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Nous
avons tous été bien éduqués à la règle qui proscrit
de juger selon les apparences : personnes, lieux et
situations ; soit, il faut repentir des perceptions
biaisées et sombres ségrégationnismes. Tout de même,
le monde des apparences donne ses signes à interpréter,
et dans combien de situations s'entend-t-on à dire :
"ça se lit sur son visage". Ainsi il faudrait plus souvent
faire rendre à des visages leur vérité toute simple,
sans être accusé de simplification et fascisme génétique
par la culture pop de "l'habit ne fait pas le moine"
et l'anémique déontologie intellectuelle.
Donc,
du visage de George W. Bush, nouveau président des États-Unis,
un physionomiste même le plus nuancé relèverait les
traits d'un homme assez bête, voire vil sous quelque
forme. Des petits yeux vides, mats ou réflecteurs fixes
des flashes de caméra, des yeux de mélamine, sans variation
d'éclat, sans nuances d'inspiration, qui semblent très
peu mobiles dans leur contact avec le monde environnant.
L'inclinaison des arcades sur les côtés peut s'avérer,
dans plusieurs cas, typique de l'hébétude. Une bouche
sommairement articulée, âpre, ciselée entre la tranchée
militaire et le sourire du capital, témoin de l'inaptitude
cérébrale à la parole fine et juste. Une charpente faciale
rigide et rustre, obtue, qui n'interagit pas avec les
yeux, caractéristique d'un cadre restreint des possibilités
de la pensée. Une petite rougeur permanente au cou.
Un
visage qui, rompu à l'entraînement de quelques énoncés
simplifiés, sans caractère, peut se tendre aux caméras
comme une enseigne de convenance, un logo arbitraire
sans indice de signification. Un visage qui, bref, ne
facilite pas la tâche des médias et stratèges des relations
publiques, mais pourtant leur rend le plein exercice
de leur pouvoir. Ils le font très bien - homme "sympathique",
"simple", "près des gens", un "sens civique", un homme
"d'action, de principes et non d'idées", etc. - composant
l'image de la nation et de l'État sur le blue
screen George W. Bush.
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