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Médias
et démocratie du confort
TOUS ET TOUTES SAUF LES AUTRES
par
Nicolas Renaud
2001,
avril 01
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Le
luxe
Il
circule subtilement dans les médias une manipulation
des catégories "riches" et "pauvres", comme méthode
de ciblage de certaines classes et comme perpétuel conditionnement
aux pré-requis psychologiques du système économique.
Un
commercial pour la marque d'auto Buick annonce les nouveaux
modèles "Century 2001" en proclamant (en paraphrasant)
qu'il n'y a "pas que les riches qui ont le droit au
luxe, au confort et à la sécurité, la technologie n'est
pas faite pour améliorer seulement leur vie à eux...
La série 2001 de Century : le luxe accessible à tous...".
À "tous" ? On parle tout de même d'un véhicule d'au
moins 25 000$ avant les taxes.
Bien
sûr en publicité il n'est pas nécessaire d'être cohérent
au regard de la société, le message est autonome
et les mots, aussi calculés soient-ils, n'ont pas à
signifier ce qu'ils signifient. Sinon il faudrait que
nos dynamiques diplômés de marketing et des communications,
qui remplissent ainsi nos écrans de leurs illuminations
philosophiques, soient présents dans tout forum et groupe
de travail sur notre système social, pour aider à développer
cette nouvelle idéologie selon laquelle la classe moyenne
et les classes plus riches forment le groupe "tous",
ce qui devrait mener à un système parfait, puisqu'on
pourra déterminer toutes les bonnes choses auxquelles
tous ont droit. Et les pauvres ? Ou disons, tous ceux
qui ne peuvent s'offrir une voiture de 25 000 $ ? Eh
bien, puisque la valeur d'une chose que tous possèdent
risque d'être diminuée, il faudra bien que dans un autre
monde existe une antithèse "au confort et à la sécurité".
La
Bourse
Sur
les ondes des "radios du peuple", le matin et aux heures
de retour à la maison, le rendement de la Bourse n'est
plus une nouvelle parmi d'autres, il fait desormais
l'objet d'un bulletin spécial, comme la météo et la
circulation, en longueur et à répétition, par le nouveau
journaliste-spécialiste qui surveille et interprète
pour nous la danse abstraite des capitaux flottants.
C'est maintenant de l'intérêt de tous d'être impliqués,
d'être dans le coup, on suit à la minute l'oscillation
des + et des -, les grandes corporations sont les équipes
dont on suit le rendement comme dans un sport, sauf
que comparativement au hockey, nous n'avons pour la
plupart qu'une connaissance sommaire des règles du jeu.
Mais comme dans d'autres phénomènes des communications
et des canaux d'intégration, c'est en parlant comme
si on s'adressait à "ceux qui s'y connaissent" (ou qui
sont concernés, ceux qui détiennent des actions dans
ce cas-ci) qu'on vise à élargir le consensus et à accroître
l'adhésion. C'est le sourire démocratique du capital
; jouer à la bourse, c'est pour tous.
Carburant-désir
Ces
manifestations visibles parmi d'autres, de formations
plus obscures et inconscientes, ne sont pas exactement
l'effet, dans l'idéologie véhiculée, de l'exclusion
des pauvres par les riches, mais plus directement l'entretient
du désir et de la fascination des classes moyennes de
pouvoir accéder à la marche suivante ; énergie d'ascension
nécessaire aux moteurs des intérêts des classes les
plus riches.
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