyn (Besedy s Solzenicyn)

[Rus., 1998, 2 x 90 min, s.-t. a.]

Portrait d’Alexandre Soljenitsyne, auteur des célèbres nouvelles sur la révolution russe et les camps de concentration soviétiques. Sokourov s’intéresse à l’écrivain davantage par ses positions, sa pensée et sa vie actuelle que par son passé légendaire. " [Sokourov] n’est pas, ici, un commentateur, mais le medium d’une société qui a besoin d’établir un dialogue avec un homme désintéressé par son propre destin, mais dont la parole fait autorité. " (A. Tuchinskaya)

jeudi 08 décembre 2005 - 19 h 00

Élégie de la traversée (Elegia dorogi)

[Rus., 2001, 47 min, s.-t. f.]

Un homme seul entreprend un voyage, mû par une force qui le dépasse. Il tient la chronique détaillée de ce qu’il voit, des rencontres qui jalonnent son parcours. Il entre dans un palais désert et découvre le but de son voyage : une toile. " Des gens ont vécu ici autrefois. Je les connaissais. Je crois même avoir vécu parmi eux. Lorsque quelqu’un mourait, nous pleurions. Nous avions peur d’être peu à rester. Puis nous avons déménagé nos maisons près de la route. Tous l’ont fait. Nous voulions tous vivre rapprochés. Personne ne voulait vivre isolé. Mais je ne peux me souvenir si ça nous a aidé. " (A. Sokourov, d’après ses notes pour le film)

ET

Hubert Robert. A Fortunate Life (Rober. Scastlivaja zzn)

[Rus., 1996, 26 min, s.-t. a.]

Portrait stylisé du peintre français du XVIII siècle, Hubert Robert, à travers ses peintures qui se trouvent au musée de l’Ermitage. " Les ruines des villas, palaces, châteaux, ponts, voûtes anciennes apparaîssent une à une devant moi comme en rêve ; paysages spectraux peuplés d’arbres gris... J’entre dans les salles de l’Ermitage et rien ne peut m’empêcher d’approcher les tableaux, les voûtes même de ce célèbre palais m’aident à mieux voir les canevas - petits et grands, géants même - peints par ce bienheureux maître. " (A. Sokourov)

vendredi 09 décembre 2005 - 19 h 00

Petersburg Elegy (Peterburgskaya elegia )

[URSS, 1989, 40 min, s.-t. a.]

Le film évoque Shaliapin à travers ses enfants qui, légitimes et illégitimes, sont restés proches de lui malgré de longues séparations dues à ses séjours à l’étranger. " Se préoccuper des valeurs familiales, patriotiques, humanistes, se préoccuper de gens comme Shaliapin, voilà à quoi devrait aspirer toute société. C’est en tout cas le véritable objet des films que Sokourov consacre à ses célèbres compatriotes. " (Alexandra Tuchinskaya)

ET

Journal Petersbourgeois - Mozart. Requiem (Peterburgski dvevnik. Motsart. Rekviem)

[Rus., 2004, 70 min]

La première du Requiem de Mozart, mis en scène par Alexandre Sokourov, avec le choeur de chambre Rossica dirigé par Valentina Kopylova-Pantchenko, filmé en direct à Saint-Petersbourg à la fin de l’hiver 2004. Sokourov, cherchant à trouver une nouvelle résonance à la musique classique, tant plastiquement que musicalement, fait du choeur l’acteur principal de cette représentation du Requiem.

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    L’ÉVIDENCE DU FILM

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