éditorial           
émulsion         
chronique         
critique            
générique        
courrier             
 
Abonnez-vous!
Read Offscreen










  émulsion

Spécial Fassbinder

Lili Marleen



Jean-Philippe Gravel , jeanp@horschamp.qc.ca

1998, février 2


Sc (+Manfred Purzer et Joshua Sinclair, d'après l'autobiographie de Lale Andersen Der Himmel hat viele Farben) / Réal / Mont. (+ Julianne Lorenz): RWF. Cam : Xaver Schwarzenberger. Mus. : Peer Raben, Norbert Schultze et Hans Leipp (pour la chanson Lili Marleen ) Déc. : rolf Zehetbauer. Int. : Hannah Schygulla, giancarlo Giannini, Mel Ferrer, Karl-Heinz von Hassel, Christine Kaufmann, Hark Bohm. Tournage : 07-09/1980: Berlin, Munich et env. 120 min. non-disponible en vidéo.

Willie (Hanna Schygulla) est une chanteuse de cabaret encore impopulaire dont l'amant, Robert (Giancarlo Giannini), est un musicien judéo-suisse réputé qui appartient également à une organisation politique qui aide à transporter des juifs allemands en Suisse. Au terme d'une mission en Allemangne, les autorités suisses empêchent Willie de franchir la frontière, pour cause des dettes qu'elle a contractés auprès de Robert. Obligée de rester en Allemangne durant la guerre, Willie se fait courtiser par des hommes de pouvoir: on a retrouvé l'enregistrement qu'elle avait fait d'une chanson qui désormais est fort prisée par les troupes: Lili Marleen. Cette chanson hisse Willie aux cîmes de la célébrité, alors même que les autorités allemandes commencent à soupçonner, non sans raison, qu'elle transmet clandestinement à l'organisation de Robert des documents concernant les atrocités de l'holocauste.

Je ne suis pas entièrement d'accord sur l'opinion qui veut que Fassbinder se soit assagi au fil de son oeuvre, notamment au niveau des productions plus amples de sa dernière période, mais il faut reconnaître que ce soupçon s'avère fondé quant à Lili Marleen , en ce qu'il constitue un exemple parfait du genre de cinéma de divertissement auquel Fassbinder aspirait dès ses débuts mais qu'il ne pouvait atteindre qu'indirectement, faute de moyens. Ainsi, devant certains éléments de mise en scène assez spectaculaires, l'intrigue se noue de façon assez conventionnelle, rappelant un peu Le dernier métro de François Truffaut, en tant que son argument historique et politique sert tout d'abord une intrigue assez manichéenne, constituant avant tout un divertissement peu réflexif. C'est sans doute ce qui met ce film à l'écart de la trilogie de la RFA, dont la fabrication est contemporaine à celui -ci.

En général, Lili Marleen est habité par un goût du contraste et son montage repose sur un jeu d'alternances entre le faste grandissant qui entoure la vedette (qui rencontre le fürher lui-même), et l'accroissement des difficultés qui sont imposées à son amant, que les nazis finissent par emprisonner. Mais ici, la trame faustienne du récit se double d'une esthéthique qui ne manque pas d'un certain aura nostalgique, qui en a troublé plus d'un et suscita des controverses.

Cet élément nostalgique, c'est l'aspect très soigné des images qui en est le principal porteur. Le film semble entièrement tourné avec des lentilles au filtre particulier, tamisant les sources d'éclairage de manière à faire baigner l'image dans une teinte très lustrée, d'un argenté diffus, donnant une sorte d'éclat brillant aux teintes grises et bleuâtres qui y dominent. C'est une technique qu'emploiera Fassbinder à meilleur escient dans Le secret de Veronika Voss , où cet éclairage diffus exprime, dans les flashbacks relatifs à la gloire passée de l'actrice (et toutes les scènes où elle se sent à nouveau comme une Grande Star), la nostalgie biaisée par laquelle elle éprouve désormais ces souvenirs. Ici, ce choix esthéthique n'appuie aucunement l'effet d'une subjectivité du regard, ce qui rend ce vernis si particulier plus racoleur qu'autre chose, comme si l'époque du Nazisme était aussi celle des Lumières. C'est pourquoi Lili Marleen n'est pas, loin de là, le constat le plus lucide qu'aît dressé Fassbinder d'un chapitre particulier de l'histoire de son pays.



  é ditorial  |   é mulsion  |   c hronique  |   c ritique  |   g énérique  |   c ourrier  |   a bonnez-vous!  |   s ommaire  |   r ead Offscreen  |