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Hors
Champ et
la
Cinémathèque Québécoise
présentent
ÉVÉNEMENT
KUBELKA
les
6 (18h30), 8 (20h30)
et 10 (20h30) mars
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"Mon
intérêt est d'inspirer un mouvement qui
s'oppose a la direction que prend la vie dans notre
civilisation en s'éloignant des sens et de la
vie sensorielle. J'ai compris que la pensée abstraite
est impossible. C'est tout à fait faux de croire
que la pensée humaine est quelque chose qu'on
pourrait abstraire des sensations."
- Peter Kubelka
Le
lent travail vers la perception rapide
À
mi-chemin de son histoire, il s'est ouvert une brèche
dans le développement du cinéma, une marge
où s'est constituée en quelque sorte une
deuxième genèse possible du médium
filmique. Bien qu'il y eu plus tôt des précurseurs
français - René Clair, Fernand Léger,
Marcel Duchamp... - et bien sûr Vertov, c'est
dans cette marge des années 50 et 60, aux États-Unis
et plus à l'est en Europe, qu'est apparu un corpus
d'oeuvres remarquable par sa variété,
son ampleur et la force des expériences qu'il
offrait. Un cinéma qu'on a nommé expérimental,
underground, indépendant, poétique, non-industriel
et qui depuis ce foisonnement passé a
connu divers soubresaults, semblant fréquemment
prêt à disparaître, d'autant
plus que de nos jours la vidéo a ouvert d'autres
voies d'expérimentation empruntées par
les artistes.
Au
côté de Stan Brakhage - que nous avons
invité à Montréal l'an dernier
- l'autre nom emblématique du cinéma expérimental
est l'Autrichien Peter Kubelka. C'est cependant une
rencontre assez différente que nous ferons dans
les prochains jours. Alors que Brakhage est le créateur
obsessionel qui a jusqu'ici fait plus de 250 films,
Kubelka est le perfectionniste qui médite longuement
chaque image, pour finalement créer quelques
films qui, bout à bout, ne font pas plus d'une
heure au total. Si dans les années 50, par sa
position historique et culturelle, l'oeuvre de Brakhage
fut en filiation avec la littérature et la peinture
américaine, celle de Kubelka l'est aussi avec
l'avant-garde viennoise de la même époque
où le cinéaste côtoie architectes,
poètes, peintres, musiciens et l'actionniste
Hermann Nitsch. Et tandis que Brakhage a gardé
la majorité de ses films dans le silence, pour
tout intensifier dans la vision, Kubelka a pour sa part
consacré son travail aux relations possibles
entre l'image et le son.
Kubelka
a mis des années à faire certains films
de quelques minutes, non parce que ses films sont faits
"d'effets" complexes à réaliser,
mais parce qu'en les structurant à l'échelle
des photogrammes et de leur possibilités rythmiques
et perceptives, 1/24ème de seconde d'image et
de son signifiait possiblement des jours de travail,
d'essais et de réflexion. Ses "films métriques"
offrent à nos sens des compositions avec les
éléments les plus essentiels du cinéma,
réduits à leur plus simple mode d'existence
: la lumière et le son, la nature de leur absence
ou de leur apparition, de leur coïncidence ou dislocation.
Dans ses "films métaphoriques", la
relation du son à l'image est toujours en jeux,
mais une expérience d'un autre ordre est aussi
à l'oeuvre, un rapport inarticulable en mots
entre nous et l'écran. C'est un peu comme si
la vue et l'ouïe n'étaient pas les
seuls sens que déploie notre corps, comme si
le toucher ou même le goût venait habiter
les images. Le mot le plus proche de cette expérience
est peut-être la synesthésie, terme qui
définit des "troubles de la perception sensorielle
caractérisée par la perception d'une sensation
supplémentaire à celle perçue normalement,
dans une autre région du corps ou concernant
un autre domaine sensorielle". Toucher ce qu'on
voit sur l'écran, sentir ce que l'on entend,
entendre ce que l'on a vu... On pensera alors à
ses propos sur la cuisine, sujet de la troisième
soirée à la Cinémathèque
:
"Je
m'intéresse pratiquement et théoriquement
à la cuisine et je fais cela très consciemment
parce que je refuse de donner trop d'importance a l'oeil.
L'oeil est seulement un sens de vérification
d'autres sensations, comme le toucher ou le goût.
Si on voit, par exemple, une table en bois, en la voyant
on réalise différentes choses : on sait
que "c'est du bois", moins dur que le fer,
peut-être laqué et pas mangeable..."
La
force secrète de ces films vient peut-être
de leur intrusion dans l'espace mystérieux où,
de façon généralement inconsciente,
nous sommes liés au monde par les sens. Ce sera
d'ailleurs le sujet du deuxième programme de
Hors Champ à la Cinémathèque cette
année, alors que deux films de Brakhage précéderont
un documentaire de Werner Herzog sur les sourds et aveugles.
(N.R.)
"Une
aventure étonnante m'est arrivée en Afrique.
J'arrivais dans ce village de l'âge de pierre
où les gens étaient juste capables de
fabriquer leur fers de lance, une civilisation très
ancienne. Ils se préparaient pour une fête,
une extase qui durerait toute la nuit. L'élément
principal consistait en événements synchrones
- danser, chanter, battre des peids (...) Puis le soir
vînt et je remarquai que toute l'attention était
concentrée sur l'étendue de la plaine.
Il n'y avait rien à voir, mais les gens se rassemblaient
pour regarder la plaine et l'horizon. Il n'y avait pas
de joueurs de tambours jusqu'à présent...
Plus le soleil se rapprochait de la ligne d'horizon
plus la tension montait. Puis, au moment précis
où le soleil disparaissait derrière la
ligne d'horizon le chef frappa un coup sur son tambour.
J'avais les larmes aux yeux parce que j'avais vu précisement
là ma propre préoccupation, aussi vieille
que l'homme. Ce que je voulais faire avec le son et
la lumière, ils l'avaient fait aussi. (...) Cette
comparaison de leur synchronismes avec les miens montre
exactement la position de notre civilisation. Beaucoup
moins de substance sensuelle et de beauté, beaucoup
plus de vitesse. Ils avaient toute une journée.
J'avais chaque 24ème de seconde. Ce qui ne me
rendait pas meilleur, mais plus rapide." -
Peter Kubelka
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Arnulf Rainer
35mm
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Programmation
Organisateurs
: Simon Galiero, André Habib, Frédérick
Pelletier, Nicolas Renaud (Hors Champ) ; Robert
Deaudelin, Pierre Jutras (Cinémathèque)
; grâce au soutien du Conseil des Arts de Montréal,
de l'Ambassade d'Autriche à Montréal,
du département d'Histoire de l'art de l'Université
de Montréal, de l'École de cinéma
Mel Hoppenheim et de la Faculté des Beaux Arts
de l'Université Concordia
6
mars : Films métriques
8 mars : Films métaphoriques
10 mars : Art culinaire et cinéma
"Le
cinéma de Kubelka est comme un morceau de crystal,
ou tout autre objet naturel : il n'a pas l'apparence
d'avoir été produit par un humain."
(P.A. Sitney)
Peter
Kubelka est sans contredit une des figures les plus
importantes du cinéma indépendant de la
seconde moitié du XXe siècle. Les films
qu'il réalise entre 1955 et 1977 ont marqué
de façon décisive l'histoire du cinéma,
en posant et en repoussant ses limites, en réfléchissant
sur ses éléments essentiels, et en questionnant
ses potentialités expressives. Ses "films
métriques" (Adebar, Schwechater, Arnulf
Rainer), tout autant que ses "films métaphoriques"
(Mosaik in Vertrauen, Unsere Afrikareise, xxx?), procèdent
d'une analyse rigoureuse et originale sur le cinéma,
et constituent des expériences filmiques uniques.
Bien qu'artiste et théoricien de cinéma,
tout au long de sa carrière il aura investi diverses
disciplines, de l'architecture à la literature,
de la musique à la peinture et à la cuisine.
Il co-fonda, en 1964, le Oesterrichesches Filmmuseum
(Cinémathèque autrichienne), et il créa
l'ensemble Spatium Musicum qui s'applique à des
recherches sur la "musique essentielle". Ses
cours sur la préparation culinaire en tant que
forme artistique lui ont mérité le titre
honorable de "Professeur en Cinéma et Cusine"
à l'école des Beaux Arts de Francfort.
Il donne, depuis plus de 40 ans, des cours, des conférences
et des ateliers dans des musées, des universités
et dans plusieurs institutions à travers le monde.
Cet "anthropologue" des aspects "préhistoriques"
de l'homme contemporain, partagera avec nous la riche
mosaique de ses recherches et de ses réflexions.
"Le
principe fondamental de la théorie cinématographique
de Kubelka est qu'il n'y a pas de mouvement au cinéma.
Chaque photogramme est une image fixe." (P.A.
Sitney).
6
mars.
Adebar
(1957, 8 min., sans dialogue)
Premier des films métriques de Peter Kubelka,
Adebar repose, comme les autres, sur une combinatoire
d'images et de sons réglée à partir
d'une loi générative complexe, et prenant
comme unités minimales le photogramme, et l'opposition
positif-négatif. "Le sujet d'Adebar c'est
la danse. En fait, comme tous les films de Kubelka,
il s'agissait d'une commande; dans ce cas-ci, d'une
publicité pour pour le café Adebar à
Vienne" (P.A. Sitney).
Schwechater
(1958, 1 min., sans dialogue)
Troisième film de Peter Kubelka, ce film était
une commande publicitaire pour la bière Schwechater.
"Ce que nous expérimentons lorsque nous
regardons Schwechater est un battement, une pulsation
fragmentée de gestes liés et de mouvement
syncopés à partir de différents
rythmes de noirceurs et de surpimpressions rouges que
le son vient accentuer." (P.A. Sitney)
Arnulf
Rainer (1960, 8 min., sans dialogue)
Perçu par Kubelka à la fois comme une
"définition du cinéma" et un
"générateur d'extase rythmique",
ce film devait être, à l'origine, un portrait
de l'artiste viennois Arnulf Rainer. "Film absolu",
selon le cinéaste, point limite de ses recherches
métriques, ce film est la réduction la
plus pure que l'on puisse imaginer du cinéma
à ses éléments: blanc, noir, silence,
son.
8 mars.
Mosaik
im Vertrauen (Mosaic en confidence) (1954-1955,
18 min (?), v.o. allemande, anglaise et française)
Premier film du réalisateur, , Mosaik im Vertrauen
s'orchestre, comme Unsere Afrikareise, autour de ce
que Peter Kubelka appelle des "événements
synchronisés" ("synch events"),
en tissant une véritable "mosaique"
filmique à partir de différents segments
narratifs, d'images documentaires diverses et de sons
qui s'interpellent, se confondent et se téléscopent.
Unsere Afrikareise/Notre voyage en Afrique (1961-1966,
13 min (?), v.o. allemande et anglaise)
"Mes
films ont une fonction (et ceci est aussi vrai pour
mon film en Afrique) - je joue avec les émotions
et j'essaie de détacher ces émotions des
gens, de telle sorte qu'ils puissent prendre une distance
vis-à-vis de leurs émotions, de leurs
sentiments." (Peter Kubelka)
À
partir de plusieurs heures d'images et de sons prélevés
lors d'un voyage en Afrique, Kubelka a monté
ce film en suivant plusieurs lignes métaphoriques,
rythmiques et chromatiques. Par le truchement du montage
audio-visuel, il articule, en autant de confrontations,
les relations entre le colonisateur et le colonisé,
le chasseur et le chassé, le sujet percevant
et l'objet regardé.
10
mars.
"Programme
culinaire"
Peter Kubelka offre depuis plusieurs années un
cours sur la préparation de la nourriture en
tant que forme artistique à l'école des
Beaux-arts de Francfort. Il s'est depuis mérité
le titre de "Professeur de cinéma et de
cuisine". Portrait de l'artiste en cinéaste-cuisinier.
EN
PRÉSENCE DU RÉALISATEUR POUR CHAQUE ÉVÉNEMENT
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Adebar
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