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  chronique

Only in America

De Rocky à Cop Land, Sylvester Stallone, l'étalon américain.



Joel Pomerleau , joel@horschamp.qc.ca

1997, août 18



Huh! s'impose sans doute comme la citation la plus célèbre de l'acteur-scénariste- réalisateur Sylvester Stallone ( jab, jab ). Pourtant, à la seule mention de son nom, immédiatement on se souvient, les Rocky Balboa ( Rocky I, II, III, IV, V ), Cosmo Carboni ( Paradise Alley - 1978), Deke DaSilva ( NightHawks - 1981), Robert Hatch ( Victory - 1981), John Rambo ( Rambo I, II, III ), Marion Cobretti ( Cobra - 1986), Tango ( Tango and Cash - 1989), Franck Leone ( Lock up - 1989), Gabe Walker ( Cliffhanger - 1993), Ray Quick ( The Specialist - 1994), Robert Rath ( Assassins - 1995), et tout récemment, Freddy Helfin ( Cop Land - 1997), tous des personnages qui ont profondément marqué nos vies de par leur profondeur métaphysique ( uppercut ). Ok, ok, fini les faux hommages...

Le mythe Stallone possède tout de même un côté intéressant, de par l'inconsciente métaphore de la société américaine qu'il propose. Partant de la prémisse que le cinéma constitue une projection du spectateur à l'écran, combinée à une forme de représentation collective d'une vision du monde, surtout à Hollywood, le parcours de Stallone en dit long sur le pays de l'oncle Sam. Pourquoi Stallone et non Wesley Snipes ou Harrison Ford? D'abord parce que Stallone a toujours joué le même rôle, celui du paumé-qui-travaille-fort-et-devient-malgré-lui-super-héros- par-son-courage. Aussi, parce que Stallone sait se draper du stars and stripes comme aucun autre acteur des 30 dernières années n'a su le faire. Enfin, de racine italo- américaine, il est l'emblème du melting-pot américain, et toute une génération se retrouve dans celui qui a joué 41 personnages différents sans jamais changer de répliques (ou presque - les scènes d'amour étant les variations les plus notoires), tout en accumulant les monstres au box office ( jab, jab ).

On peut affirmer sans trop se planter que Stallone est vraiment apparu avec Rocky qui s'est mérité, en 1976, l'Oscar du meilleur film ( Taxi Driver était en nomination - esquives, esquives ). Mais qui est Rocky, et par extrapolation, la pierre angulaire du personnage Stallone? Apollo, champion du monde incontesté de la boxe, décide de donner une chance à un paumé dans le cadre d'un spectacle. Mais le paumé n'est pas n'importe qui. Boxeur amateur vieillissant, issu des quartiers les plus pauvres de Philadelphie, il s'avère l' underdog parmi les underdogs . ( Les deux pugilistes s'étudient ). Mais l'étalon italien a du courage comme pas un et une mâchoire à toute épreuve. Encouragé par cette satanée musique qui nous a hantés (et qui nous hante encore), il s'entraîne à bûcher sur des quartiers de boeufs et à monter glorieusement des escaliers ( crochet de droite ). Jusqu'au soir du combat. Dans un combat complètement imprévisible, Rocky se prend pour Cendrillon et met le champion hors d'équilibre. Mais Apollo n'est pas champion sans raison. Il tient le coup jusqu'à la limite du combat, alors que Rocky et Apollo s'échangent, au son de la cloche, une terrifiante droite mutuelle qui les envoie au tapis. Les dix secondes qui suivent semblent s'éterniser, mais sequel oblige, ils ne se relèveront pas. Le match est nul.

N'est-ce pas là le rêve américain mal prononcé ( une gauche au menton )? T'es un looser toute ta vie, mais, soudainement, t'as une chance contre le champion du monde et ça s'adonne que t'avais de la graine de winner . Plus sérieusement, Rocky apparaît sur les écrans en 1976 alors qu'on croit encore aux pseudo-révolutions des années soixante. On se cherche un héros au coeur gros comme ça, aux valeurs bien américaines, issues des rues de cette Amérique réformée. Et Stallone symbolise parfaitement cette quête du héros urbain. Un peu légume et brute ( le sang gicle de son oeil droit ), mais doux et honnête, on s'y identifie instantanément. L'Amérique se dit: s'il peut réussir, moi aussi ( apporte-moi une autre Budweiser, mon amour! ). Et son triomphe dans Rocky II , c'est la victoire de tous les sous-évalués. Everything is possible .

"Murdock, I'm coming to get You"

Comme Stallone avait déjà sorti les USA des quartier pauvres, on lui a alors confié la mission de régler les erreurs de l'histoire. En 1982, Rocky devient donc Rambo (on réduit ainsi ses répliques à quelques centaines de mots, le coeur pas la tête, jab, jab, crochet, uppercut, huh! ). Après une incroyable séquence de survie à l'intérieur même de l'Amérique, il s'envole au Vietnam, leur crisser une volée une fois pour toutes . Il part sauver les boys pris par les méchants communistes. Stallone est invincible. Il ira même enseigner une leçon de fair play aux Russes dans Rocky IV .

Reagan continue sa politique de backlash , de back to normalcy . Le président/ex-acteur est prêt à engager une guerre des étoiles pour aller placer des satellites militaires un peu partout au-dessus du globe. On empile les bombes nucléaires. Le disco et autres cataclysmes ravagent les USA.

Stallone réalise Staying Alive ( A,A,A,A Staying aliiiiiiiiiive ).

Le all-american hero devient un dur solitaire ou une victime du système. Cobra, Over the Top, Rambo III, Tango & Cash, Lock Up . L'Amérique se défend contre elle-même et, encore une fois, c'est Stallone qui tient la mitraillette.

Puis on commence à arrêter de se prendre au sérieux. Rocky V ( !!!, jab, uppercut, jab ), Oscar , Stop! Or My Mom Will Shoot . Mais la comédie aura assez duré alors que les recettes boxofficiennes ne le trouvent pas drôle du tout. Puis quelques films futuristes, Demolition Man , Judge Dredd . Mais le monde le ramène sur la terre. L'Amérique lui crie: "Hey, ta job est pas encore finie dans notre époque". Stallone revient.

Son plus récent film, Cop Land , le place à côté de quelques icônes du cinéma américain: DeNiro, Keitel, Liotta. Sauf que cette fois, on est en présence d'un tout autre Stallone, mais aussi représentatif de son Amérique chérie, ne vous inquiétez pas. Il y incarne Freddy Helfin, shérif de Garisson au New Jersey. Une petite ville qui a la particularité d'héberger la moitié de la force policière de New York. Ledit shérif est une grosse moumoune (Stallone a pris une vingtaine de kilos pour le rôle) qui fait plus ou moins figure de clown auprès des «hommes» du NYPD. En plus, la petite ville tranquille commence à puer la corruption policière à plein nez. Stallone ferme les yeux. Jusqu'au jour où DeNiro viendra lui servir un discours renversant (!!!) sur le rôle de policier. Sly se réveille, et non sans souffrances, rétablit les choses ( huh!, droite, droite, droite, gauche ).

N'empêche que le héros d'hier, le justicier en bloc, bâti comme trois hommes et huilé comme une bourgeoise au soleil, est devenu gros et plutôt amorphe. Et comme son beau pays, il ne sait plus trop faire la différence entre le bien et le mal, se cherche, veut retrouver son rôle dans toute cette histoire.

Le changement drastique dans le mythe stallonien témoigne de l'état d'esprit de l'Amérique ordinaire. Avec un président Clinton plus comparable à bozo le clown qu'à Abraham Lincoln, un fossé entre les riches et les pauvres de plus en plus profond, une mafia vieillissante remplacée par des ti-culs avec des grenades, l'Américain moyen se demande où tout ça s'en va. It's progress répètent-ils gaiement à la tivi .

Et si, comme Stallone, l'Amérique était devenue grosse et amorphe, toujours nostalgique des osties d'sixties ? Et s'ils commençaient à prendre conscience que ça pue la pourriture? Ils ont donc besoin d'un nouveau héros, taillé sur mesure au nouveau contexte, fragile mais courageux. Fini le Stallone dur comme fer, on le veut doux, gros et attachant. Un maudit bon gars!

Only in America!

( Huh!, ding, ding )</>P

P.s.: Note de l'auteur: ce texte n'aura pas de "sequel".`
P.p.s.: Note de l'éditeur: ce texte aura une "sequel" s'il rapporte beaucoup d'argent.
P.p.ps.: Stallone est définitivement plus crédible enrobé de ses 20 kilos supplémentaires.



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