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Halloween 1997

The Prophecy (God's Army)


par Donato Totaro
27 octobre 1997

1995 réal: Gregory Widen dist: Christopher Walken, Virginia Madsen, Elias Koteas, Eric Stoltz

De temps à autre, un film d'horreur vient réaffirmer notre confiance dans les gros studios «indépendants» d'Hollywood. The Prophecy est un de ces films. Pour faire agréablement changement, on nous propose un film d'horreur surnaturel (mais l'est-ce bien ?) extrêmement intelligent, littéraire et qui ne s'appuie pas sur des effets spéciaux ou de l'ultra-violence pour palier aux carences scénaristiques. Le film nous raconte la plus longue guerre civile de l'histoire : celle qui sépare les anges depuis le début des temps. Avant la race humaine (ou comme le dit Walken: «les singes») les anges étaient les préférés de Dieu. Après avoir créer l'Humanité, Dieu relégua les anges au second plan, déclenchant une guerre entre les anges fidèles à Dieu et ses détracteurs. Pendant que la guerre continue, nombre d'âmes sont dans un entre-deux céleste. La diégèse, qualifiée de Terminator théologique par son producteur Joel Soisson, suit l'archange Gabriel (joué à perfection par Christopher Walken) qui descend sur terre récupérer l'âme pourrie d'un général récemment décédé (Arthur Hawthorne), afin qu'il se joigne à son armée (ce qui donne lieu à quelques séquences fabuleuses de reconstitutions en noir et blanc de la guerre de Corée, entre coupé de véritable scènes d'Auschwitz).

Le concept du film est intelligemment développé, appuyé par un scénario possédant plusieurs relectures puissantes de la chrétienté. La religion a, depuis toujours, procuré nombre de pistes pour les films d'horreur. Dans la plupart des cas, simplement grâce aux outils qu'elle offre pour s'attaquer aux délicates questions du bien et du mal, du connu et de l'inconnu, de la vie et de la mort. Peut-être parce que la religion fonctionne comme un contenant moral, elle constitue un fait de classe moyenne qui, lorsque utilisé dans le contexte d'un film d'horreur, semble attirer un vaste public (pensons à The Exorcist 1973, The Omen 1976, Rosemary's baby 1968). Cronos repose également sur la religion. Même si son approche est ultimement trop sobre pour son propre bien, il offre tout de même une vision intéressante du vampirisme, avec le personnage Jesus (Federico Luppi) en métaphore vraiment tordue de la chrétienté. Même The Prophecy (originellement beaucoup mieux intitulé God's Army) s'aventure en terrain de sacrilège jusqu'à sa fin conciliante. Cronos, réaliser par Guillermo del Toro, insinue la chrétienté mais y mélange vampirisme avec alchimie pour nous donner une Jésus assoiffé de sang, alors que dans The Prophecy, le diable se voit donner une apparence de Jésus et jour le rôle d'un des héros du film. Cependant, la conclusion réaffirme la foi du réalisateur dans «le projet de Dieu».

Tous ceux qui s'attendent aux anges des Ailes du Désir 1988 ou à ceux de It's a wonderful life 1948, seront plus que surpris. Christopher Walken en Gabriel, le leader de la faction anti-Dieu, est un plaisir à voir à l'écran. Le film en vaut la peine seulement pour sa performance, donnant la réplique cinglante aux humains sans visages. Gabriel ressemble à un truand céleste, grand, cheveux lisses, conséquemment vêtu. Le film, écrit et réaliser par Gregory Widen (une première), s'avère innovateur dans sa représentation des anges en tant que «dure à cuire» de Dieu, et en réussissant la subversion de la convention du héros unique. Selon la progression du film, les héros meurent et sont remplacés aussitôt. Le premier héros est un prêtre défroqué devenu policier (Elias Koteas), qui a perdu sa foi le jour de sa consécration parce qu'il a (ironiquement) trop vu de paradis. (Un message voilé anti-empiriste qui, ultimement, forme la thématique du film sur l'affirmation de la foi). On rencontre alors le pendant western de Gabriel, Virginia Madsen. (Est-ce une coïncidence que Walken et Madsen ont tous deux les cheveux teints noir charbon?).

L'expérience du producteur Soisson à trouver du financement pour le scénario est un indicatif du fossé séparant les «majors» des indépendants aux États-Unis. Soisson trouvait le film difficile à vendre à cause de son côté intellectuel, et peut-être, son sujet risqué. Après avoir reçu quelques critiques inutiles des majors, Soisson décide de le financer tout seul et finit par trouver quelque 8 millions de budget. Pour vous donner un idée de la réception intellectuelle que quelqu'un peut recevoir à Hollywood, selon un article de Fangoria #136, un des dirigeants a plutôt apprécié l'histoire, mais ne voyait pas le besoin d'y incorporer des anges......

 

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