éditorial           
émulsion         
chronique         
critique            
générique        
courrier             
 
Abonnez-vous!
Read Offscreen










  éditorial

Festival des films du monde

Merci Serge



Steve Rioux , ste@horschamp.qc.ca

, 1997, septembre 6



Le programme officiel du FFM

Violons SVP. On a roulé les tapis rouges, on a jeté les fleurs, la grande fête montréalaise du cinéma est maintenant chose du passé. Comme à l'habitude, il semble selon les experts - encore quelques-part dans un cocktail servi en l'honneur du crémeux jet-set - que la programmation du FFM de cette année fut "intéressante et diversifiée". Le festival a su, comme à son habitude, nous offrir "...de merveilleuses occasions de découvertes, de coups de coeur et de rencontres hors du commun". Comme c'est beau. Plus fort les violons!

Pour d'autres par contre, la mission généreuse du FFM, en cette terre américaine, s'avère plutôt le théâtre d'une vaste machine à sous sans dévouement réel pour un cinéma qui se veut différent du junkfood qu'on nous sert chaque semaine au cinéma près de chez-vous. En fait, le terme différent s'emploie plus souvent qu'à son tour comme un prétexte pour définnir autre chose qu'un blockbuster. Car en fait, ces temps-ci, un film iranien ressemble malheureusement à un film russe qui lui ressemblait à un film indépendant américain qui lui, reprend les grands classiques. Les décors sont différents, parfois les personnages, la musique si possible, mais le scénario en trois actes et les champs-contre-champs télévisuels survivent dangeureusement à toutes les frontières. La différence, où ça?

Il est donc permis de croire que le Festival des films du monde n'a pas le choix de présenter une sélection vaste et international s'il veut demeurer dans le décor. Cependant, la sélection un peu pêle-mêle et généralisatrice du festival parraît parfois comme un simple prétexte à contourner les Boxoffices qui dominent actuellement le merveilleux monde du cinéma. Tout ça risque de ne devenir qu'un simple outil mercantile qui justement, exploite de façon publicitaire le thème de la différence et de la diversité. Cette stratégie pose de plus en plus problème, puisque la programmation qui s'étend d'année en année risque de devenir si général qu'elle perdra toute saveur et toute signification.

Toutefois, au-delà de la programmation boulimique, le discours même de Serge Losique pose problème. En effet, si l'on prend les propos signés par le président et directeur général du festival dans un texte d'introduction à la page 30 du programme officiel de 1997 et qui lance le FFM sous le titre "Le FFM dans sa 3e décennie..." on remarque qu'une contradiction assez inquiétante s'installe entre les propos de Losique et le fonctionnement du FFM. Ils est donc impératif de questionner la sincérité du FFM. Des exemples provenant encore du programme officiel de cette année, démontrent que certaines actions vont à l'encontre des supposés mandats et principes du festival montréalais.

Serge Losique, dans un besoin soudain de justifier la présence du FFM comme LE SEUL festival à Montréal (et même le plus important en Amérique), déclarait donc en grande pompe que: "Le rôle d'un grand festival international est justement d'aider à la diversité, et non pas à la standardisation de la culture cinématographique. Le Festival des films du monde à énormément contribué à cette diversité culturelle." Avec un peu plus de cinquante nationalités représentées, il est vrai que d'un point de vue d'internationalité, le FFM se débrouille bien. Cela ne veut pas dire pour autant que le contenu demeure loin de la standardisation. De plus, la catégorisation de ces films se fait un peu n'importe comment, ce qui fait que le public s'en arrache parfois les cheveux. Ne serait-il pas préférable de restreindre la quantité au profit d'une sélection plus précise et moins fourre-tout? Présentement, mis à part l'internationalité, il y a à peu près n'importe quoi, n'importe où.

Un peu plus loin dans sa lettre, monsieur Losique enchaînait sur le même ton : "Il faut souligner que le Festival des films du monde est le seul festival d'importance, surtout en Amérique, qui soit né et se soit développé sans l'appui des majors américains et de leurs junkets." Il enchaîne plus loin: "Le Festival de Montréal a toujours accordé et donnera toujours sa chance au cinéma d'auteur(...)un film purement commercial, un blockbuster, est un événement en soi: il n'a pas besoin d'un festival international."


Quelques commanditaires officiels du FFM!!!!

Que veulent donc dire tous ces beaux élans d'héroïsme à l'endroit du cinéma d'auteur ? Je ne comprends pas pourquoi un festival comme le FFM peut honorer des stars hollywoodiennes comme Roger Moore et Rod Steiger, et également prétendre: "...aider le cinéma de qualité et les nouveaux talents." Même le beau clin d'oeil à Marilyn Monroe - symbole ultime du Hollywood dream - sur l'affiche du festival de cette année traduit bien les contradictions douteuses dans l'organisation d'un festival qui se vante pourtant d'avoir le cinéma d'auteur à coeur. Et pire encore, en consultant bien le catalogue du FFM, les belles pages de commanditaires aussi dévoués à la cause des cinémas nationaux que Cinéplex Odéon, Famous Player, Twentieth Century Fox et Warner Bros, témoignent de la personnalité du FFM. Pourtant c'est bien Serge Losique lui-même qui disait se tenir loin des majors ? De plus en plus, à force de vouloir élever le FFM au rang des méga-festivals de cinéma de la planète, le festival montréalais s'égare de plus en plus de son mandat. Si la tendance se maintient, Montréal servira davantage de tremplin aux distributeurs américains qui cherchent à signer des gros deals de distribution et conquérir ainsi les nouveaux marchés alléchants du Moyen-Orient et de l'Afrique. Mais même sur ce plan, la marché du film du FFM est microscopiquement ridicule et incontestablement inerte face à celui du festival de Toronto. Les chances de voir percer un film d'un pays étranger sont plutôt absentes. Sur une sélection annuelle de près de quatre cent films, qu'elle sera le pourcentage de ceux qui auront une assez bonne vitrine pour être distribués ici? La preuve, le grand prix des Amériques 1996, Different for Girls n'a jamais été présenté par la suite au Québec. Si s'est ça aider le cinéma…

Je ne crois pas en votre festival. Je ne crois pas en votre mission. Elle n'est visiblement pas sincère. Les cortèges de fleurs, les tapis rouge et les grandes cérémonies à lunettes fumés contribuent seulement à faire de Montréal une ville de plus pourrie par le showbuisness, complètement à l'antithèse des soit-disant motifs du FFM. En placant les cinémas nationaux dans un contexte prétentieux et aussi faux que celui de votre festival, vous vous trahissez et vous manipulez le public montréalais une fois de plus et vous ne contribuez qu'à faire engloutir davantage les petits cinémas au profit du gros gratin dont vous semblez prendre plaisir à vous y inclure. Toujours dans le mot d'introduction de Serge Losique , on nous écrivait: "...le Festival de Montréal demeure toujours l'un des plus grands festivals au monde, où le vrai cinéma ne sera jamais sacrifié sur l'autel du spectacle médiatique." Pourtant c'est exactement ce qui est fait.



  é ditorial  |   é mulsion  |   c hronique  |   c ritique  |   g énérique  |   c ourrier  |   a bonnez-vous!  |   s ommaire  |   r ead Offscreen  |