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Remarques
sur une "réception impossible"
SALO ET LA GRANDE BOUFFE
par
André
Habib
2001, janvier 04
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"I
am not using our modern way of understanding things
emotionally. I have in no way tried to arouse sympathy,
and in fact the film would lose its sting if it had.
(Pier Paolo Pasolini)
À
chaque plan, on peut dire, je me suis posé le problème
de rendre le spectateur intolérant et tout de suite
après de le démonter."
(Pier Paolo Pasolini)
On
va me reprocher, on me reproche le mauvais goût, la
pornographie de ce film. Mauvais goût, bon goût, qu'est-ce
que ça veut dire? Le président Nixon, c'est du bon goût?
Le président Nixon, c'est le président Nixon.
(Marco Ferreri)
Films-phares,
mais aussi - et parce que - films-chocs des années 70,
La Grande Bouffe (1973) de Marco Ferreri
et Salò ou les 120 journées de Sodome
(1975) de Pier Paolo Pasolini seront passés tous deux
à l'histoire pour les qualités intrinsèques dont ils
font preuve, certes, mais presque tout autant en raison
des débats houleux qui se sont télescopés autour de
ces œuvres "irrécupérables" ou "impossibles". Ces deux
films constituent des événements cinématographiques
- nonobstant les qualités et le programme idéologique
spécifiques à chacun - puisqu'ils sont aussi, et presque
autant, des "événements critiques". On peut parler "d'événement"
lorsque la critique est saisie d'un film et qu'autour
de son procès - puisqu'il s'est agi de faire le "procès"
au sens littéral et figuré de ces productions - ce n'est
pas seulement les films qui sont en accusation, mais
la société qui leur a permis d'exister. Les querelles
entourant ces films ont eu, à lire nombre d'extraits
de journaux et articles spécialisés, par un procédé
presque inconscient, à se déplacer sur une "autre scène"
que celle du film, l'engageant dans un cadre qui débordait
toujours un travail d'analyse "ordinaire". En d'autres
termes, la critique qui s'y est attardée pose un jugement
politique sur notre place au monde, notre devenir historique
et idéologique, sur notre rapport à la société et à
nos tabous. D'un autre côté, les "universaux de la raison
civique" que sont le bon goût, la décence, la dignité
humaine, ont dû aussi être convoqués à la barre pour
témoigner de l'état de dégénérescence de l'art et de
la société. Le jugement sur le film devenait,
en quelque sorte, un jugement sur la société
qui l'a permis, produit, toléré, ouvrant la question
de l'œuvre à un débat idéologique qui témoigne des profondes
perturbations qui ont silloné le trajet de toute une
génération.
La
critique, dans ces cas comme dans bien d'autres, a été
un catalyseur de scandale, puisque, pour qu'il y ait
scandale, il faut qu'il y ait un lieu d'énonciation
qui prononce qu'il y a scandale et matière à débattre.
La critique a donné forme au débat et lui a donné son
souffle. Avant même que les films ne soient vus, des
pages et des pages de critique tapissaient déjà la conscience
du spectateur. L'horizon de réception était déjà informé
par le travail critique, souvent malheureux et détourné,
qui l'avait précédé. Ainsi, l'activité qui consiste
à aller voir le film était doublé par une activité critique
seconde. Le spectateur, indirectement, acceptait de
participer au débat déjà en cours et prendre position.
"Aller au cinéma" devenait une épreuve de tolérance,
l'expérience d'une certaine limite, un geste "politique".
En d'autres mots, assister à la projection de La
Grande Bouffe ou de Salò exigeait du
spectateur qu'il décide, dorénavant, ce qu'il était
admis de montrer au cinéma.
À
partir de quel moment une œuvre peut-elle être dite
transgressive ? Le caractère transgressif d'une oeuvre
émerge à partir du moment où, par son contenu, par ses
objets, un ordre moral tacite du visible ou du sensible
est transgressé (il n'est pas "bien" de montrer vomissements,
sodomie, excréments, flatulences, inoculation, etc.)
Ce cinéma de Pasolini et de
Ferreri est parvenu à atteindre une limite. Au-delà
de cette cloture, peu de salut, mais une régression,
un recul, un retour sur soi ou un recyclage qui caractérisera,
par après, ce qu'on a appelé, faute de mieux, le post-modernisme.
On assiste d'une certaine façon à cette époque, avec
ces films, à la fin de l'âge d'or des "grands cinémas
nationaux", à l'épuisement des "nouvelles vagues" européennes.
Dans ce sens, il est juste de parler, entre 1970 et
1975, d'un certain climat d'"apocalypse" dont des films
comme Last Tango in Paris (Bertollucci, 1972),
La Maman et la Putain (Eustache,1973), Night
Porter (Cavani, 1975), Sweet Movie (Makavejev,
1974), témoignent éloquemment. Tous ces films portent
en eux un sentiment de fin de monde ou d'époque. Le
cinéma se réveille, pour citer le film d'Eustache -
emblématique à bien des égards - "comme la France après
mai 68". Parce qu'il s'agit en effet de la "fin de quelque
chose" et d'un éveil sur un "autre" horizon imprécis.
D'aucuns parlent de la fin de l'histoire, de la fin
du cinéma (ironiquement, il semble qu'on ait toujours,
à toutes les époques, fait le deuil du cinéma). Certainement,
il s'agit de la fin d'un certain cinéma. On a déjà assisté
aux chefs-d'œuvre instantanés de Bergman, Fellini, Antonioni,
Welles, Truffaut, Godard. Entre 1970-1975, on a l'impression,
non nécessairement d'un essoufflement, mais qu'il s'exerçait
diverses tentatives de réformer, de repenser une fois
de plus les codes cinématographiques dans leur ensemble
et le rapport avec le spectateur en particulier. Cette
réforme supposait l'introduction de principes subversifs
nouveaux et la transgression de nouvelles limites. La
Grande Bouffe et Salò me semblent
incarner parfaitement cette nouvelle logique de l'implacable,
du non-figurable. L'une des questions qui semble avoir
intéressé ces réalisateurs pourrait se formuler ainsi
: comment est-il possible de dénoncer une situation,
une société, une relation de pouvoirs, de telle façon
que le spectateur se sente "engagé", non pas seulement
intellectuellement, mais physiquement ? Ces films ne
cherchent pas la sympathie du public, mais plutôt, selon
le mot de Pasolini, essaient de le "rendre intolérant
et tout de suite après de le démonter". La question
du goût est obsolète, seul compte la marche inéxorable
de la démonstration. Entre 1972 et 1975, un nouvel échantillon
de cinéma subversif et provocateur appraît qui se caractérise
par une volonté affichée d'attaquer violemment une certaine
société, de dénoncer un état du monde, un état culturel
et social encore enlisé dans des tabous. Il fallait
pour cela dérouter le spectateur et montrer, enfin,
ce qui ne "doit pas être montré".
L'hypothèse
heuristique que nous posons ici est que ces films engagent
le spectateur de l'intérieur, le forcent à prendre position
en tant qu'être social et politique, même si cette position
consiste en un rejet catégorique. Ces œuvres portent
à leur comble un certain langage cinématographique convenu,
et proposent une pratique radicale et excessive. Devant
cet excès, le travail du critique, comme nous le démontrerons,
est pris comme d'un affolement. On ne peut se contenter
d'un compte rendu critique. Il faut témoigner non seulement
du film, mais de la société qui est mis en question
et de l'art qui est censé la représenter. Un travail
sur la réception critique d'un film de ce genre doit
être en mesure de dégager, dans l'entrelac du texte,
un certain état du discours social dans lequel émerge
une telle œuvre afin de mieux saisir le contexte de
le leur production et analyser leurs contenus.
Ce
qui m'apparaît le propre de ce "cinéma du corps", de
ce "cinéma physiologique" selon l'heureuse expression
de Ferreri, c'est que la première couche de réception
manifeste des symptômes immédiats et violents, impulsifs
et immaîtrisés. Lors de la première projection de La
Grande Bouffe à Cannes en mai 1973, l'histoire se
rappelle que des spectateurs furieux en sont venus aux
coups dans les allées et ont tenté d'agresser le réalisateur
et ses acteurs. Un journaliste se rappelle que lors
de la projection de Salò au Festival de Montréal
en 1981, "deux jeunes femmes étaient sorties de la salle
de projection, courbées en deux, pour aller vomir dans
les toilettes. Pourtant, quelques instants plus tard,
elles revenaient reprendre leur place… Scène troublante."(1)
Ce qui trouble, justement dans cette scène, c'est précisément
ce qui la rend emblématique d'un rapport à l'œuvre de
cinéma qui est détourné, ébranlé. Il y a là, il me semble,
quelque chose de radicalement nouveau. Si on en vient
aux coups et à l'émeute dans la salle, si on est "dérangé"
au point d'aller vomir, c'est que ces films sont parvenus
à engager violemment les spectateurs et à les impliquer
dans leur corps-mêmes. Les témoignages empiriques et
factuels de ces projections sont bien entendus relativement
limités. Cette analyse sera spéculative. Sa question
pourrait se formuler en ces termes : qu'est-ce qui est
en jeu dans la réception de ces œuvres-limites et comment
cette "réception impossible" informe un rapport radical
entre le spectateur et l'œuvre ? L'horizon critique
que nous dégagerons possède une double articulation.
Il y a le film singulier et le public-critique qui en
est saisi. Il y a, d'autre part, une pré-compréhension
ou un pré-jugé de ce dont il est question. C'est-à-dire
que l'aura du "scandale" précède l'accueil du film et
en modifie la réception. Ces films se trouvent engagés
dans le procès de l'art ou de la société, dans un processus
qui les dépasse et qui, ultimement, ne les concerne
plus. Du coup, on invoque la dégénérescence de l'art,
la gloutonerie des provocateurs-réalisateurs, la frivolité
d'un public qui veut à tout pris être choqué, etc. En
faisant preuve, à plus d'une occasion, de mauvaise foi,
la critique, friante elle aussi de scandale, s'est complue
à ignorer le défi que proposaient ces œuvres. Le critique,
devant des films-chocs, peut soit analyser les modalités
de la provocation, soit regarder les modalités du
film. Plus souvent qu'autrement, le critique s'est arrété
à la première.
Le
scandale de "La Grande Bouffe" : une "mini-mini
affaire Dreyfus".
La
présentation de La Grande Bouffe, en 1973, au
Festival de Cannes s'est tenue, dès avant sa projection,
sous les auspices du scandale. Il s'agissait d'un film,
réalisé par un Italien, ayant pour protagonistes deux
acteurs italiens, mais représentant la France, aux côtés
de La Planète Sauvage de Roland Topor et de La Maman
et la Putain, de Jean Eustache. On se demandait déjà
comment un film ayant un tel contenu et dont "seul l'argent
est français" pouvait représenter les couleurs de la
France. Dans une lettre du maire de Menton (datée du
mois de mai 1973) au Ministre de la Culture de l'époque
Maurice Druon, il est écrit :
Dans
quelles conditions le film de Marco Ferreri qui a
soulevé l'indignation générale, a été sélectionné
pour représenter l'art cinématographique au Festival
de Cannes (…) Est-ce que le Ministre envisage à l'avenir
de faire en sorte que les films présentés au nom de
la France soient dignes du goût et de l'esprit français
? (2)
Il
est très révélateur qu'un film qui n'est pas encore
sorti puisse "soulever l'indignation générale". Que
le film, ainsi que les deux autres qui représentaient
la France remportent des prix (Prix Spécial du jury
ex-aequo pour Eustache et Topor, Prix de la critique
internationale pour Ferreri) n'a fait qu'enclencher
et envenimer le débat. Bien que nécessairement partiel,
un bref survol des quotidiens de l'époque s'impose.
La
presse la plus bruyante fut, évidemment, celle qui tenait
en haine le film. Dans un article, le journaliste assimile
les membres de la critique qui ont récompensé le film
à des "terroristes de la culture se trouvant depuis
fort longtemps sous la coupe des moscoutaires"(3).
Le Figaro prétend que le film "mérite l'oscar mondial
de la vulgarité"(4), Le Canard
enchaîné le qualifie de
"sinistre" (5), et Le Monde considère
que "le plus grand reproche que l'on peut lui faire
[c'est de nous] écoeurer au lieu de nous choquer." (6)
L'Humanité critique "la minceur du propos, l'aspect
sec et caricatural de sa transcription."(7)
Sur Europe 1, une chaîne télévisée, il est dit qu' "avec
la projection de La Grande Bouffe, le Festival
a connu sa journée la plus dégradante et la France sa
plus sinistre humiliation."(8)
Ailleurs, on écrit que "c'est une œuvre de mort pour
plaire aux morts-vivants."(9)
"Obscène et scatologique, d'une complaisance à faire
vomir, ce film est celui d'un malade qui méprise tellement
les spectateurs que l'on ne peut que se réjouir des
huées qui l'ont accueilli"(10),
avance un autre. "Film immonde et scatologique" peut-on
lire sous la plume de l'un, qui considère que ce "petit
raz de marée donne une image totalement fausse de notre
production cinématographique et on peut se demander
quelles intentions y ont présidé, car il faut bien remarquer
que ces "œuvres majeures" ne dérangent "politiquement"
personne."(11) Le critique de
Paris Match s'exclame de son côté : "Honte pour mon
pays, la France, qui a accepté d'envoyer cette chose
à Cannes afin de représenter nos couleurs (…) Honte,
enfin, pour notre époque dont la faiblesse tolère, finance,
encourage, dévore et déglutit pareille pâtées d'excréments."
Il va jusqu'à proposer l'institution d'une ligue qui
aurait pour mandat de "protéger les jeunes gens ou des
adultes contre pareille infection."(12)
Un journaliste de New York conclut son article de la
façon suivante : "La Grande Bouffe is not a successful
film, it allows for too much pretentious and doomy interpretations."(13)
La liste seule des actes posés dans le film (scatologie,
vomissement, pet, etc.) suffit à disqualifier le film.
La simple énumération de ce qu'on peut y voir, la seule
idée que l'on ait filmé ces actes constitue une preuve
incriminante. On critique par ailleurs la laideur formelle
et le déshonneur qu'ont fait subir à leur métier les
comédiens qui se sont prêtés au jeu.
Si
l'on critique l'ennui, le mauvais goût, le dégoût, la
dégradation que le film inspire et la complaisance du
réalisateur, une autre garde félicite l'audace, l'inventivité,
l'humour noir, la précision de la réalisation, la crudité
du propos et la charge réflexive auquel le film nous
invite. Un de ses défenseurs pose un regard très sévère
sur la réaction outragée de certains journalistes. Il
la compare aux répressions fascistes de l'art "décadent"(14).
Plus d'un a par ailleurs rapproché les charges contre
Ferreri aux attaques portées contre Zola au XIXe siècle(15).
Donc, c'est avant tout comme partisans de la liberté
d'expression et des œuvres marginalisées que beaucoup
des critiques positives se sont retrouvées. D'aucuns
saluent la caractère salutaire "d'une provocation au
pur sens du terme, c'est-à-dire un défi de l'esprit"(16),
d'autres font l'éloge d'une accusation "du mal social,
qui crée elle aussi le malaise."(17)
Plusieurs
lectures plus nuancées, même dans les quotidiens, se
laissent toutefois entendre, elles qui tentent, différemment,
de replacer le débat sur une meilleur voie que celle,
simpliste, de la lutte entre la droite chrétienne nationaliste
et la gauche communiste anti-bourgeoise. Certains déplorent
la facilité des rapprochements et de la démonstration,
prétendant qu'il ne "suffit pas d'être scatologique
ou pornographique pour avoir du talent"(18).
Un journaliste tente de replacer le film dans sa dimension
historique et anthropologique. Considérant la dualité
entre le corps et l'esprit, il questionne la division,
opérée par le discours théologique, entre le "bas" et
le "haut". Convoquant Montaigne, Bakhtine et même la
Mère Angélique de Saint-Jean (!), il se demande si cet
isolement du "haut" et du "bas" ne peut faire autrement
que "déchoir dans le grossier."(19)
Le film serait, en quelque sorte, une démonstration
de cette idée d'un retour radical, d'une redécouverte
profonde du corps dans toute sa "laideur".
Si
un critique compare La Grande Bouffe au Charme
discret de la bourgeoisie (1972) (20),
un autre prétend au contraire que "Ferreri n'emprunte
à Bunuel aucune de ses cartes : nulle dérobade surréaliste
dans le déroulement de l'anecdote et du spectacle. Seule
la logique la plus implacable : seul le réalisme le
plus cru."(21) La question du
réalisme, dans ce sens, a préoccupé
plus d'un critique, autant dans les quotidiens que dans
la presse plus spécialisée. On l'a comparé à une "fable
surréaliste" porté par des images au réalisme cru (22).
On l'a critiqué, d'un autre côté, pour l'absence de
psychologie des personnages dont on ne sait rien des
motivations et des raisons qui les mènent à vouloir
s'enlever la vie, ce qui aurait permis d'émouvoir et
de se sentir impliqués(23). Ailleurs,
au contraire, on l'a félicité pour ne pas s'être encombré
d'explications psychologiques et d'avoir respecté une
démarche systématique et rigoureuse, comparant les règles
et rites présidant leur "culte gastronomique" aux 120
journées de Sodome… du Marquis de Sade(24).
On lui a aussi reproché de ne pas être plausible sur
le plan narratif (25), et "invraisemblable
sur le plan physiologique" (26).
Visiblement, personne ne semble s'être entendu sur quel
type de lien ce film entretient avec la réalité et avec
le réalisme. Si les expressions "fable surréaliste"
et "réalisme cru" ont servi à décrire le même film,
il y a clairement un embarras critique qui rend sa classification
problématique. Si l'absence de psychologie côtoie la
froideur de la démonstration et la crudité du contenu,
tout en demeurant proprement irréaliste, le film respecte
une logique narrative parfaitement collée sur la réalité.
Cette ambiguïté, cette suspension, constitue un des
aspects les plus radicaux du film, et c'est justement
une des dimensions qui en trouble la lecture critique.
Le
problème de l'interprétation globale de l'œuvre qui
se traduit ici par "l'intention de l'auteur", a été
le point de mire de ses détracteurs autant que de ses
défenseurs. La Grande Bouffe est, plus souvent
qu'autrement, présenté comme un film dénonçant les excès
de la société de consommation, malgré les propos que
le réalisateur a confié à un journaliste à Cannes (27).
Plusieurs y ont vu l'illustration des tensions entre
l'Occident qui crève de trop manger alors que le reste
de la planète crève de faim. D'autres y ont vu une réflexion
sur l'angoisse éternelle de l'homme qui tente "en vain
de fuir son destin"(28). Dans
la même veine, plus d'un a souligné l'importance d'un
film qui montre l'angoisse de l'homme qui (re)découvre
qu'il a un corps, qu'il est un être physiologique (29).
Si le film est compris comme une charge contre la bourgeoisie
capitaliste, c'est de façon réactionnaire, selon la
critique des Cahiers du Cinéma : "La petite-bourgeoisie
intellectuelle se rassure ainsi - en désignant métaphoriquement
la mort et la pourriture de la bourgeoisie à partir
d'un point d'excès impossible - sur sa propre pérennité
transhistorique."(30). Dans Film
Quarterly, on arrive à une conclusion similaire selon
laquelle La Grande Bouffe est essentiellement
stérile et que Ferreri aurait succombé à la forme d'art
décadent que le film tente d'attaquer. On y oppose le
contenu "subversif" du film à sa structure "néoclassique"
en cinq actes, pour montrer que si le film brise le
procès dramatique classique, il ne débouche que sur
la mort (31). Pasolini lui-même
eut son mot dans Cinema Nuovo, soulignant admirativement
que ce "film est une contestation absolue qui met en
échec la logique du réel"(32).
Il
n'est pas possible de donner plus avant la mesure critique
de chaque article puisque le longueur des textes et
le lieu de l'énonciation (Paris-Match et les Cahiers
du Cinéma n'ont pas le même mandat critique) congédient
toute possibilité de nivellement. Il reste que la critique
n'a pas été unanime. En fait, la querelle entre ses
détracteurs et ses défenseurs fut à ce point féroce
et tranchée, qu'un journaliste de Paris Match compara
le film à une "mini-mini Affaire Dreyfus". L'analogie
n'est pas innocente et démontre bien, dans un premier
temps, qu'il s'agissait de faire le procès d'un film,
et que, dans un second temps, c'est toute la société
qui se trouvait impliquée et jugée.
Salò,
Pasolini, Sade.
Sans
entrer dans les détails de la censure directe et indirecte
qui a affligé le film en Italie, en Grande Bretagne
et ailleurs pendant plusieurs années (33),
il ne serait pas abusif d'affirmer que la réception
de Salò fut désastreuse, et en Italie plus particulièrement.
Elle posa problème pour une multitude de raisons, la
moindre n'étant pas l'assassinat de Pasolini quelques
jours seulement après sa complétion. Pasolini avait
compté sur une série de conférences de presse qui auraient,
sans l'ombre d'un doute, éclairé certaines ambiguïtés
du film et dissout les propos outranciers et douteux
tenus par certains journalistes. En ce sens, un climat
de mort pèse doublement sur le film. Plus d'un critique
ne put s'empêcher de lire Salò comme une œuvre
de mort, devenue, malgré elle, une œuvre testament,
qui porte en elle la mort tragique et terrible de son
auteur. Malgré les différences notables de contenu,
mis côte à côte, les comptes rendus de La Grande
Bouffe et de Salò éclairent mutuellement
la relation de la critique face à des œuvres "indigestes"
et "difficiles".
Le
premier geste du critique posé devant Salò fut
de s'abstenir d'en parler, si ce n'est que pour indiquer
que "cette dénonciation du fascisme donne un film dégradant,
insupportable et dont chaque spectateur se sentira sali,
quel que soit le talent évident du cinéaste."(34)
À ce titre, les épithètes colorés et enragés fusent
sous la plume de nombreux journalistes de façon interchangeables
et indistinctes : Pornographique, horrible, répugnant,
provocateur, désespéré, désespérant, cochon, blasphématoire,
excrémentiel, vicieux, dégénéré, décadent,etc.
Le
second geste fut, comme pour La Grande Bouffe,
de douter des intentions véritables de l'auteur, l'accusant
d'avoir créé une œuvre gratuite et "d'une insupportable
complaisance" qui atteint le "comble de la trivialité"(35).
L'accusation de complaisance est symptômatique pour
les deux œuvres et revient à dire que le réalisateur
s'est fait complice de ce qu'il cherchait à dénoncer
(le fascisme, la décadence de l'Occident). On reproche
à Pasolini son "impassibilité complice" (36).
On émet des doutes sur l'intelligence et les véritables
volontés de dénonciation de l'auteur, comme s'il avait
utilisé la porte du fascisme pour se complaire dans
des obsessions privées (homosexualité, pédophilie, scatologie)(37).
Les intentions de l'auteur demeurent vagues et le pouvoir
qu'il vise trop abstrait, selon l'écrivain Italo Calvino
dans la Corriere della Serra (38).
Un critique se demande si, au fond, le film n'est pas
une sorte de Caligula (39) qui,
sous des couverts de dénonciation du pouvoir, n'était
intéressé qu'à faire un film érotique auto-complaisant.
On accuse Pasolini de n'avoir pas été intéressé à l'adaptation
et à la transposition de l'œuvre de Sade, mais plutôt
dans les détails obscènes qui la pimentent (40).
L'adaptation
du roman du "Divin Marquis" est celle qui a semblé préoccuper
la plupart des critiques. Leur question pourrait se
traduire ainsi : Sade peut-il être porté à l'image ?
Roland Barthes est de ceux, très nombreux, qui estiment
que Sade n'est pas représentable puisque "le fantasme
s'écrit, il ne peut se décrire."(41)
D'autres vont jusqu'à questionner l'utilité "d'utiliser
l'univers de Sade comme métaphore."(42)
Si des critiques ont avancé que le sadisme de Sade n'est
pas imagé, d'autres se sont rabattus sur des poncifs
du style "le livre est toujours meilleur que le film",
occultant tout le travail de transposition et d'adaptation
que Pasolini développe.
Ce
qu'il faut saisir c'est que l'utilisation de Sade est
doublement reprochée à Pasolini et ce, dans plusieurs
articles, en raison du fait qu'il associe Les 120 journées
aux horreurs du fascisme, dénaturant ainsi la nazisme
et l'œuvre de Sade en les assimilant, ce qui fait dire
à Barthes que "tout ce qui irréalise le fascisme est
mauvais ; et tout ce qui réalise Sade est mauvais".
Toutefois, Barthes se demande en concluant si, "à la
suite d'une longue chaîne d'erreurs, le Salò
de Pasolini n'est pas en fin de compte un objet proprement
sadien : absolument irrécupérable : personne, en effet,
ne peut le récupérer".
Bon
nombre d'auteurs vont condamner Pasolini pour avoir
trop facilement et un peu gratuitement plaqué l'un sur
l'autre les deux systèmes excessifs que sont le fascisme
et la sadisme : les libertins de Sade se soustrayaient
au jugement du spectateur/lecteur, alors que les fascistes
de Salò ne peuvent qu'être calomniés. Pasolini,
de la sorte, édulcore l'un par l'autre et inversement.
Il
y a toutefois des voix pour dire que Salò est
digne de Sade en tant qu'expérience d'une limite, et
que, comme Sade, Pasolini est parvenu à bouleverser
le langage et un rapport paisible à l'objet de la lecture
(43). C'est qu'en fait Pasolini
nous convoque à un réquisitoire atroce dont l'efficacité
et la beauté reposent sur la rigueur et l'austérité,
et non sur une quelconque fascination morbide et enfantine.
Le film ne serait donc pas un film de mort, dégradant,
malsain, mais plutôt "un film sur la mort, un film sur
la dégradation, un film sur le mal et le morbide" (44).
C'est au profit de cette inversion que le film peut
être récupéré et admis comme valable par la critique.
L'accusation de complaisance ne tient pas si l'on comprend
qu'il ne s'agit pas d'un film pornographique ni sadique,
mais plutôt d'un "cri moral qui frôle le délire"(45).
L'argument consiste pour certains critiques de dire
que, si Pasolini a détourné Sade, il ne réalise pas
moins un film infernal, qui nous ébranle avec une violence
immaîtrisable, et sur lequel plane une tristesse atroce.
Un
autre dispositif consiste à interroger l'analogie et
la métaphore entre le fascisme, la sexualité et la question
de la lutte des classes, liée à l'anarchie de tout pouvoir.
Pour les uns, Pasolini est resté coincé dans une sorte
de naïveté ou "d'innocence irrémédiable" qui postule
une hétérogénéité fondamentale entre la classe des exploitants
et la classe des exploités. Il n'y aurait, dans ce cas,
aucune circulation des désirs et des plaisirs entre
les deux (46). Certains considèrent
au contraire que le film nous ouvre les yeux sur l'horreur
des pouvoirs répressifs de toute sorte. Pour d'autres,
Salò est au contraire un exemple frappant de
l'affrontement de l'homme au sexuel, "sans médiation
poétique" (47). Au-delà donc d'un
procès dialectique simple, Pasolini "soulève le spectaculaire,
expurge l'émotion, pour imposer la sensation physique
directe de la perversion sociale de nos fantasmes sexuels"(48).
S'inscrivant donc au-delà de la simple description historique
(le fascisme de la République de Salò), le film
montrerait que l'histoire ne peut que se répéter, que
l'histoire n'est qu'une variation de principes anarchiques
et d'application du pouvoir (49).
Mais en posant ainsi un "cinéma de la négativité pure",
Pasolini se doit de poser une exigence de positivité,
c'est-à-dire la possibilité d'un espoir, fut-ce-t-il
illusoire. Plusieurs critiques voient cet espoir métaphorisé
dans la figure du jeune homme abattu, le poing levé,
vers la fin du film. Cette scène est citée à plusieurs
occasions et semble incarner la possibilité d'une résistance
absolue, transhistorique.
On
n'aurait pas tort, pourtant, de dire que très peu d'articles
ont été en mesure de lire littéralement le film et intégrer
dans leur analyse ses éléments radicaux (scatologie,
sodomie, meurtre). Plus souvent qu'autrement, comme
pour la critique de La Grande Bouffe, on s'est
contenté d'en dresser l'inventaire et de calomnier le
film sur le principe que ces actes y sont figurés. La
distance créée par les aspects formels du film, le caractère
abstrait des personnages, la froideur général qui gouverne
le film, sont autant d'éléments qui ont semblé gêner
et encombrer. C'est pour cette raison, il semble, que
le débat s'est joué sur le plan des idées et qu'on a
pu jongler avec un objet contradictoire et paradoxal.
Parce que, la question peut se poser, "l'image de la
dégradation n'est-elle pas, par essence, dégradante
?" (50) Mais une telle interrogation
supposerait des critères normatifs qui délimitent le
goût du mauvais goût et qui permettraient de disqualifier
un objet en se disculpant devant la tâche éprouvante
de l'analyser, de faire sens de ses ambiguïtés et de
ses paradoxes. Il a été plus facile, à plus d'une occasion,
de rejeter l'œuvre comme simpliste et bonne qu'à choquer,
que d'en saisir la différence essentielle.
Salò
et La Grande Bouffe : Une réception impossible.
La
réception critique de ces deux œuvres n'a pu être qu'esquissée
ici, mais aura suffi à démontrer les apories auxquelles
elle est parvenu. Si ces films ébranlent les piliers
de la morale, interrogent nos tabous secrets, ce n'est
pas sans poser des questions sur notre rapport ambigu
à une œuvre d'art dont l'existence repose sur la possibilité
d'une transgression esthétique. Si les repères traditionnels
d'une œuvre de cinéma sont détournés, si le but ou la
conséquence du spectacle cinématographique est le choc
et le scandale, on voit à quel point, à l'époque, les
malentendus ont pu se répandre. L'erreur serait de dire
qu'aujourd'hui, puisque ces films ne nous choquent plus
(et cela reste à démontrer) ils n'ont plus leur raison
d'être. Si la provocation constitue un "événement critique"
à une époque précise, il est toujours possible d'entamer
un dialogue avec elles. Il suffit, pour ce faire, de
les lire juste et, justement, à la jonction du cadre
historique de leur scandale et de leur existence en
tant qu'œuvre d'art.
Les
années 70 ont assisté à l'émergence de nombreux films-chocs.
Il suffit de penser au Dernier tango à Paris (Bertolucci,
1972), Night Porter (Cavani, 1973), aux films de Jodorowsky
et d'Arrabal (Holy Mountain,1973 , J'irai comme un cheval
fou,1973), au Satyricon de Fellini (1969), et, à un
degré moindre, à Caligula (Brass,1977), Histoire d'O
(Jaeckin, 1975),etc. Tous ces films, de qualité et d'intérêt
très différents, ont été "scandaleux" parce qu'ils mettaient
en image des contenus "impropres", créaient des rapprochements
inusités et ont suscité des débats enflammés. Ils ont
été, par ce fait-même, assimilés les uns aux autres
dans le discours critique. Leurs réalisateurs ont été
accusés d'auto-complaisance morbide et érotique, d'avoir
voulu "choquer pour choquer". C'est comme si cette dimension
transgressive, prise à part, était la seule raison d'existence
du film et que c'est sur sur cet horizon seul que le
spectateur rapporte l'expérience qu'il désire en faire.
Plus souvent qu'autrement, le spectateur ira au cinéma
pour cette raison, pour aller "vérifier" pour sa propre
gouverne son seuil de tolérance et pour s'inscrire dans
le débat. Les œuvres dites à scandale offriraient, d'une
certaine façon, une nouvelle modalité de la spectatorialité
ou il s'agit de faire l'expérience de ce qu'on est capable
ou incapable de supporter.
Cette
modalité est très différente de la spectatorialité qui
gouverne le cinéma d'horreur ou d'épouvante où il s'agit,
pour adopter une lecture simple, de satisfaire un regard
sadique/ masochiste à bon compte. Devant les films de
Ferreri et de Pasolini, le regard n'est pas en mesure
de se perdre dans le spectacle, puisqu'il est constamment
mis en accusation. Ce qui démarque et gêne dans ces
films c'est la distance glaciale (formelle et narrative)
qu'ils opèrent face à leur sujet et l'absence complète
de complaisance. Aucune psychologie, aucun traitement
de l'émotion, du drame, de rédemption morale ou de pitié
consolatrice. La critique a déploré que les deux films
n'aient pas montré l'origine des processus qui mènent
l'un au suicide, l'autre au fascisme. Mais ce serait
justement là, dans cette absence de logique causale
que les films, à mon avis, atteignent leur but, qu'ils
sont capables de nous montrer non pas des personnages,
mais des figures, des marionnettes manipulées par des
forces d'échange ou des dynamiques de pulsions. Ils
mettent en scène un théorème, un système et le travaillent
systématiquement jusqu'à la limite du dicible et du
montrable, le poussant jusqu'à l'absurde. Ils entraînent
le spectateur dans cette démarche implacable, en déplaçant
constamment les processus d'identification et de distanciation
de telle sorte qu'il est impossible de s'attacher aux
personnages et en même temps il est impossible de demeurer
indifférent, puisque le spectateur se trouve engagé
par la charge, la force, la puissance bouleversante
des images.
Dans
le deux cas on a reproché aux cinéastes d'avoir désacralisés
les corps et la dignité humaine en exposant ses instincts
et ses perversions physiologiques primaires, troublant
ainsi les rapports stables que le spectateur entretenait
avec un personnage-acteur. Il serait possible d'avancer
que c'est précisément cette objectivation et cette instrumentalisation
radicale des corps que les deux réalisateurs ont tenté
d'analyser et de dénoncer, d'une part. D'autre part,
il serait important de souligner que les excréments,
le vomissement, le bas fétichisme, la torture crapuleuse,
possèdent dans ces films une double fonction, métaphorique
et ontologique. D'abord, métaphorique, puisque, souvent,
ils tiennent lieu de quelque chose d'autre qui y est
figuré (l'oralité, la consommation, la pulsion sadique
ou masochiste). Ils ont aussi une fonction ontologique
parce que ce qui est concerné c'est l'être-même de ces
objets à l'écran. Pris en eux-mêmes, par leur simple
existence projetée, ils suscitent de vives réactions
et cette réaction possède une vaste portée idéologique
et politique.
Au-delà
du fascisme et de la critique d'une certaine bourgeoisie,
ces films visent tous les rapports au/de pouvoir, tous
les rituels de consommation (nourriture, sexe). Toute
lecture univoque et étroite du film est d'emblée condamnée
à l'aporie. Le scandale vient de cette objectivité,
de cette indifférence et de cette austérité de la forme,
combinée avec l'horreur ou le degôut qu'inspirent un
contenu devant lequel le spectateur ne semble pas être
capable d'opérer une distance. Le regard spectatoriel
ne peut pas, même discrètement, raffoler de ce qu'il
voit à l'écran. Les mêmes actes, posés dans un film
d'horreur ou pornographique par exemple, sont balisés
par un dispositif spécifique, par une série de codes
génériques qui sont totalement absents de La Grande
Bouffe et de Salò. Le contenu, ainsi que
la construction du regard sont tout à fait distincts
et font appel à un autre mode d'appréhension.
En
raison de la curiosité et de la répulsion qu'il inspire
ainsi que de la froideur qui le gouverne, ce cinéma
révèle tous les traits du rituel et du sacré. En plus
de mettre en scène une série de rites et de renvois
aux textes liturgiques, ces films exercent une étrange
facination-répulsion qui, aux dires de Freud, Bataille,
Foucault, est le propre du tabou et du sacré, et aussi
de toute œuvre d'art proprement "subversive". Le spectateur
est, pour cette raison, repoussé et en même temps happé
par le film. C'est en ce sens qu'il est possible de
parler d'une "réception impossible". Ce qui se traduit
en nous, à l'intérieur de nous, très similaire en cela
à ce qu'Artaud envisageait dans son Théâtre de la cruauté,
c'est avant tout une impression physique, physiologique
que la réflexion, après coup seulement, peut tenter
de formuler. Or, en la formulant, c'est déjà une autre
expérience dont il est question. Le spectateur est donc,
en ce sens, à la fois dans l'œuvre et projeté à l'extérieur
d'elle, tenu à l'écart. Le regard du spectateur est
à la fois complice du spectacle et accusé par le spectacle
qui, dès lors, n'a plus rien de spectaculaire.
Ces
films enfin, pour reprendre les propos en exergues,
ne cherchent pas la sympathie du public, mais plutôt
tendent à démonter, ultimement, les mécanismes de l'intolérance
et les systèmes qui nous conduisent à juger telle œuvre
pornographique et de mauvais goût. La réception critique
de ces œuvres a démontré à quel point ce travail de
synthèse est complexe et que le renversement du regard
qu'ils présupposent peut être périlleux. Mais on aurait
tort, aujourd'hui, de se donner le beau jeu, puisqu'une
époque peut être tout aussi policée par la permissivité.
L'indifférence et la désensibilisation, en rendant caduques
toute possibilité de transgression, trahissent des contradictions
tout aussi inquiétantes que des œuvres qualifiées à
leur époque de "décadentes".
Notes
:
1)
Louis-Guy Lemieux, "Salo de Pasolini : Cochon
ou génial?", Le Soleil, 18 septembre 1982.
2) Lettre de François Palmero, sénateur-maire
de Menton, au Ministre des Affaires culturelles Maurice
Druon (mai 1973). Aucune autre référence disponible.
3) Charles Ford, Minute, 27 juin 1973.
4) Louis Chauvet, Le Figaro, 28 juin 1973.
5) Michel Duran, Le Canard Enchaîné, 23
juin 1973. "C'est [le] plus grand défaut [du film]:
il est emmerdant."
6) Jean de Baroncelli, Le Monde, 8 juin
1973.
7) François Maurin, L'Humanité, 22 juin
1973.
8) Francois Chalais, Europe 1.
9) Jean-Louis Tallenay, Télérama, 2 juin
1973.
10) Claude-Marie Tremois, Télérama, 2
juin 1973.
11) Jaqueline Michel, Télé Sept Jours,
2 juin 1973.
12) Jean Cau, Paris Match, 2 juin 1973.
13) Vincent Canby, New York Journal, september
1973.
14) François Nourissier, Le Point, 11
juin 1973.
15) "La Grande bouffe" et le sentiment national",
Le Monde, 2 juin 1973 (Revue de Presse).
16) Henry Chapier, Combat, 22 mai 1973.
17) Robert Chazal, France-Soir, 23 mai
1973.
18) Jean de Baroncelli, Le Monde (écrit
après l'article du 8 juin. Date non disponible).
19) Hubert Gignoux, "Le Grand Schisme", Le
Monde, 8 juin 1973.
20) Bruce Bailey, "Feast art or repulsive?",
The Gazette, 27 novembre 1982 (à l'occasion du
relancement du film à Montréal après son retrait du
circuit régulier en 1973). Le film est comparé au film
de Bunuel : "Both symbols of middle-class decadence
[although] La Grande Bouffe is less subtle and
a lot sexier".
21) Jean-Louis Bory, Le Nouvel Observateur,
21 juin 1973.
22) Michel Flacon, Le Point, 21 mai 1973.
23) Paul-Louis Thirard, "La substance du plat".
Positif 152-153 (juillet-août 1973): 96-99.
24) Derek Prouse, London Sunday Times,
27 mai 1973.
25) Francine Laurendeau, Cinéma/Québec
3-3 (novembre-décembre 1973): 36-37.
26) Jaqueline Lajeunesse, Image et Son
273 (juin 1973): 148-149.
27) "Je ne cherche pas à dénoncer la société
de consommation, comme certains sont tentés de le croire,
parce que les gens consomment, mangent, mangent, mangent.
Je condamne la société, n'importe quelle société." (Le
Monde, 25 mai 1973). Pasolini fera une réflexion
similaire lorsqu'il considère que Salo est une
réquisitoire contre l'anarchie du pouvoir fasciste,
mais aussi contre l'anarchie de tout pouvoir.
28) Yveline-R. Batacle, "La Grande bouffe ou
le film qui dérange", APEC (Belgique) 1- (73-74):
43-44.
29) Jean Collet, Etudes (août 1973): 242-247.
30) Pascal Bonitzer, Cahiers du Cinéma
247 (juillet-août 1973): 33-36.
31) Marsha Kinder "Life and death in the Cinema
of Outrage or The Bouffe & the Barf", Film Quarterly
28-2 (hiver 74-75): 4-10.
32) Pier Paolo Pasolini, "Le ambigue forme della
ritualita narrativa", Cinema Nuovo 23-231 (septembre-octobre
1974): p. 342-347.
33) Le film a été d'abord interdit en Italie
au mois de novembre 75. L'interdit fut levé en décembre
75. Le film joua trois jours à Milan avant d'être à
nouveau retiré des salles jusqu'en 1978. Le film fut
interdit en Grande-Bretagne. En France, le film fut
présenté le 22 novembre 1975 au Festival de Paris, en
première mondiale, puis, l'été suivant, dans cinq salles
à Paris, avant d'être retiré, pour n'être présenté que
dans une seule salle, La Pagode, pour des raisons
de "sécurité".
34) Le Monde, 25 novembre 1975.
35) Freddy Buache, "Pasolini", Tribune-Dimanche,
30 novembre 1975.
36) Louis Chauvet, "Une certaine odeur de soufre",
Le Figaro, 5 juillet 1976.
37) "In sum it is as pointless a waste of film
stock as anything in the confession series". Derek Elley,
"Pasolini's Salo", Films and Filming 24-1 (octobre
1977): 31.
38) Italo Calvino, Corriere della Serra,
décembre 1975.
39) "Pasolini's film is so excessive itself that
you begin to doubt that his real concern were actually
very high-minded. You wonder whether the film is any
more than a Caligula - Bib Guccione's self-indulgent
erotic film that weakly pretends to be about absolute
power corrupting absolutely". Bruce Bailey, "Salo message
lost in excessive", The Gazette, 24 août 1981.
40) Robert Asahina, "A weak italian trio", The
New Leader (21 novemvre 1977): 24-25.
41) Roland Barthes, "Sade-Pasolini", Le Monde,
16 juin 1976.
42) Jacques Siclier, "Salo de Pasolini", Le
Monde, 25 novembre 1975.
43) Christian Depuyper, "Salo", Cinéma 72
211 (juillet 1976): 102-106.
44) Guy Braucourt, "Dernier Tango à Salo", Écran
42 (décembre 1975): 27-28.
45) Marc Gervais, "Le dernier cri d'un cinéaste
au bord de l'abîme". Cinéma/Québec 5-3 (1976)
p.8-11.
46) Serge Daney, "Note sur Salo". Cahiers
du cinéma 268-269 (juillet-août 1976): 102-103.
47) Marceline Pleynet, "Le tombeau de Pasolini",
ArtPress, décembre 1975.
48) Christian Depuyper, "Salo", op. cit.
49) Gideon Bachman, "Salo", Take One 5-1
(février 1976): 29.
50) Jean-Loup Passek, "L'Horreur au scalpel".
Cinéma 72 205 (janvier 1976): 88-91.
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