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Lucie Aubrac Avec un peu de bonne volonté
Joel Pomerleau , joel@horschamp.qc.ca 1997, mai 30La précision du jeu de Carole Bouquet, simple, tendre, dur, entêté et amoureux, marque éminemment le spectateur et donne toute sa valeur à la dernière oeuvre de Claude Berri. 1943, à Lyon, Raymond Samuel (dont le pseudonyme est Aubrac) est arrêté lors d'une réunion de l'état major de la résistance française. Sa femme, Lucie, use de toutes les stratégies possibles afin de libérer son mari. Transposition du roman Ils partiront dans l'ivresse , l'histoire de Lucie Aubrac est inspirée de faits vécus, assurant la suspension de l'incrédulité du spectateur devant cette histoire autrement incroyable. Et en quelque sorte, c'est la clef de l'appréciation du film, bien vouloir y croire. La photographie de Vincenzo Marano brille grâce aux cadrages épurés et précis. À plusieurs reprises, il place sa caméra le long d'un mur, abusant admirablement du grand angle, travaillant ainsi l'aspect graphique de la texture du vieux Paris. On remarque les magnifiques mouvements de caméra très serrés sur les personnages, qui donnent un second souffle et une énergie à l'ensemble du film. Enfin, la direction photo s'intègre efficacement dans l'ensemble du film, en relation avec la direction d'acteur et la trame narrative, qui réussissent à induire un climat de peur et d'incertitude propre à la vie de la Résistance. On a reproché au dernier Berri d'être trop froid. Certes, il s'agit là d'une réflexion pertinente, mais le ton général du film, le sujet traité et la forme employée viennent s'inscrire dans une unité forme/contenu qui explique le choix du réalisateur. Ce qui manque au film, c'est un peu de courage à présenter la réalité. Les prisons par exemple, décidément trop propres, alors que même les cafards scintillent. Certaines scènes auraient été beaucoup plus fortes si Berri avait osé laisser la violence de la guerre salir l'écran. On décroche facilement face aux maigres coups que reçoit Raymond Samuel, lorsqu'il est torturé par les Allemands. Casino de Scorcese relevait avec brio un pari similaire, celui de présenter une violence sale, non-esthétique, mais combien présente dans le milieu de la mafia américaine. Pour ce qui est de Lucie Aubrac , le spectateur ne parvient pas à souffrir les horreurs de la torture, et le film manque ce drame de la douleur qui marqua sans doute la vie de Lucie Aubrac. Malgré ces réserves, Lucie Aubrac mérite qu'on s'y attarde, surtout pour la performance de Carole Bouquet dans le rôle titre, qui séduit littéralement. |