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Révélations et
bonheur-guimauve
AMÉLIE POULAIN
par
Yannick
Rolandeau
2002,
janvier 13
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Pour
qu'un film suscite de vives polémiques, on se
doute que quelque chose de plus "intime" est
en jeu qu'une simple histoire. Quel est donc le problème
de fond ? Si le débat sur l'image et son statut
dans une société ne date pas d'aujourd'hui,
il ne faudrait pas mésestimer les enjeux cruciaux
qu'il pose à une époque ou à une
autre, c'est-à-dire l'influence des images (cinématographiques)
sur la formation de nos propres images mentales et dans
la façon dont elles induisent en retour notre
vision du monde.
Bien
sûr, le film annonce d'emblée en quelque
sorte la couleur : il ne s'agit seulement que d'un conte.
Si des spectateurs se disent "éblouis"
à la sortie du Fabuleux destin d'Amélie
Poulain, on serait tenté de dire qu'ils sont
plutôt hypnotisés, illusionnés,
mécanisme connu reposant sur la représentation
idyllique du réel que le film leur fait miroiter,
représentation qui a toujours quelque chose à
voir avec la notion de paradis. Rappelons-nous le tout
début de la bible quand Adam et Eve n'ont conscience
de rien dans le jardin d'Eden. C'est au moment où
ils mangent le fruit de l'arbre de la connaissance du
bien et du mal qu'ils prennent conscience de l'altérité,
de la différenciation sexuelle, de leur nudité,
d'autrui, du temps, de la mort, de tout ce qui sanctionne
l'être sexué, en un mot, leur humaine imperfection
qui fait qu'un être humain est réellement
un être humain. "Les yeux de l'un et de l'autre
s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus,
et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent
des ceintures." (Genèse 1, 7)
C'est
donc à ce moment précis où leurs
yeux se dessillent, qu'ils regardent, et qu'ils ont
en même temps connaissance de ce qu'ils regardent.
Ils sont désillusionnés. Regarder, c'est
savoir, deux termes consubstantiellement liés
l'un à l'autre ; c'est se reconnaître différent,
séparé du monde et non être dans
l'indifférenciation aveugle en ayant dédoublé
le monde en une copie irréelle ou illusoire.
Regarder n'est pas un pur acte physiologique, c'est
au contraire être déchu du paradis et l'accepter.
Être, c'est donc non seulement voir, mais accepter
son humaine condition d'être sexué avec
son essentielle imperfection et non se conformer à
une image du monde ou de soi idyllique, à l'instar
de Narcisse tombant amoureux de son image... sans le
savoir. On ne peut pas mieux qualifier le film de kitsch,
si on reprend les propos de Jeunet lui-même disant
qu'il a voulu "nettoyerla merde" et si on
lui oppose que, précisément, "le
kitsch, c'est la négation de la merde."
selon l'expression de l'auteur de L'insoutenable
légèreté de l'être, qui
ajoutera, logiquement, que "La nostalgie du paradis,
c'est la volonté de l'homme de ne pas être
homme." Ce gommage de la merde est constitutif
de la séduction qu'opère le film qui,
grâce à cette idéalisation émotionnelle
et esthétique de la représentation du
monde, déleste illusoirement l'être humain
de toute angoisse, de toute responsabilité et
de toute individualité. D'où éblouissement.
Le
film ne veut pas surtout dévoiler cet aspect-là
des choses, façon commode d'élaguer le
problème pour dire qu'il n'existe pas ou que
cela ne le concerne pas afin de perpétuer l'illusion
d'optique. Pour ce faire, il va emprunter des éléments
au réel (un décor, Montmartre, et une
thématique existentielle concrète, solitude
d'Amélie etc.), les mettre en scène de
telle sorte qu'ils en ressortent expurgés de
tous aspects dérangeants, et, ainsi embellis,
de les faire briller sur le seul registre de l'insignifiance
séductrice. Le décor tout entier de Montmartre,
daté étonnamment en 1997, joue à
cet égard un rôle majeur. Décor
rêvé, paradisiaque à l'instar des
personnages, coagulé dans une imagerie sentimentalo-passéiste,
représentation fermée sur elle-même,
autodéterminant son univers et excluant de sa
vision toute contamination extérieure.
On
reconnaît là dans Le Fabuleux destin
d'Amélie Poulain un certain cinéma
des années 80 qui allait de pair avec une complète
refonte de l'esthétique publicitaire à
la même époque. La publicité avait
besoin de séduire le public, de conquérir
de nouveaux marchés et d'écouler ses marchandises.
Mais
le plus important était d'imposer, au niveau
social, un dressage oculaire chic et choc et de débarrasser
l'image, par et grâce à elle de surcroît,
de sa relation ontologique avec le réel. Car
l'image est une copie du réel et de ce fait,
cette copie, ce double lui ait toujours
ontologiquement lié. On ne peut détruire
cette copie, ce faux, ce double sans tuer l'original,
le réel et les questions existentielles qu'il
nous pose concrètement. Or, ce faux joue soit
avec une mimésis plus ou moins réaliste
(Rosselini), soit irréaliste (Fellini, Welles
par exemple). Mais cet irréalisme est encore
lié au réel et Welles et Fellini, illustres
magiciens, ont toujours joué de cette dialectique,
mettant au coeur de leur cinéma cette relation
entre le vrai et le faux, le réel et son double.
Or, le cinéma dont on parle, au contraire, emblématise
l'image comme artifice pur, pur signe vide de substance,
pur objet de contentement, ne renvoyant à rien
de réel, expurgeant du même coup toute
question morale. Le factice intégral comme amnésie
du réel, pas même le faux comme double
de la réalité, le faux pour le faux :
le toc et le factice.
Détaillons.
Dans cet univers sous cloche, le film met en place les
personnages qui gravitent autour d'Amélie et
une voix off va d'ailleurs nous aider à les identifier.
Tout d'abord, les parents d'Amélie : Raphaël
Poulain ("bouche pincée, signe de manque
de coeur", nous indique un sous-titre) est décrit
comme n'aimant pas pisser à coté de quelqu'un,
surprendre sur ses sandales un regard de dédain,
sortir de l'eau et sentir coller son maillot de bain.
Par contre, il aime arracher des morceaux de papiers
peints, cirer ses chaussures, vider sa boîte à
outils, les nettoyer et tout ranger ; la mère,
Amandine Poulain (spasme nerveux, témoin d'agitation
névrotique) est décrite selon le même
procédé caricatural : elle n'aime pas
avoir les doigts plissés par l'eau chaude du
bain, être effleurée de la main par quelqu'un
qu'elle n'aime pas, avoir les plis du drap imprimés
sur la joue le matin, mais elle aime les costumes des
patineurs artistiques sur TF1, faire briller le parquet
avec des patins, vider son sac à main, le nettoyer
et tout ranger.
C'est
dire si, en quelques phrases, le film épingle
avec un manichéisme affiché des personnages
qui n'évolueront jamais, sans même prendre
d'ailleurs la peine de nous faire comprendre pourquoi
ces gens-là sont devenus ainsi, c'est-à-dire
de leur redonner au moins une existence palpable et
humaine. Ils ne sont pas juste ridiculisés dans
leur pitoyable humanité mais indexés comme
dans un catalogue glacé de personnages qu'il
n'est pas bon de fréquenter. L'incrustation des
deux phrases citées plus haut est à cet
égard impitoyable dans sa physiognomonie douteuse,
car outre qu'elle souligne une caractérisation
simpliste (aucune place au non-dit, à la suggestion
ici), elle joue de stéréotypes qui ont
des relents de "délits de sale gueule".
Le
film se débarrassera très vite de la mère,
écrasée par une femme qui se suicide en
se jetant du haut d'une église, suicide traité
comme un gag au goût contestable. Restera simplement
l'histoire entre le père et le nain de jardin,
trame d'une grande platitude, n'apportant strictement
rien au récit sinon d'ajouter une touche grotesque
d'imaginaire (tout comme la scène ridicule des
photomatons qui s'animent devant Nino). Étant
donné que Raphaël Poulain n'a jamais pu
voyager avec sa femme à cause d'un prétendu
problème cardiaque d'Amélie, cette dernière
demandera à son amie Philomène, hôtesse
de l'air, de prendre des polaroïds du nain de jardin
dans différentes villes du monde et de les envoyer
à son père. Et le père, imbécile
parmi les imbéciles, se demandera : "Je
ne comprends pas." Y avait-il même quelque
chose à comprendre ? La fonction d'ailleurs de
Philomène relève de l'ordre de la potiche,
de l'objet : elle est hôtesse de l'air, non pas
parce que son personnage est autonome, vivant, mais
parce qu'il sert uniquement à faire voyager le
nain de jardin. Bien sûr, à la fin, que
croyez-vous qu'il arrive ? Oh surprise !, le père
d'Amélie se rendra dans un aéroport pour
partir en voyage... C'est d'une grande pauvreté.
Le
film poursuit ensuite sa description des personnages
qui gravitent dans l'univers professionnel d'Amélie
: Suzanne, la patronne du café, Georgette la
malade imaginaire qui est au tabac, Gina la collègue
d'Amélie, Hipolito, l'écrivain raté,
Joseph, un homme jaloux qui aime crever les pustules
des emballages en plastique (ce qu'on ne reverra pas
d'ailleurs). Là encore, les personnages n'évolueront
pas, coagulés une bonne fois pour toutes dans
leur taxinomie publicitaire et on aura juste une pauvre
relation amoureuse entre Georgette et Joseph. Il était
pourtant intéressant que ces deux personnages
tombent amoureux l'un de l'autre par l'entremise d'Amélie
qui, précédemment, leur a fait croire
à tous deux que l'un se meurt de désir
pour l'autre. Hélas, au lieu d'offrir des variations
ironiques sur l'illusion d'amour, Jeunet ne trouve rien
de mieux que de faire copuler férocement Georgette
et Joseph dans la cabine téléphonique
au point de faire trembler les verres du bar. Pour camoufler
leur orgasme criard, Amélie enclenchera une manette
de la machine à café qui dégagera
alors de la vapeur. Voilà, c'est tout.
On
passe par la suite aux personnages qui font partie du
quartier comme l'épicier Colignon (un méchant)
et son commis Lucien (un benêt sympa), puis à
ceux qui habitent dans l'immeuble d'Amélie :
l'homme de verre (Raymond) qui peint et repeint depuis
vingt ans Le déjeuner des canotiers de
Renoir (la fille au verre d'eau va être bien évidemment
liée avec l'histoire d'Amélie) et la concierge,
Madeleine. À propos de cette dernière,
le film commet une troublante maladresse qui mérite
un petit détour : Madeleine est une femme anéantie
par la disparition et la mort de son mari. Celui-ci
a volé une grosse somme d'argent dans la caisse
d'une compagnie d'assurance car il entretenait une luxueuse
et gourmande maîtresse, ce qui l'a amené
à partir en exil dans un pays étranger,
délaissant la pauvre Madeleine. Et un jour, celle-ci
a appris que son mari avait trouvé la mort dans
un accident de voiture en Amérique du sud. Amélie,
pour réparer cette "injustice", n'hésitera
pas à fabriquer un faux, une lettre égarée
par la poste il y a longtemps (épisode lié
à un fait divers paru dans la presse), pour faire
croire à la concierge que son mari l'aimait toujours
et qu'il allait revenir vers elle. Et sur une musique
sentimentaliste, on assiste à une scène
grotesque où Madeleine, après réception
de cette fausse lettre, s'approche du portrait de son
mari, l'embrasse et le bichonne avec amour. Ce fait
est d'importance car il en dit long, non seulement sur
la démarche vaine d'Amélie elle-même,
mais sur les véritables intentions du film :
plutôt que redonner réellement confiance
à Madeleine, Amélie préfère
falsifier la réalité des faits et opérer
comme une sorte de montage lifté de sa mémoire
afin que Madeleine puisse se composer une image idyllique
d'elle-même et de son mari. La séquence
d'ailleurs où Amélie découpe les
lettres de Madeleine aux ciseaux est non seulement caractéristique
de cet épisode mais il emblématise la
falsification que le film opère sur le réel
lui-même. Amélie a le final cut.
Etrange
Amélie... qui rêve sa vie pour pallier
à sa solitude et à son manque affectif
envers ses parents. Face à cela, la seule chose
qui importe vraiment et qu'on souligne pour nous, c'est
qu'elle aime plonger sa main dans un sac de grain, briser
la croûte des crèmes brûlés
avec une petite cuillère, faire des ricochets
dans l'eau etc. C'est maigre, factuel et insignifiant
en regard de sa réelle problématique qui
ne sera jamais montrée. Car si on se pose deux
secondes la question de sa situation, il est symptomatique
que le film oublie étrangement les véritables
questions que se poserait toute jeune fille confrontée
un tant soit peu à la solitude, au renfermement,
à la sexualité, à l'autre.
Le film aurait pu aborder quelques aspects de son existence
et tracer un portrait plus authentique tout en gardant
une facture irréaliste et un ton léger,
doux-amer. Même pas. Au contraire, Amélie
est pure virtualité, telle une sainte, si gentille
et si désespérée à l'image
de la scène où elle pleure complaisamment
sur son sort en s'imaginant en marraine des laissés
pour compte, passage théâtralement souligné
par la voix emphatique de Frédéric Mitterrand.
Même sa démarche se révèle
d'une vacuité totale. Aux personnages stéréotypés
comme fondamentalement bon (larmoyant et pleurant sur
leur sort comme la concierge), Amélie leur apporte
un réconfort mensonger, et aux autres, stéréotypés
comme fondamentalement mauvais (Colignon ou le type
qui regarde le match de foot), elle leur applique la
stricte loi de la vengeance, ce qui ne résout
évidemment rien dans les faits mais a permis
de le faire croire. Le film est la vision infantile
d'un personnage qui n'est plus un enfant mais qui tente
de nous faire croire qu'il peut résoudre ses
problèmes d'adulte à la façon d'une
petite fille. Sa supposée gentillesse est plus
proche d'une vision égocentriste, simpliste du
monde qu'autre chose. On note au passage que l'esthétique
du film se confond avec le point de vue d'Amélie,
offrant une vision du monde où moralisme rime
puérilement avec sentimentalisme.
Bref,
de tous ces personnages, on se saura jamais rien de
leur réelle intimité, de leur réelle
existence. Ils ne vivent pas. Pis, ils n'existent pas,
déshabillés qu'ils sont de toute humanité,
enfermés dans des clichés affligeants,
manichéisme qui lifte leur véritable épaisseur,
complexité et ambiguïté. Tout est
figé dans une esthétique formol de publicitaire.
On ne saura rien d'ailleurs du sort de Colignon (est-il
devenu meilleur ? Amélie aurait pu l'aider à
changer, non, il doit servir de bouc émissaire)
tandis que Madeleine vivra dans la pure illusion, adulant
béatement un mari qui est en fait un fieffé
salopard. D'ailleurs, Madeleine n'est-elle pas plus
ou moins responsable quelque part de la fuite de son
mari ? Evidemment, cette question n'est pas posée,
étant un peu... trop complexe.
Techniquement,
prenant le parti de faire irréaliste, le film
ne cesse d'enrober toute cette histoire d'une lumière
ripolinée et chatoyante, très clinquante
dans la facture (on songe à la publicité
d'une certaine assurance), de rendre omniprésente
la technique cinématographique (Colignon recrachant
une gorgée de liquide éclaboussant la
caméra), et de marteler chacun de ses effets
au lieu de faire exister ses personnages tout simplement.
On a droit, il faut le dire, à tout : aux effets
d'underscoring (Amélie ouvrant la porte
et se retrouvant devant Nino), aux abus d'effets spéciaux
(Amélie se diluant en flotte, le coeur d'Amélie
battant la chamade, l'aveugle, illuminé par la
bonté d'Amélie, ne manque pas d'être
souligné par une irradiation jaune autour de
lui) et aux mouvements de caméra sophistiqués,
voyants et gratuits (le looping compliqué
au-dessus du canal Saint-Martin lorsqu'Amélie
s'amuse à faire des ricochets), assenés
même brutalement (Amélie découvrant
l'affichette que Nino a collé sur le photomaton
pour retrouver son album), voire encore insistants,
cadrant en gros plan le visage des personnages comme
pour pointer qu'il y a quelque chose à voir (les
exemples abondent : la petite Amélie criant quand
son poisson rouge se suicide, prenant des photos avant
l'accident de voiture, ou pire encore lorsqu'Amélie
vient de "moucher" l'épicier). Même
une bonne idée est vite dilapidée comme
la scène où Amélie se demande combien
de couples dans Paris ont un orgasme au même instant.
Avec une idée assez proche, Fellini dans La cité
des femmes s'amusait à ridiculiser l'orgasme
féminin en en superposant, d'une manière
non romantique, des dizaines et des dizaines, créant
une véritable cacophonie jubilatoire. Là,
il n'y a rien d'autre que l'effet créé
et rien que l'effet, et on vous donnera la réponse
: 15. A force, tout cela devient lourd, criard, boursouflé.
La technique prime sur les acteurs, souligne tout, désigne
tout, symbolise tout. Le parcours est fléché.
Il n'y a rien à imaginer. Le factice règne
en maître.
Non
content de tout cela, comme si Jeunet craignait que
le spectateur rate l'identification avec son personnage
principal, le film ajoute de surcroît une complicité
complaisante entre le spectateur et Amélie. La
plus flagrante se situe dans la scène à
Montmartre avec Nino s'achevant par un regard caméra
appuyé. "Pas de doute, je vais l'avoir."
semble suggérer le minois mimi d'Amélie
car je suis tellement gentille... n'est-ce pas gentil
spectateur ? Le film accuse aussi de facilités
narratives digne de débutants. Caricaturé
comme méchant et bête comme ses pieds,
Colignon ne manquera pas d'oublier les clefs sur la
porte de son appartement pour qu'Amélie puisse
les subtiliser, en faire des doubles et ainsi se venger.
C'est pratique. D'ailleurs, cela ne rate pas, elle rentre
dans l'appartement, prépare ses bidouilles et
méthodiquement, Jean-Pierre Jeunet nous fait
assister au calvaire que Colignon va endurer : il grimace,
il éructe, il sue. En un mot, il expie. Et comme
une fois ne suffit pas, on assiste à l'opération
une seconde fois. Dans la scène de la gare, Nino
a comme par le plus grand des hasards sa mobylette garée
juste à coté de la voiture de l'homme
qu'il poursuivait et c'est juste après qu'il
perdra sa sacoche qu'Amélie, juste derrière
lui of course, récupérera.
C'est
à ce moment que va s'embrayer "l'histoire
d'amour" entre Amélie et Nino dont on ne
doute pas une seconde qu'elle finira bien. À
la limite qu'elle finisse bien, là n'est pas
véritablement la question. C'est surtout qu'elle
est inexistante. Nino est un personnage sans aucune
épaisseur. A-t-il un corps, une âme, un
cerveau ou même un pénis ? Comment croire
qu'un tel personnage, n'ayant vu furtivement Amélie
qu'une ou deux fois va-t-il succomber corps et âme
comme on claque des doigts ? On a plus l'impression
d'un petit caniche qu'Amélie s'amuse à
faire tourner en bourrique ou à exécuter
des cabrioles. Jeu de piste ou jeu de cirque ? Nos deux
tourteraux roses finiront sur une mobylette et vivront
heureux... mais leur relation s'est passée "sans
histoire", sans corps, ni âme. Juste avant
leur envolée, on a atteint le summum du ridicule
avec l'apparition de l'homme de verre dans la télévision
d'Amélie (mais pourquoi diable faire passer cela
par une télévision ?!?!) et il dira à
cette dernière... Mettons plutôt le texte
de sa réplique, digne d'un roman style Harlequin
: "Ma petite Amélie, vous n'avez pas des
os en verre. Vous pouvez vous cogner à la vie.
Si vous laissez passer cette chance, alors avec le temps,
c'est votre coeur qui va devenir aussi sec et cassant
que mon squelette. Alors allez-y, nom d'un chien !"
Et dire que cette petite gourde d'Amélie hésitait
à se lancer dans l'aventure amoureuse...
Finalement,
Le fabuleux destin d'Amélie Poulain n'a
rien d'étonnant, même dans sa facture,
et encore moins de fabuleux tant le contenu est vide.
Et son succès n'a pas vraiment de quoi surprendre.
Les spectateurs vivent une idylle, un réel embelli
et fantasmé qui leur fait oublier dans quel monde
ils vivent et même qui ils sont, leur rendant
ces deux choses encore plus insupportables à
comprendre à l'arrivée. Alors comment
un tel film où les êtres humains n'ont
pas d'âme, ni de corps et encore moins de matières
fécales pourrait-il avoir, ne serait-ce même
qu'un rôle prophylactique ou même purgatif
?
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