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2000,
mars 11
À
l'ombre d'Hollywood
ENTRETIEN AVEC SYLVIE GROULX
par
Simon Galiero
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À
l'ombre d'Hollywood,
présenté récemment au Québec,
est un documentaire dont la première motivation
est l'urgence de comprendre, de réagir et de
se positionner face à l'envahissement d'une structure
de marché assassine et monopolistique sur laquelle
repose une industrie depuis longtemps stratégique
pour les États-Unis : le cinéma et les
images. Loin d'être condescendante ou naïve
dans sa démarche, la réalisatrice du film,
Sylvie Groulx, nous offre une démonstration simple,
dense et efficace des différents enjeux inhérents
à cet impérialisme exercé aujourd'hui
de façon paradoxale... D'une part il multiplie
ses visages et devient de plus en plus vicieux dans
ses rouages de fonctionnement et de propagande. D'autre
part, il est représenté d'une manière
de moins en moins subtile et ne se donne même
plus la peine de montrer de faux scrupules à
des populations crédules et béates, prises
dans le confort de la paresse intellectuelle et de l'image
simpliste et individualiste d'eux-mêmes que véhiculent
les scénarios aseptisés des grands studios.
L'esprit du public devient alors un otage volontaire,
asservi à cette surexcitation de l'acte de consommer
injectée dans ses veines par les seringues du
consensus commercial.
***
Quel
est le point de départ d'À
l'ombre d'Hollywood
?
S.G.
: C'est un projet que j'avais déposé en 1988 à l'Office
National du Film et qui avait été refusé, c'était dans
le cadre de la collection sur l'américanité. À l'époque
il n'y avait pas eu encore toute la question de l'exception
culturelle en France et les grands accords commerciaux
n'étaient pas là non plus, c'étais 5 ans avant que ça
se produise. Il y avait donc une disparition progressive
des cinéma nationaux des écrans, je voyais qu'à Montréal
les salles disparaissaient les unes après les autres
et que la télévision présentait de plus en plus de cinéma
américain ; c'était donc comme simple spectatrice et
citoyenne que je décidais de poser des questions. À
l'époque Wim Wenders avait écrit des choses intéréssantes
sur le sujet durant un passage aux États-Unis et Tavernier
commençait déjà à en parler. Mais bon finalement ça
n'a pas fonctionné et je suis passée à autre chose mais,
quelques années plus tard, à la fin de 95, je suis revenue
avec cette idée et c'était alors évidemment c'étais
plus d'actualité, même si ce n'était pas vraiment discuté
ici et d'ailleurs je considère que ça ne l'est pas encore.
Après m'être largement renseignée sur le sujet, j'en
ai rapidement dégagé des idées et je suis allée voir
mon producteur Éric Michel qui m'a donné son OK. À partir
de là j'avais une bonne idée des personnes que je voulais
rencontrer mais ce fut très dur, le processus de production
a été complexe et c'était difficile d'avoir accès aux
gens, particulièrement aux États-Unis. Idéalement il
nous aurait fallu un producteur aux États-Unis qui nous
ouvre des portes parce que là-bas ce sont de véritables
châteaux forts, donc je n'ai pas eu forcément tout ce
que je voulais mais je suis contente des gens qui sont
là parce que je trouve que Todd McCarthy fait un historique
très intéressant et Arthur Penn est un homme très intelligent,
un homme qui réfléchit et qui a une grande conscience.
C'est
vrai qu'il est assez surprenant...
S.G.
: Oui et il revient souvent dans le film parce que je
trouvais qu'il faisait une analyse intelligente et aussi
parce qu'il se sentait énormément concerné par le sujet.
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Arthur Penn
et Sylvie Groulx
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Car
aux États-Unis, dans l'ensemble, ce qui se passe à l'extérieur
est le dernier des soucis des gens que je rencontrais.
Et ils ont tendance à dire que si leurs films marchent
c'est parce que le public les aime et c'est tout. Et
ils ne sont très souvent même pas au courant quand on
leur parle des interventions de Jack Valenti, pour eux
ce n'est qu'une vieille statue qui traîne, ils ne savent
pas qu'il passe l'année à parcourir le monde pour empêcher
les gens de voter des lois de soutien. Ils ne réalisent
pas tout le jeu politique qu'il y a là-dedans, les interventions
directes du secrétariat d'État, etc. Ils ne se documentent
pas là-dessus. Par-contre il y a une sérieuse critique
de ce qui se fait à Hollywood depuis 25 ans à l'intérieur
même du réseau. En recherche j'ai rencontré plusieurs
producteurs qui étaient dans les grands studios et je
peux vous dire qu'ils s'arrachaient littéralement les
cheveux. Ils me disaient que tout cela n'avait plus
aucun espèce de lien avec le cinéma, que les courses
démentes pour obtenir les plus gros budgets sont devenues
une obsession totale. Bon on s'en doutait, mais j'ai
trouvé intéressant que plusieurs d'entre eux soient
aussi exaspérés. Comme Penn qui disait que les Américains
eux-mêmes n'étaient plus capables de porter leur propre
culture à l'écran car les conglomérats exigent des produits
sans aucune référence culturelle, donc même leur culture
est effacée.
Et
il y a un problème aux États-Unis c'est que la notion
même de cinéma indépendant devient aseptisée...
Oui
cela fut aussi très récupéré... Par exemple Sundance
qui était le festival des indépendants est devenu le
même vivier : un tas d'hommes d'affaires qui se lancent
et créent un second marché où tout le monde s'entretue
pour avoir tel ou tel film en premier. Ils vont pêcher
les indépendants qui ont fait des films pour pas cher
et les amènent à Hollywood, mais évidemment pas pour
faire la même chose. Alors ils leurs accordent une toute
petite marge de manoeuvre comme Jonathan Nossiter nous
dit dans mon film, à savoir toucher des sujets un peu
plus marginaux, sauf que c'est exactement la même psychologie
des personnages que partout et il ne faut bien sûr pas
que ce soit trop compliqué. Ils misent comme d'habitude
sur un public d'adolescents, donc ils ne veulent pas
ceux qui essaient de proposer des réflexions.
Et
le Québec se situe où dans tout ça ?
S.G.
: Nous avons toujours été habitués de composer avec
le fait que nous sommes sur le territoire américain,
que nous sommes dans le domestic market. Il n'y
a pas eu ici de grandes réactions aux accords du GATT
en 1993 par exemple, alors qu'en Europe la perte de
leurs cinématographies nationales s'est faite à une
vitesse tellement rapide qu'il y a eu un grand choc
accompagné d'une prise de conscience. Ici je trouve
que la question est encore traitée d'une façon extrêmement
primaire, les gens réalisent très peu l'importance de
tout ça, et ils ne se posent aucune question sur le
devenir de l'image. C'est loin d'être gagné cette histoire,
c'est à remettre sur la table tout le temps et même
les pays européens ne sont pas du tout unis et ont tendance
à pencher du côté du libre marché ; sauf que le libre
marché c'est surtout les États-Unis. Comme disait l'autre,
je ne me souviens plus exactement qui, il disait c'est
"le renard libre dans le poulailler libre"...
Comme
je disais il y a ici moins de sensibilité à cette question,
sauf que je pense que l'on vit, dans la fabrication
de notre cinéma, les mêmes problèmes que beaucoup de
pays. La France se distingue à cause de ses fameuses
taxes, le compte de soutien et aussi le fait que la
moitié de leur argent va aux premières et deuxièmes
oeuvres donc ils ont toute une relève, etc. Mais c'est
vraiment une exception parce que dans tous les pays
les gens ont de la difficulté à trouver du financement.
Il y a des crénaux où la télévision investit dans le
cinéma mais cela a souvent un effet pervers au niveau
de la création.
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Alain Tanner
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C'est
comme ici lorsqu'on dit qu'il faut que Radio-Canada
injecte des fonds dans le cinéma ; je m'excuse mais
ce n'est pas enviable car ils vont appliquer les ratings
et les ratings c'est la loi du marché, donc une standardisation
de tout, à commencer par le contenu. Comme Alain Tanner
le mentionnait ils veulent des téléfilms cousus avec
du gros fil blanc, rien qui ne dérange qui que ce soit
au niveau de la forme ou d'une quelconque manière. Alors
faire appel à la télévision est plutôt dangereux.
Pour
en revenir à la question, en faisant le film j'ai quand
même eu l'impression qu'on vivait la même chose, en
plus petit, que les pays européens ou ailleurs. Il se
produit x longs-métrages par année et on essaie de trouver
un peu de tout : le film d'auteur, la comédie, etc.
Donc on saupoudre un peu dans un genre ou un autre avec
toutes les difficultés qu'on connaît pour les cinéastes
de composer avec les institutions et les 22 personnes
qui se mettent le doigt dans le projet et font en sorte
que les scénarios deviennent édulcorés. C'est à se demander
si certains parviennent encore à porter à l'écran l'essence
et l'énergie de départ de leur projet. C'est normal
qu'il y ait un souci de rejoindre le marché parce qu'il
en faut un, mais ce souci fait que les fonctionnaires
et les distributeurs ont cette espèce de prétention
qui consiste à s'accaparer ce que "veut" le public,
en disant "le public veut ci ou ne veut pas ça"… C'est
complètement absurde, les studios sont les premiers
à faire des flops monumentaux.
Je
parlais d'édulcoration ça me semble un point important.
Parfois je regarde certains films qui ont beau être
des films de jeunes cinéastes, même d'auteurs, le contenu
n'est pas très excitant. Mais peut-être est-ce une erreur,
peut-être que ce ne sont pas des compromis, peut-être
est-ce devenu naturel pour des jeunes cinéastes d'opter
pour une certaine forme, une certaine esthétique à la
mode, une esthétique un peu vidéo-clip et toujours empreinte
d'un certain pathos quelquefois très ridicule. Alors
je me demande si c'est uniquement les institutions,
c'est difficile à cerner. Ce qui est certain c'est que
j'ai trop souvent l'impression ces derniers temps que
l'esthétique ne sert qu'à camoufler un vide au niveau
du contenu. Je remarque par exemple que les personnages
sont rarement ancrés dans un milieu, on ne sait pas
d'où ils sortent.
Vous
commencez votre film par des images de Paris défilant
à partir d'un taxi où vous conversez avec Bertrand Tavernier…
Il y a donc là deux des principaux symboles de résistance
: d'une part Paris, lieu symbolique de lutte pour l'art
et le cinéma, et d'autre part Tavernier qui constitue
la figure de proue populaire de défense de la création.
Est-ce qu'on ne manque pas de quelqu'un au Québec qui
ait ce même discours allumé, passioné et rassembleur
sur des sujets qui touchent l'ensemble de la création
?
S.G.
: L'autre fois j'ai rencontré une Française qui m'a
demandé quels étaient les cinéastes québécois qui nous
représentaient le mieux
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Bertrand
Tavernier
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et
je n'ai pas su quoi répondre. Un gars comme Denys Arcand
on ne le voit plus, il ne s'implique plus là-dedans.
Je sais qu'on travaille fort au niveau de l'Association
des Réalisateurs et de la Coallition pour la Diversité
Culturelle pour faire changer certaines choses, mais
il reste que nous n'avons pas en ce moment quelqu'un
qui a fait assez de films, qui a une certaine influence
et qui porte un discours rassembleur et combatif. Beaucoup
de gens ont des choses à dire et sont très intelligents
mais soit ils ne travaillent plus, soit on ne les voit
pas. C'est un truc que je disais récemment à Philippe
Baylaucq de l'Association des Réalisateurs, qui avait
pris position sur une affaire, je lui disais que ça
m'avait fait du bien de lire ça dans les journaux, que
ça fait des années que je n'ai pas vu des instances
qui représentent des créateurs prendre position ouvertement.
Il a fallu que le scandale avec Cinar éclate, ce qui
a déclenché quelques réactions, mais on sent quand même
que tout le monde marche sur des oeufs. On se dit que
sans cette histoire, probablement rien ne se serait
dit. Alors il y a une volonté de mettre ces enjeux sur
la place publique mais rien ne s'est encore concrétisé,
loin de là.
Ceci
dit, beaucoup de ces enjeux sont spécifiques au cinéma
québécois, est-ce qu'une unique intervention du milieu
pourrait faire bouger les choses par rapport au problème
je dirais universel de l'envahissement des images hollywoodiennes
et de la libéralisation des marchés ?
S.G.
: Je ne crois pas, le principal travail est vraiment
au niveau des États. Si l'OMC finit par vendre l'idée
que ce n'est que du libéralisme et que ce qui est véhiculé
sur les vecteurs, soit le câble, la télé, les satellites,
l'Internet, etc., vont ensemble... C'est-à-dire que
leur théorie se base sur l'idée que si on libéralise
les moyens de locomotion il faut également libéraliser
ce qui passe dessus, donc pour eux une oeuvre cinématographique
et un coup de fil c'est la même chose. Eh bien s'ils
réussissent à vendre cette idée ce sera totalement désespérant
parce que personne ne pourra résister si un libre marché
s'installe, jusqu'au jour où il y aurait peut-être un
réveil général. Ce n'est pas pour rien que les cinéastes
en Europe cherchent l'appui des politiciens, parce qu'ils
savent que ça se passe d'État à État. C'est dans les
grandes négociations commerciales que ça se joue et
s'ils ne convainquent pas les hommes et les femmes politiques
d'en faire une priorité et de tenir leur bout on va
sûrement vivre une période assez obscure.
Il
semble que la politique canadienne et québécoise soit
très nonchalante à l'idée de se positionner de façon
ferme...
S.G.
: Sheila Copps est intervenue souvent sur la question
de la diversité culturelle, elle a convoqué une conférence
internationale où étaient présents 22
pays, surtout européens, qui étaient présents. Sauf
que ce qui est aberrant dans son cas c'est qu'elle exige
ici une canadianité très très douteuse : d'un
côté elle parle de diversité et de l'autre elle nous
dit qu'un film canadien doit être tourné au Canada,
avec des Canadiens, et sur une histoire canadienne…
À l'heure de la mondialisation il faudrait complètement
se replier sur nous ? Et les règlements qu'ils ont mis
en place où il est question que le produit soit certifié
canadien pour recevoir de l'argent, c'est complètement
hallucinant. C'est comme sa maladie de mettre des drapeaux
partout, ça reflète un manque de confiance en soi absolument
incroyable de vouloir écrire et faire dire le mot "Canada"
partout. Ça veut dire que c'est d'une très grande fragilité.
Et c'est vraiment une erreur parce que si on veut que
les films voyagent ça n'a aucun sens de faire ça. Les
Canadiens se préoccupent de ce qui se passe dans le
monde et il faut continuer de s'en préoccuper. Dans
le privé je n'aurais jamais pu réaliser le film que
je viens de faire, ça n'aurait pas correspondu du tout
à la définition d'un film canadien. C'est étrange parce
que je suis à l'ONF qui est un organisme fédéral, mais
on est encore pour combien de temps à l'abri de cette
affaire ? Par le Fonds des Cablo-distributeurs, c'est
le privé qui est affecté par cette définition mais à
qui le prochain tour ? S'ils appliquent ça à l'ONF il
y a un paquet de films, je pense que la moitié de sa
production disparaît demain matin. C'est un autre problème
le dossier de l'ONF. On ne sait pas ce qui va se passer
car aucune figure politique ne semble vouloir la défendre
ou du moins s'en préoccuper. Je ne sais pas ce qu'il
va arriver avec cette institution, moi je trouve que
c'est un joyau dont on se sert très mal. Peut-être est-ce
dû à un manque de vision des créateurs et des producteurs
mais c'est extrêmement précieux, la liberté de parole
je ne l'aurais pas eue totalement en faisant mon film
ailleurs surtout avec un sujet pointilleux comme celui-là.
N'oublions pas non plus que tous les cinéastes québécois
sont partis de là, ce n'est pas rien. Et un projet financé
ailleurs a absolument besoin de l'accord d'un distributeur
au niveau de la fiction et d'un télédiffuseur au niveau
du documentaire, mais pas à l'ONF qui reste ainsi l'espace
où il y a le plus de liberté mis à part la vidéo indépendante
qui est malheureusement beaucoup moins diffusée. On
en revient donc souvent au problème de la diffusion
et de notre dépendance aux télévisions.
Et
pendant ce temps les Américains viennent tourner chez
nous à rabais...
S.G.
: Cette manne est très conjoncturelle, leur seule motivation
est la faiblesse du dollar. Et il est très angoissant
de voir que par les crédits de toutes sortes accordés
par nos gouvernements, au niveau fédéral et provincial,
ils peuvent aller chercher jusqu'à 11% de leur budget
dans les poches des contribuables… 11 % !!! Alors quand
John Travolta arrive à Montréal avec un budget de 110
millions il a le droit de venir chercher 11% de cette
somme… Donc il va venir chercher 12 millions alors que
le total accordé aux oeuvres canadiennes est de 35 millions
! Le producteur Gilbart en a parlé dans un forum : le
total des crédits accordés aux Américains a été l'an
dernier de 100 millions versus 35 pour nos propres films.
Je crois que ça dit tout.
Pour
l'histoire des taxes perçues sur le billet hollywoodien
par la France, nous avons aussi essayé de faire ça au
Québec, au sein de la loi 109, mais nous avons été empêchés
par Jack Valenti...
S.G.
: Oui, c'est comme Claude Fournier raconte dans le film,
c'est-à-dire que Jack Valenti procède toujours de la
même façon en menaçant de retirer tous les films hollywoodiens
des écrans. Il n'y a qu'un seul pays qui lui a tenu
tête : c'est la Suède. Ils avaient décidé d'instaurer
un cota de 10 ou 20% de films suédois sur leurs écrans,
et les Américains ont dit "d'accord, on retire
notre production". Et les Suédois de répliquer
"c'est ça, retirez-la !". Alors pendant semble-t-il
une période d'environs 6 mois il n'y a eu aucun film
américain et il semblerait que cela ait eu un effet
plutôt positif dans le sens où les gens ont fréquenté
un autre type de cinéma.
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René Lévesque
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Pour
le Québec Claude Fournier racontait que René Lévesque,
qui était le premier ministre à l'époque de la loi 109,
n'était pas du tout en faveur d'imposer ça aux Américains,
il avait très peur des conséquences. Et Flora McDonald,
en 1987, avec le gouvernement conservateur, a aussi
essayé de passer une loi, elle s'est battue assez fort.
Mais c'est connu qu'à cette époque Reagan, qui était
un ami de Mulroney, a téléphoné à celui-ci pour lui
dire d'oublier ça et d'arrêter ce projet. Donc lorsqu'on
dit que ça se passe au plus haut niveau politique… Le
cinéma hollywoodien a tellement pénétré les marchés
et le gens sont tellement habitués partout de voir ces
films que ça ne repose plus sur le fait que les spectateurs
puissent en avoir assez et demander autre chose. Il
y a toute une génération qui n'a été formée que par
ça. Est-ce que les gouvernements croient encore que
la diversité est un principe fondamental ? Est-ce que
dans le cadre d'une négociation ils pourront aller jusqu'au
bout ? Comme je disais les Américains agissent beaucoup
à coups de menaces, en disant "si vous tenez votre
bout là-dessus, vous aller avoir des conséquences sur
l'agriculture ou autre"... Parce que c'est toujours
comme ça, ils interviennent continuellement. À un moment
j'ai découpé un article en Italie au sujet des pâtes
alimentaires : l'Italie soutient son industrie de la
pâte alimentaire, je ne sais trop de quelle façon, comme
bien des états soutiennent bien des industries, mais
toujours est-il que l'article racontait que les Américains
trouvaient que c'était une concurrence déloyale par
rapport à leur industrie de la pâte, et que si les Italiens
continuaient de soutenir cette industrie ils allaient
retirer leurs films des écrans. Ils ont fait la même
chose avec la Turquie au sujet du coton qui est leur
première industrie nationale. Et je pourrais multiplier
les exemples de ce type qui prouvent à quel point leurs
films représentent pour eux une industrie stratégique.
Quel
impact croyez-vous que votre film puisse avoir ?
S.G.
: Dans le journal Ici Jean-Philippe Gravel mentionnait
que l'ONF avait peut-être trouvée, avec mon film, son
deuxième Erreur Boréale. Je ne crois pas que
ce soit vrai parce que pour L'Erreur Boréale
ça fait 25 ans qu'il y a une sensibilisation du public
sur les questions de l'environnement. Il y a un lobby
incroyable et quand le film de Richard Desjardins est
sorti tout le monde se positionnait et avait une idée
là-dessus, le public était sensibilisé et en parlait
beaucoup. C'est facilement visible aussi lorsqu'on voit
une coupe d'arbres à l'écran de se dire "mon Dieu,
qu'est-ce qu'on est en train de faire ?". Ce sont
des choses qui inquiètent beaucoup les gens, et ils
ont raison d'être inquiets, mais lorsqu'on parle du
contrôle des esprits il n'y a soudainement plus aucune
conscience. Pour contrer cet état de fait il y a maintenant
la nécéssité d'une mobilisation des gens dans le milieu,
qui ne se fait pas du tout pour l'instant. Et je ne
sais pas comment elle va arriver, je me demande si on
attend qu'il y ait une catastrophe. Il y a aussi une
responsabilité des médias qui dans l'ensemble ne jouent
absolument par leur rôle de sensibilisation, je pense
qu'ils n'en ont même pas pris conscience.
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