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Étant
tout jeune à la sortie du premier Star Wars,
comme bien d'autres enfants j'avais fait dépenser
à mes parents la moitié de leur paye sur
la panoplie de jouets à l'image du film. D'innombrables
heures à faire la guerre dans la cacophonie du
plastique qui ne meurt jamais. Le plus marquant de ces
gadgets fut le broyeur à déchets (bien
que c'était le "Faucon milennium" qui
couronnait le roi du quartier), avec ses murs qui se
rapprochent pour tout écraser et forcent Luke,
Han, la princesse et quelques tas de ferraille parlant
à l'astucieuse esquive de dernière minute.
On tourne la vis manuellement pour écraser les
figurines, le tout venait avec un tas de petits morceaux
d'éponges en guise de rebus divers qui s'applatissent
entre les murs et reprennent ensuite leur forme, rien
ne se brise. Impossible aussi de détruire les
figurines, la vis tourne dans le vide ou se brise avant
qu'on puisse casser un bras à Luke. Triste et
nécessaire, l'imagination qui bute sur la banalité
de l'objet réel. C'est donc avec ce jouet que
la fantaisie commença de s'écrouler, bien
qu'il coincidait peut-être avec le passage à
un autre stade de la croissance psychologique. Encore
plus triste, à observer l'agitation qui entoure
la sortie de Phantom Menace, il semble que bien
des adultes n'aient jamais franchi ce stade.
Hystérie
propre à la démesure de notre culture
de masse et de ses idoles, enrobage du vide comme stéroïde
de la fascination, dont l'objet n'a peut-être
pas pour l'individu autant d'importance que le besoin
d'appartenir au conscensus, "d'être dans
le coup", de ne pas être à l'écart
de ce dont tout le monde parle, ou plutôt de ce
dont on les fait parler. À Los Angeles, des bagarres
éclatent dans les magasins qui vendent des objets
plus rares (dont les prix peuvent dépasser les
200$) à l'effigie du film et un peu partout on
campent pendant des jours devant les multiplex pour
se procurer des billets. Les médias n'ont qu'à
montrer quelques personnes costumées se rendre
aux projections et l'effet de chaîne s'enclanche.
Il faut d'ailleurs croire, puisqu'ils n'ont pas encore
vu le film, que ces gens déguisés le sont
à partir des figurines en magasin, fruits mûrs
du marketing qui colle à la peau.
Jennifer
Briggs, une enseigante vivant en Caroline du Nord, a
officiellement changé son nom pour Obi-Wan Kenobi
Briggs.
Le
vrai cinéma est au dépanneur et au comptoir
fast food, images omniprésentes, dans le sac
de chips, sur la cannette de Pepsi («cannette
à collectionner» y est inscrit au bas),
primes, concours, coupons rabais, pacotilles... L'envie
de consommer vient en consommant. L'esprit des enfants
ça peut rapporter gros.
Déjà
le premier Star Wars était bien
mince, une fête des moyens les plus avancés
de l'époque érigée sur un scénario
où se multiplient les clichés usés
depuis des centaines d'années dans toute la dramaturgie
populaire, une faiblesse de contenu, des messages contradictoires
et une interprétation médiocre. Pourtant
il y avait une certaine authenticité, un charme
bien unique qu'on perçoit encore en le visionnant
aujourd'hui, propre à séduire toute une
génération. Mais c'est de cette séduction
première dont jouit le nouvel épisode
de l'entreprise, et non du film en soi, qui est encore
plus superficiel et grotesque, inflation de l'émerveillement
infantile pour la technologie y étant pour quelque
chose. Le public y court, comme une horde de mouches
qui colle à un néon rose, assister à
la perversion et l'exploitation du mythe, qu'ils nourissent
et perpétuent sans trop savoir pourquoi (car
ce n'est jamais le sens qui fonde la mythologie de l'ère
mass-médiatisée, mais le «hype»).
Perversion des termes : on dit que Phantom Menace
est la plus grosse production «indépendante»
à voir le jour, tout comme les grandes corporations
sont indépendantes de l'État et nous abusent
de la même manière.
Entreprise
gigantesque, sans intégrité ni subtilité,
comme tout le reste de l'oeuvre de Georges Lucas, comme
réalisateur, producteur ou scénariste
(dont Indiana Jones, de Spielberg), et dont les
scènes les plus spectaculaires sont souvent un
remodelage odieux de certains passages des films de
Kurosawa et bien d'autres, vol à l'étalage
de l'histoire du cinéma commun à l'american
way.
Deux
adjectifs qui décrivent le mieux cette entreprise
: opportuniste et incestueuse.
Certes
Lucas est un génie dans la perfection de ses
moindres gestes de réalisateur et d'homme d'affaire.
Sublime
hallucination que d'espérer voir apparaître
le micro et la perche au coin de l'écran.
La
sobriété de vie et l'élévation
spirituelle du Jedi vs la consommation compulsive
commandée du public.
Le message de non-violence vs les jouets qu'on
vent aux enfants pour qu'ils s'épuisent à
faire "bing bang tu es mort".
Si
peu subtil était l'accoutrement à l'allure
nazi de Darth Vader (avec certains attributs du samouraï
japonais) et de ses troupes, il fallait s'attendre à
ce que les méchants soient asiatiques cette fois-ci.
Jamais rien de totalement innocent dans ce genre de
divertissement américain à grand déploiement
( Independence Day était le plus
direct et le plus obscène), inconscient ou non,
toujours la manifestation d'un esprit réel. Ici,
rejeton logique de la propagande et paranoïa des
États-Unis envers la Chine ces dernières
années.
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