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Colin
Powell
COQUELUCHE DES MÉDIAS AMÉRICAINS
ET TUEUR DE "GOOKS"
par
Nicolas
Renaud
2001,
janvier 04
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"We
have to put a shingle outside our door saying, "Superpower
Lives Here"."
(Colin Powell, 1989)
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"...Powell
a déjà affirmé qu'il maintiendrait
et "énergiserait" les mesures
contre l'Irak..."
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Le
gouvernement canadien a félicité George W. Bush pour
la nomination du Général Colin Powell comme secrétaire
d'État américain. Bush le qualifie de "héro américain",
qui fait preuve "d'un sens militaire du devoir et de
l'honneur". Lorsque ailleurs dans le monde on
constitue des gouvernements militaires, on crie au régime
tyrannique, mais en Amérique, on se réjouit d'un geste
responsable et garant de la "paix". Powell était à
la tête d'une opération qui a usé d'une force excessive
dans la guerre du Golf, mise en scène pour les médias
dans les moindres détails ; il a engendrer une catastrophe
écologique sans précédent en bombardant les puits
de pétrole ; on a tout fait pour dissiper les histoires
d'étranges cancers qui ont
affligé ses propres troupes, parmi ceux ayant manipulé
des missiles à l'uranium ; une guerre qui a causé la
mort de plusieurs centaines de miliers de civils Irakiens,
lors des attaques mais surtout en raison des sanctions
qui prévalent toujours sur les vivres et les médicaments,
geste fortement soutenu par sa prédécesseure Madeleine
Albright (1) (Powell a déjà affirmé
qu'il maintiendrait et "énergiserait" ces mesures).
Maintenant retiré de l'armée, il fait partie de ces
conseillers américains qui prodiguent les tactiques
visant à agenouiller un peuple pour faire pression contre
son chef.
Très
tôt, participant à la Guerre du Vietnam, Colin Powell
s'est initié aux méthodes qui allaient lui permettre
de construire sa carrière : le jusqu'au boutisme des
ordres sur le terrain - peu importe le nombre de victimes
ennemies, civiles ou militaires - et ensuite la gestion
bureaucratique et médiatique du dévergondage américain
à l'étranger. En 1963, dans la jungle vietnamienne avec
ses troupes, il a mis de l'avant une campagne de destruction
systématique des villages, destruction des réserves
de nourriture, incendies et intimidation physique pour
dissuader les paysans de tout support aux Viet Cong,
si difficiles à débusquer. Dans ses mémoires, An
American Journey, Powell décrit comment, de l'hélicoptère,
on tirait devant tout paysan vietnamien mâle en âge
de combattre, s'il réagissait, on y allait d'une seconde
rafale pour l'abattre, au cas où il porterait une arme.
Powell prônait cette approche parce que trop de soldats
américains, dit-il, avait été ainsi tués sournoisement
en rasant la campagne. Une blessure au pied mis fin
à sa seule mission de combat. De retour au Vietnam en
1968, promu officier, il sût se mettre du bon côté pour
paver à ses promotions futures, soufflant le nuage noir
qui planait au-dessus de l'image des Américains suite
au massacre de My Lai, le 16 mai. Le récit de quelques
soldats indignés relate que les habitants, tous des
civils, furent entassés dans les digues d'irrigation
des terres pour être exécutés en groupe, des bébés aux
vieillards, 347 Vietnamiens tués en quelques heures.
C'était avant l'entrée en fonction de Powell, mais son
rôle était de tenir l'affaire hors des médias et d'égarer
les plaintes dans l'appareil bureaucratique. Il émit
entre autres un mémo réfutant les allégations de Tom
Glen, jeune soldat américain qui avait fait parvenir
une lettre au gén. Abrams, qui commandait l'ensemble
des troupes U.S. au Vietnam. Glen y dénonçait
une multitude d'abus menés par ses confrères à l'endroit
des Vietnamiens, qu'on appelait "gooks" et à qui on
prêtait peu d'attributs humains. Viols, humiliations
physiques et psychologiques, tirs à vue et non provoqués
sur les villages, fréquentes tortures pour faire avouer
à des hommes qu'ils sont Viet Cong... La note de Powell
conclut à des cas isolés d'indiscipline, nia qu'il s'agissait
d'une attitude répandue, soutenant que tous les soldats
américains étaient entraînés à agir respectueusement
envers les Vietnamiens et avaient suivi un cours "d'une
heure" sur la façon de se comporter avec les prisonniers
selon la Convention de Genève.
Panama,
1989, après un coup d'état raté pour renverser Noriega,
opération trop faiblement appuyée par le gouvernement
U.S., et suite à l'arrestation et au relâchement d'un
officier américain et de sa femme par les autorités
panaméennes, Powell, à la table des décideurs en matière
de "défense", allait prodiguer ses conseils à Bush,
soupçonné de "molesse" dans l'histoire. Evidemment il
fallait frapper fort, par les airs, minimiser les pertes
américaines et ne pas s'empêtrer des lois internationales
sur la proximité de quartiers résidentiels avec des
cibles militaires (tout comme on s'en est foutu en Iraq
et en Serbie, et ce toujours impunément, les sites civils
puissent-ils parfois être aussi la vraie cible). En
plus de la destruction des forces militaires, l'attaque
aérienne des États-Unis a fait périr plusieurs centaines
de civils en quelques heures.
Au
fil de tous ces hauts faits, et bien d'autres, Colin
Powell est aussi devenu au cours des années un enfant
chéri de la presse américaine. Toujours "l'homme qu'il
faut", il faudrait compiler tous les qualificatifs et
pirouettes lyriques qui ont servi à louanger sa personne
et sa carrière, il a permis à plusieurs de s'émoustiller
en l'imaginant premier président noir des États-Unis.
Il
y a deux ans, à la soirée des Oscars, Powell est apparu
sur scène, vêtu de ses médailles, pour faire un discours
patriotique ; c'était la veille de l'attaque contre
la Yougoslavie.
Il
affirme s'engager "à lutter contre les armes de destruction
massive et les moyens de les produire" ; jamais ce genre
de déclaration n'est-il, dans les grands médias, mis
en opposition avec l'envergure du commerce d'armements
par les États-Unis à travers le monde. Les profits de
ce lucratif marché auraient doublé aux États-Unis dans
les années 90. On n'a jamais répudié à supporter ainsi
des massacres comme ceux du Timor Oriental (un gros
contrat pour le Canada aussi). On parle aussi rarement
de la persistance du gouvernement américain à saboter
les accords de désarmement nucléaire.
Powell
a dit aller de l'avant avec le faramineux projet du
système de "défense anti-missiles" ; dangeureuse paranoïa
ou prétexte pour verser des milliards dans l'arsenal
militaire ? On s'inquièterait dit-on du danger potentiel
des nouvelles puissances nucléaires. Paranthèse : les
Américains sont ceux ayant le plus largement nourri
l'hallucination d'un cataclysme nucléaire dans la culture,
identifiant toujours la menace à l'extérieur, ce qui
pour bien des gens a fini par occulter le simple fait
que dans toute l'histoire, seul les États-Unis ont utilisé
la bombe atomique, pour balayer d'un coup des millions
de vies au Japon.
Aux
États-Unis, comme au Canada et d'autres pays occidentaux,
c'est par la politique étrangère qu'on se donne une
image de défenseur des droits humains, c'est dans ce
domaine que l'endiguement de l'information est le plus
méthodique, car c'est justement par la politique étrangère
que ces pays commettent eux-mêmes des violations de
ces droits, ou y consentent selon leurs intérêts.
Liens
:
Livre
: Iraq Under Siege, analyse critique des politiques
envres l'Iraq, textes de Noam Chomsky, John Pilger…
: http://www.southendpress.org/books/iraq.shtml
Source
d'information sur la carrière non racontée de Powell
: http://www.consortiumnews.com/archive/colin.html
Notes
:
1)
"Oui, c'est un fort prix à payer, mais ça en vaut le
coup". Réplique pratiquement célèbre de Madeleine Albright,
lorsque la journaliste de 60 minutes lui demandait :
"Les sanctions que nous imposons à l'Iraq auraient causé
la mort d'environ 500 000 enfants à ce jour, est-ce
que ça en vaut le prix?"
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