Les parapluies de Cherbourg

Les parapluies de Cherbourg

1964, Jacques Demy

Louis Goyette , adminhc@horschamp.qc.ca

1997, septembre 14


En collaboration avec « Le festival de Cannes 1939-1997»

Voilà certes une Palme d'or des plus controversées, tantôt admirée par les tenants d'une certaine nouveauté cinématographique, de la romance-bonbon et de la belle musique, tantôt rejetée tel un déchet par les intellectuels en mal de complexité et de déconstruction narrative!!! Et puis pourquoi pas… Pourquoi ne pas attribuer la Palme d'or à un film "grand public", où la romance à l'eau de rose déploie sa magnificence au son du lyrisme échevelé d'un Michel Legrand en pleine possession de ses moyens. La peinture a eu ses Fragonard, Bouguereau et Watteau… la musique ses Tchaïkovski et Rachmaninov. En 1964, le "cinéma-pompier" triomphe sur les écrans grâce à Jacques Demy et ses Parapluies de Cherbourg . Pour tous ceux et celles qui acceptent les conventions de la comédie musicale, mais aussi son renouveau (tous les dialogues du film sont chantés d'un bout à l'autre), ce film hautement décoratif tient du plus exquis des délices. Ce n'est sûrement pas son sujet qui l'a fait passer à l'histoire. Mais on n'oubliera pas de sitôt sa direction artistique et ses incroyables couleurs, où le papier peint des murs s'harmonise à la perfection aux vêtements des personnages. C'en est presque trop, au point où on en rit à certains moments.

Mais il y a le jazz enivrant de Legrand et son non moins célèbre Non, je ne pourrai jamais vivre sans toi , qui nous rattrapent au détour. Et surtout la grande Catherine Deneuve, encore toute jeune à l'époque, et qui était pratiquement une inconnue. S'appropriant la voix sublime de Danielle Licari, elle est toujours bouleversante lorsque, sur le quai d'une gare et le visage en larmes, elle assiste au départ de son amoureux pour la guerre. Bien qu'elle joue une jeune fille naïve déchirée par la passion, il suffit qu'elle dénoue sa blonde chevelure pour que se profile déjà, l'espace d'une moment de grâce, la Sévérine de Belle de jour (1967). Vous l'aurez bien deviné, je suis un inconditionnel des Parapluies de Cherbourg .