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De la sexualité comme
confession égotiste
BAISE-MOI
par
Yannick
Rolandeau
2002,
avril 22
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"Si
ce n'était pas pour Dionysos qu'ils font la procession
et chantent l'hymne du phallus, ce seraient des actions
de la dernière impudence. C'est un seul et même
être que Hadès et Dionysos, pour qui ils
délirent et font les bacchants."
- Héraclite Fragment 15
Il
est assez troublant de comparer Le Fabuleux destin
d'Amélie Poulain et Baise-moi. Dans
le premier, des personnages inexistants, dépouillés
de toute humanité, une esthétique publicitaire
ripolinée liftant toute merde. Dans le second,
des caricatures d'humains se vautrant dans leur pathos,
un décorum morbide et trash, en rajoutant dans
le sexe et le sang jusqu'à l'étalage de
boucherie et de viandes froides. On a donc l'impression
que les travers de l'un sont indexés sur les
travers de l'autre, les deux films réunissant
et cristallisant deux tendances du paysage cinématographique
français, (le distrayant-évasif et le
drame du matelas) en une photo dont l'un serait le positif
et l'autre le négatif, mimétiquement liés
par leurs tendances radicalement et inversement symétriques,
deux positionnements face au réel et à
sa déception.
Autant
le dire tout de suite, le scénario est écrit
sur un confetti troué et on a l'impression très
souvent que c'est un singe schizophrène qui est
derrière la caméra, recette du cocktail
explosif du politiquement correct : sang + sexe + viol
+ drogue + flingues. L'histoire est celle de Manu (Raffaëla
Anderson) qui, après avoir été
violée, rencontre Nadine (Karen Bach). La première
vient de tuer son co-locataire et la seconde d'étrangler
sa co-locatrice (en montage parallèle s'il vous
plaît), qui lui reprochait d'épuiser les
réserves d'alcool et de cannabis. Elles choisissent
de tuer pour vivre et vont dégommer tous (ou
presque) les mâles lubriques qu'elles trouvent
sur leur chemin, à croire qu'elles ont trop écouté
le mot d'ordre des surréalistes qui était
de descendre dans la rue et de tirer dans la foule,
au hasard...
Il
faut bien comprendre qu'un film comme Baise-moi
n'est pas né du jour au lendemain mais qu'il
est le fruit complexe de plusieurs tendances qui ont
travaillé la société depuis plusieurs
dizaines d'années. Il serait trop long de rentrer
dans les détails à ce sujet mais tentons
néanmoins de comprendre succinctement les différents
enjeux du film et ce qu'on y voit. Depuis quelques temps,
des films revendiqués auteuristes montrent des
scènes "explicites" d'actes sexuels.
Ce qui était prévisible après mai
68 et de ce qui l'a précédé au
début du XXe siècle avec l'avènement
de ce qu'on a appelé le "modernisme"
qui revendiquait révolution politique et propagande
hédoniste, est arrivé. L'Empire des
sens d'Oshima en 1974 ne créa pas d'embellie
et n'eut pas de réel suiveur. Pourtant, il ne
faut pas être étonné que cela ne
soit pas arrivé plus tôt car il fallait
une autre situation sociale, économique et politique
que l'on a atteint aujourd'hui. On peut dire qu'on assiste
à la lente tombée du masque de ce mythe
"moderniste" au lendemain de la fête,
et pour réaliser que celle que l'on a prise pour
Cendrillon la veille au soir n'est qu'une prostituée
qui nous tend la main pour recevoir son aumône.
Ou encore, ce qu'on constate toujours en quelque sorte,
c'est la traduction brutale dans la réalité
des idéaux dépouillés de leurs
illusions : mythe de la révolution politique
et de la propagande hédoniste d'une part et mondialisation
consumériste et instrumentalisation des corps
en marchandises d'autre part ne font qu'un. De cela,
on n'a pas encore vraiment pris acte.
Comme
ce mythe individualiste prétend toujours idéalement
que le monde devrait être comme ceci ou comme
cela, monde idéal toujours remis au lendemain,
il se réalise concrètement aujourd'hui
avec l'apparition d'un consumérisme effréné
à tous les niveaux, conséquence d'un repli
stratégique sur la sphère du moi, du vécu,
de l'hédonisme-narcissisme, du dionysiaque, dernier
refuge avant la prochaine cuisante défaite dont
on ne sait pas encore ce qu'elle va accoucher. Il fallait
une libéralisation plus grande des moeurs et
des désirs que ce qui était permis auparavant.
"Culturellement" parlant, on assiste à
la mode de la confession égotiste avec d'un côté
la propagande du sexuellement permissif et libérateur
(récupérée par le discours publicitaire,
tendance hippie ayant virée costume cravate)
et de l'autre, avec son versant révolté,
dépressif et revanchard, ici décliné
en version trash-nihilisme dans Baise-moi.
Le
dogme hédoniste véhicule notamment l'idéologie
que la sexualité serait le passage unique et
obligé de la libération de l'individu,
confondant au passage libération sexuelle et
sexualité épanouie, et que cette dernière
serait quelque part prisonnière et enfermée
dans un hypothétique donjon dont il faudrait
l'en libérer pour vivre ensuite dans le bien
absolu, volonté exhibée de s'affranchir
de tout tabou et qui ne s'avère être qu'un
préjugé supplémentaire. Piètre
prière inversée sur l'autel hédoniste
: "Donnez-nous notre père notre sperme quotidien
!". Ce mythe induit en fait que la sexualité
est un obstacle qu'il faut laminer, réduire et
banaliser à une chose aussi futile que de se
curer le nez, ce qui n'aboutit qu'à le rendre
consommable puisque vidée de sa complexité,
de son trouble, de son ambiguïté : or, la
sexualité humaine n'ira jamais de soi. Le "Il
est interdit d'interdire" trouve une renversante
fétichisation dans l'ordre marchandionisiaque
: "Désirez ce que vous voulez, nous sommes
là pour produire et vendre." Deux tendances
qui voudraient s'exclure mais qui ne font que marcher
main dans la main comme un vieux couple qui irait dans
un hôtel miteux pour faire leur 5 à 7 en
cachette. Une stratégie centrée sur l'individu,
sur son désir jusqu'au-boutiste. Loin d'être
une quelconque libération et une prise de conscience
de soi, ce slogan atomise la société,
pousse les individus dans un repli narcissique et autarcique
qui ne peut que déboucher sur plus de violence
comme l'a bien compris le film de Michael Haneke 71
fragments d'une chronologie du hasard. A la société
moderne politique et coercitive d'avant a succédé
la société post-moderne, permissive, ludique
et narcissique. Il ne serait pas étonnant dans
cette logique que la pédophilie, le viol, l'inceste
voient leurs frontières être remise en
cause dans les prochaines années.
Alberto
Manguel écrit très justement dans La
forêt du miroir (Actes Sud 2000) : "Pour
être pornographique, l'érotique doit être
amputé de son contexte et adhérer aux
strictes définitions cliniques de ce qui est
interdit. La pornographie doit respecter fidèlement
la normalité officielle afin d'y contrevenir
dans le seul but de provoquer une excitation immédiate.
La pornographie ne peut exister en dehors de cette loi.
(...) La littérature érotique est subversive
; pas la pornographie. Car la pornographie est réactionnaire,
opposée au changement.". "Aussi dans
un roman pornographique, dit Nabokov dans sa postface
de Lolita, l'action doit être limitée
à une copulation de poncifs. Style, construction,
imagerie, rien ne doit distraire le lecteur de sa fade
concupiscence". La pornographie applique les conventions
de toute littérature dogmatique - tracts religieux,
rhétorique politique, publicité. Pour
fonctionner, la littérature doit établir
des conventions nouvelles, prêter un sens nouveau
aux mots de la société qui la condamne
et communiquer à ses lecteurs un savoir qui,
par sa nature même, doit demeurer intime. Cette
exploration du monde à partir d'un lieu central
et totalement privé confère à la
littérature érotique son formidable pouvoir.".
Pornographique,
Baise-moi l'est. Visuellement, aucune contestation
possible. Ce n'est pas un vague plan mais plusieurs
scènes (Nadine avec un type au début,
puis deux autres avec Nadine et Manu avec des hommes
de passage) sans oublier celles auxquelles se rajoute
de la violence (le viol et la partouze finale notamment).
Que certains disent que le film ne peut pas être
classé x, c'est effectivement la ruse que de
jouer de signes contradictoires, permettant de les annuler
et d'échapper à toute classification.
Ruse accentuée par le fait que les scènes
de coït sont plus rapides, lapidaires que dans
le cinéma pornographique. Il y a du porno mais
il y a un propos ; il y a un propos mais il y a du porno.
Ambiguïté d'une esthétique qui veut
jouer à la fois sur la fonction critique (assez
vomitive) et la fascination (idem dans la scène
du viol). Plutôt un cinéma pornographique
au sens large du terme avec un vernis intellectuel.
Sur ce point, Baise-moi est d'un conformisme
artistique affligeant. Nullement subversif en tous cas.
Le
film joue donc du recours à un jamais-vu-toujours-plus,
avec en guest star pour la première fois à
l'écran dans le cinéma d'auteur : Prosper
allant au cirque. Quelle innovation que de voir ce que
ce que tout le monde a vu ou verra, c'est-à-dire
un coït et que chacun peut contempler chaque premier
samedi du mois sur Canal + ! Or, il n'y a pas de mise
en scène d'un coït. Si la fiction traditionnelle
ne montrait pas un coït, ce n'était pas
par puritanisme, c'était tout simplement que
cela n'avait aucun intérêt en plus d'être
d'une banalité visuelle affligeante étant
donné que le cinéma, par son effet de
réel naturel, avait autre chose à suggérer
et à montrer comme le rappelle Manguel. Ici,
plus rien de cela. Ce cinéma nous met tout sous
les yeux, et le chic du choc est d'y rajouter la violence.
On se demande encore (on se gratte vraiment la tête)
où se trouve l'audace ? On a donc tout simplement
une contamination du cinéma "traditionnel"
par le cinéma pornographique (même celui-ci
a droit à ses Hot d'or, prix décernés
tous les ans par la revue Hot Vidéo précisément
au moment du Festival de Cannes et non en dehors) et
ce que ce dernier a répandu dans la société
depuis des années en même temps qu'il a
accompagné le mouvement de "libération
sexuelle".
Le
film est issu de ce qu'on a appelé la "contre-culture",
disons plutôt non-culture pour être plus
exacts, selon la mode actuelle que tout ce qui a été
en marge doit maintenant être au centre. Il exhibe
ses signes victimaires comme on arbore un pin's
: le côté "underground" dans
l'image et dans la musique, tendance rebelle trash (effectivement
poubelle), qui se voudrait en quelque sorte une non-esthétique
(mais qui en est une quand même), de filmer en
dv et de préférence n'importe comment,
afin de faire fauché donc spontané, maladroit
mais sincère, et de prétendre ainsi donner
un supplément de réel à travers
un vécu (mode courant en littérature aussi)
comme si un vécu en soi pouvait donner un compte
rendu pertinent sur la réalité, (là
on est plutôt dans le vomitif). Le film ajoute
à cela le choix d'acteurs, d'actrices et d'une
co-réalisatrice (Coralie Trinh Thi) issus du
porno (dont ils ne sortent pas vraiment en fait). C'est-à-dire
encore par des éléments de ce qu'il y
a de moins professionnel, pertinent, et de qualité
pour construire et faire passer un quelconque message.
Rien de plus qu'un amateurisme à la clé
à tout les niveaux du film.
La
fausse innovation de Virgines Despentes est de mettre
au même plan d'égalité les scènes
pornographiques avec les autres. Fellations, coïts,
viol, se retrouvent valorisés au même rang
que de conduire une voiture. Il n'y a ici qu'une espèce
d'hyper-naturalisme (faire comme en vrai), une volonté
d'effacer toute représentation, tout artifice,
toute frontière entre fiction et réalité,
ne serait-ce que par l'emploi de hardeuses pour "interpréter"
une scène de coït. Les autres films cités
plus haut ne montraient des scènes explicites
de coït qu'à l'occasion, Baise-moi
franchit le pas et en sature sa narration comme on sature
un ampli, joue dans la surenchère en y rajoutant
la violence, le viol se voulant dénonciation.
A terme, ce trip du toujours-plus sensoriel, pulsionnel,
émotionnel, qui rive le spectateur à ce
qu'il voit et rien qu'à ce qu'il voit, visant
non son esprit mais son voyeurisme, c'est la mort même
de la fiction. Comme pour la sexualité, la violence
subit le même processus. Quand les fictions ne
suffisent plus, on fait des reportages (comme aux Etats-Unis
ou sur TF1, ou encore Loft Story dans un autre
genre) sur des voleurs qui se font poursuivre ou descendre
en direct pour capter l'attention et l'ennui des spectateurs.
La fiction n'est plus là pour nous nous interroger
sur le monde et sur nous-mêmes mais est remplacé
par cette esthétique hypernaturaliste qui tente
de brouiller les frontières entre réel,
fiction et documentaire, prise dans le processus du
"toujours-plus" pour capter ou susciter l'intérêt,
le plaisir, les pulsions, les émotions, les sensations,
les idiosyncrasies des spectateurs dans une surenchère
sans fin. Car après la pénétration,
le viol, la fellation, que va-t-il venir ensuite ? La
sodomisation ? La défécation ? Le suicide
non simulé ? Le sadomasochisme en live ? Dans
ce domaine, la contre-imagination n'a aucune limite.
En ce sens, le film vise tout autant au dessous de la
ceinture, et fait dans le slogan, du même niveau
qu'un tract de propagande, croyant prendre le spectateur
pour intelligent (il y a un message) mais le prenant
au contraire pour un fieffé imbécile :
trop bête pour comprendre ce qu'on a envie de
lui transmettre, il faut l'impressionner de la manière
la plus violente et la plus viscérale qui soit,
un peu comme les commandos anti-avortement qui ne se
privent pas d'étaler des foetus dans des poubelles.
Se
surajoutant à cela, Baise-moi est frappé
d'un revanchardisme fémininiste nihiliste envers
l'oppressante puissance masculine. Le problème
n'est pas dans le fait que les hommes soient des sains
mais de ne voir que leur bestialité et de s'y
indexer catégoriquement, viscéralement,
ce qui entraîne inexorablement une volonté
de dérober leur puissance réelle et/ou
fantasmée et de la retourner contre eux, ce qui
n'est ni plus, ni moins jouer un rôle d'homme,
en être le double au moment précis où
on se croit radicalement différent et autre.
Baise-moi réduit les hommes à un
phallus (beau sexisme) et comme tout homme a un membre
viril, il faut humilier ce pauvre petit bout de chair,
le piétiner du talon, vomir dessus (ce que fait
Manu) pour s'en emparer symboliquement. Désir
d'humilier l'objet de sa haine comme on a été
soi-disant humilié et faire passer une volonté
de puissance (une identification à l'agresseur)
pour une révolte légitime. Le mythe de
la femme guerrière ne cache que cela. Sur la
castration symbolique alliée à la "pulsion
de mort", il y aurait beaucoup à dire sur
le film qui joue aussi dans la psychanalyse de bazar
à son insu. C'est précisément au
fond ce qui est en jeu et ce qui se passe : deux jeunes
femmes se "révoltent" et tuent des
hommes avec des revolvers ou encore comment castrer
symboliquement l'homme de son membre viril et l'exhiber
en signe de victoire, ce qui résume une scène
du film quand le marchand d'armes dit que tel revolver
a une puissance masculine. Vite, vite, tuons-le, emparons-nous
du flingue, arme que Nadine exhibera plus tard en faisant
joujou avec. Quand ce n'est pas aussi extrême,
on a le discours féministe de base que résume
un dialogue du film : "Ca leur fait peur aux mecs,
une fille qui a trop de caractère, ils se sentent
dévirilisés. Je vais te dire : ce sont
tous des chiottes !". Les femmes en ont mais ça
manque.
Tout
cela ne peut finir que dans une autodestruction programmée
et un mépris de soi à tous les niveaux.
Le film veut, non pas exposer et faire comprendre une
situation, mais blesser, écoeurer, humilier sur
le mode "Tu m'as fait mal, je te le rends au centuple.".
Voir les scènes décrites plus haut ainsi
que celle de la partouze où Manu demande à
un type de faire la truie (attention, pas le cochon
! amusant lapsus) et lui loge une balle dans l'anus.
Evidemment, aucun humour, aucune ironie ici. Il faut
au contraire exhiber sexe et violence (de préférence
au ralenti pour cette dernière) selon une croissance
exponentielle : scène où Nadine copule
avec un type en regardant des images violentes à
la tv (on découpe un saucisson !), celle du viol,
celle où les deux tueuses lacèrent de
leurs chaussures à talon la figure d'un homme
(qui leur avait demandé d'utiliser un préservatif
!), le même où précédemment
Manu a vomi sur son sexe, extermination en passant de
plusieurs types (dont des policiers, passage symbolique
obligé contre la Loi) et bien sûr, la partouze
finale dans une boîte échangiste où
nos deux héroïnes font un carnage que la
caméra se complaît grassement à
montrer.
Baise-moi
n'est qu'un film de femmes qui se haïssent de l'être.
Abordons justement la scène de viol. Manu boit
un bière avec une amie sur un quai quand des
hommes les enlèvent et les violent. L'amie résiste
et hurle. Manu subit, indifférente. Ensuite,
devant l'incompréhension de son amie, Manue s'explique
: "J'en ai rien à foutre de leurs pauvres
bites de branleurs. J'en ai pris d'autres dans le ventre
et que je les emmerde ! C'est comme une voiture qui
vient dans une cité et tu laisses pas des trucs
de valeurs à l'intérieur si tu ne peux
pas empêcher qu'elle soit forcée. Ma chatte
, je ne peux pas empêcher les connards d'y entrer,
j'ai rien laissé de précieux. Ce n'est
rien qu'un coup de queue et qu'on n'est jamais que des
filles." Il est symptomatique qu'à travers
son personnage Manu expose une négation de soi,
de son corps au point où sa propre intimité
a été vidé de toute substance et
toute humanité, corps sans âme, réduit
à une caisse, une voiture, une marchandise sur
laquelle on peut s'empiler à loisir. Quand on
ne tue pas, l'homme sert uniquement de machine orgasmique.
Au mieux, on se réfugie dans une homosexualité
(scène de la danse) à peine dissimulée.
Tout est réduit à rien, au néant.
Le corps de l'homme est réduit à un sexe,
la sexualité elle-même à une partie
de gymnastique morbide et on peut se demander au final
ce qu'une femme peut être d'autre qu'une femme.
Un homme ? Inavouable. Donc, on tuera. Quand on a réduit
son adversaire à une "bête",
quand on vit dans un monde de fantômes ou fantomatique,
ou qu'on le croit ou le voit comme tel, les êtres
humains n'apparaissent plus comme des êtres humains.
On peut donc les exterminer et l'acte du crime passe
comme une lettre à la poste. Evidemment, il est
bien plus difficile de faire oeuvre et de parler des
rapports hommes-femmes sur un ton juste. Sans doute
trop "bourgeois".
Le
film enferme donc ses personnages dans un contexte trash
(drogue, prostitution, zone et rien n'existe d'autre
en dehors), les ghettoïsent sans jamais nous en
faire comprendre les enjeux, encore moins ceux de ces
deux zombies femelles, envers du décor décati
des pin-up publicitaires. Comme dans Les Idiots de Lars
Von Trier, ici on a Les Idiotes, caricature de personnages
convertis à genou sur l'autel de la bestialité
affichée et reconnue, se vautrant dans le sadisme,
méprisant tout, se vidant de leur intelligence
comme on vide un réservoir et confondant dialogue
et gerbe pour abdiquer de toute trace d'humanité.
A cet égard, le propos du film est à l'égal
de son naufrage technique. Et il ne sera pas sauvé
en prétendant que c'est fait exprès. Quand
on vante la barbarie, le style disparaît. Les
acteurs et actrices sont pitoyables. Il est difficile
de rester sérieux devant des "dialogues"
aussi navrants et aussi ridicules comme cette perle
de la perle quand le co-locataire demande à Manu
qui, après son viol, n'a pas l'air dans son assiette
: "Tu t'es pas faite violée?". C'est
sûr, quand vous voyez une amie qui fait la gueule,
c'est la première question que vous lui posez.
Tout le film regorge de telles répliques d'un
"comique troupier" involontaire : "Mais
qu'est-ce que tu as entre les jambes, connard ?"
ou encore "Tu ne sais pas sur qui t'es tombé
? Sur des putains de tueuses de connard à 4 pattes
!" ou encore "Plus tu baises, moins tu cogites
et mieux tu dors !" et après avoir tué
un marchand d'armes : "Ces gens y meurent, il faut
que le dialogue soit à la hauteur. En plein dans
le crucial, bordel !
· On ne va pas quand même préparer
des trucs à l'avance. - Bien sûr que non,
ce serait contraire à toute éthique.".
On ne peut mieux assimiler et mettre à la même
"hauteur" barbarie et fonction du langage
et en faire le discours précisément crucial
du film où l'auteur se confond avec ses personnages,
ce que la mise en scène justifie.
Humiliation,
sadisme, revanchardisme, sang, destruction et autodestruction,
haine de soi, mort et néant à l'arrivée.
Cette descente festive chez Hadès, roi des enfers,
est la vengeance sociale de Virginie Despentes contaminée
à l'insu de son plein gré par la dureté
et la méchanceté de notre société
(snif, adieu monde cruel !) mais sans se priver du tapage
dénoncé mais désiré de la
censure pour pouvoir recueillir un peu d'audience médiatique
en ces temps de vaches maigres. En bref, Un Justicier
dans la ville avec Charles Bronson, version vagin.
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